Réflexions dérangeantes – 2013

Pierre J. Mainil
Yves Struys

 

UGS : 2013035 Catégorie : Étiquette :

Description

Pierre
Je suis un « libertaire », tolérant certes, mais…

Yves
La tolérance que tu pratiques, implique uniquement le respect de la personne, de l’individu. Elle dépasse la neutralité, car tu estimes qu’aucune opinion ne peut être déclarée sacrée et par principe intouchable.

Pierre
Aussi ne serez-vous pas étonné d’apprendre qu’il m’arrive de combattre les convictions de tout individu quand je les estime contraires aux droits humains, s’il les balance dans l’espace public pour s’y livrer au prosélytisme. J’estime avoir non seulement le droit, mais le devoir de réagir.

Les hommes, bien souvent sans en avoir conscience, sont soit « monistes », soit « dualistes ». Deux attitudes qui s’opposent.

Yves
L’une affirme que tout ce qui existe, se ramène à « une seule réalité fondamentale » malgré la multiplicité des apparences, l’autre croit qu’il y a dans le monde « deux principes irréductibles », dès l’origine.

Pierre
Avant d’aller plus avant, je dois me définir sur le plan philosophique. Et en circonscrire les limites. En d’autres termes, je dois préciser quelle est ma croyance. Me définir comme croyant surprend toujours. Et pourtant je suis incapable d’apporter la preuve objective du « monisme matérialiste » que je professe.

Yves
Tu es convaincu que la réalité fondamentale est ce que l’on caractérise par le concept de « matière », que la « vie » qui anime les formes matérielles que sont les cellules, n’est qu’une propriété de cette matière, que la « spiritualité » que dégagent certaines organisations cellulaires, qu’elles soient animales ou humaines, n’en est qu’une autre.

Pierre
Mais si vous me demandez de vous en dire plus sur ce « concept » de matière, j’avoue directement que je n’en vois que des « apparences subjectives », subjectives, car elles sont fonction des capacités sensorielles qui sont miennes. Des capacités sensorielles qui m’autorisent au fur et à mesure des avancées de la connaissance, non pas d’approcher la « vérité », mais de construire un « vraisemblable du comment du monde ».

Yves
Car la « vérité » sera pour toi à jamais insaisissable.

Pierre
Je poserai certes des questions, des questions embarrassantes, qui ont amené parfois les haussements d’épaules de spécialistes qui n’osent pas mettre en cause leurs croyances philosophiques, quelles qu’elles soient. Des spécialistes qui avaient été décrits par le psychologue Ribot à la page soixante de son livre sur La logique des sentiments. Il en disait ceci :

Yves
« On s’étonne souvent de voir un esprit supérieur rompu aux méthodes sévères des sciences, admettre en religion, en politique, en morale, des opinions d’enfant qu’il ne daignerait pas discuter un seul instant si elles n’étaient pas les siennes. »

Pierre
Je comprends que la position du scientifique qui adhère par exemple pleinement à la religion catholique soit très inconfortable si j’en réfère au Nouveau Catéchisme de l’Église catholique dont la rédaction avait été confiée en 1986 à une commission de douze cardinaux ou évêques présidée par le cardinal Ratzinger devenu par après le pape Benoit XVI. Après six années de travail, le document avait été approuvé le 25 juin1992 par le pape Jean-Paul II et publié le 11 octobre 1992.

Je vais vous en citer le verset 159 qui évoque les rapports qui doivent exister entre, d’une part, la foi et, d’autre part, la recherche scientifique. Il y est spécifié de façon péremptoire ceci :

Yves
« Bien que la foi soit au dessus de la raison, il ne peut jamais y avoir de désaccord entre elles. »

Pierre
Avant d’aller plus loin, il faut s’entendre sur la signification des mots utilisés. Qu’entend-on par « foi » et par « raison » ? La « foi » est, dans la phrase évoquée, le fait de croire en une ou des vérités révélées par la divinité. La « raison » n’est par contre que l’ensemble des facultés intellectuelles qui sont propres à l’homme, grâce auxquelles il peut penser et porter des jugements.

Yves
Ne t’es-tu pas demandé quelle signification tu devais donner à l’affirmation selon laquelle la « foi » serait au dessus de la « raison » ?

Pierre
Dans ma naïveté, j’avais toujours cru que le contenu de la foi évoqué dans les textes sacrés devait s’adapter à l’évolution des connaissances apportées par l’usage de la raison. Je me trompais si j’en crois la phrase qui suit :

Yves
« Puisque c’est le même Dieu qui révèle les mystères et communique la foi, qui a fait descendre dans l’esprit humain la lumière de la raison, Dieu ne pourrait se nier Lui-même, ni le vrai contredire le vrai. »

Pierre
Le contenu des révélations divines faites dans les temps anciens à des hommes privilégiés aurait donc une valeur supérieure à celle de toute connaissance apportée par la recherche des hommes dans les temps présents.

Eh oui, comme le précise sans ambigüité la suite du texte que voici :

Yves
« C’est pourquoi la recherche méthodique, dans tous les domaines du savoir, si elle est menée d’une manière vraiment scientifique et si elle suit les normes de la morale, ne sera jamais opposée à la foi : les réalités profanes et celles de la foi trouvent leur origine dans le même Dieu. »

Pierre
Vous avez bien entendu. Celui qui s’adonne à la recherche scientifique ne pourra jamais trouver de résultat qui soit opposé au contenu de la foi. Et s’il en trouve, on lui lancera au visage que sa recherche est biaisée et n’est pas menée d’une manière vraiment scientifique.

Et, s’il n’en est pas convaincu, on lui dira qu’il est miné par le péché de l’orgueil, comme le précise ce nouveau catéchisme :

Yves
« Bien plus, celui qui s’efforce avec persévérance et humilité de pénétrer le secret des choses, celui-là, même s’il n’en a pas conscience, est conduit par la main de Dieu, qui les soutient et les fait comme ils sont. »

Pierre
Et quelle est la conséquence de toutes ces impositions pour le chercheur rationnel, s’il veut rester catholique ou tout au moins continuer à travailler dans un établissement d’obédience catholique ?

Simplement être convaincu qu’il ne pourra jamais trouver, au cours de ses recherches, des éléments qui seront opposés à ce qui est écrit dans les livres sacrés. Situation impossible, car s’il est réellement un scientifique dans toute la plénitude du terme, il en trouvera ! Et il sera soit dans l’obligation de se taire, soit de biaiser s’il veut soulager sa conscience. Il sera obligé de prendre des précautions oratoires ou scripturales appropriées !

Yves
Arrive maintenant la grande question : en fin de compte, qui est l’auteur de ces textes dits sacrés ?

Pierre
Pour moi, l’origine est exclusivement d’ordre humain.

Mais je dois me tromper, si j’en réfère à nouveau au Catéchisme de l’Église catholique. On y dit sans ambages que l’auteur des textes sacrés, notamment de l’Ancien Testament des églises chrétiennes, est la divinité elle-même.

Au verset 104, n’est-il pas affirmé ceci :

Yves
« Dans l’Écriture sainte, l’Église trouve sans cesse sa nourriture et sa force, car en elle, elle n’accueille pas seulement une parole humaine, mais ce qu’elle est réellement : la parole de Dieu. »

Pierre
Et au verset 105, il est précisé que :

Yves
« Dieu est l’auteur de l’Écriture sainte – La vérité divinement révélée que contiennent et présentent les livres de la Sainte Écriture, y a été consignée sous l’inspiration de l’Esprit-Saint. »

Pierre
Et si vous avez encore la moindre hésitation, il est martelé en d’autres passages :

Yves
« Notre Sainte Mère l’Église, de par sa foi apostolique, juge sacrés et canoniques tous les livres tant de l’Ancien que du Nouveau Testament, avec toutes leurs parties, puisque rédigées sous l’inspiration de l’Esprit-Saint, ils ont Dieu pour auteur et qu’ils ont été transmis comme tels à l’Église elle-même »

Pierre
Vous allez évidemment demander qui a défini le contenu des « Écritures saintes ». Qui peut le faire sinon le magistère de l’Église qui a fait le triage des écrits laissés par les prophètes qui auraient, paraît-il, reçu les messages divins ?

Si vous ne me croyez pas, lisez le verset 120 pour apprendre que :

Yves
« C’est la tradition apostolique qui a fait discerner à l’Église quels écrits devaient être comptés dans la liste des Livres saints.

Cette liste intégrale est appelée canon des Écritures. »

Pierre
La question suivante à laquelle je dois répondre, est évidemment de connaître ce que comporte ce canon des Écritures. Et la réponse se trouve au paragraphe suivant du verset qui en fournit la liste qui commence évidemment par la Genèse, le premier livre de l’Ancien Testament.

Et ne pensez pas que le scientifique catholique ait le droit de passer sous silence certains éléments gênants de l’Ancien Testament, car le verset suivant 121, déclare :

Yves
« L’Ancien Testament est une partie inamissible de l’Écriture sainte.

Ses livres sont divinement inspirés et conservent une valeur permanente, car l’ancienne alliance n’a jamais été révoquée. …Les chrétiens vénèrent l’Ancien Testament comme vraie parole de Dieu. »

Pierre
Et sachez que le qualificatif employé inamissible signifie, en théologie chrétienne, que cela ne peut pas être effacé.

Et pour cela il faut fouiller le contenu des livres dits sacrés qui parlent de la création du monde.

Aussi est-il opportun de passer maintenant à l’analyse du contenu du premier chapitre de la Genèse de l’Ancien Testament consacré à la création du monde, tant matériel que de celui qui est animé de vie.

Yves
Un premier récit de la création, celui qui est attribué à la source sacerdotale daterait d’il y a deux mille cinq cents ans, et l’autre la source yahviste lui est antérieure et daterait d’au moins deux mille neuf cents ans.

Pierre
Dans la version sacerdotale qui va du verset 1.1 au verset 2.4a, la divinité s’adonne à la création du monde minéral et du monde vivant en six jours.

Elle commence par sortir du néant le ciel et la terre, crée la lumière et la sépare des ténèbres. Les eaux et la terre sont encore indifférenciées.

Le deuxième jour, elle fabrique une coupole, le firmament, pour séparer les eaux d’en bas des eaux d’en haut.

Au milieu du troisième jour, elle fait naître les continents et les mers. Ce monde matériel terrestre est terminé, Dieu examine l’aboutissement de ce travail et, comme le dit le texte,

Yves
« Dieu vit que cela était bon ».

Pierre
Après avoir fait cette constatation, Dieu fait pousser sur la terre les végétations, des herbes portant semence, des arbres fruitiers.

Au quatrième jour, Dieu complète la création matérielle en agrémentant le firmament du soleil, de la lune et des étoiles.

Au cinquième jour, Dieu poursuit la création du monde vivant par le peuplement d’animaux des mers et du ciel.

Au cours de la sixième journée, Dieu crée les bestiaux, bestioles et bêtes sauvages.

Et enfin, cerise sur le gâteau, finalement, à la fin du sixième jour, arrive la création de l’homme et la femme, ensemble. Et pour marquer que l’homme se sépare de par sa nature de tous les êtres vivants déjà créés, Dieu s’exclame :

Yves
« Faisons l’homme à notre image comme notre ressemblance, et qu’ils dominent sur les poissons de la mer, les oiseaux du ciel, les bestiaux comme les bêtes sauvages et toutes les bestioles qui rampent sur la terre.

Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il les créa, homme et femme il les créa.

Dieu les bénit et leur dit : « Soyez féconds, multipliez, emplissez la terre et soumettez-la. »

Pierre
Très satisfaite de tout le travail qu’elle a effectué, la divinité se repose le septième jour.

Mais cela ne se retrouve pas dans l’autre récit de la création, celui de la version yahviste qui commence au verset 2.4b par ceci :

Yves
« Au temps où Yahvé Dieu fit la terre et le ciel, il n’y avait encore aucun arbuste sur la terre et aucune herbe des champs n’avait encore poussé, car Yahvé Dieu n’avait pas fait pleuvoir sur la terre, et il n’y avait pas d’homme pour cultiver le sol. Toutefois, un lot montait de terre et arrosait toute la surface du sol »

Pierre
Quand le monde du vivant a-t-il été créé demanderez-vous ? Et par qui la divinité a-t-elle commencé ? Par l’homme, Adam, le mâle évidemment. Comme un bon potier avec de l’argile, comme il est dit au verset 2.7 :

Yves
« Alors Yahvé Dieu modela l’homme avec la glaise du sol, il insuffla dans ses narines une haleine de vie et l’homme devint un être vivant. »

Pierre
La divinité plante alors un jardin en Éden, y fait pousser de la végétation, y installe l’homme pour le garder et le cultiver. Insatisfaite, elle constate ceci :

Yves
« Il n’est pas bon que l’homme soit seul. II faut que je lui fasse une aide qui lui soit assortie » (….)

Pierre
Vous pourriez supposer que va suivre la création de la femme, Ève ! Eh bien non, car comme il est précisé en ces termes au verset 2.19 :

Yves
« Yahvé Dieu modela encore du sol toutes les bêtes sauvages et tous les oiseaux du ciel, et il les amena à l’homme pour voir comment celui-ci les appellerait : chacun devait porter le nom que l’homme lui aurait donné. »

Pierre
Vous me direz que c’est là un fameux ouvrage puisqu’il y a des millions d’espèces d’animaux différentes. Et vous vous demanderez, du moins je le suppose, comment est-il possible que des paléontologues chrétiens accordent du crédit à un tel texte énonçant que le premier homme aurait connu les grands reptiles disparus voici soixante-cinq millions d’années, les brontosaures, tyrannosaures et iguanodons par exemple. Et aussi des préhominidés, comme le proconsul, le paranthrope, l’oreopithecus, ou des hominidés comme l’homme de Toumaï, ororin, l’australopithèque robuste ou gracile, l’homo habilis, l’homo erectus, l’homo sapiens archaïque, l’homme de Neandertal, tous ces êtres qui sont disparus à jamais de la planète.

Vous allez me faire remarquer qu’une très large majorité des scientifiques catholiques font l’impasse sur cet infantilisme narratif. Certes oui, mais alors expliquez-moi comment le catéchisme qui a été approuvé en 1992, ose encore prétendre que :

Yves
« Les livres inspirés enseignent la vérité (…) Il faut déclarer que les livres de l’Écriture enseignent fidèlement et sans erreur la vérité… »

Pierre
Avec un tel texte, que puis-je répondre au créationniste qui appuie sa conviction sur une lecture littérale de la Genèse pour le convaincre du ridicule de sa position ? Et la tâche est difficile de montrer à ce croyant que le texte qu’il prend comme argumentation ne susciterait chez lui qu’un haussement d’épaules s’il était originaire d’un autre milieu que celui où il a passé sa prime enfance !

Yves
Évidemment, pour se préserver de l’angoisse éventuelle qui serait consécutive à une prise de position rationnelle, certains croyants du monde occidental sont amenés à se réfugier depuis quelques décennies derrière des interprétations allégoriques plus ou moins poussées du premier chapitre de l’Ancien Testament.

Pierre
Mais les rédacteurs du Catéchisme ont trouvé mieux. Ils ont introduit le concept de dessein intelligent. Il faut lire le verset 310 de la page 75 du Catéchisme de l’Église catholique qui est libellé comme suit :

Yves
« Cependant dans sa sagesse et sa bonté infinie, Dieu a voulu créer un monde « en état de cheminement » vers sa perfection ultime. Ce devenir comporte dans le dessein de Dieu avec l’apparition de certains êtres, la disparition d’autres, avec le plus parfait aussi le moins parfait, avec les constructions de la nature aussi les destructions. Avec le bien physique, existe donc aussi le mal physique, aussi longtemps que la création n’aura pas atteint sa perfection. »

Pierre
Vous avez là une remarquable pirouette, une indéniable volte-face qui vise toujours à attribuer à la divinité des propriétés et qualités admirables.

Au verset 302 de la page 73, ne dit-on pas que :

Yves
« La création a sa bonté et sa perfection propres, mais n’est pas sortie toute achevée des mains du créateur. Elle est créée dans un état de cheminement (in statu viae) vers une perfection ultime à atteindre, à laquelle Dieu l’a destinée. Nous appelons ‘ divine providence ’ les dispositions par lesquelles Dieu conduit la création vers cette perfection. »

Pierre
Ainsi donc, le créateur du monde minéral, du monde vivant et de l’humanité n’aurait pas été au bout de la tâche. Il aurait volontairement créé un monde inachevé. Pourquoi demanderez-vous ? Apprenez que c’est un mystère sans réponse.

Comment la suite des événements s’est-elle déroulée ?

Lisons pour cela ce qui est écrit à la phrase suivante du catéchisme, à savoir ceci :

Yves
« (….) Le témoignage de l’Écriture est unanime : la sollicitude de la divine providence est concrète et immédiate, elle prend soin de tout, des moindres petites choses jusqu’aux grands événements du monde et de l’histoire. Avec force, les livres saints affirment la souveraineté absolue de Dieu dans le cours des événements… »

Pierre
Que peuvent dire les mots « souveraineté absolue de Dieu dans le cours des événements » sinon que rien n’arriverait dans le monde sans son approbation. Si vous en doutez, lisez le verset 288 qui affirme que sa toute puissance est multiple, car :

Yves
« … elle est universelle puisque Dieu qui a tout créé, régit tout et peut tout, aimante, car Dieu est notre père, mystérieuse, car seule la foi peut la discerner quand elle se déploie dans la faiblesse. »

Pierre
Il faut aussi lire ce qui est écrit aux pages 71, 72 et 73 sur le mystère de la création. Ainsi est-il dit au verset 295 que Dieu a créé par sagesse et amour :

Yves
« Nous croyons que Dieu a créé le monde selon sa sagesse. Il n’est pas le produit d’une nécessité quelconque, d’un destin aveugle ou du hasard. Nous croyons qu’il procède de la volonté libre de Dieu qui a voulu faire participer les créatures à son être, à sa sagesse et à sa bonté. »

« Si Dieu crée avec sagesse, la création est ordonnée. Notre intelligence, participant à la lumière de l’intellect divin, peut entendre ce que Dieu nous dit par sa création, certes non sans grand effort et dans un esprit d’humilité et de respect devant le créateur et son œuvre… L’Église a dû, à maintes reprises, défendre la bonté de la création, y compris du monde matériel »

Pierre
Laissez-moi encore l’occasion de citer le verset 338 de la page 79. Nous apprendrons que :

Yves
« Il n’existe rien qui ne doive son existence à son créateur. Le monde a commencé quand il a été tiré du néant par la parole de Dieu : tous les êtres existants, toute la nature, toute l’histoire humaine s’enracinent dans cet événement primordial ; c’est la genèse même par laquelle le monde est constitué, et le monde a commencé. »

Pierre
On est en plein délire. Tout ce qui se passerait dans le monde matériel devrait son existence à Dieu, à sa sagesse, à sa bonté.

Oseriez-vous aller dire aux familles des deux cents mille victimes du tremblement de terre à Haïti que cet événement doit sa survenance à la sollicitude de Dieu ?

Oseriez-vous prétendre que les tsunamis dévastateurs, les éruptions volcaniques, les ouragans, tous les phénomènes meurtriers qui ne doivent rien à l’action humaine se réalisent selon les plans imaginés par la divinité ! Une divinité que l’on ose proclamer sage, aimante ?

Je ricane avec cette mention incroyable de la sollicitude de la divine providence !

Je ne suis pas le seul. Un curé, l’Abbé Jean Meslier, avait laissé à sa mort, en 1729, un dossier dans lequel il clamait son matérialisme athée qu’il avait caché toute sa vie durant pour ne pas encourir les foudres de l’inquisition catholique.

Il disait notamment :

Yves
« Tous les livres sont remplis des éloges les plus flatteurs de la providence dont on vante les soins attentifs… Si je porte mes regards sur toutes les parties de ce globe, je vois l’homme sauvage et l’homme civilisé dans une lutte perpétuelle avec la providence ; il est dans la nécessité de parer les coups qu’elle lui porte par les ouragans, les tempêtes, les gelées, les grêles, les inondations, les sécheresses et les accidents divers qui rendent si souvent tous ses travaux inutiles. En un mot, je vois la race humaine occupée à se garantir des mauvais tours de cette providence que l’on dit occupée du soin de son bonheur. »

Pierre
Laisse-moi asséner cette dernière évocation avec le verset 341 du Catéchisme consacré à la beauté de l’Univers :

Yves
« L’ordre et l’harmonie du monde créé résultent de la diversité des êtres et des relations entre eux. L’homme les découvre progressivement comme lois de la nature. Ils font l’admiration des savants. La beauté de la création reflète l’infinie beauté du créateur. Elle doit inspirer le respect et la soumission de l’intelligence de l’homme et de sa volonté ».

Pierre
Les savants dont il est question dans ce verset sont-ils aveugles ? Des lois de la nature existent certes, mais ce monde dans lequel nous sommes immergés n’est pas statique. Où se trouvent cet ordre et cette harmonie ? Je ne vois que mouvement, changement et destruction.

Ce qui est perçu du réel n’est jamais deux fois semblable à lui-même. Sur cette planète « terre », les cours d’eau érodent les continents, des montagnes naissent, d’autres s’amenuisent, les sédiments se déposent, les plaques continentales se déplacent, les volcans crachent leurs gaz et leurs cendres, les météorites tombent, etc. Tant dans sa composition que dans sa structure et dans la disposition de ses éléments, la « terre » sera différente de ce qu’elle est aujourd’hui !

La « terre » tourne sur elle-même. Elle tourne autour du soleil qui tourne sur lui-même et se déplace dans notre galaxie, la Voie Lactée qui elle-même se rapproche ou se distancie de ses voisines. Jamais notre planète n’occupera la position qu’elle a à cet instant.

Le soleil gaspille son énergie. Il a ses orages. Il éructe ses gaz. Des taches naissent, puis disparaissent. À chaque moment, il est autre. À chaque instant des atomes radioactifs disparaissent par fission. Ils ne réapparaîtront jamais. D’autres font place à d’autres atomes par fusion. Des objets émettent des photons électromagnétiques, notamment ceux dits lumineux, qui s’éloignent et ne réintègreront jamais le corps qui leur a donné naissance.

L’observation astronomique décèle d’autres galaxies dont nous percevons des lumières émises il y a des millions, voire des milliards d’années. Elles occupent à l’heure présente d’autres positions dont nous ne savons rien. Des émissions phénoménales de rayons X nous arrivent.

Et ce, pour toujours. Des espèces animales naissent, d’autres disparaissent. Que reste-t-il des grands reptiles de l’ère secondaire ? Simplement des squelettes et des traces fossilisées. Ces animaux ne réapparaîtront jamais en aucun temps ni aucun lieu sur la terre.

L’ensemble des hommes, ce que l’on désigne par le concept d’humanité, ne se reproduira jamais avec la même composition.

Yves
Toi-même, en tant qu’être unique, tu n’es qu’une apparence. À chaque seconde qui passe, tu es différent. Tu ne serais jamais deux fois le même au cours de ta vie.

À chaque seconde, des cellules de tes muscles et de ton sang sont annihilées et d’autres naissent. À chaque minute, des cellules de ton cerveau meurent. Elles ne seront jamais remplacées.

Pierre
Et jamais, quelle que soit la durée de l’existence du genre humain sur la planète bleue, il n’y aura un homme qui sera identique à ce que j’étais il y a quelques minutes et que je ne suis déjà plus maintenant.

Et l’on nous présente cette création comme achevée, ordonnée et harmonieuse !

Alors, que reste-t-il de vraisemblable dans les écrits que le magistère religieux catholique présente. Pour moi, rien de crédible. Un self service où le croyant peut choisir l’une ou l’autre thèse parmi tout un fatras allant du créationnisme vulgaire au créationnisme symboliste jusqu’à la notion de « dessein intelligent », un fatras qui se contredit lorsqu’on le lit avec méthode.

Yves
Mais tout n’est pas dit. Il y a encore matière à réflexion avec la création de la femme selon la version yahviste de la Genèse.

Pierre
Comme l’homme continuait à s’ennuyer dans la solitude du « jardin d’Éden », même après la création des animaux, la divinité à nouveau toute remplie de sollicitude, lui fabrique une femme comme le décrit le texte sacré aux versets 2.22 à 2.25 :

Yves
« Yahvé Dieu façonna une femme et l’amena à l’homme. (…) C’est pourquoi l’homme quitte son père et sa mère et s’attache à sa femme, et ils deviennent une seule chair. Or tous deux étaient nus, l’homme et sa femme étaient nus, et ils n’avaient pas honte l’un devant l’autre.

Pierre
Mais il n’a fallu guère de temps pour que cette honte leur soit révélée, car cette divinité infiniment bonne, sage et puissante n’a pas pu s’empêcher d’attribuer à la femme un défaut qui va amener la faute suprême : la désobéissance commise à l’instigation du rusé et malveillant serpent incarnant le mal.

Et arrive ainsi le « péché originel ». Et sa concrétisation, je vous la donne en mille, la prise de conscience de leur nudité. Et de rien d’autre ! Cet Ancien Testament ne dit pas autre chose après la consommation du fruit défendu de l’Arbre de la connaissance du bien et du mal !

Yves
« … Alors leurs yeux à tous deux s’ouvrirent et ils connurent qu’ils étaient nus ; ils cousirent des feuilles de figuier et se firent des pagnes. Ils entendirent le pas de Yahvé Dieu qui se promenait dans le jardin à la brise du jour, et l’homme et sa femme se cachèrent devant Yahvé Dieu parmi les arbres du jardin. »

Yahvé Dieu appela l’homme : « Où es-tu ? » dit-il. « J’ai entendu ton pas dans le jardin, répondit l’homme ; j’ai eu peur parce que je suis nu et je me suis caché. »

Pierre
En lisant ce texte, je n’ai pu que m’apitoyer sur le caractère pudibond ainsi que l’imprévoyance de cette malheureuse divinité qui tout en étant la puissance et la bonté suprêmes, celle dont les pouvoirs sont incommensurables, se met à créer des êtres :

– crédules comme Ève,
– faibles de caractère comme Adam,
– ou mauvais comme le serpent.

Dieu avait pourtant créé l’homme et la femme avec leurs organes génitaux particuliers. Adam avec un pénis et des testicules, Ève avec une vulve, un vagin et un clitoris. La connaissance du mal était de s’apercevoir qu’ils en avaient.

Ne me demandez pas à quoi servaient ces organes avant la faute parce que je ne sais que vous répondre. À rien. Adam et Ève ne baisaient pas. Ils ne forniquaient pas. Ils ignoraient tout du plaisir sexuel !

Ils étaient de plus les seuls humains à être sur la terre. Mais quelle infamie d’avoir à se présenter nus devant leur créateur, tels que celui-ci les avait créés !

Yves
La société décrite dans la version yahviste de la Genèse de l’Ancien Testament est de toute évidence patriarcale. Le « maître » mis en scène est le propriétaire d’un vaste domaine. Il aime se promener dans la propriété le soir lorsque les grandes chaleurs ont cédé le pas. Le couple qu’il a à son service a désobéi. Il sera puni, lui et toute sa descendance. Et cela jusqu’à la fin des temps.

Pierre
Dans les pages qui précèdent le récit yahviste, dans la version sacerdotale, on ne tient pas du tout le même langage. L’homme et la femme sont façonnés ensemble, en même temps. Et Dieu leur dit :

Yves
« Soyez féconds, multipliez, emplissez la terre et soumettez-la. »

Pierre
Comment l’homme et la femme pourraient-ils être féconds s’ils ne copulaient pas, s’ils ne baisaient pas, s’ils n’avaient pas de relations sexuelles ? La sexualité n’y est pas interprétée comme une faute. Il n’y a pas de désobéissance du couple humain. Donc pas de péché originel.

Alors demanderez-vous pourquoi le magistère de l’Église catholique tient-il à maintenir dans l’Écriture sainte la niaiserie relative à cette faute primordiale ?

Très simplement parce que le péché originel est indispensable à la survie de la religion catholique. S’il est supprimé, n’ont plus de sens :

– tant le dogme de l’immaculée conception de Marie, c’est-à-dire sans être affublée du péché originel,
– que sa fécondation par l’Esprit-Saint, pour procréer le petit Jésus sans avoir eu recours à son époux Joseph avec qui elle n’a jamais eu de relations sexuelles,
– que l’incarnation de la deuxième personne de la trinité divine chrétienne,
– que l’expiation de la faute primordiale par la crucifixion de Jésus.

Les fondations de cette religion seraient détruites ! Évidemment le dilemme est d’importance pour le magistère.

Yves
Doit-on poursuivre l’analyse des textes sur lesquels un adepte de la religion catholique se baserait pour établir sa conviction ?

Pierre
Je pense que quiconque possède quelques notions d’astronomie, de physique et de biologie, a compris que l’écrit consigné dans le premier chapitre de l’Ancien Testament, la Genèse, n’est qu’un récit magique certes, qu’une histoire inventée il y a quelques milliers d’années par des hommes dont les connaissances étaient rudimentaires en ce temps où l’humanité sortait à peine de la période néolithique. La croyance en ce conte merveilleux s’est maintenue sans critique fondamentale jusqu’au début du XVIIe siècle. Mais la répression de tout contestataire a été féroce.

Yves
De 1184 à 1766, on réprima en France par la violence toute parole impie, injurieuse envers la divinité. Ne pas s’écarter de la parole révélée était le leitmotiv. Alors que l’on ne s’étonne pas que, sur la plan de la connaissance pure, que ce soit en géologie, en biologie, en astronomie, enfin dans tous les domaines de la connaissance, il était interdit de s’écarter de la parole révélée. Et encore pas tellement loin de nous.

Pierre
Faut-il rappeler 1870, et ce qui a été dit au premier concile du Vatican ? Dans la constitution Dei Filiis qui en est résultée, ne jetait-on pas l’anathème, la malédiction divine à défaut de pouvoir encore faire plus, sur ceux qui auraient osé, selon le progrès de la science, attribuer aux dogmes proposés par l’Église un autre sens que celui qu’a entendu et qu’entend l’Église, ceux qui auraient osé :

Yves
« …ne pas recevoir dans leur intégrité avec toutes leurs parties comme sacrés et canoniques les livres de l’écriture comme le saint concile de Trente les a énumérés ou nie qu’ils soient divinement inspirés ; »

Pierre
Et la conclusion arrivait de soi et était exprimée en des termes excluant tout dynamisme intellectuel :

Yves
« Aussi doit-on toujours retenir le sens des dogmes sacrés que la Sainte Mère l’Église a déterminé une fois pour toutes, et ne jamais s’en écarter sous prétexte et au nom d’une intelligence supérieure à ces dogmes ».

Pierre
Quel que soit le domaine envisagé, la loi divine, le dogme fixé par la hiérarchie devait avoir le pas sur la loi civile, la loi séculière, car comme le disait le concile de 1870 :

Yves
« La doctrine de la foi que Dieu a révélée n’a pas été livrée comme une invention philosophique aux perfectionnements de l’esprit humain, mais a été transmise comme un dépôt divin à l’épouse du Christ pour être fidèlement gardée et infailliblement enseignée. »

Pierre
En 1992. cent vingt-deux années plus tard, la position de l’Église catholique est toujours la même. Malgré les grands progrès qui ont été accomplis dans la connaissance rationnelle. Sans discontinuer. Et d’autres découvertes viendront encore.

Yves
Vous vous demanderez peut-être la raison pour laquelle toute cette démonstration ne s’est basée que sur les écrits de l’Église catholique.

Les raisons sont au nombre de deux.

Pierre
En premier lieu, cette religion est ce que l’on appelle une religion du livre, à savoir une religion qui compte, dans ses textes sacrés, la Genèse de l’Ancien Testament. Les deux autres religions présentes dans la sphère occidentale, à savoir la juive et la musulmane, ont des textes du même genre. La transposition de mes critiques peut être facilement faite.

En second lieu, critiquer uniquement le judaïsme ou l’islam vous fait rapidement attribuer l’étiquette d’antisémite ou d’islamophobe. Des étiquettes dont le caractère irrationnel annihile tout effort de critique rationnelle !

Vais-je maintenant m’arrêter ? Non. Il serait indigne de ma part de me contenter de démolir les thèses adverses. Je dois faire plus. Je dois vous fournir des éléments notamment sur la création de la vie.

Yves
Car, en fin de compte, quelle définition peut-on donner à « la vie » ?

Pierre
Tous les scientifiques reconnaissent qu’elle doit résulter d’un grand nombre d’étapes chimiques qui avaient une probabilité non négligeable d’avoir lieu dans les conditions existantes.

Restons honnêtes intellectuellement. Acceptons en premier lieu que nous ne connaissons que très peu tant des « conditions existantes » à l‘origine que de la plupart des étapes qui ont jalonné la naissance de la vie. Les archives sont très parcellaires. Et il en sera ainsi jusqu’à la fin des temps. Mais personne ne peut nier que la vie sur terre s’est complexifiée, et que des convergences se sont dégagées.

Yves
Quel est le scénario le plus probable à l’heure présente de cette émergence des êtres vivants ?

Pierre
La paléontologie permet quand même d’apporter une amorce de réponse.

Il y a trois milliards huit cents millions d’années, selon les dernières estimations, seraient apparues les cellules sans noyau, les procaryotes présents sous forme de bactéries et d’algues.

Il a fallu encore attendre un milliard cinq cents millions d’années pour qu’arrivent les êtres monocellulaires à noyau, les cellules eucaryotes.

Quelques cinq cents millions d’années plus tard, les associations de cellules ont émergé pour former un corps unique. Cinq cents millions d’années ont encore été nécessaires pour que surviennent les vertébrés.

Les premiers mammifères ont été présents sur terre il y a quelques deux cents millions d’années. La disparition de la plupart des reptiles il y a soixante-cinq millions d’années a permis un extraordinaire développement de ces mammifères soit sous la forme marsupiale, dont il ne reste comme vestige que la faune autochtone d’Australie, soit sous la forme placentaire dont nous sommes issus.

L’homme est sans conteste l’animal terrestre dont l’écorce cérébrale est la plus riche en neurones. Et l’examen des cerveaux des mammifères, en partant des insectivores jusqu’aux grands singes, semble indiquer qu’il y a une convergence dans cette complexification du néocortex pour aboutir à l’être humain.

Yves
Mais cela ne peut pas servir à démontrer que toute l’évolution de la vie sur terre n’était destinée qu’à donner naissance à notre espèce, que l’homme en serait la finalité et qu’il serait le point Omega vers lequel le vivant devait se diriger et auquel il devait aboutir.

Pierre
Cette convergence dans la complexification s’est produite pour d’autres organes que le cerveau. Et l’homme leur est bien inférieur en ces domaines !

Une question importante se pose alors. Ces réactions physico-chimiques devaient-elles se produire selon des lois pouvant être mises en évidence par l’expérimentation ? Autrement dit, cette formulation implique-t-elle un déterminisme sans faille, ou une part peut-elle être réservée à l’aléatoire notamment pour ce qui est des mutations ?

Yves
Nous n’avons en fait que trois thèses possibles.

La divinité, dont on ne connaît rien, aurait doté la matière qu’il aurait sortie du néant, de ce déterminisme, soit directement lors de sa création, soit selon une autre procédure moins brutale étalée dans le temps, au cas par cas : c’est la thèse du « dessein intelligent ».

A contrario, il n’y a pas d’intervention d’un quelconque démiurge, et ce déterminisme fait partie des propriétés de cette matière dont on ne connaît pas, je le reconnais, la provenance. La vie ne serait qu’une facette inévitable de la structuration complexe physicochimique de ses constituants; c’est l’hypothèse d’un déterminisme de ce fait absolu qui se cache derrière un chaos déterministe ; la multitude de causes intervenantes fait que le phénomène reste voilé à l’entendement humain.

Toujours sans l’intervention d’un dieu, le déterminisme est bien là, mais sans être absolu : une part de l’aléatoire est supputée.

Le déterminisme est relatif.

Et vient alors la question cruciale ; est-il possible de démontrer que le « hasard », indispensable pour le déterminisme relatif, existe ?

Pierre
La seule réponse que je puisse fournir, est que c’est là une tâche impossible. Pourquoi ? Mais parce que le vrai hasard, non pas celui des causes cachées, n’est pas réplicable. Il n’obéit à aucune loi et est, pour cette raison, indécelable expérimentalement.

Yves
Que choisir ? Pourtant, pour ta part, tu as opté pour la troisième hypothèse du déterminisme relatif.

Pierre
Sur le plan philosophique, je suis moniste matérialiste : je ne crois pas au dualisme esprit/matière. Je me considère de ce fait comme faisant partie du monde matériel.

Si ce monde est gouverné par un déterminisme intégral, je dois en tirer la conséquence et admettre également que je suis un être totalement déterminé.

Mon orgueil fait que je ne puis pas accepter que le moindre de mes actes doive inévitablement survenir. Je revendique un degré de liberté dans mon fonctionnement.

Autre exemple : celui d’une maladie virale, la grippe, qui affecte des millions d’hommes chaque année et contre laquelle il faut innover un vaccin chaque fois que le virus a muté. Celui qui croit au déterminisme « absolu » ou au « dessein intelligent » se doit d’affirmer qu’il y a quinze milliards d’années l’arrivée de ce virus était programmée. Et aussi qu’il y aurait un laboratoire et des chercheurs qui devaient mettre au point un vaccin pour prévenir ses effets nuisibles.

Yves
Et les autres hypothèses ? Je te demande si tu as une objection à présenter à un interlocuteur qui opterait pour la première ou la deuxième hypothèse.

Pierre
Je ne puis que répondre que rien ne m’autorise à dénier à autrui le droit de croire soit au déterminisme absolu, soit à l’existence d’une divinité manipulant la matière selon un dessein intelligent.

Mais, dois-je préciser, cette croyance doit l’être à titre personnel.

Car je deviens radicalement critique lorsque cet autrui veut aller plus loin et me somme de croire aux pouvoirs de l’auteur de cette réalisation, comme par exemple ses infinies perfection, puissance et bonté qui seraient matérialisées dans le monde créé. Des beautés et de l’harmonie de l’Univers totalement contredites par un examen critique de ce qui se passe dans le monde matériel là où il n’y a pas la moindre intervention humaine.

Ou, ce qui est encore plus pernicieux, lorsqu’il veut rendre obligatoires des règles de vie qui auraient été annoncées à des hommes privilégiés. Il ne faut pas s’illusionner : les intentions des laudateurs de ces thèses ne sont pas pures. Comment mieux édicter les règles restreignant les libertés de l’homme qu’en les faisant découler d’ordres donnés par le créateur du monde.

Yves
Et c’est pour cette raison que tu les combats, en tentant de saper l’irrationnel délirant que l’on peut trouver dans les textes prétendus sacrés par les magistères religieux.

Pierre
Mon plus grand souhait serait que l’homme ait une indépendance d’esprit suffisante pour veiller à utiliser en toute conscience son libre arbitre et à exercer sa liberté avec équité dans le choix d’une position. Ce choix implique la maîtrise des problèmes et, par là même, la connaissance.

Yves
La volonté de s’y atteler, existe-t-elle ?

Pierre
Je suis arrivé à en douter.

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Informations complémentaires

Année

2013

Auteurs / Invités

Pierre J. Mainil, Yves Struys

Thématiques

Foi, Questions et options philosophiques, politiques, idéologiques ou religieuses, Religions