Quelques références du Conseil de l’Europe en matière de citoyenneté

Pol DUPONT

 

UGS : 2006037 Catégorie : Étiquette :

Description

On peut synthétiser la réflexion du Conseil de l’Europe autour de cinq thèmes privilégiés qui ont conditionné les réalisations concrètes. 

1. L’art de notre temps a considérablement changé…

Tout indique que nous sommes entrés dans une ère de l’immédiat, de l’inattendu, du précaire et de l’individualisme égoïste ; tout indique que « les chercheurs d’or » de l’avenir, ces nouveaux Christophe Colomb du XXIe siècle, s’évertuent à découvrir d’autres Eldorado pour le meilleur et pour le pire.

Rien de nouveau sous le soleil sinon l’extrême rapidité de l’évolution et des changements ; rien de nouveau sous le soleil puisque Sophocle, dans Antigone, avait déjà exprimé avec clarté dans son Ode à l’homme, que l’être humain, « maître d’un savoir dont les ingénieuses ressources dépassent toute espérance » pouvait « prendre la route du mal comme du bien ».

2. On ne naît pas citoyen !

On le sait, car on le vit, il n’est pas aussi simple qu’on l’imagine au premier abord le dialogue avec l’autre… homme !

Pas évident de faire se côtoyer des réalités biologiques, anthropologiques, spirituelles, politiques, sociologiques… différentes… !

Pas aisé d’adhérer activement à des valeurs fondamentales, mais précaires parce que toujours à défendre, comme l’humanisme, le pluralisme, la démocratie.

C’est que l’on n’est pas citoyen responsable par naissance, mais qu’on le devient par construction personnelle en se frottant aux autres.

Quels que soient les âges, les genres, les temps et les espaces, la citoyenneté s’apprend, se perfectionne et se développe par le dialogue accepté et l’écoute en tentant de concilier unité et diversité, de développer une éthique de la compréhension et d’œuvrer dans l’espace et dans le temps à l’humanisation des sociétés.

C’est sans doute parce que l’on ne naît pas citoyen que l’école, temple de l’initiation sous toutes ses formes (scientifique, culturelle, artistique, cognitive…), apparaît comme l’un des lieux les plus adéquats pour un apprentissage de la vie en société.

3. Nous sommes faits de tous les autres

Se cultiver serait ainsi sortir de sa propre culture !

En effet, la culture n’existe qu’à travers les cultures et l’éducation présente cette originalité essentielle qu’elle contribue aussi à la construction de l’identité personnelle en sauvegardant les identités singulières tout en favorisant les métissages cognitifs, sociaux et culturels : en fait, qu’on le veuille ou non, nous sommes faits de tous les autres !

C’est à ce passage de l’un aux autres que se situe le centre de gravité de l’éducation à la citoyenneté démocratique, à cet endroit où l’on abandonne une partie de soi et de ses convictions initiales, non par asservissement, mais par réflexion, raison et conscience, pour embrasser un nouveau monde d’idées qui n’oblitère en rien les cultures qui nous ont façonnés.

Mais l’école est-elle ce laboratoire de vie exceptionnel, développe-t-elle cette culture démocratique qu’elle inscrit cependant dans son projet, développe-t-elle durablement l’art de « naviguer » avec les autres, multiplie-t-elle la diversité des horizons, stimule-t-elle la convivialité et la fraternité, émancipe-t-elle l’individu en magnifiant à la fois l’autonomie et l’apprentissage des règles de la vie collective, est-elle un lieu de tradition ou d’innovation… ?

Toutes ces interrogations et bien d’autres pourraient nous faire dire que « l’enfer… ce sont ces questions… ! », mais aussi nous indiquer à suffisance, si nous ne le savions pas, que le cheminement réflexif pour atteindre l’idéal d’une école se préoccupant de « fabriquer » des êtres pensants est loin d’être achevé.

Sans doute, la culture du débat est-elle encore trop peu présente ; sans doute aussi, l’acte éducatif n’est-il pas suffisamment envisagé comme une rencontre intellectuelle et sociale autour de projets porteurs de significations ; sans doute enfin, trop d’enseignants n’ont pas compris que s’ils existent, c’est pour qu’on puisse se passer d’eux !

4. Le chemin se fait en marchant

Entre le dire et le faire existe un « gap » impressionnant, car l’institution scolaire prépare insuffisamment, pratiquement et concrètement à l’apprentissage du débat, à la compréhension de la pensée d’autrui, à l’écoute et au respect de la voix des autres.

Or, on a bien compris qu’il s’agit moins d’enseigner la démocratie que de la vivre et de stimuler une fraternité sans frontière, sorte d’altruisme universel, sans lesquels la construction démocratique risque de s’effondrer.

Chantier immense déjà circonscrit par Condorcet quand il réduisait l’avenir de l’espèce humaine à trois points importants : les progrès de l’égalité entre les nations, les progrès de l’égalité dans un même peuple et le perfectionnement réel de l’homme, espérances qui sont toujours d’une grande actualité.

Chantier immense qui nécessite à la fois des professeurs et des animateurs d’intelligence soucieux de développer les principes et valeurs mis en évidence. 

5.  Être des passeurs d’une rive à l’autre

Au terme de cette réflexion inachevée et sommaire, il semble que la construction et l’apprentissage de la citoyenneté ne peut exister que si l’on prend en compte des extrêmes apparemment contradictoires.

Cette construction semble se situer aux articulations, entre un « passé-présent » et un futur, entre la stabilité et la flexibilité, entre des savoirs constitués et des savoirs en construction, entre un savoir cumulatif et un savoir qui devient inventif, entre le simple et le complexe…

Sans doute aussi, cet apprentissage de la citoyenneté s’inscrit-il dans une démocratie scolaire et une démocratie cognitive plus largement affirmée, l’être humain ne pouvant exister que sur le mode de l’action, c’est-à-dire de la création.

Sans doute, tous les acteurs auront-ils perçu que les utopies de la liberté, de l’égalité et de la fraternité sont des utopies de la rareté toujours à conquérir, qui se nourrissent de conflits d’idées et d’opinions, de pluralismes et d’antagonismes qui leur donnent toute leur vitalité.

Pas facile donc de prendre en compte le caractère complexe et multiforme de ces utopies comme il n’est pas aisé, pour chacun d’entre nous d’être des « passeurs » de solidarité, de fraternité et de paix.

C’est pourtant ce que l’on attend de nous ! 

6.  En fin de compte

Le Conseil de l’Europe a été réellement l’élément fédérateur, moteur et mobilisateur des ressources européennes en matière de citoyenneté démocratique.

Se basant implicitement sur ces constats, considérant qu’en cette matière plus que dans n’importe quelle autre, « le chemin se fait en marchant » et que la démocratie se nourrit beaucoup d’éducation, les chefs d’État et de gouvernement des États membres du Conseil de l’Europe ont lancé en 1997, le projet « Éducation à la citoyenneté démocratique » (ECD) dans le but de renforcer la démocratie pluraliste, le respect des droits de l’homme et la prééminence du droit.

En tentant de mieux concilier unité et diversité, de développer davantage une éthique de la compréhension et d’œuvrer, dans l’espace et dans le temps, à l’humanisation de la société, le Conseil de l’Europe a bien compris que l’éducation à la citoyenneté démocratique qui comprend notamment l’Éducation aux Droits de l’Homme, l’éducation civique, l’éducation à la paix, l’éducation interculturelle… s’étend du berceau au tombeau, concerne toute la vie, toutes les classes sociales, le monde du travail, l’ensemble des secteurs associatifs et des organisations non gouvernementales et, bien évidemment les établissements d’éducation.

Le Conseil de l’Europe a clairement mis en évidence que l’école ne peut être seule pour réaliser ce projet ambitieux, mais nécessaire pour mieux vivre ensemble : il concerne l’ensemble des acteurs de la société.

D’autre part, en précisant les objectifs liés aux compétences de base nécessaires, à l’état d’esprit et aux valeurs requis pour permettre à la jeune génération de devenir des citoyens actifs, en insistant sur les moyens à utiliser pour acquérir ces compétences et en encourageant les décideurs à faire de l’éducation à la citoyenneté l’une des priorités des politiques d’éducation, le Conseil de l’Europe a balisé le travail de réflexion et d’action de tous ceux préoccupés de citoyenneté active.

De plus, afin d’ancrer davantage encore les efforts consentis par les États membres et de renforcer leur engagement à faire de l’Éducation à la Citoyenneté démocratique (ECD) un bien de développement durable des moyens pédagogiques ont été élaborés à destination de tous les professionnels de l’Éducation.

Ainsi, la boîte à outils du Conseil de l’Europe, téléchargeable à partir du site internet de la Direction générale des Relations internationales, offre une panoplie de moyens et de pratiques pour sensibiliser et aider les animateurs à capter l’intérêt des jeunes et les amener à vivre au quotidien la citoyenneté.

Au terme de cette réflexion, on est en droit de penser que l’école devrait être, pratiquement et concrètement, un laboratoire de vie démocratique par excellence.

Pensée de cette manière, l’École comme la classe seraient des lieux d’apprentissage du débat, de la compréhension de la pensée d’autrui, de l’écoute et du respect de la voix des autres.

Tous les ingrédients sont en place pour cet apprentissage de la compréhension ; il reste à développer l’existant et à mener des politiques de sensibilisation, voire de formation, pour que les intentions se transforment en actions et que les étudiants, au sortir du système éducatif, détiennent en eux cette trace vers l’universel.

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Informations complémentaires

Année

2006

Auteurs / Invités

Pol Dupont

Thématiques

Droits de l'homme, Éducation, Éducation à la citoyenneté, Interculturalité, Participation citoyenne / Démocratie

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