L’Europe et ses frontières

Midi de la Pensée libre

 

UGS : 2017025 Catégorie : Étiquette :

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On parle beaucoup de l’Europe comme étant un seul bloc, mais on sait très bien que l’Europe a plusieurs vitesses. Mais que fait-on par rapport aux menaces et aux relents indépendantistes qui existent, comme c’est le cas en Catalogne ?

Les différentes cartes de l’Europe, depuis le XIe siècle jusqu’à nos jours, montrent à quel point les frontières évoluent à une vitesse phénoménale et avec une ampleur phénoménale. Ceux qui croient que les frontières actuelles de l’Europe vont rester fixes pendant mille ans se trompent probablement.

On a connu, en Europe, mais c’est avant son adhésion à l’Union européenne, la scission de la Tchécoslovaquie. Les Tchèques et les Slovaques ont décidé de se séparer et ils ont adhéré ensuite, séparément, à l’OTAN et à l’Union européenne. Cela n’a pas posé de problème particulier. Et aujourd’hui, en Europe, on constate que la Tchéquie et la Slovaquie développent des coopérations, et en particulier dans le domaine de la défense. Auparavant, ils n’avaient qu’une seule école militaire à Brno pour la Tchécoslovaquie. Depuis la séparation, les Slovaques ont dû créer leur propre structure, alors qu’ils sont à vingt-cinq kilomètres de Brno. À l’heure actuelle, la Tchéquie gère la surveillance aérienne de la Slovaquie, car les Slovaques n’ont pas d’avions, etc.

Sur le plan de la gouvernance, sur le plan de la politique économique, sociale, du développement commercial, etc., même si cette scission a apporté beaucoup, en particulier à la Slovaquie qui avait toujours été opprimée par l’État tchécoslovaque, et qui a permis à la Slovaquie d’avoir un très grand succès à tel point qu’elle est, elle, entrée dans l’euro zone, alors que la Tchéquie n’y est pas, cela n’aurait aucun sens de proposer aux Slovaques de recomposer la Tchécoslovaquie. Mais ils conçoivent que, dans le domaine de la Sécurité-Défense, ils sont trop petits et qu’ils ont intérêt à s’associer. Cela prouve que la séparation d’un État européen ne paraît pas non négociable.

On ne sait pas, en Belgique, ce qu’il se passerait si, par hypothèse, après les prochaines élections, la NVa et le Vlaams Belang peuvent faire ensemble la majorité en Flandre. Ils n’hésiteront sans doute pas à dire : « Bye bye Belgium ».

En Catalogne, l’attitude de Mariano Rajoy a plutôt tendance à stimuler l’activité des indépendantistes catalans. Si la Catalogne se sépare de l’Espagne, ce n’est pas un drame absolu pour l’Espagne, puisque cela a déjà été le cas au XVIIIe siècle. On pourrait également se demander si l’on doit tolérer que le Portugal et l’Espagne soient séparés, puisqu’il fut une époque où le roi Philippe II régnait sur les deux royaumes.

En Suisse, il y a quelques années, il y a eu de violences assez graves entre certaines parties de cantons francophones qui voulaient se séparer de certains de cantons germanophones. Ils ont trouvé une formule de compromis et cela a permis à la Confédération helvétique de continuer. Si la Corse décidait de devenir indépendante, les Corses seraient économiquement très mal en point, mais cela fait partie des choses qui sont possibles. Le Sud-Tyrol pourrait décider de rejoindre l’Autriche… Il y a une série de régions d’Europe qui pourraient bouger.

Si on voit les choses avec un peu de réalisme, on devrait pouvoir les gérer correctement.

En France, ils ont soudainement décidé de réduire le nombre de régions de moitié à l’époque de François Hollande : cette scission fait partie des évolutions normales dans la vie d’un continent que l’on doit pouvoir gérer.

Tout comme aux États-Unis, le changement de statut de Porto Rico et d’États associés à État à part entière peut également se discuter.

Cela ne semble fondamental pour l’avenir de l’Europe.

C’est toute autre chose à propos des régions ou des États qui, à un moment donné, se mettent hors norme par rapport à l’Union européenne. Telle que la Hongrie de Viktor Orbán, par exemple, ou le PiS polonais, au vu de leur façon de traiter la magistrature, les universités, etc. qui, manifestement, sont complètement hors norme par rapport aux valeurs et aux principes définis dans les traités européens. L’Europe devrait être beaucoup plus ferme à leur égard en leur infligeant des sanctions plus claires et plus efficaces, et fasse en sorte que de tels dysfonctionnements, au sein de l’Europe, ne soient pas tolérés.

Pour la survie de l’Europe : car si elle ne réagit pas, elle perdra complètement sa crédibilité. On a eu le même risque par rapport au Brexit. Si l’Europe n’avait pas été ferme sur le Brexit, cela aurait pu inciter à d’autres États quitter l’Europe. Le fait qu’un certain nombre d’États et de peuples constatent à quel point l’évolution va être problématique pour la Grande-Bretagne n’encourage pas d’autres départs.

Il faut se souvenir des inconvénients que comportait un voyage en dehors de la Belgique, les files d’attente aux postes de douane, la perte d’argent et de temps lorsque l’on devait changer le franc belge en une autre devise dans une banque et qu’au retour de voyage, les banques ne changeaient que les billets.

Il n’y a que des gens comme Boris Johnson qui peuvent prétendre que le retrait de l’Europe est un bienfait. Se retirer sous-entend perdre tous les avantages de l’intégration à l’Union européenne.

La gestion de frontières, en interne, doit pouvoir se faire. La gestion de frontières extérieures, par contre, est absolument essentielle qu’il s’agisse de la question de savoir si on entre ou si on sort, qu’il s’agisse de la question de sécuriser les frontières terrestres et maritimes par rapport aux flux migratoires, mais aussi aux différents trafics et aux mouvements des terroristes.

Les promoteurs de Schengen, dont Jean-Claude Juncker est le dernier survivant, se sont complètement trompés en n’imaginant pas que la suppression des frontières intérieures nécessitait absolument la mise en place d’un contrôle « ferme » des frontières extérieures. Vouloir simplement confier aux États la gestion de leurs propres frontières en leur signifiant qu’ils ont une frontière européenne, mais que l’Europe ne fera rien pour les aider, est une aberration totale.

La longueur de la côte belge est de soixante kilomètres, mais quelle est la longueur de la côte grecque ou la longueur de la côte italienne ? Comment la Grèce ou l’Italie pourraient-elles gérer leurs frontières maritimes ? C’est absolument impossible. Seule l’Union européenne peut le faire.

Angela Merkel justifie sa politique vis-à-vis de la Turquie en disant que l’on n’avait pas d’autre choix. Pour gagner les élections, il fallait impérativement éviter de répéter, en 2016 et 2017, le même scénario qu’en 2015. Même si les Allemands sont très fiers d’avoir accueilli ce million de réfugiés, un certain seuil a été atteint et ils se sont rendu compte que continuer dans cette même direction, c’était ouvrir la porte à l’extrême droite. Cela illustre bien les dérives de la politique européenne actuelle. La décision qui a été prise est radicalement contraire aux valeurs défendues par l’Union européenne.

L’Union européenne n’a fait son devoir ni vis-à-vis de la Turquie, car on n’a pas aidé la Turquie, dès le début de la crise en Syrie, il y a six ans, a stabilisé les réfugiés syriens qui étaient arrivés chez eux. On n’a pas aidé la Jordanie, on n’a pas aidé le Liban, on n’a strictement rien fait. Pas plus que l’on n’a aidé l’Italie, depuis dix ans, à accueillir ces réfugiés, pas plus que l’on n’a aidé la Grèce à accueillir ces réfugiés. L’Europe a été défaillante du début à la fin. On sait donner des milliards d’euros à des Ong qui dépensent l’argent en Afrique centrale et on ne fait rien pour des problèmes concrets qui se posent chez nous, à notre périphérie sud. On n’a rien fait non plus pour sécuriser la frontière à l’Est. Ce sont l’Estonie, la Lituanie, la Lettonie et la Pologne qui ont dû sécuriser la frontière à l’Est, alors que c’était devenu aussi un vecteur d’immigration, de trafics multiples et d’infiltrations terroristes. C’est la défaillance de nos hommes politiques européens qui amènent à ces problèmes. Il faut absolument que, au niveau de l’opinion publique, on les mette devant leurs responsabilités, faute de quoi leur comportement se poursuivra. Les critiques qui ont été formulées, à l’époque, contre Angela Merkel, émanant de différents milieux, ont finalement amené à un changement politique qui n’est pas le plus heureux. Il a été choisi, lors d’une négociation avec Erdogan, de payer la Turquie pour qu’elle garde les réfugiés en Turquie. Du côté de l’Italie, ils ont négocié avec la Libye pour qu’elle garde les réfugiés en Libye, dans des conditions bien plus dramatiques que celles que l’on connaît en Turquie. Les réfugiés sont laissés aux mains de clans mafieux qui les torturent pour extorquer de l’argent aux familles. Ce sont des situations absolument révoltantes pour lesquelles l’Europe ne fait rien. L’Europe a simplement externalisé son problème. À court terme cela peut marcher, à moyen terme le boomerang revient toujours dans la figure de celui qui l’a lancé.

Ce sont des exemples concrets de dysfonctionnement qui justifient le fait que l’on prenne réellement « action » et que l’on dise à nos hommes politiques que, dans ces conditions, on ne leur fait plus confiance et que l’on votera pour quelqu’un d’autre.

Informations complémentaires

Année

2017

Auteurs / Invités

Jean Marsia

Thématiques

Géopolitique, Questions européennes, Union européenne