Pénalisation du négationnisme en Belgique : Introduction

Libres propos de Karen TADEVOSYAN

 

UGS : 2018007 Catégorie : Étiquette :

Description

La lutte contre le fléau du négationnisme est, depuis toujours, une priorité du Comité des Arméniens de Belgique, de l’ensemble des Arméniens, des Araméens, des Syriaques, des Chaldéens, des Assyriens, des Grecs pontiques, descendants des rescapés de 1915, ainsi que des communautés juives et tutsies.

Nos peuples ont connu les horreurs les plus innommables que les hommes peuvent infliger à d’autres hommes. Nous endurons ensemble les blessures négationnistes, les discours de haine qui dénigrent la mémoire des victimes de génocide et de leurs survivants. Nier un génocide, c’est en perpétuer l’horreur. Accepter ce déni, c’est encourager la répétition de folies génocidaires, comme celle vécue, aujourd’hui, au Moyen-Orient. Refuser le négationnisme fait partie des valeurs universelles fondamentales.

En Turquie, les autorités pratiquent, depuis un siècle, le négationnisme d’État, et aux antipodes du geste digne du chancelier allemand, Willy Brandt, agenouillé devant le mémorial des victimes juives du ghetto de Varsovie. L’Allemagne, rappelons-le, a reconnu sa part de responsabilité dans le génocide des Arméniens dans l’empire ottoman. Nous voyons malgré tout en Turquie, une lueur d’espoir au niveau de la société civile et des intellectuels. Une lueur portée par de courageux citoyens turcs qui se battent pour les droits de l’homme et savent que la reconnaissance du génocide de 1915 est une étape incontournable dans ce combat.

À l’inverse, nous nous inquiétons de voir Ankara importer ses discours négationnistes en Europe et en Belgique. Le négationnisme est un fléau à prévenir et à combattre. Il a fait l’objet en Belgique, le 23 mars 1995, d’une loi tendant à réprimer la négation, la minimisation, la justification ou l’approbation du génocide commis par le régime national-socialiste allemand pendant la Seconde guerre mondiale.

En mai 2005, deux amendements visant à étendre cette loi au génocide perpétré par le régime Jeune-Turc ottoman, en 1915, et celui perpétré par le régime Hutu Power au Rwanda, en 1994, ont été déposés au Parlement. Le projet a été adapté par la Chambre, mais bloqué au Sénat, renvoyé vers une commission interministérielle et finalement reporté. La promesse de reprendre le débat n’a pas été tenue.

En 2015, année du centenaire du génocide de 1915, le génocide a été reconnu par le Premier ministre belge, Charles Michel, au nom de son gouvernement, une nouvelle proposition de loi a été déposée pour élargir le champ d’application de la loi. Nous ne voulons pas que le débat soit, à nouveau, escamoté. On peut se demander, en effet, si la répression du négationnisme, en Belgique, fait l’objet d’un blocage. Si blocage il y a, il faut pouvoir en expliquer les raisons. On peut se demander si notre législation est suffisamment adaptée pour empêcher l’importation et la propagation, en Belgique, de discours de haine et de propos négationnistes.

L’objectif de ce colloque est d’essayer de trouver des réponses à ses questions entre autres. Rappelons qu’il n’y a pas de démocratie sans mémoire et humanisme.

Informations complémentaires

Auteurs / Invités

Karen Tadevosyan

Thématiques

Arméniens, Empire ottoman, Justice, Mémoire collective, Négationnisme, Turquie

Année

2018