Philéas & Autobule, une jeune revue citoyenne de philosophie avec les enfants

Françoise Martin

 

UGS : 2013030 Catégorie : Étiquette :

Description

Un peu d’histoire…

En 2002, des ateliers de philosophie avec les enfants commençaient à s’organiser en Belgique de manière ponctuelle. Le ministre de l’Éducation de l’époque avait d’ailleurs tenté de faire connaître cette pratique aux enseignants par le biais d’une cassette vidéo et d’un dossier pédagogique : Les grandes questions. Malgré cette action, la pratique d’ateliers philosophiques restait marginale. Cette méthode de philosophie avec les enfants, imaginée par l’américain Matthew Lipman dans les années 1980, avait pourtant prouvé qu’elle agissait efficacement sur le renforcement des habiletés à penser (conceptualiser, raisonner, rechercher, évaluer, observer, formuler des hypothèses, lire, comprendre, classer, distinguer, interpréter, etc.).

Le Centre d’Action laïque en collaboration avec les associations Entre-vues et Philomène a alors mis sur pied des ateliers de philosophie avec les enfants dans des écoles fondamentales en 2002 lors d’activités parascolaires. L’intérêt des enfants, des parents et des instituteurs pour la pratique d’ateliers de philosophie a été très remarqué. Le premier problème qui s’est posé a été le manque de personnes formées à cette pratique. Il a donc été décidé, dans un premier temps, d’organiser des formations qui ont rencontré un succès certain, mais qui ne permettaient de toucher qu’une minorité des acteurs de terrain. Il était aussi clairement apparu que « la pratique régulière de la philosophie générait un bénéfice certain pour les enfants » tant en termes de comportement citoyen qu’en termes de capacité à raisonner.

C’est ainsi qu’est née la volonté de produire un outil ludique – une revue bimestrielle accompagnée d’un dossier pédagogique – servant de support aux instituteurs qui désiraient « se lancer » dans la pratique d’ateliers de philosophie dans leur classe. Cet outil était également destiné à faire connaître la philosophie avec les enfants au plus grand nombre.

Une démarche originale ?

Certaines revues (Astrapi, Pomme d’Api) consacrent une ou deux pages au questionnement philosophique. Aucune n’est entièrement consacrée à un thème philosophique comme Philéas & Autobule. En outre, Philéas & Autobule est la seule revue qui s’inscrit dans un programme de promotion de la philosophie pour enfants. D’une part, un dossier pédagogique élaboré aide l’enseignant à animer des ateliers de philosophie dans sa classe et lui propose des leçons en lien avec cet atelier. D’autre part, des animations, des jeux philosophiques et des formations en rapport avec les pages de Philéas & Autobule sont proposés aux enseignants.

Pourquoi faire ?

Pour les élèves : les élèves (y compris pour les moins performants dans les matières scolaires) développent davantage leur capacité à verbaliser, à argumenter, à raisonner. Il s’agit donc de permettre à tous les enfants d’acquérir un esprit critique, une rigueur de pensée et des clefs culturelles qui leur permettront d’analyser et de comprendre le monde. Toutes les initiatives d’ateliers de philosophie avec les enfants sont des actes politiques qui visent à démocratiser la culture et la citoyenneté. Pierre Bourdieu a bien montré que ce que nous appelons « talents » ou « dispositions » sont l’aboutissement d’un long processus d’incorporation de nos multiples influences sociales, familiales et culturelles. Très souvent l’école, par ignorance de ce processus, creuse les inégalités sociales. La création de la revue Philéas & Autobule procède d’une volonté rélle de mettre à la disposition de tous un outil culturel et intellectuel exigeant et ludique.

Pour les enseignants : animer un atelier philosophique avant de donner une leçon de science ou de grammaire n’est pas une perte de temps ! Cette méthode permet un autre regard sur les matières enseignées. Les élèves recherchent ensemble des réponses et construisent leur savoir en commun, la matière est placée dans un contexte plus large lié à « la vraie vie » et aux questions qu’ils ont pu se poser. C’est en réfléchissant que les enfants relient leurs expériences à ce qu’on leur apprend à l’école. Lorsqu’une matière a du sens à leurs yeux, les apprentissages qui y sont liés en bénéficient largement. Peut-on aborder des notions aussi arides que la conjugaison, la concordance des temps et la représentation du temps sur une ligne sans avoir réfléchi à la manière dont est vécu le temps qui passe ?

Un dossier pédagogique qui fait le lien entre les questions philosophiques et la matière enseignée est disponible gratuitement sur le site Internet www.phileasetautobule.be. Ce dossier comprend les enjeux philosophiques des pages de la revue, les questions qui peuvent être posée pour structurer le débat de la classe. Viennent ensuite des leçons, toutes référencées par rapport au programme scolaire, qui découlent naturellement du thème qui vient d’être débattu.

Pour les parents : la revue est conçue pour pouvoir être utilisée comme support par tous les adultes en contact avec des enfants, qu’ils soient parents, enseignants ou animateurs. Elle offre l’opportunité, au cours d’une lecture commune distrayante et ludique, d’établir un dialogue entre enfant et adulte au cours duquel ni l’adulte ni l’enfant ne détient la vérité. Chacun, par contre, devra penser et s’exprimer avec rigueur, être capable de respecter toutes les contraintes de logique et d’argumentation de manière à approcher d’une pensée universelle.

Quels outils ?

La revue comprend trente-six pages attrayantes illustrées en couleurs. Elle paraît au rythme de cinq numéros par année scolaire pour le prix de 12,50 euros par an (abonnement en Belgique).

Une affiche et un dossier pédagogique

Une affiche qui peut être utilisée comme support d’atelier philosophique est incluse deux fois par an dans le magazine. Un dossier détaillé permet à un enseignant non formé d’organiser cet atelier avec sa classe. Les conclusions propres au groupe classe sont affichées sur des post-it prévus à cet effet, au bas de l’affiche, de manière à laisser une trace de l’atelier.

Site Internet

Un site internet offre des ressources pédagogiques (leçons, bibliographies…) et des informations générales sur la philosophie pour enfants et sur la revue Philéas & Autobule.

Des formations et des animations

Les ateliers de philosophie sont encore trop peu répandus en Belgique. Afin de mieux faire connaître la philosophie pour enfants dans les écoles, des ateliers de philosophie sont proposés aux instituteurs. Il s’agit d’ateliers philosophiques « classiques » d’une part et d’ateliers-jeux d’autre part. Dans ces ateliers-jeux philosophiques, créés à partir de la revue, l’argumentation et la communication en équipe sont essentielles pour l’emporter. Ils font découvrir la philosophie de manière ludique et ont l’avantage d’offrir un cadre rigoureux qui rassure l’instituteur non formé à la philosophie. Ce cadre permet en outre de développer de façon plus évidente que dans un atelier classique, l’une ou l’autre habileté à penser en particulier. L’objectif est également d’amener les instituteurs à s’approprier la démarche et à se former.

Deux formations à la philosophie avec les enfants sont organisées chaque année. Une formation comprend trente heures et s’adresse à un public adulte, particulièrement des animateurs de jeunes, bibliothécaires, enseignants et futurs enseignants ainsi qu’à des étudiants en philosophie. Le programme comprend la découverte ou le rappel des fondements de la démarche dite de philosophie avec les enfants, des finalités de cette démarche, de ses modalités pratiques et méthodologiques et le point sur la situation actuelle. La mise en situation de la discussion philosophique est telle qu’elle se pratique avec les enfants, dans le but de montrer en quoi consiste ce type d’activité et de saisir par une première expérience quelques-uns des enjeux de la démarche.

Et concrètement ?

Survol du numéro 31 : Apprendre ou à laisser

Septembre 2012

Pour beaucoup d’enfants, l’école est le lieu où l’on apprend. Certains y vont avec plaisir, d’autres avec des pieds de plomb. Pourquoi ? Poser cette question, c’est d’abord se demander comment les enfants donnent du sens à leurs apprentissages. À l’école, il y a ceux qui savent et ceux qui pensent ne rien savoir. Pourtant, on apprend partout et tout le temps. Mais comment ? Et surtout pourquoi ? S’interroger à ce sujet, c’est se donner des clés pour donner l’envie de goûter au plaisir d’apprendre.

Pour ce thème, la revue Philéas & Autobule s’ouvre sur une double page de réflexion autour de situations émaillant la journée ordinaire d’un enfant. Quand est-ce qu’on apprend ? Quand on joue, quand on rêve, quand on est à l’école, quand on discute en famille ?

En lien avec ces pages, le dossier pédagogique propose d’abord un atelier philosophique en classe sur ce que c’est qu’apprendre. Que signifie ce mot ? À quoi sert-il d’apprendre ? Comment et dans quelles conditions apprend-on le mieux ? La leçon qui suit est une leçon sur les stratégies à mettre en place pour organiser le travail à domicile. À partir du vécu de chacun, en observant, en comparant, en classant, la classe construit un référentiel à utiliser tout au long de l’année.

Ensuite, un poème de Prévert sert de prétexte à une réflexion sur le cancre. Qu’est-ce qu’un cancre ? Les cancres sont-ils des bons à rien ? Et si tous les cancres ne sont pas des génies certains génies, ont été considérés comme des cancres !

À partir de ces pages (et d’autres), le dossier pédagogique propose un atelier philosophique sur quand on sait et quand on ne sait pas et ce qui fait qu’on a envie de savoir. Les leçons qui suivent apprennent à jouer avec les contradictions, les paradoxes, les oxymores mettant ainsi en exergue les contradictions propres à chacun ainsi que le travail des liens logiques.

Un récit nous montre un enfant qui a bien l’intention d’apprendre de ses bêtises tout en se faisant passer pour un petit ange sérieux et studieux. Voilà de quoi nous permettre de comparer ces qualités et de nous interroger sur les formes étranges que peuvent prendre les apprentissages les plus divers.

Une double page propose des jeux liés à la gestion mentale permettant à chacun de prendre conscience de son fonctionnement propre. Nous ne fonctionnons pas tous de la même manière et comprendre le chemin que suit notre cerveau peut constituer une grande force.

En lien avec ces pages, le dossier pédagogique propose d’abord un atelier philosophique sur les manières d’apprendre, sur le terme « attentif » et sur ce que c’est que « connaître ». La leçon proposée ensuite travaille avec la classe des notions de gestion mentale sur les différentes façons d’optimaliser les apprentissages selon le profil de chacun. Suit un travail sur les images mentales nécessaires à la compréhension d’un texte puis des exercices pour apprendre à structurer des informations, des exercices qui aident à structurer un récit ou un exposé et des stratégies pour étudier, mémoriser, se concentrer, recopier sans fautes…

Des pages « cuisine » en profitent pour vanter les mérites d’une alimentation saine. Un esprit sain dans un corps sain ! Et de proposer une petite recette de soupe magique pour booster les neurones !

Les copains extraterrestres de Vanina réfléchissent au théorème de Thalès en se télétransportant au pied des pyramides.

En lien avec ces pages, le dossier pédagogique propose d’abord un atelier philosophique sur ce qu’est un problème. Peut-on le comprendre sans en connaître la réponse ? Est-ce la même chose qu’un mystère ? Y a-t-il une méthode pour résoudre ?… La leçon qui suit propose d’abord de faire la différence entre « problème » et « question ». Sont alors proposées des pistes méthodologiques pour résoudre un problème mathématique.

Le conte du savant et du passeur interpelle le lecteur sur la validité des savoirs. Est-ce qu’on n’apprend qu’à l’école et quels sont les savoirs utiles ? Le pauvre savant qui se noie n’aura pas beaucoup l’occasion de s’interroger là-dessus.

En lien avec ces pages le dossier pédagogique propose d’abord un atelier philosophique sur les apprentissages liés à l’expérience. Il y a les expériences qu’on fait et l’expérience des autres. Peut-on comparer les manières d’apprendre des humains entre eux ? Des humains et des animaux ? Y’a-t-il des manières d’apprendre meilleures que d’autres ? La leçon liée à cet atelier est consacrée à l’apprentissage des sciences à l’école. Que fait-on quand on fait des sciences et pourquoi ? Une expérience simple avec des gobelets et des bougies permet d’examiner la méthode scientifique et ses atouts.

Une double page d’informations objective nos démarches d’apprentissages en les comparants à celles d’autres mammifères. C’est aussi l’occasion de comparer le conditionnement et l’apprentissage.

Les pages « Art » nous montrent une classe photographiée en 1956 par Doisneau et s’interrogent sur ce que c’est qu’une photo d’art.

Les pages « médias » sont bien évidemment l’occasion rêvée de nous demander ce que nous apprenons en regardant la télé. Non, il n’y a pas que du négatif, mais c’est mieux quand on y réfléchit un peu ! D’ailleurs c’est grâce à la télévision que Mimo, cancre sur les bords, connaît la bonne réponse à la question de la maîtresse. Et quelques jeux de détente avec lui ne nous feront pas de mal.

En lien avec ces pages, le dossier pédagogique propose un atelier philosophique sur le regard que nous portons sur le monde, sur l’art… et sur les médias. Les choses sont-elles ce que nous voyons ? La leçon qui suit propose d’en savoir plus sur la photographie. En comparant des photographies, des photographies artistiques, des portraits peints et photographiés. En apprenant à analyser ce qui est montré, le cadrage, l’intention ainsi que la légende et à faire la part de l’art, du réalisme, de la manipulation ou du sensationnel dans son utilisation.

Dans le récit La rentrée de Madame Sophie, on fait connaissance avec une maîtresse très atypique qui permet de s’interroger sur le rôle de l’enseignant dans les apprentissages. Le Coin des petits débrouillards est l’occasion de réhabiliter le dilettantisme, le hasard et l’ingéniosité par un petit tour au royaume de Serendip. La sérendipité ayant permis de découvrir la pénicilline, les post-it et le Velcro, entre autres. Enfin, Papystoire raconte en bande dessinée la vie de Socrate. La page d’infos qui suit éclaire le lecteur : pourquoi a-t-on condamné à mort quelqu’un qui pose trop de questions ? On termine ce numéro en riant avec Paf le Piaf qui veut toujours libérer le monde. Il a décidé d’opposer la réflexion à l’instinct et d’amener ses amis à réfléchir à ce qu’ils font. Il ne remporte pas un franc succès !

L’affiche pédagogique

Ce numéro est accompagné d’une affiche d’animation philosophique.

Ici l’affiche représente différents animaux, un poisson rouge dans son bocal, un éléphant, un serpent, un cochon, un pélican, etc. placés devant un gros baobab. Le maître leur annonce que le premier en haut de l’arbre aura 10/10. La question posée est « Apprendre pourquoi ? » L’affiche amuse et interpelle. L’exploitation pédagogique proposée, plus ou moins longue selon les objectifs poursuivis par l’enseignant, permet de mener un atelier très complet sur les notions d’apprentissage, d’égalité et de réussite.

1 123 vues totales

Informations complémentaires

Année

2013

Auteurs / Invités

Françoise Martin

Thématiques

Ambitions de la laïcité, Éduquer à la philosophie, Laïcité, Philosophie