Un éloge de l’ignorance ! Est-ce sain ?

Jacques Tamine

 

UGS : 2012018 Catégorie : Étiquette :

Description

Nouvel éloge de l’igorance : un essai inclassable.

Est-ce un ouvrage d’épistémologie comme l’auteur le prétend ou un traité de morale pour notre vingt et unième siècle comme il le prétend aussi ? Fournit-il une vulgarisation de la science que nous développons maintenant et en profite-il pour en marquer les dérives technologiques ? Plus simplement veut-il faire partager au lecteur un plaisir d’écrire, soignant son style et rappelant à notre mémoire des mots ou des expressions qui ne méritent pas d’être oubliés, ciselant des aphorismes ? Peut-être veut-il en nous provoquant, nous réveiller de ce ronron confortable que le discours écologique peine à couvrir de ses appels ? Est-il en recherche ésotérique ou pense-t-il qu’il n’est pas utile que nous compliquions à plaisir une vie qui nous tire déjà à hue et à dia ? Enfin n’est-il pas plus simplement encore un conteur d’histoires ou un fabuliste ?

Jacques Tamine, ancien de l’Athénée Adolphe Max, chimiste de formation (Université libre de Bruxelles), informaticien de profession depuis 1961, devenu organisateur et spécialiste des relations humaines en entreprise a enseigné dans le cadre de l’Institut des Hautes Études (lié à l’Université libre de Bruxelles) et à l’Institut Paul Lambin (lié à l’Université catholique de Louvain). Il est consultant pour les organismes internationaux auprès de grandes administrations publiques.

SaT un dessinateur qui monte. Il aime les fourmis. Peut-être une précaution si l’espèce humaine était décimée par sa pollution. Il peut aussi être tendre et sarcastique.

Extrait de la préface de Baudouin Decharneux

« Quelque part au Japon, devant un jardin de pierres, pierres dont on ne peut jamais deviner l’ensemble des contours quel que soit le lieu d’où on les contemple, j’ai songé à ce texte étrange qui se dérobe à chaque ligne. L’ignorance serait-elle recherche d’une plénitude ?

À la manière des livres de sagesse, les lignes qui suivent nous invitent à nous pencher sur l’ignorance. Un livre pour le cherchant, non pour le sachant. Une apologie du doute lorsqu’il permet de goûter aux joies du rire. Mieux, ceci serait un éloge. Alors qu’il nous faudrait fuir, nous voici fascinés, alors que nous sommes pétris de l’illusion du savoir, il faudrait se dépouiller. Entre le Gai savoir et la Docte ignorance, voici venu le temps de redevenir enfant… »

Présentation de l’ouvrage ci-après.

Première Partie

1.       Rationalité et Irrationalité
1.1.    Le langage
1.2.   Une révolution cognitive
1.3.   L’envahissement irrationnel
1.4.   Épistémologie
1.5.   Retour au rationnel
1.6.   Les péchés du rationnel
1.7.   Que reste-t-il des langages ?
2.      Le rôle de l’Histoire
2.1.   Où en sommes-nous ?
2.2.   Qu’est-ce que l’Histoire ?
2.3.   Chemins
2.4.   D’autres Histoires
2.5.   En forme de conclusion
3.      Les origines de l’Ignorance
3.1.   Le temps qui passe
3.2.   La communication
3.3.   La tradition rationaliste
3.4.   Le hasard et la nécessité
3.5.   La tradition démocratique
3.6.   La tradition scientifique
3.7.   Les traditions sociales
3.8.   La tentation religieuse
3.9.   La philosophie
4.      Comment traiter l’ignorance
4.1.   Nier l’ignorance ou la rejeter
4.2.   Reconnaître les origines de l’ignorance
4.3.   L’ignorance : en filigrane de l’histoire
4.4.   Simplicité et ingénuité
4.5.   Les explications toutes faites
4.6.   À quel modèle se rattacher ?
4.7.   Vers la connaissance
4.8.   Contre l’excès d’assurance
4.9.   L’incitation à la critique
4.10. Enseigner ?
4.11.  La morale
4.12. Éloge de l’ignorance

Deuxième Partie

5.     La méthode d’étude
6.     Intransigeance : faiblesse de la raison
6.1.  De simple à double
6.2. Triple
6.3. Le multiple
7.     L’obscur désir de Dieu
7.1.  Prométhée
7.2.  Les religions peuvent-elles évoluer ?
7.3.  La spiritualité
7.4.  Le libre examen
7.5.  Prenons un peu de hauteur
8.     Idéologies et Totalitarismes
8.1.  Anacrouse
8.2. La naissance des absolus
8.3. En sciences
8.4. Idéologies
8.5. Les remèdes
9.     Le mensonge
9.1.  La lorgnette
9.2.  Les théomanes
9.3.  Les mondes du mensonge
9.4.  Conclusion
9.5.  La flèche du Parthe
10.    Ésotérisme : une complexification
10.1. Les sources
10.2. L’arcane
10.3. Méthodes
10.4. Le Nombre d’Or (φ)
10.5. Conclusion
11.     Anthropocentrisme : une simplification
11.1.  Notre environnement
11.2.  Le temps
11.3.  La divination
11.4.  Une obsession
11.5.  La culture du haricot

Troisième partie

Appendice

Un florilège…

Un a priori d’ignorance est la meilleure protection contre l’ignorance des a priori.

Il y a depuis longtemps des êtres humains sur terre, depuis les Grecs, ils sont devenus l’humanité.

Je chéris la première civilisation arabe, celle du neuvième siècle. La société musulmane actuelle, castrée par les invasions seldjoukide et mongoles, ne mérite que tristesse, elle n’exporte plus que sa peur rémanente.

« Vivre » c’est prendre des risques, « communiquer » c’est prendre le risque de tromper. Pour progresser, il faut transgresser.

N’oubliez pas que tout ce que vous confiez à la toile pourra être retenu contre vous.

Les vertus ne nous sont connaissables qu’à travers les multiples défauts qui les illustrent.

Idéologie : un système de pensée pour lequel les réponses précèdent les questions.

Il y a des personnes qui se déclarent « anti-tout », bien plus efficaces donc que « Monsieur Propre ».

Une Bourse qui monterait sans fin même avec des cahots, est une aussi séduisante sirène qu’une économie du développement durable.

Ce n’est pas la profondeur du sillon qui fait bien lever le blé, c’est le soin et c’est l’entretien.

Le perdant de demain est celui qui refusera d’apprendre la langue de l’autre. Qui deviendra incapable de se familiariser avec d’autres visions du monde.

Respecter la lettre du Coran signifie : faire le bien. Cette simplicité est attrayante pour beaucoup, même en nos contrées.

Avec quelques amis très engagés, Yasser Arafat a donné naissance à un secteur économique florissant, celui de la sécurité et de ses appareillages. Un Nobel d’Économie aurait été plus justifié qu’un prix Nobel de la Paix !

Quelques extraits :

1. Enseigner

Faire réciter des sourates à longueur d’enfance, faire se perdre un esprit tout jeunet en catéchèses, promouvoir la délectation morose, c’est semer le virus du rejet de la pensée critique, le virus de la pensée unique et irrévocable, si tant est que l’on puisse alors parler de pensée. Ce virus bien installé passera alors aisément d’une génération à la suivante.

Développer la pensée critique, Construire un socle solide fait de sentiments et de raison. C’est à tout cela que devrait d’abord servir l’éducation. C’est d’ailleurs la base du programme des Lumières.

Dans nos sociétés démocratiques, notre enseignement est-il à la hauteur de l’éducation qui nous paraît tant nécessaire ? En théorie : oui, en pratique… La grande vague de l’enseignement est passée. Depuis l’époque où tout le monde apprenait à lire, écrire et calculer, nous avons fait de tels « progrès » que les besoins de la société ont changé. Les possibilités également.

– L’omniprésente télévision complétée des écrans d’ordinateur encombre nos sens et nous abreuve d’informations… dont la plus grande partie nous est indifférente (le célèbre « temps de cerveau libre »). S’il est toujours nécessaire de savoir lire, le savoir écrire et le savoir calculer nous sont offerts par des machines et des images que nous n’avons qu’à sélectionner. Nous sommes passés du monde du penser au monde de l’absorber. C’est ainsi que dans l’ancienne Rome s’est construit le pouvoir sur les hommes : du pain et des jeux. Mais aux frontières, il n’est plus de barbares… seulement des affamés.

– Les compétences nécessaires dans à peu près n’importe quel métier sont de plus en plus spécifiques. La pression temporelle s’est aussi accrue de manière telle que le mot-clé de la plupart de nos comportements est « efficacité ». Nous devons être performants ! L’homo faber a toujours été dans le monde du faire, mais tentait de s’élever au monde de l’être. Maintenant, il ne lui reste plus le temps de se penser.

– Les systèmes d’enseignement ne peuvent que se plier aux besoins ainsi affichés par notre environnement technico-économique. Nous sommes passés du monde de la communication (interpersonnelle) au monde de la consommation (individuelle).

Parodiant Jules Romains, nous remplacerons donc son Knock : « Tout homme bien portant est un malade qui s’ignore» par « Tout citoyen responsable est un agent économique qui s’ignore». Nous ne sommes même plus guidés par la libido, mais dirigés par le marché.

L’enseignement donc s’en ressent. Les « humanités » s’effacent devant les indispensables technologies. De plus en plus de parents affolés par les perspectives effrayantes d’une économie en roue libre ne pensent plus qu’il faut former des personnes, seulement de bons techniciens.

Malgré le modèle américain, l’enseignement secondaire doit continuer à se concentrer sur les « humanités », c’est-à-dire sur la préservation et l’évolution d’une culture, sur l’ouverture d’esprit. Même l’enseignement universitaire ne peut être trop spécifique, il doit continuer à donner aux personnes la capacité de continuer à apprendre, et la méthode nécessaire.

2. Les risques (que nous gérons peut-être)

Aucune activité humaine n’a jamais été exempte de risque. Notre puissance sur le monde augmente et nous nous promenons de plus en plus près de cette imperceptible limite entre ce que la biosphère peut supporter de nous et le moment où elle « baissera les bras ». La prudence devrait un peu mieux limiter les appâts du gain. Difficile dans un monde guidé par un utilitarisme irréfléchi.

Nous sommes responsables de nos actes vis-à-vis de nos descendants humains tout comme de l’ensemble de la biosphère et, à ce titre, nous sommes censés gérer le patrimoine terrestre en bons pères de famille, pas en fils prodigues. Si nous échouons : tout comme nous parlons de l’extinction des dinosaures, il y a soixante-cinq millions d’années, en tant que la « libération d’une niche écologique au profit des mammifères », il est bien possible que dans un grand nombre d’autres dizaines de millions d’années, un penseur, descendant des actuelles fourmis, se félicite que « l’extinction des mammifères, liée à un brutal changement climatique comme la terre en a connu de nombreux autres, ait libéré la nécessaire niche écologique ».

3. Une conclusion ?

Une ignorance librement reconnue ne peut se confondre avec un obscurantisme imposé. Celui-là même que craignait Martin Luther King : « Rien n’est plus dangereux au monde que la véritable ignorance et la stupidité consciencieuse ». Du grand Brel :

« Mère des gens sans inquiétude
Mère de ceux que l’on dit forts
Mère des saintes habitudes
Princesse des gens sans remards
Salut à toi Dame Bêtise.  »

Je chéris donc le pouvoir que m’offre la prudente ignorance et j’accueille avec reconnaissance les parcelles de connaissances auxquelles elle me permet d’atteindre. Est-ce bien ou mal me comporter ?

Tout va bien mal

Un jour, un petit bien rencontra un petit mal,
Ils se saluèrent bien civilement
(En ces circonstances « bien » vaut mieux que « mal »).
Le mal dit alors : « Je vois que vous vous portez bien »
Et le bien répondit : « Pas mal, pas mal »
Et n’était pas sûr de devoir dire « merci ».
Bien lui en prit car le mal était fait.
Il ajouta pourtant : « Entre nous, cela va bien de soi »
Sur quoi le mal un peu pincé dit : « malheureusement ! »
Que croyez-vous qu’il en résultât ?
Le mal le prit plutôt bien,
Le bien le prit plutôt mal.

Informations complémentaires

Année

2012

Auteurs / Invités

Jacques Tamine

Thématiques

Questions et options philosophiques, politiques, idéologiques ou religieuses