Pythagore

Libres propos de Baudouin DECHARNEUX

 

UGS : 2020016 Catégorie : Étiquette :

Description

Le nom de Pythagore dit, évidemment, quelque chose à quiconque a suivi au moins l’école primaire, puisque l’on apprend à l’école primaire le fameux « théorème de Pythagore ». Mais Pythagore est un personnage qui vaut bien plus que son théorème.

Il fait partie de ces penseurs, que l’on appelle les « présocratiques », – avant Socrate, – qui étaient des hommes auxquels on agglutine toute une série de savoirs. Pythagore est un mathématicien, un géomètre, un astronome, probablement aussi un musicien, probablement aussi un maître de morale, probablement aussi quelqu’un qui était spécialisé dans l’art du langage, probablement aussi quelqu’un qui avait été initié dans d’anciennes traditions, dont on ne sait pas tout, car on commence à se perdre dans les brumes de l’histoire. Pythagore est un personnage qui se trouve à la convergence de nombreux chemins. Dans la littérature, on trouvera un Pythagore, par exemple, tiré vers le chamanisme comme un Pythagore tiré vers la science.

Pythagore serait né sur l’île de Samos, proche de la Turquie d’aujourd’hui. Il aurait voyagé jeune en Égypte, peut-être. Il serait revenu à Samos, où, à la suite de disputes avec les politiques locaux, il aurait migré vers ce que l’on appelle dans l’Antiquité la Grande Grèce, c’est-à-dire le sud de l’Italie d’aujourd’hui : Sicile et les villes de la côte italique qui, à l’époque, étaient des comptoirs grecs.

Il y a une légende dorée qui entoure Pythagore, qui en fait une sorte de personnage qui aurait été partout : en Babylonie, aux Indes, en Phénicie (approximativement, le Liban actuel), en Chaldée… Tout cela se déroule en 580 avant Jésus-Christ : il serait né vers ce moment-là.

L’île de Samos payait un tribut à l’Égypte pharaonique, c’est pourquoi il est pensable qu’il ait accompagné des ambassadeurs en Égypte.

Mais lorsque l’on commence à parler de ce type de personnages, si loin dans l’histoire, il faut toujours tout prendre au conditionnel. Il n’existe pas de documents historiques très précis sur ce qu’il a pu entamer comme négociations, par exemple, avec les Égyptiens. Les documents disponibles à son encontre sont nettement plus tardifs et sont sujets à caution.

Pythagore n’a pas écrit, et s’il a écrit, ses textes ne nous sont pas parvenus. La pensée de Pythagore nous est parvenue par des fragments. Ce sont des auteurs antiques qui nous parlent de Pythagore et qui nous disent : « Pythagore disait que… »

De quelle façon était perçu Pythagore ?

Il était connu en bien et en mal, mais c’était, massivement, en positif. Il existe, tout de même, des fragments où on ne lui fait pas de cadeaux, car un penseur comme Pythagore, avec un côté un peu mystique, ne plaisait pas à tous les penseurs dans la tradition. Mais la plupart du temps, il reste un personnage important, voire même vénéré d’un certain point de vue de la littérature sanctifiée. C’est un personnage qui a regroupé autour de lui énormément de récits et de légendes qui en font une sorte de héros. Par conséquent, il faut toujours être très prudent quand on aborde des fragments.

D’autre part, les fragments en soi sont parfois trompeurs. Quand on dit « les collections de fragments  », même si elles ont été faites par de grands érudits tels que Diels, Kranz, etc. qui ont fait des collections de fragments pour que les scientifiques puissent travailler sur ces corpus. Mais l’école, comme l’école de Lille, au travers de la figure de Bollack  a très bien montré que le fragment doit toujours être compris dans son contexte scripturaire.

Il y a plusieurs types de fragments :
– des fragments qui sont complètement isolés : là, il n’y a que le fragment et on le traite comme tel, encore faut-il savoir où, comment et pourquoi on l’a trouvé ;
– un fragment dans un texte, un auteur qui cite : il faut s’interroger sur le contexte dans lequel il cite un autre auteur. Car un fragment peut aussi être une pure invention d’un auteur tardif qui mettrait sous l’autorité de Pythagore une idée qui lui est chère et qui n’a peut-être rien à voir avec ce que les pythagoriciens de cette époque pensaient. Ce n’est absolument pas anodin.

L’école de Pythagore

Pour son époque, il a probablement été une sorte de révolutionnaire, au sens étymologique du mot « révolution ».

Pythagore considérait qu’il fallait enseigner à tout le monde. Il enseignait aux enfants, il enseignait aux femmes, il enseignait aux esclaves, il enseignait aux barbares… C’est assez étonnant, mais les comptoirs grecs considéraient comme barbares ceux qui habitaient la région, à savoir, souvent, des Italiens, au sens des tribus italiques. Pythagore estimait que tout être humain a droit à une part de lumière et une part d’enseignement.

Il distinguait, semble-t-il, deux types d’enseignement : un enseignement de type général, reposant sur la connaissance des principes et un enseignement approfondi qu’il réservait à des initiés. Il y a tout un débat sur le type d’initié et il existe des mots que l’on y accole dans la tradition philosophique : les acousmatiques, les ésotériques, etc. On n’entrera pas dans ce débat, car on ne sait pas très bien ce que cela recoupait à l’époque de Pythagore ; après, on en saura un peu plus.

Pythagore va tirer la philosophie du côté de l’initiation. Il aurait été, lui-même, un des inventeurs du mot « philosophie ». Il est l’une des deux sources antiques, l’autre étant rapporté autour de la philosophie de Solon d’Athènes . On rapporte que Pythagore, interrogé par ses amis sur le fait qu’il était un sage, aurait répondu : « Je ne suis pas un sage, je suis un ami de la sagesse (philosophus) ». Pour lui, la philosophie avait un rapport à la notion d’initiation, et par conséquent, on ne pouvait l’aborder que par palier.

Quels étaient ces paliers ? Nous ne sommes pas si bien informés que certains le laissent entendre dans leurs écrits.

C’est intéressant, car cette théorie a tiré la figure de Pythagore du côté d’une forme d’élitisme, puisqu’on choisit certaines personnes qui sont aptes à accéder à certaines connaissances. La connaissance pour tous, mais pas une connaissance indifférenciée. De la même façon, il y a une chose qui séduit souvent dans le pythagorisme : il instituait une certaine égalité homme-femme. Ainsi, dans le pythagorisme, il y a des femmes qui sont chefs d’école en philosophie. Cette manière de faire, pour l’Antiquité, étonnait ; il y avait même certains auteurs comiques qui se moquaient de ce type de pratiques en adoptant des postures sexistes qui feraient frémir, aujourd’hui, dans notre société.

L’égalité, du point de vue philosophique, ne veut pas dire l’égalité du point de vue social. Il faut toujours être très prudent, car les concepts qui nous intéressent souvent sont déjà posés, mais ils ne sont pas nécessairement définis et compris comme nous les entendons aujourd’hui.

Aujourd’hui encore, il y a des gens qui se revendiquent du pythagorisme et qui professent des doctrines « secrètes ». Mais ce qu’il faut savoir, c’est qu’il n’y a aucune confrérie initiatique, aujourd’hui, qui a un lien direct avec l’Antiquité. Par conséquent, ce sont toujours des confréries initiatiques reconstruites : elles peuvent s’inspirer de l’Antiquité, elles relisent l’Antiquité, et. Cependant, il n’y a pas eu de transmissions continues, en tous cas, cela n’a jamais été attesté. On peut parler du pythagorisme, on peut parler du mouvement agnostique, mais on peut aussi parler de la franc- maçonnerie qui, parfois, se revendique de Pythagore, de pythagoriciens, etc. Ce sont des revendications tantôt romantiques, tantôt philosophiques, mais aucune société initiatique contemporaine ne peut se prévaloir d’un lien direct avec l’Antiquité.

Aujourd’hui encore, nous connaissons très mal les pratiques des écoles initiatiques. Nous avons une petite idée de qui étaient ces pythagoriciens, mais nous connaissons très mal leurs contenus, leurs rites. Nous en avons une vague idée, mais nous ne connaissons pas véritablement ce qu’ils faisaient.

Pi (π)

Quand on pense au nombre Pi, pour tout ce qui concerne les surfaces circulaires, etc., on peut se demander si Pi a un rapport avec Pythagore. C’est une possibilité, mais pas de la façon dont on nous l’enseigne, pas avec la virgule et l’ensemble des nombres qui sont derrière. Mais sous la forme de la fraction ou de la mise en tension de deux nombres, c’est possible. Il existe toute une histoire des mathématiques, chez les pythagoriciens, avec, notamment, le « 0 » qui n’existe pas dans l’Antiquité. Cette histoire des mathématiques provoque une conception des nombres qui débouche à la fois sur des connaissances mathématiques, d’abord géométriques, puis algébriques, et qui débouche aussi sur l’arithmologie, c’est-à-dire l’utilisation des nombres dans un sens symbolique qui, pour eux, étaient très importante.

Les apports de Pythagore

Pythagore apporte plusieurs choses pour la pensée de son temps et pour la nôtre aujourd’hui. Lambros Couloubaritsis, dans un des chapitres de ses monumentales histoires de la philosophie, a très bien indiqué les pistes de réflexion.

Première étape : l’égalité homme-femme

L’égalité homme-femme vient par un détour particulier. Elle vient par un détour que nous appellerions « religieux ». Les pythagoriciens croyaient dans la transmigration (réincarnation, pour faire simple) de l’âme : l’âme, après la mort, migrera vers un autre corps. Cette transmigration est très complexe, parce qu’il ne s’agit pas de l’âme entière ; autrement, tout être humain aurait mémoire de ses vies antérieures. C’est une partie. Quelle partie ? Souvent chez les Grecs, c’est le noûs, l’intellect –, nous n’entrerons pas dans les détails. Cela veut dire qu’à partir du moment où une personne est en train de parler avec une autre, elle ne parle pas qu’avec cette autre personne, mais elle peut parler avec quelqu’un qui, dans d’autres vies, a été un proche, un ennemi, une femme, un enfant mort-né…

La première idée a donc été : si dans d’autres vies, j’ai été une femme –, puisque le corps n’est jamais que le tombeau de l’âme, selon le jeu de mots somas semas que les pythagoriciens affectionnaient –, alors, une femme peut accéder à la pensée philosophique, comme un homme. Il y a, par conséquent, une égalité en termes de théorie de la connaissance. Ceci démonte quelque chose qui était essentiel chez les Anciens : les lois du clan, les lois de la famille, les lois de génos. Ces lois ne sont plus qu’une partie des lois, qu’il faut, certes, respecter – pour les pythagoriciens –, mais il faut développer, avec tous les autres humains qui ont peut-être été mes parents dans une autre vie, le même type de comportement que l’on se doit d’avoir avec ses parents biologiques d’aujourd’hui. Il y a une extension de la parenté, une universalisation de la parenté et ainsi une découverte de la fraternité et de la sororité.

Il s’agit d’une approche qui, par une boucle religieuse, voire mystique, débouche sur quelque chose d’assez concret dans la vie quotidienne.

Pour synthétiser, c’est la transmigration d’une partie de l’âme d’un corps à l’autre.

X peut avoir été le père (la mère ou l’enfant), dans une autre vie, de Y et ainsi Y doit le même respect qu’il a pour son père (sa mère ou son enfant) d’aujourd’hui envers X. C’est-à-dire que Y doit avoir un comportement qui est une extension de la parenté à tous les humains qui deviennent, dès lors, des « frères humains » ou des « sœurs humaines ». C’est une approche très moderne et très intéressante : l’« universalisation de la parenté ».

Cette approche n’enlève pas, dans l’esprit des pythagoriciens, la nécessité de respecter les liens de la parenté – pure et dure – dans l’existence incarnée.

Deuxième étape

Les pythagoriciens se disent que, dans une autre vie, ils ont, peut-être, aussi été un légume ou un animal. À partir de là, on se doit, avec les autres règles du vivant, d’adopter un principe de précaution : « ne jamais prélever sur la nature que ce dont on a directement besoin ». Il s’agit là de théories totalement contemporaines, qui, aujourd’hui, sont extrêmement répandues.

Certains pythagoriciens étaient même, comme on pourrait le dire aujourd’hui, des « pythagoriciens radicaux ». Ainsi, un philosophe comme Apollonios de Tyane, dit-on, ne mangeait que du brouet d’herbes sauvages. Il y a, là, déjà un végétarisme très strict.

Ces penseurs, toujours par le détour de leur théorie sur l’âme, leur « psychologie » au sens antique, développe un respect du vivant qu’ils poussent jusqu’à un degré de morale très important. Aussi, dans l’Antiquité, certains ironisaient sur les pythagoriciens à cet endroit, les dépeignant comme des espèces de fanatiques.

Nous avons aussi, dans le pythagorisme, d’autres éléments qui donnent à penser. L’un de ces éléments, c’est l’importance donnée à la science. La science dans l’Antiquité n’est pas la science d’aujourd’hui, car il ne s’agit pas de la science avec expérimentation. Il y a de l’expérimentation, mais pas au sens où nous l’entendons aujourd’hui. C’est tout de même l’idée que tous les éléments constitutifs de la nature sont interconnectés les uns avec les autres et que l’esprit humain est capable, progressivement, de découvrir ces connexions.

Pour résumer de façon lapidaire : la nature, c’est leur livre révélé.

À partir de là, tous les éléments de la nature peuvent être connectés les uns avec les autres. Par quels moyens ? Par les mathématiques. Les mathématiques deviennent le langage qui nous permet de comprendre les  phénomènes  composant  la  nature.  Les  pythagoriciens  découvrent cette théorie grâce à l’astronomie, car ils avaient des connaissances en astronomie qui étaient loin d’être négligeables, c’est ce que l’on appelle les épistémologues, c’est-à-dire les spécialistes des sciences. On voit bien là des éléments qui nous amène vers une certaine forme de modernité. Ces pythagoriciens jettent les bases de pensées qui, de l’Antiquité à aujourd’hui, sont comme un fil rouge dans l’histoire de la philosophie. Entre le moment où une théorie est émise et le moment où on allume son ordinateur, il y a beaucoup de médiations technologiques, mais l’idée est la même.

Exemple concret très pythagoricien dans l’esprit. Il n’y a rien de plus compliqué qu’un visage humain, il paraît symétrique, mais il ne l’est certainement pas si on l’examinait point par point ; il a sa nature propre ; il a son évolution propre. Il faut un artiste pour reproduire un visage. Si on photographie le visage avec un appareil, on l’envoie à un ami qui reconnaît la personne. Mais en fait, il ne s’agit pas d’une personne. Mais qu’est-ce ? C’est un ensemble de points constitutifs du visage d’une personne qui, par le biais d’algorithmes, est transformé sous la forme d’une image que l’on peut envoyer à quelqu’un.

Ainsi, on prend un phénomène qui est dans la nature devant nous, un être humain dans toute sa complexité, et, par le truchement d’équations mathématiques, on a transmis cette complexité à quelqu’un de sorte qu’il reconnaît la physionomie de quelqu’un qui n’est pas devant lui et, à coup sûr, reconnaît cet être humain.

Cette médiation des mathématiques pour mieux comprendre la nature et mieux la reproduire, etc., c’est typiquement une théorie pythagoricienne.

Les écoles pythagoriciennes étaient-elles des sectes secrètes ?

Le mot « sectæ » en latin désigne une école, ce qui n’est absolument pas péjoratif. La première fois que le mot « sectæ » apparaît sous une forme péjorative –, et encore, c’est ironique en langue latine –, c’est chez Apulée de Madaure, dans L’Âne d’or, où il désigne une confrérie de voleurs et il dit : « Ils sont tellement bien organisés que l’on dirait une secte (école) ». C’est-à-dire qu’ils apprennent à devenir des professionnels dans l’art de voler. Avant cet épisode dans L’Âne d’or, il s’agissait d’écoles. Certes, les pythagoriciens sont une école et, au sens antique, il s’agit d’une secte.

En ce qui concerne le secret, ils disposaient de connaissances qu’ils ne souhaitaient pas transmettre à l’extérieur. Il existe des exemples de pythagoriciens qui ont divulgué, à l’extérieur, des secrets pour une série de raisons, notamment pour se faire valoir, ou pour gagner de l’argent. Des enterrements factices ont même été organisés pour ces pythagoriciens qui étaient morts à eux-mêmes.

Le secret était vraiment essentiel dans l’école. Il était impossible de transmettre, sans autorisation des maîtres, ce qui avait été enseigné. Il faut comprendre qu’il y a aussi une dimension de type mystique dans le sens mustus, initié. Les pythagoriciens, par exemple, considéraient qu’au sein de l’école, quand ils prenaient la parole, c’est le maître, lui-même, qui parlait au travers d’eux. Ils n’auraient jamais conclu un exposé de philosophie en s’appropriant des dires, mais ils disaient « lui-même l’a dit ». Cela pour dire que la pensée du maître est toujours en mouvement, elle est toujours présente, qu’elle les habite et qu’elle s’enrichit. C’est pourquoi il y a quelque chose de l’ordre du mystique dans cette approche et cette dimension du secret qui était souvent mal comprise par le grand public, et ce, dès l’Antiquité, puisque les pythagoriciens ont été accusés d’être une élite qui voulait s’emparer du pouvoir. C’est ainsi que Pythagore et un certain nombre de ses proches auraient été assassinés dans les villes de Crotone et de Métaponte au moment des grandes révoltes démagogiques contre eux.

Mais qu’en est-il du théorème de Pythagore ?

Le théorème dit « de Pythagore » était déjà connu en Égypte ancienne, mais il était réalisé de façon empirique. Le génie du pythagorisme est de l’avoir théorisé et de l’avoir transmis finalement sous la forme d’une formule canonique.

Ce théorème n’est pas resté secret, car, par la suite, le savoir interne des écoles pythagoriciennes a fini par être divulgué. On s’est bien rendu compte qu’ils avaient, par rapport aux savoirs, à la science, une relation qui n’est pas celle que nous avons aujourd’hui.

À  cette  époque,  les  découvertes  qui  étaient  faites  dans  ces  écoles étaient tenues sous le boisseau, alors qu’aujourd’hui, c’est l’inverse. Les scientifiques veulent à tout prix faire connaître leurs découvertes, c’est ainsi qu’on peut les trouver sur les chaînes télévisées, sur les réseaux sociaux… Ce sont des mondes différents.

Par exemple, un grand érudit du nom de Burckhardt a écrit dans un chapitre d’un de ses livres « Pythagoras as shaman » « Pythagore comme chaman ». Il est étonnant de voir chez Pythagore du chamanisme, et pourtant, Burckhardt a répertorié un ensemble de fragments dans lesquels Pythagore a, en effet un comportement qui semble, aujourd’hui, assez étonnant :
– Pythagore traverse un fleuve, et le fleuve lui parle et Pythagore lui répond.
– On appelle Pythagore parce qu’une ourse dans les montagnes est assez désagréable. Pythagore s’y rend et s’adresse à l’ourse et la convainc l’ourse d’arrêter de dévaster la région. Ce sera un peu repris par l’anecdote de saint François et du loup, par après, dans l’histoire du christianisme.
– Un ami de Pythagore vient le trouver et lui dit qu’il a rêvé de son père et Pythagore lui répond que son père l’a visité.

On constate qu’il y a bien un rapport à l’invisible qui n’est pas exactement le rapport qu’a un scientifique, aujourd’hui, à l’invisible, même s’il est croyant. Il faut replacer les événements dans le contexte de leur époque.

Le problème du pythagorisme –, du moins du pythagorisme ancien, celui de l’époque de Pythagore –, c’est qu’au fond, nous connaissons assez mal l’époque. Nous la connaissons, mais c’est plutôt un tableau en pointillé, un tableau que l’on pourrait qualifier d’impressionniste, qu’un tableau au sens vrai du mot.

La  question  de  l’opposition  entre  religion  et  philosophie  qui  se pose dans l’Antiquité ne se pose pas exactement dans les mêmes termes qu’aujourd’hui. Aujourd’hui, il y a presque une véritable opposition entre la science et la religion, entre la science et les croyances. Ce n’était pas le cas dans l’Antiquité.

Ceci étant dit, les anciens avaient aussi leur façon d’écarter certains préjugés ou certaines pratiques qu’ils considéraient comme particulièrement farfelues  ou  nébuleuses  :  pratiques  religieuses,  pratiques  magiques… De tous temps, il y a quand même eu une certaine idée de ce qu’était la superstition, même s’il est clair que la ligne de rupture n’est pas au même endroit entre ce que nous pensons être la pensée rationnelle et la pensée de type irrationnelle.

La foi peut-elle se fonder en raison ?

Cela dépend de certains auteurs. Certains considèrent qu’il y a évidemment eu un grand écart à faire entre la foi et la raison. D’autres considèrent qu’ils sont compatibles. Beaucoup d’auteurs médiévaux ont tenté de conjuguer les deux. Aujourd’hui, au vu des avancées de la science, la théologie bat souvent en retraite. Beaucoup de théologiens parlent de poésies, parlent de symboles, parlent d’analogies, etc. De moins en moins, on tente de parler des choses divines dans un langage rationnel et logique. L’Église catholique a d’ailleurs mis du temps pour reconnaître que Galilée ne s’était pas trompé.

Lorsqu’on lit les théologiens du début du XXe siècle, Dieu apparaît à chaque ligne. Depuis que Dieu est un concept qui a tant été remis en question, les théologiens parlent du « sens ». Souvent les mots sont interchangeables.

Les théologiens ne disent plus que l’homme est en quête de Dieu, mais ils disent que l’homme est en quête de sens.

Informations complémentaires

Auteurs / Invités

Libres propos de Baudouin Decharneux

Thématiques

Éducation à la culture, Penseurs et société, Philosophie, Questions et options philosophiques, politiques, idéologiques ou religieuses

Année

2020

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