Une poutre dans l’œil de l’autre? (Plaidoyer pour un œcuménisme monothéiste)

Willy De Winne

 

UGS : 2016009 Catégorie : Étiquette :

Description

Nous, les Belges, majoritairement catholiques par conformisme social et en même temps foncièrement démocrates, nous ne parvenons pas à comprendre le fanatisme des musulmans appliquant la loi coranique non seulement pour justifier des lapidations et des décapitations, mais également pour imposer l’obligation des fidèles à faire sept fois le tour de la Kaaba enveloppés d’un linge blanc pendant le pèlerinage à la Mecque, et pour ensuite aller jeter des pierres sur un rocher personnifiant Satan. Nous ne comprenons pas leur idolâtrie, ni leur fanatisme qui conduit certains à vouloir un retour au califat totalitaire.

Mais de leur point de vue, l’inverse est également vrai. Ils ne comprennent pas que nous, les catholiques, nous puissions être crédules au point de croire à la transsubstantiation eucharistique du pain et du vin et à nous livrer ensuite à une prétendue théophagie. À leur tour, ils nous accusent également d’idolâtrie à l’égard d’un bout de pain consacré.

La crédulité réciproque des uns et des autres empêche de voir la poutre dans nos yeux, alors que nous remarquons la paille dans les yeux des autres, comme Jésus de Nazareth l’avait déjà fait savoir et que nous rapporte l’Évangile de Luc chapitre 6, verset 41 :

« Pourquoi vois-tu la paille qui est dans l’œil de ton frère et n’aperçois-tu pas la poutre qui est dans ton œil à toi ! Ou comment peux-tu dire à ton frère : ‘ Frère, laisse-moi ôter la paille qui est dans ton œil, toi qui ne vois pas la poutre qui est dans le tien ? ’ Hypocrite, ôte premièrement la poutre de ton œil, et alors tu verras comment ôter la paille qui est dans l’œil de ton frère. »

Pour tenter de corriger notre propre manque de perspicacité en matière de croyance, je vous propose un petit détour via le roman policier. Les grands romanciers tels qu’Agatha Christie ou Georges Simenon ont l’art de captiver notre curiosité jusqu’au bout de l’enquête policière, pour parvenir, après l’abandon de maintes fausses pistes et à travers des retournements inattendus et spectaculaires, à démasquer le criminel.

Mais voilà que la populaire série de télévision Columbo parvient tout autant à captiver notre curiosité tout en inversant complètement le scénario.

Dés le début, on nous présente le futur meurtrier, que nous voyons en train d’imaginer son crime, en prenant toutes les précautions pour ne pas laisser de traces, pour se construire un alibi, avant de passer à l’acte. Et ce n’est qu’ensuite qu’a lieu la constatation du crime et l’entrée en scène du fameux lieutenant Columbo arrivant dans sa vielle Peugeot décapotable, qui est chargé de l’enquête et qui à chaque fois parvient à démasquer le criminel.

Ce modèle de scénario « à l’envers » qui nous semble nouveau, est pourtant le même que celui déjà utilisé avec succès, depuis deux millénaires par l’Église catholique pour nous raconter dans le détail la mise en œuvre du plan de Dieu-le-Père qui entend sacrifier son fils pour pouvoir pardonner les péchés des hommes.

Voici comment Matthieu rapporte l’annonce de la venue du fils de Dieu chargé de sauver son peuple de ses péchés. Matthieu 1/18 à 22 :

« Voici de quelle manière arriva la naissance de Jésus-Christ. Marie, sa mère, ayant été fiancée à Joseph, se trouva enceinte, par la vertu du Saint-Esprit, avant qu’ils eussent habité ensemble. Joseph, son époux, qui était un homme de bien et qui ne voulait pas la diffamer, se proposa de rompre secrètement avec elle. Comme il y pensait, voici, un ange du Seigneur lui apparut en songe, et dit : ‘Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre avec toi Marie, ta femme, car l’enfant qu’elle a conçu vient du Saint-Esprit, elle enfantera un fils, et tu lui donneras le nom de Jésus ; c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés’. Tout cela arriva afin que s’accomplît ce que le Seigneur avait annoncé par le prophète. »

C’est l’ange Gabriel qui est chargé d’annoncer l’application du plan divin de la rédemption qui débute par la naissance du fils de Dieu incarné, grâce à la complicité de Marie, l’épouse restée vierge de Joseph le charpentier. Bénie entre toutes les femmes, c’est elle qui est choisie pour être la mère porteuse de Jésus de Nazareth, avec l’accord de son mari, qui sera le père adoptif. Dés sa naissance, Jésus est vénéré par les rois mages et menacé de mort par le roi Hérode qui n’hésite pas à faire tuer en masse tous les nouveaux-nés de la région, uniquement dans le but de tuer l’enfant divin. Ensuite les livres saints nous racontent les dernières années de Dieu-le-fils, sa prédication, ses miracles, l’annonce de sa propre mise à mort, apportant en compensation à ceux qui croient en lui la promesse de la vie éternelle au paradis et la menace du feu éternel à ceux qui refusent de croire. Tout au long des Évangiles, Jésus confie à ses disciples comment la volonté de son père sera scrupuleusement réalisée.

Matthieu nous rapporte ses paroles [Matthieu 20/17 à 19] :

« Pendant que Jésus montait à Jérusalem, il prit à part les douze disciples, et il leur dit en chemin : ‘Voici, nous montons à Jérusalem, et le fils de l’homme sera livré aux principaux sacrificateurs et aux scribes. Ils le condamneront à mort, et ils le livreront aux païens, pour qu’ils se moquent de lui, le battent de verges, et le crucifient, et le troisième jour il ressuscitera’. »

Quant à savoir qui est le véritable responsable de cette horrible mise à mort sur la croix à Golgotha, les Évangiles laissent planer le doute. Le suspense est maintenu autour des possibles meurtriers !

Est-ce le roi Hérode qui, après avoir cru à l’innocence de Jésus, l’a quand même condamné à mort en vertu de la loi impériale et en se lavant les mains dans l’innocence ?

Ou est-ce le haut clergé juif de Jérusalem qui a exigé sa mise à mort pour blasphème ? Marc en témoigne ainsi [Marc chapitre 14/60 à 64] :

« Alors le souverain sacrificateur, se levant au milieu de l’assemblée, interrogea Jésus, et dit : ‘Ne réponds-tu rien ? Qu’est-ce que ces gens déposent contre toi ?’

Jésus garda le silence, et ne répondit rien. Le souverain sacrificateur l’interrogea de nouveau, et lui dit : ‘Es-tu le Christ, le fils du Dieu béni ?’ Jésus répondit : ‘Je le suis’. Et vous verrez le fils de l’homme assis à la droite de la puissance de Dieu, et venant sur les nuées du ciel. Alors le souverain sacrificateur déchira ses vêtements, et dit : ‘Qu’avons-nous encore besoin de témoins ? Vous avez entendu le blasphème. Que vous en semble ?’ Tous le condamnèrent comme méritant la mort. »

Ou est-ce finalement le peuple juif tout entier qui a exigé sa crucifixion et qui en a même revendiqué la responsabilité en s’écriant : « que son sang retombe sur nous et sur nos enfants » ? [Mt 27/25]

Ou faut-il se résoudre dés lors à classer cette mise à mort comme un crime parfait, sans coupable ?

Ce sera enfin Salvador Dali, qui tout comme le lieutenant Columbo, nous désignera en toute simplicité et sans en avoir l’air, le vrai coupable de cette horrible mise à mort sur la croix !

Il nous faut imaginer Salvador Dali, qui pour peindre cette scène, se tient à côté de Dieu-le-père, qui, assis son trône céleste, observe à la verticale, l’agonie de son fils sur la croix. L’extraordinaire talent d’évocation de Salvador Dali nous fascine par l’évidence de cette vision péremptoire.

Et comme Dali, nous imaginons la présence au pied de la croix de la maman qui, frappée par l’immense douleur, participe à l’agonie de son fils. Il y a également Jean, le benjamin des disciples, resté fidèle à son maître, alors que tous les autres ont pris la fuite et que Simon-Pierre, celui sur lequel la future Église devait être bâtie, a par trois fois renié son maître avant de s’enfuir aussi. Les Évangiles nous ont fait savoir, à répétition, que la mise à mort de Jésus était prévue et voulue par son père depuis le début de cette histoire prétendument historique.

Le vrai coupable c’est donc bien lui, le père céleste, qui a tout imaginé ; c’est lui aussi qui reste sourd aux supplications de son fils à Gethsémani. C’est lui, le dieu tout-puissant, qui observe, sans réagir, l’agonie de son fils unique. On nous dit que les voies du Seigneur sont impénétrables ? Sans doute, mais ici elles sont impénétrables et absurdes !

Le grand mérite de Salvador Dali est de nous avoir fait saisir en toute simplicité, l’horrible perversion du Dieu mythique chrétien, qui a prétendument voulu le sacrifice de « son fils bien-aimé » afin de se sentir capable de pardonner ! Mais contrairement aux coupables démasqués par Columbo, celui-ci, désigné par Salvador Dali restera hors d’atteinte de la justice des hommes. Il sera même vénéré pour son crime par une multitude qui en son nom se rendra coupable, à son tour, de croisades, de pogroms, de la persécution d’hérétiques, de leurs bûchers, de génocides et autres crimes de guerre ! Cet oxymore où cruauté se veut en même temps amour, est évidemment inconcevable pour les Juifs et pour les musulmans. Et pourtant il y a des « poutres oculaires » dans chacune des trois religions monothéistes. Véritables machines de guerre à l’origine, elles se sont livrées à des conquêtes militaires d’une rare violence prétendument voulues par leur dieu respectif.

Les Hébreux se sont rendus coupables – selon leurs propres livres saints – de l’extermination des sept tribus nominativement citées dans l’Exode et dans le Deutéronome pour conquérir avec l’aide de Yahvé la fameuse « terre promise ». Cette promesse divine trouve encore son prolongement actuel dans la politique d’implantation de nouvelles colonies juives en Palestine ainsi que dans l’interminable guerre larvée entre Juifs et Palestiniens.

Les chrétiens se sont rendus coupables, pendant les croisades, de massacres de la population de Jérusalem afin de « délivrer le tombeau » de leur dieu, pourtant déclaré vide selon leur propre livre saint. Godefroid de Bouillon y a fait figure de criminel de guerre et précurseur de Slobodan Milosévic, le nettoyeur ethnique serbe. Dénonçant la parole du Christ, ils se sont emparés de « ce qui est à César et ce qui est à Dieu » pour établir une théocratie totalitaire et inquisitoriale, la chrétienté, qui a permis à Rome de devenir une puissance mondiale d’une extrême richesse qui se permettait même d’excommunier un empereur.

Les musulmans ont réalisé leur extraordinaire expansion par laquelle ils ont bien failli s’emparer du saint empire germanique des Habsbourg, en faisant le siège de Vienne en 1529. Alors que la civilisation gréco-romaine connaissait un déclin aggravé par la volonté de la chrétienté à faire disparaître l’empreinte du polythéisme antique, la civilisation musulmane rayonnait comme un phare sur le monde occidental. Grâce à l’islam, la culture gréco-romaine et les apports de la science arabe et chinoise ont pu être sauvegardés. C’est par la cuisante défaite navale de Lépante, que le déclin et la désintégration de l’empire ottoman ont commencé et qu’il a été livré à la colonisation partagée des puissances européennes. La longue et profonde humiliation subie par les peuples musulmans est à l’origine d’une soif de vengeance qui est habilement instrumentalisée par les ayatollahs de tous bords. Nous en voyons le résultat actuel dans l’avènement d’un État islamique qui tente de s’établir par la barbarie et par le terrorisme mondial. Son influence semble bien avoir coupé l’élan au timide « printemps arabe » amorcé au Maghreb et au Proche-Orient.

Et pourtant, en considérant l’histoire de la civilisation mondiale, le verre est aussi à moitié rempli. Beaucoup de « poutres oculaires » ont déjà été retirées de nos yeux dans cette partie du monde. Voyons lesquelles.

Une énorme poutre oculaire dans l’œil du judaïsme a été retirée indirectement par l’empereur romain Titus par sa conquête de Jérusalem en 70. La déportation des Juifs après la destruction du temple et la diaspora sont à l’origine du consensus juif décidant l’abandon définitif des sacrifices sanglants imposés par la Torah (voir le Lévitique) et leur remplacement par l’étude talmudique. On se demande ce qui se serait passé sans la destruction du temple. Les sacrifices auraient-ils continués à être rendus à la gloire de Yahvé jusqu’à nos jours ? On imagine dans ce cas, l’horreur de Brigitte Bardot ! Mais tout au contraire, on est également en droit de croire que le remplacement des sacrifices par l’étude est à l’origine d’un extraordinaire progrès de civilisation. Est-ce un hasard, si l’on trouve de nos jours le plus haut pourcentage de prix Nobel accordés à des savants juifs, ou est-ce au contraire en corrélation avec le plus grand pourcentage d’agnostiques et d’athées juifs ? Inversement, c’est au sein de l’islam que tant les pourcentages d’athées avérés que de prix Nobel, sont les plus bas. Ceux qui comme Salman Rushdie ont osé se déclarer athées, font l’exception à la règle, par rapport aux nombreux Juifs, tels que Baruch Spinoza, Edmund Freud, Karl Marx, Albert Einstein, Edgard Morin, Dany Kohn-Bendit et beaucoup d’autres.

Quant au christianisme, il est parvenu grâce à la Sainte Inquisition à retarder la contestation athée et agnostique, par la contrainte. Mais dés les Lumières et la Révolution française, le magistère romain a dû se soumettre de mauvaise grâce à la démocratie et accepter la Déclaration universelle des Droits de l’Homme, tout en continuant à livrer des combats retardataires en matière de divorce, de la pilule, du préservatif, de la dépénalisation de l’avortement, de la « gestation pour autrui (GPA) » etc. ce qui explique sans doute la vertigineuse chute de la pratique religieuse chrétienne en Occident. Vatican II s’est également senti obligé à renoncer à sa fameuse devise : « Extra Ecclesiam nulla salus ! » (Les hérétiques ne seront désormais plus persécutés).

Dans le monde musulman, un énorme progrès de civilisation a été réalisé par Mustafa Kemal, dit Atatürk, après la chute de l’empire ottoman, par l’édification de l’État turc laïc, même si actuellement des forces politiques contraires menacent un retour en arrière. Indéniablement, le bon sens a fait des progrès immenses dans un mouvement de flux et de reflux. Ainsi le récent « printemps arabe » a connu des revers avec l’avènement de ceux qui veulent édifier un État islamique totalitaire, c’est-à-dire un califat où l’État et la religion se confondent en un seul pouvoir totalitaire, qui fait la part belle à la cruauté, à la haine des femmes et qui détruit les monuments archéologiques. L’horreur de leurs actes de terrorisme perpétrés partout dans le monde a fini par provoquer un effet contraire dans l’opinion mondiale, y compris musulmane. Les récents résultats des élections en Iran, montrent que le printemps arabe laïque vient sans doute de reprendre force et vigueur ! En Arabie saoudite, le vote des femmes est même instauré ce qui paraissait impensable encore il y a peu. Par leur barbarie, les criminels fondateurs de l’État islamique viennent probablement de signer leur propre arrêt de mort.

En Occident, il reste cette énorme poutre dans l’œil de la papauté, que Salvador Dali nous a si magistralement révélée et qui constitue un obstacle critique à l’œcuménisme des trois grands monothéismes, si nécessaire à la paix mondiale. Les sceptiques devraient se souvenir qu’au lendemain de la Saint-Barthélémy une réconciliation entre les protestants et les catholiques semblait impossible : ils se sont visiblement trompés, car de nos jours curés et pasteurs donnent les mêmes sermons à la radio chrétienne française (RCF). Les trois, qui croient en un même dieu unique n’ont pas le choix : ils devront s’entendre, ou se démettre !

Post scriptum

Dernièrement, j’ai fait un rêve, où Jésus m’est apparu en songe.

Eu égard à la barbarie d’inspiration religieuse actuelle, je lui demande s’il ne serait pas d’accord pour être vénéré désormais comme un grand prophète, comme c’est déjà le cas pour nos frères musulmans, et ce que nos frères juifs ne refuseraient probablement pas de faire à leur tour, car ils en ont déjà toute une série, et un en plus, ne les dérangerait certainement pas. Avec un sourire béat, il me répond que rien ne lui ferait plus plaisir, car il est temps maintenant pour lui d’apporter la paix aux hommes et non plus le glaive ! [Mt 10/34].

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Informations complémentaires

Année

2016

Auteurs / Invités

Willy De Winne

Thématiques

Catholicisme, Lutte contre les fausses croyances et les fausses sciences, Questions et options philosophiques, politiques, idéologiques ou religieuses, Religions