Tiberghien, précurseur d’un idéal oublié

Véronique DORTU

 

UGS : 2008018 Catégorie : Étiquette :

Description

Il considère que la religion joue un rôle essentiel dans l’éducation.

C’est ainsi que Guillaume Tiberghien, recteur de l’Université libre de Bruxelles, la première fois en 1867, la seconde en 1875, entend affirmer sa conception de la laïcité. À ce premier précepte, il faut ajouter son corollaire immédiat : la religion doit y renoncer à son aspect confessionnel. Ceci paraît pour le moins paradoxal. Vraiment ? Et si nous avions perdu, au fil des années modelées par une laïcité d’opposition plutôt que d’harmonisation, le sens de la répartie, la curiosité des mots ? Et si nous avions cultivé la frilosité face à la ferveur des croyants ? Et si nous avions érigé en sujet tabou le sentiment du sacré, qualificatif que je préfère à celui de religieux qui renvoie à une institution et à ses dogmes ? Je suis tentée, aujourd’hui, de verser dans une certaine forme de pessimisme. Si l’on entend brandir à l’envi la menace des communautarismes, des intégrismes, des fanatismes et autres calamités de ce genre, j’ai toutes les raisons de craindre l’avancée vertigineuse d’un obscurantisme intellectuel concerté. Qu’en est-il de ces foules qui courent à Kerbala ? Que faut-il retenir de ces masses de « pèlerins » qui convergent vers Rome pour adorer leur défunt Saint-Père ? Contre ce que je considère comme des dérives de la raison, cherchons des solutions. Osons repenser l’idéal laïque. Donnons à notre système éducatif la possibilité d’un sursaut, car c’est là que se construisent les prémisses de la liberté de pensée, que se mettent en place les moyens de lutter contre tous les dogmatismes. Sans nous attarder sur le sujet de l’introduction d’un cours de philosophie dans le secondaire, qui constitue un de mes engagements citoyens principaux, Tiberghien pourrait très bien, mutatis mutandis, nous donner raison. Pour lui, l’éducation morale revient à un enseignement rationaliste, mais non dépourvu de spiritualité. De mon point de vue, ce dernier aspect doit s’entendre comme sujet de réflexion et non comme fondement.

Peut-être en aurait-il été tout autrement de notre enseignement dit « philosophique » si en temps opportun des idées comme celles de Tiberghien avaient pu faire leur chemin indépendamment d’un cours de religion. Il considère en effet que l’organisation de l’instruction publique revient de plein droit à l’État, indépendamment de toute forme d’ingérence cléricale. Pour l’époque, ce point de vue est audacieux. Ceci dit, il n’en conçoit pas moins le fait que le devoir de tout éducateur soit de cultiver le sentiment religieux chez les enfants. Si celui-ci ne peut, comme le dit Tiberghien, s’identifier à une croyance en particulier, on perçoit chez cet auteur l’incapacité de se dégager d’une conception morale, d’une éducation aux principes éthiques indépendamment du vocabulaire de la tradition chrétienne. En réalité, ce qu’il veut ainsi signifier, n’est-ce pas plutôt l’idée d’une laïcité pluraliste, non cloisonnée à la seule référence de l’athéisme ou réduite au « camp opposé » ? J’en suis convaincue et pense qu’avec semblable principe, notre système éducatif serait plus apte à gérer la diversité des cultures et tiendrait mieux compte du besoin rituel latent ou non qui caractérise notre humaine condition. Le point de vue de Tiberghien est, en tout cas, pour le moins novateur dans une Belgique où la laïcité s’accommode plus naturellement d’un anticléricalisme militant.

Avec Tiberghien, les ministres des cultes n’ont pas leur place au sein de l’école publique. Si la religion catholique, par exemple, prétend à s’enseigner, elle ne peut le faire qu’à l’église. Ceci ne signifie pas pour autant, comme je l’ai suggéré, que l’école laïque soit un foyer d’athéisme.

On peut très bien concevoir, selon Tiberghien, que des enfants catholiques, juifs ou autres aillent à l’école de l’État sans systématiquement remettre en cause leur idéal confessionnel. La sécularisation de l’enseignement passe inévitablement par la séparation de l’Église et de l’État. Le passage des écoles publiques à la neutralité en est le corrélat obligatoire. On remarquera qu’en Belgique, et c’est devenu une habitude, évoquer la neutralité de l’État ou de l’école reviendrait pour un Français à parler de sa laïcité. Cette particularité lexicale demanderait à elle seule une analyse, ce que je ne manquerai pas de faire ailleurs, mais qui ici nous égarerait.

On comprendra mieux ce glissement du concept de laïcisation à celui de neutralisation, qui en réalité se rejoignent sous l’acception du pluralisme, en lisant ce passage où Tiberghien affirme que : « La séparation de l’Église et de l’État, c’est la sécularisation de l’enseignement, c’est la neutralisation des écoles publiques, ouvertes aux enfants de tous les cultes : à l’école l’instruction scientifique, au temple l’instruction confessionnelle. (…) Sans doute, on ne prêchera plus aux enfants dans les écoles des maximes intolérantes, on ne leur inspirera plus la haine pour les dissidents, ni le mépris pour la libre pensée, on ne leur dira plus : « Hors de l’Église, point de salut », « Sans la foi, damnation éternelle » ; mais on leur enseignera l’amour de leurs semblables sans distinction de sectes, la tolérance pour toutes les opinions sincères, le respect pour tous les droits et pour toutes les libertés, la dignité de la raison, la fraternité des peuples et des races, la paternité de Dieu, le salut de toutes les créatures.

« L’atmosphère de l’école sera plus religieuse quand elle sera moins confessionnelle. »

Cette citation mérite malgré tout un regard critique. N’y perçoit-on pas une certaine forme d’œcuménisme laïque, faisant de toute croyance, de tout bon sentiment, le gage d’une fraternité universelle et salvatrice ? À ce titre, le syncrétisme n’est pas loin et par conséquent, en réaction inverse, la montée des fondamentalismes non plus. Ceux-ci se manifestent effectivement quand les limites et repères se désagrègent. Syncrétismes et fondamentalismes sont les deux principales dérives d’un manque d’esprit critique. Les religions, les croyances, les dogmes et les attaches culturelles doivent être passés au crible de la raison philosophique au risque de toujours déjà devenir ou redevenir problématiques. Tiberghien, intellectuel du XIXe siècle, n’a pas l’occasion d’établir ce constat comme nous sommes contraints de le faire aujourd’hui. Sa façon d’envisager la morale dans les classes interpelle. Si elle est complètement désuète au premier abord, il conviendrait peut-être d’y chercher ce que nous avons trop rapidement laissé tomber : la force d’un idéal. En nous dégageant de toutes ses références à Dieu, nous pouvons trouver chez Tiberghien, laïque spiritualiste, une impulsion pour repenser notre rapport à l’absolu.

Tiberghien, brillant étudiant, se fait vite remarquer au sein de l’Alma Mater, à l’Université libre de Bruxelles. Il obtient un prix pour son mémoire et le publie sous le titre Essai théorique et historique sur la génération des connaissances humaines dans ses rapports avec la morale, la politique et la religion. Il s’agit d’une synthèse des enseignements de celui qui deviendra son maître à penser : Karl Christian Friedrich Krause. Tiberghien se fait ainsi le porte-parole et le commentateur le plus avéré de ce philosophe allemand, de nos jours complètement oublié. Soit dit en passant, un autre philosophe espagnol et plus connu celui-là, s’est intéressé aux théories krausistes. Miguel de Unamuno (1864-1936) auteur du Sentiment tragique de la vie défend, ainsi que Krause, l’harmonie des contraires dans une certaine forme d’existentialisme chrétien. À l’époque où Krause élabore son système philosophique, les spéculations gravitent essentiellement autour de l’épistémologie post-kantienne. Krause s’intéresse à Fichte. Comme pour lui, la condition de possibilité de la connaissance réside dans le moi, fondement à la fois du sujet et de l’objet. Cependant, et c’est une différence non négligeable entre les deux systèmes, Krause fait résider la certitude du moi dans le recueillement qui mène à Dieu. J’insiste pour dire que cette référence à Dieu, du moins ce qui en porte le nom, est assez problématique. Vision panthéiste, mystique ou peut-être significative d’un certain humanisme qui en tout cas n’a rien pour plaire au Vatican. L’idéal de l’humanité traduit en espagnol par Julián Sanz del Ráo est mis à l’Index en 1865. Toute la philosophie de Krause est traversée par un profond sentiment mystique, qu’il associe intimement à sa démarche épistémologique. La quête du transcendant, la représentation du divin correspondent à une authentique sublimation des principes mêmes de la science. Je le disais dans mon article intitulé Unamuno et le krausisme : « Krause s’interrogeant sur les actions humaines, établit un schéma en trois parties. Raisonner, sentir et vouloir sont respectivement les actions constitutives de la logique, de l’esthétique et de la morale. Ces disciplines couvrent tous les domaines du savoir et sont les répondants symétriques des attributs de Dieu que sont l’esprit, la nature et l’humanité. Quel que soit le phénomène étudié, nous touchons, selon Krause, à la divinité ».

Si l’on est en droit de rapprocher cette vision des choses d’un profond mysticisme, Krause s’en serait défendu et aurait plus volontiers parlé de rationalisme harmonique, issue inévitable et naturelle d’un long cycle entamé depuis l’apparition de l’humanité. C’est, d’après lui, une loi divine et néanmoins historique. En bon disciple de Hegel dont il a suivi les cours à Iéna, Krause considère très naturellement que les manifestations de l’esprit absolu puissent s’incarner et se réaliser dans le temps des hommes. Il prétend qu’à l’origine l’homme idéaliste et dualiste se représente un monde simple s’appréhendant par l’intuition affective.

Dans un deuxième temps, cette perception de la réalité passe à un mode de représentation purement matérialiste issu de conceptions panthéistes, mais aussi d’une attitude généralement tournée vers le scepticisme. L’humanité voit ensuite venir l’avènement d’une troisième période caractérisée par le pouvoir de la raison. C’est elle qui préside à la réconciliation de l’ordre divin et de l’humanité. Ceci n’ira pas sans nous rappeler le Discours sur l’esprit positif d’Auguste Comte. Tout deux imaginent, en effet, qu’un processus soutient le progrès de l’humanité. Plusieurs étapes le jalonnent, mais convergent vers une idée d’harmonisation. Krause ira cependant plus loin dans cette espèce de fantasme monomaniaque. Sa métaphysique tend, en effet, à prouver, envers et contre tout, le principe d’une dualité entre intelligible et sensible, inhérente à l’homme comme à Dieu, mais transcendée par l’harmonie des contraires. L’homme et même Dieu répondent à cette loi. L’être unique, infini et absolu, est en son contenu composé du monde physique, attribut du sans limite, et du monde spirituel, attribut du sans condition. L’incompatibilité intrinsèque de ces deux entités est suspendue par leur harmonisation, d’où résulte l’humanité. Chaque individu possède ainsi en lui une part de divinité. Pris dans leur ensemble, les hommes font partie de Dieu. Par notre corps et par notre âme, nous sommes le reflet de l’Être suprême. Le corps est l’attribut du fini. L’âme est l’attribut du relatif. Ces qualités font écho à l’infini et à l’absolu, attributs de Dieu.

Krause rêve de totalité. L’organisme humain lui en donne un avant-goût. Tiberghien évoquant son maître dit à ce propos : « Rien n’y est séparé, tout y est uni à tout ; rien n’est livré au hasard, tout est mesuré, pondéré, ordonné en rapport avec tout. De cet accord de tous les éléments de la variété avec l’unité résulte l’harmonie ». À partir de là, Krause envisage tous les éléments de la création, des minéraux au langage en passant par les figures géométriques ou la musique. En précisant que plus les êtres sont organisés, plus ils sont beaux, il affirme qu’« il y a des degrés à l’infini dans l’ordre esthétique, comme dans l’ordre intellectuel et moral, mais tout être a sa beauté : il n’y a pas de laideur absolue, parce que toute chose a son essence et que toute essence est semblable à l’essence divine, ou parce que Dieu est présent à tout ce qui est ». À la suite de cette citation, j’expliquais, dans mon article Unamuno et le krausisme, la théorie panenthéiste du maître allemand : « Krause affirme que le monde est en Dieu, sous Dieu et par Dieu. L’absolu immanent constitue l’essence et l’existence des choses. Dieu n’est donc plus créateur. Son œuvre est continue et émane d’une volonté spontanée. Peut-on, dès lors, qualifier la doctrine krausiste de panthéisme ? Krause et ses disciples s’en défendent. Ils disent ne pas présenter telle quelle l’identité des êtres et du monde avec Dieu. Pour Krause, l’être et le monde sont en Dieu, mais chaque être conserve son individualité. Un nouveau terme était donc nécessaire pour définir la doctrine. Krause introduit dans le langage philosophique le terme panenthéisme signifiant doctrine du tout en Dieu (All-in-Gott-Lehre) ». Sans développer plus avant sa pensée, nous aimerions encore dire un mot de son aspect plus spécifiquement lié à la morale. Nous y trouvons quelques belles leçons d’humanisme et de tolérance desquelles une fois encore Tiberghien tirera de nombreux enseignements.

Krause, quoi qu’en puissent évoquer ses croyances, a pris ses distances par rapport à l’Église. Il œuvre à la promotion de l’humain sans référence à un quelconque magistère. Tiberghien y perçoit l’opportunité d’une nouvelle expérience didactique. Il compte bien y sensibiliser les enseignants, mais aussi les élèves. Pour réformer la société et la perfectionner, quoi de plus logique que de former au respect des devoirs. Krause recommande, en effet, « le respect de la personne humaine, le culte de l’intention droite, de la justice et de l’amour, la recherche de la vérité, de la beauté sous toutes ses formes ». Dans cette perspective, le philosophe se doit de devenir un éducateur. Dans son pseudo catéchisme, Krause établit une liste des devoirs à respecter. Ils portent aussi bien sur ce qu’il convient de connaître, d’aimer et de respecter en Dieu, qu’en l’homme. À ce dernier, il adresse cependant une attention toute particulière. L’homme a l’obligation de se perfectionner sans cesse en cultivant tout ce qui est divin et en profitant des influences éducatrices du monde. Ainsi pourra-t-il accomplir sa propre destinée et contribuer efficacement à l’amélioration de ses semblables et au progrès de la société. La pédagogie devient donc l’outil privilégié d’une possible réalisation de l’harmonie du monde.

La pensée du philosophe allemand a fait de nombreux émules en Espagne qui, par ailleurs, entretenait d’étroites relations avec l’Université libre de Bruxelles. Comme je l’ai dit, Unamuno admire beaucoup Krause, mais il ne le suit pas pour autant jusqu’au bout. Il conteste, en effet, le principe, selon lui abusif, d’une pédagogie systématisée à outrance. Pour Unamuno, un enseignant est avant tout un homme en chair et en os (hombre de carne y huesos) qui donne vie à sa matière et qui, par sa passion à la communiquer, éveille les consciences. Si Unamuno nous a laissé des pages grandioses de philosophie, il fut sans aucun doute et avant tout un professeur remarquable. Son attitude anticonformiste a immanquablement impressionné plus d’un étudiant à l’Université de Salamanque. Il n’est pas non plus passé inaperçu auprès de ses collègues. L’extravagance de ses méthodes faisait grand bruit. Elle pouvait aussi susciter l’indignation au sein d’une institution plus soucieuse de maintenir la tradition que de préoccupations pédagogiques. Une fenêtre ouverte sur le ciel en guise d’une heure de métaphysique, était par exemple pour Unamuno plus propice à la méditation qu’une heure de théorie creuse. Son attitude à l’égard des étudiants est, par ailleurs, plus proche de celle d’un père envers ses enfants que de celle d’un professeur envers ses élèves. Ses tertulias, genre de conversations-promenades en leur compagnie, Plaza Mayor ou dans le patio de l’université, sont restées célèbres. La psychopédagogie est, selon lui, affaire de sentiment plutôt que de théories, toujours oiseuses.

Tiberghien envisage aussi quelques innovations en matière de pédagogie. Elles restent cependant et malheureusement plus conventionnelles. S’il les conçoit parallèlement à ses velléités de neutralisation, ou si l’on préfère de laïcisation de l’école, grâce, notamment, au concours d’une morale indépendante, elles prennent rapidement la tournure d’un nouveau catéchisme moralisateur. Dans ses Éléments de morale universelle à l’usage des écoles laïques, ouvrage datant de 1879 et destiné aux instituteurs, aux institutrices et aux élèves des « deux sexes », il emprunte souvent un style emphatique qui le fait sombrer, malgré son intention inverse, dans la vacuité d’un « Code moral » des plus banals. Je ne résiste d’ailleurs pas à l’envie, non sans ironie, d’en retranscrire le premier paragraphe :

« Ne fais pas le mal, fais le bien. Fais le bien pour le bien, avec abnégation, sans espoir de récompense, ni crainte de châtiment. Ne rends pas le mal pour le mal, car tu ne peux faire le mal en aucune circonstance. Rends le bien pour le mal, car tu dois toujours faire le bien, quoi qu’il arrive…».

Contre cet esprit étriqué, on en viendrait légitimement à préférer par exemple l’immoralisme créateur de Nietzsche, strictement contemporain. Si ces propos mièvres lassent après la deuxième page de lecture, on soulignera cependant la prégnance de son esprit d’ouverture. Écoutons-le, parlant de lui à la troisième personne : « L’auteur ne traite pas (…) des cultes ni des dogmes. Sa doctrine n’a aucun caractère confessionnel, elle est neutre mais elle est en parfaite concordance avec le sentiment religieux le plus large et le plus tolérant. Les dogmes ne sont pas de sa compétence. Il fait œuvre de science, il s’appuie sur la raison pure ». Celle-ci nous semble refléter l’idée d’un Dieu en tant que Logos universel, qui, dit-il, « n’est pas une réalité déterminée opposée à une autre : il est la réalité même. Dieu n’est pas une collection d’êtres, il est l’Être même, l’Être pur et simple. Si Dieu est l’Être, il est un, il est seul et unique. Il n’y a qu’un seul Dieu, puisqu’il est impossible de concevoir deux ou trois êtres, dont chacun serait l’Être » ? Arrêtons-nous ici pour cette citation qui finirait par trop ressembler à un énoncé de la preuve de l’existence de Dieu à la manière d’un saint Anselme, alors qu’elle est tirée d’un manuel de morale.

Que conclure de ces engagements pour le moins singuliers d’un recteur noté laïque ? Que déduire des enseignements de l’histoire qui nous donnent à cette époque l’image d’une France non encore convaincue par la séparation de l’Église et de l’État ? La Belgique d’alors, n’était-elle pas absolument avant-gardiste avec des personnalités comme celles de Tiberghien ? Malheureusement, tant sur le plan politique que pédagogique, ses idées n’ont guère eu d’écho. En France, celles d’un Condorcet auront mis du temps à convaincre. Un siècle plus tard, l’école, puis l’État laïque auront raison des attaches confessionnelles, dont doit se dégager la sphère publique. Chez nous, rien de tel. Doit-on pour autant baisser les bras et laisser au bras séculier, à chaque fois que l’occasion se présente, le pouvoir d’user impunément de sa force ? Si aucune instance, si aucun enseignement n’est prévu pour déconstruire ou au moins marquer du sceau de la critique philosophique les croyances en tout genre, si nous continuons à nous borner dans un système éducatif qui cloisonne, alors nous nous rendons complices de cette manipulation.

Nous continuerons à faire le lit des intégrismes et nous nous écarterons d’un idéal que nul aujourd’hui ne peut plus négliger : l’élaboration d’un mieux-vivre ensemble. Tiberghien eut peut-être le défaut de vouloir amalgamer idéal laïque et sentiment religieux, mais au moins il a refusé d’en faire un tabou. Donnons-nous l’occasion, en tant que laïques, de réfléchir sur les tenants et aboutissants de notre société et voyons s’il n’est pas temps d’en fixer à nouveau certains repères.

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Informations complémentaires

Année

2008

Auteurs / Invités

Véronique Dortu

Thématiques

École / Enseignement, Éducation, Laïcité, Questions et options philosophiques, politiques, idéologiques ou religieuses, ULB