La relation OTAN-Union européenne

Midi de la Pensée libre

 

UGS : 2017021 Catégorie : Étiquette :

Description

La relation entre les deux est évidemment fortement perturbée depuis l’entrée de Chypre dans l’Union européenne. Les Turcs ne l’ont jamais accepté, et les Russes non plus. Cela crée donc un problème. À cause de cela, les tentatives de coopération entre l’OTAN et l’Union européenne sont freinées au Conseil Atlantique par la Turquie. Et les Chypriotes qui sont assez fiers de leur identité répondent aux attaques turques par d’autres attaques, et ils empêchent les initiatives visant à un rapprochement avec les Turcs au sein de l’Union européenne. Avec la dérive d’Erdogan, l’idée de coopération s’estompe de plus en plus, et même Angela Merkel dit, maintenant, qu’il faut arrêter les négociations avec la Turquie, les socialistes allemands disent la même chose, Emmanuel Macron dit le contraire. On verra qui d’Emmanuel Macron ou d’Angela Merkel pèse le plus lourd…

Comme Erdogan c’est même permis, ces derniers temps, de revendiquer une partie de la Thrace grecque, certains Grecs sont fâchés lorsque l’on dit qu’une partie de la Thrace est en Bulgarie, mais Philippopolis est en Bulgarie et s’appelle maintenant Plovdiv. Erdogan dit qu’il faut revenir aux frontières de 1912. Cela veut clairement dire qu’il veut prendre un morceau de la Bulgarie. On peut s’imaginer que cela ne facilite pas les relations entre la Bulgarie et la Turquie. D’autre part, il dit que lorsqu’il est sur la plage en Turquie, il peut parler avec des gens qui sont sur une île grecque, et par conséquent cette île devrait faire partie de la Turquie. Ce type est fou, mais, en attendant, c’est un sérieux problème pour notre sécurité.

L’Union européenne a depuis très longtemps, dans le domaine de la sécurité et de la défense, un comportement décevant. En réalité, la construction européenne a été absente. Lors de l’échec de la Communauté européenne de défense, en 1954, il avait été convenu que l’on donnerait le monopole de la défense à l’OTAN et que l’Union européenne serait purement civile. Cela a changé grâce à un ambassadeur belge, Alfred Cahen, ancien chef de cabinet d’Henri Simonet qui, puisque les socialistes avaient été mis dans l’opposition, avait été casé à Londres comme secrétaire général de l’Union de l’Europe occidentale. Cette union avait été créée dans le cadre du Traité de Bruxelles, en 1948, pour faire oublier aux Européens qu’en réalité, on donnait le monopole du pouvoir aux Américains.

En 1986, on décide de la création de l’Acte unique européen et, dans le cadre de cet Acte, on décide qu’il doit y avoir une politique étrangère européenne, que l’on doit coordonner les politiques étrangères des États membres. Alfred Cahen pensait qu’il n’était pas possible de le faire sans un bras militaire, à côté du bras diplomatique. Il rédige un article pour expliquer qu’il faut activer l’UEO, qui avait été carrément mise sous cocon dès l’origine, qu’il faut rapatrier le secrétariat de Londres à Bruxelles, et qu’il faut un certain nombre de structures politico-militaires pour permettre à l’Europe d’appuyer sa diplomatie et d’agir quand les Américains ne veulent pas agir. Son article a été lu et pris en compte, puisque le secrétariat de Londres a été rapatrié à Bruxelles et que l’on a créé un certain nombre de choses dont, par exemple, le Centre satellitaire de Torrejon en Espagne.

Après cela, il y a eu Saint-Malo. Jacques Chirac et Tony Blair s’entendent sur la création d’une Europe de la défense et se sont dit qu’il fallait supprimer l’UEO et intégrer tout cela dans l’Union européenne. Depuis lors, un certain nombre de choses ont été développées, et notamment vingt-trois opérations militaires. Mais malgré ces efforts de création de l’Europe bottom up, par petites étapes, par petits chemins, on n’a pas abouti à grand-chose.

Pour en faire la synthèse, dans les années 1910, il y a eu les guerres balkaniques, où l’Europe a réagi de manière lamentable. On s’est pris la guerre de 1914 en travers de la figure. Dans les années 1930, on connaît tous ce tableau de Picasso, Guernica, où à part ce beau dessin, on n’a pas fait grand-chose. C’est pourquoi on s’est pris la drôle de guerre en 1939. Et chacun se souvient que l’effondrement de la Yougoslavie a montré l’impuissance totale de l’Europe, puisque ce sont les Américains qui ont réglé le problème, notamment par des interventions militaires et les négociations de Dayton sous l’égide de Bill Clinton.

Devant ce bilan extrêmement décevant, passons à une deuxième analyse plus quantitative que qualitative. Depuis trois ans, on voit régulièrement dans la presse que, si on additionne l’ensemble des budgets de défense des États membres de l’Union européenne, on atteint un total respectable de deux cents milliards d’euros par an.

Lorsque Jean-Claude Juncker déclare qu’il faut faire quelque chose pour lutter contre le chômage des jeunes, il décide de débloquer une importante enveloppe de six milliards d’euros « sur cinq ans ». Lorsqu’il décide, maintenant, de créer un fonds pour relancer la défense européenne, il décide de mettre en place quinze milliards d’euros « sur dix ans ». Si on fait la balance sur deux cents milliards d’euros annuels, cela démontre bien que ces instances européennes se moquent du citoyen contribuable.

Informations complémentaires

Année

2017

Auteurs / Invités

Jean Marsia

Thématiques

Géopolitique, Questions européennes, Union européenne