Paradigme et éthique humaniste : l’idéal et la réalité

Pierre J. Mainil

 

UGS : 2012009 Catégorie : Étiquette :

Description

Celui qui adopte un paradigme éthique humaniste va se trouver dans une situation paradoxale. Il va constater que les principes éthiques auxquels il tient sont souvent en contradiction avec ceux inscrits dans le paradigme du monde dans lequel il vit. Quoi qu’il veuille, s’il prend des responsabilités dans la cité, il sera amené à composer, à admettre des situations contraires aux exigences qu’il s’est fixées à titre personnel ?

Qu’en sera-t-il par exemple de la liberté d’expression, de l’amour, de la solidarité et enfin du respect de la personne humaine au travers, par exemple, des questions de l’avortement et l’euthanasie.

Liberté d’expression et d’action

Respecter l’autre, c’est lui accorder la liberté d’expression et d’action. Qu’est-ce à dire sinon être capable d’écouter l’autre exprimer ce que je ne voudrais pas entendre ? C’est être capable d’accepter que l’autre fasse ce que je ne voudrais pas qu’il fasse. Tout devrait pouvoir être dit, verbalement, par l’image, par l’écrit, par tout support propre à donner l’information. La liberté d’expression devrait être la plus large possible.

Mais cette définition est-elle sage ? Je risque de laisser s’exprimer des êtres éventuellement nuisibles ! Où se trouve alors la solidarité avec autrui ? Aussi importe-t-il de ne pas oublier ce qui doit accompagner cette liberté d’expression. Ce n’est pas laisser le champ libre à l’intolérant.

Que l’on ne s’y méprenne pas, la tolérance n’est jamais ni l’autocensure, ni le laxisme. Ce n’est pas masquer son sentiment et, surtout, ne pas se taire devant celui qui avec morgue étale sa suffisance.

On autorise l’autre à s’exprimer. Mais alors vient la réciproque. Celle de pouvoir s’exprimer et surtout de s’insurger lorsque les menaces existent. Ce qui serait dramatique, serait de rester dans l’inaction.

On ne devrait pas s’en remettre exclusivement à une autorité à qui l’on demanderait de régler tout à notre place. Car cette autorité pourrait par après s’empresser de régler notre compte.

Mais où se trouve le juste équilibre ?

Si l’homme veut être libre, sa liberté il doit se la construire. Pour ma part, je me refuse d’être dans une société d’hommes qui se réfugieraient soit devant une insignifiance, soit derrière de fallacieux prétextes d’individualisme pour ne pas avoir à se mouiller, pour pouvoir rester dans l’inaction.

La solidarité

La solidarité. Oui bien sûr ? Sans limite ? Autre dilemme. Et son application au monde réel est ardue. Des exemples ?  En voici un : l’économie est planétaire. Elle s’est mondialisée. Jamais autant que maintenant on n’a eu la démonstration que c’est la loi du plus fort, la loi du profit, à travers la compétitivité, qui subordonne la personne humaine. Et malheur au perdant.

Certains disent que la mondialisation de l’économie aide au développement des pays à bas salaire. C’est naïveté de les croire. C’est de l’hypocrisie, car toute délocalisation des entreprises de production n’est fondée que sur la loi du profit maximum et non sur une quelconque philanthropie.

Alors posons-nous aussi cette question : sommes-nous prêts à sacrifier ne serait-ce que vingt-cinq pour cent de notre confort pour aider la pauvreté dans le monde ? Et si quelqu’un ose jeter la première pierre à celui qui sera sincère dans son égoïsme, qu’il fasse un examen de conscience et se demande s’il n’a jamais acheté des produits venant de l’Extrême-Orient en sachant qu’ils sont fabriqués par des êtres humains dans des conditions proches de l’esclavage.

Amour et morale

Tartuffe n’est pas mort et continue à sévir dans tous les milieux. Même non religieux. L’intégrisme moralisateur passé subsiste. Il est toujours là bien présent. Il arrive maintenant à se draper dans les plis des voiles de l’athéisme et de l’agnosticisme.

Nous avons abordé un nouveau siècle. Et il est encore des gens qui raisonnent comme on le faisait du temps de mon enfance ! En ce temps où des mots comme putains, sexe, règles, pénis, vagin, baiser, enceintes, pédés et les autres… étaient tabous et ne pouvaient pas sortir de la bouche d’honnêtes gens.

Cette pruderie et cette permanence de l’hypocrisie qui veulent occulter certains aspects de la nature humaine doivent être éliminées si l’on veut réellement tenter d’améliorer le comportement des hommes et des femmes dans cet aspect de la vie que l’on dissimule dans le concept de l’amour.

Et ce qui est plus grave, toujours par peur, on se garde de parler de la chose importante dans ce lien merveilleux qui réunit l’homme à la femme, et la femme à l’homme, on se garde d’évoquer toute l’importance de la sensualité et de la tendresse qui doivent l’accompagner.

Le respect de la personne humaine : l’avortement

Le piège qui m’est tendu le plus souvent est de me demander si je suis un homme respectueux de la vie humaine. Je suis en effet partisan tant de l’avortement que de l’euthanasie active. Non pas de leur simple dépénalisation, mais de leur pleine acceptation.

Imaginez une femme séparée de son mari. La solitude lui pèse. Au moment où elle ne s’y attend pas, elle goûte, sans que soient prises les précautions nécessaires, aux plaisirs du sexe. Et elle se retrouve fécondée.

La femme peut accepter cette fécondation ou la refuser. Si elle opte pour la deuxième option, elle doit recourir à l’avortement. Mais, m’a-t-on dit, avec beaucoup d’hypocrisie, on tue un futur être humain. Est-ce là le fameux respect de la personne que j’ai inclus dans mon paradigme éthique ?

Je fais toujours remarquer qu’il y a en présence l’être humain, la femme, et un ovule fécondé. Un choix doit être fait. Qui respecter : la femme ou l’ovule ? Qui m’autorise à décréter qu’il faut privilégier l’un au détriment de l’autre ?

C’est à la femme – à elle et à elle seule – d’en décider. En vertu de quoi pourrais-je lui imposer ma conception du problème.

Mon interlocuteur m’assène que j’évacue le problème en chargeant la femme du fardeau, profitant de ce que je ne suis pas femme. Il me somme de clarifier ma position. Ma réponse est évidemment l’approbation de l’avortement.

Qu’on le veuille ou non, un avortement va détruire un potentiel d’homme. Je ne nie pas cette réalité. Cela de la même manière que les avortements dissimulés que provoquent le stérilet placé dans l’utérus ou la pilule contraceptive du lendemain, parce qu’ils empêchent la nidation dans l’utérus de l’ovule fécondé.

Pour moi, je fais la distinction entre l’animal humain qu’est la communauté cellulaire que crée la fécondation, et la personnalité humaine. Cette dernière n’est pas créée au moment de la conception. Elle n’est pas là non plus au moment de la naissance. Elle n’existera d’ailleurs pas si, pendant l’enfance, la structuration du cerveau humain n’est pas entreprise par un envoi suffisant de messages à l’organe.

L’écorce cérébrale même formée n’est que de la quincaillerie, du hardware pour employer le langage de l’informatique. Il faut le meubler de logiciels, de software. Mais ces logiciels ne viennent pas d’en-haut. Ils résultent des actes des hommes, du contact du bébé et de l’enfant avec le réel. Et pas avant.

Et cet amas de cellules, en vertu de quoi pourrais-je l’imposer à une personne dont la philosophie est matérialiste et qui ne croit pas à l’existence d’un au-delà mythique ? Et qui de surcroît le considère comme un fardeau ?

Un autre peut ne pas accepter ma position si sa croyance est fondamentalement liée à l’existence de cet immatériel que l’on qualifie être l’âme. Pour ceux qui y croient, cette âme ferait l’homme. Elle existerait dès la fécondation de l’ovule et n’attendrait que la construction du cerveau pour manifester son existence. Même si cet outil était imparfait, même si l’enfant était atteint de tares qui en font un débile mental, l’âme ne le serait pas.

La décision qu’il a à prendre est son affaire et non la mienne. Je ne l’oblige à rien. Qu’il agisse selon sa conscience, mais qu’il me laisse être guidé par la mienne.

L’euthanasie

Avec l’euthanasie, c’est la même chose. Je n’aime pas parler dans le vide. Aussi vais-je évoquer un problème personnel. La mort de mon père. Il était matérialiste et, de ce fait, athée. Il ne croyait pas à l’existence d’un au-delà de la vie. Il est décédé à l’âge de quatre-vingt-sept ans. La sclérose de son cerveau avait transformé en idiot, totalement absent du monde, un homme qui avait été brillant sur le plan intellectuel même si le milieu prolétaire dont il était issu n’avait pas permis qu’il accède dans le travail à des fonctions où elles auraient été valorisées.

J’ai demandé au médecin de cesser l’administration des médicaments qui maintenaient en vie la forme humaine qu’il était devenu. Pour quelques mois seulement d’ailleurs ! Le médecin m’a déclaré être soulagé de mon intervention. Il n’osait pas prendre seul la décision. Mon père est mort la semaine suivante. Et j’en ai été heureux. J’aurais été plus loin si je n’avais pas été sûr de la rapidité de l’issue.

J’ai scandalisé en disant cela à certains.

Étaient-ils sincères ? Ou avaient-ils peur ? Peur de quoi ? Peur d’être victimes d’héritiers non scrupuleux ? Peur d’avoir à prendre la décision ? Peur d’une transgression éthique, comme je l’ai entendu il y a quelques jours ?

Oui, la transgression d’un postulat éthique si le paradigme que l’on se fixe établit comme étant tabou la vie d’une masse de cellules, comme si ce qui fait l’homme était uniquement le corps !

C’est évidemment leur droit d’agir ainsi pour eux-mêmes. Mais de quel droit accabler autrui de cet a priori ?

Le paradoxe religieux catholique

Le plus étonnant dans notre monde occidental est que la majorité des personnes qui disent faire partie de la mouvance catholique vivent comme s’ils ignoraient tout du paradigme coutumier qui est à la base des enseignements de leur Église. Des fautes graves, ce qui était appelé des péchés mortels et condamnaient le malheureux à être damné pour l’éternité, n’en sont plus.

Des chrétiens ont mis aussi dans leur paradigme personnel des postulats tels que « le respect d’autrui » et sa « réciproque », ainsi que le principe de la « solidarité vis-à-vis d’autrui ». Il en est parmi eux qui adoptent des comportements très humanistes.

Mais la grande majorité des catholiques belges s’adonnent à la contraception. Il n’y a pas que les athées et les agnostiques qui pratiquent l’avortement. Et pas mal de catholiques ne voient pas l’euthanasie active d’un œil plus défavorable que des laïques.

Le paradoxal est que ces croyants font l’impasse du paradigme coutumier de la mouvance à laquelle ils déclarent appartenir. Ils oublient ces éléments qui devraient faire partie de leur paradigme personnel et qui ont été codifiés dans le catéchisme et surtout dans l’encyclique Veritatis splendor, à savoir :
– différencier l’homme des animaux en lui implantant une âme au moment où le patrimoine génétique du spermatozoïde masculin a fusionné avec celui de l’ovule féminin ; cette âme est immortelle ; elle restera chargée des fautes commises par l’homme avant la désintégration du corps, et, en fonction d’un compte de résultats où interviennent les actes positifs et certaines soumissions rituelles, pourra en être punie, et ce pour toute l’éternité.
– Dieu est la bonté même au-delà de tout ce que la créature humaine peut imaginer ; il est le maître du bien et du mal ; Dieu qui seul est bon, connaît parfaitement ce qui est bon pour l’homme en vertu de son amour même, et le lui propose dans ses commandements.
– Dieu a laissé à des hommes privilégiés le soin de mettre en application ces principes par l’édiction des règles morales.  L’homme ne peut s’arroger ce rôle. L’homme ne peut pas s’abandonner au relativisme et au scepticisme, à cette attitude par laquelle il ne ferait que rechercher une liberté illusoire en dehors de la vérité elle-même. L’homme jouit d’une liberté très considérable, mais cette liberté n’est pas illimitée et doit s’arrêter devant l’arbre de la connaissance du bien et du mal. Dieu interdit de tolérer en matière morale une pluralité d’opinions et de comportements, de la laisser au jugement de la conscience subjective individuelle ou dépendant de la diversité des contextes sociaux et culturels.
– L’homme qui primitivement était prédisposé au bien, s’en est détourné par son orgueil à vouloir égaler son Créateur : ce fut le péché originel qui s’est reporté sur toute la descendance du premier couple humain ; l’homme est de ce fait enclin à faire le mal.
– Mais Dieu est miséricordieux et n’a pas voulu laisser l’homme à sa pauvre destinée : il a voulu racheter la faute d’Adam et Ève. Pour ce faire, il a placé une partie de lui-même, son fils, dans le sein d’une Vierge exemptée tout spécialement de la faute originelle, l’Immaculée Conception.
– La destinée de ce fils de l’Homme était de servir de victime expiatoire, de ramasser sur ses épaules toute la faute originelle et de l’expier en mourant crucifié ; Dieu apaisait ainsi son courroux contre le genre humain et donnait à celui-ci l’occasion de retrouver l’harmonie originelle qui prédisposait au Bien son lointain ancêtre.

Alors je pose la question : comment peut-on se déclarer humaniste et en même temps accepter cette abomination selon laquelle un être infiniment bon, infiniment parfait, la perfection infinie, se conduirait comme un tyranneau qui reporte la faute présumée de l’aïeul sur toute sa descendance ? Que dire de celui qui tolère que son « dieu » ne soit qu’un être injuste, vindicatif et répugnant qui ne se calme qu’après avoir fait immoler une victime ? Est-ce crédible ?

Je demande que soit présent à l’esprit ce que disait de ce dilemme, il y a deux mille trois cents ans, Épicure , à savoir « la présence permanente du mal et l’existence d’un Dieu omniscient, omni puissant et incarnant la bonté » :

 « Le mal existe, donc de deux choses l’une, ou Dieu le sait, ou il l’ignore. Si Dieu sait que le mal existe, il peut dès lors le supprimer, mais il ne le veut pas… Un tel Dieu serait cruel et pervers : est-ce admissible ? Dieu sait que le mal existe, il veut le supprimer, mais il ne peut le faire … Un tel dieu serait impuissant, est-ce admissible ? Dieu ne sait pas que le mal existe… Un tel Dieu serait aveugle et ignorant : est-ce admissible ? »

Et que l’on ne vienne pas suggérer que l’on peut rester catholique et nier l’existence du fondement même de sa croyance ?  Sans ce péché originel, le sacrifice du Christ n’a plus de raison d’être !

Je n’ai jamais refusé d’écouter ceux qui ont des conceptions différentes des miennes. « Laisse parler les hommes » fait partie du principe éthique du « respect de l’autre ». Une écoute sincère dans une hospitalité qui n’a nul besoin pour être offerte d’en « avoir ressenti soi-même le besoin ».

Faut-il être ou « avouer un manque » pour être prêt à écouter autrui ? Ma réponse est négative sur ce point. Écouter l’autre, c’est l’entendre. Des sons, cela va sans dire, qui expriment une pensée. Ce n’est pas se tenir dans le « non-dit » qui est « au cœur de toutes les religions ». Une écoute qui sera pleine de « rigueur, de loyauté » où je ne m’arrogerais pas « le monopole de la vérité ». Pourquoi faire si ce n’est pour préparer une véritable explication, pour débattre, comparer, distinguer, argumenter ! Si l’autre le désire !

Mais si la discussion se décide, je ne me laisserai pas séduire par la poésie du verbe et le chatoiement des phrases ! Comme le disait Alceste, le père dans Les Femmes savantes de Molière, « Je vis de bonne soupe et non de beau langage » !

Je ne pourrai pas m’empêcher de demander ce que mon interlocuteur, en l’occurrence Gabriel Ringlet dans son Évangile d’un libre-penseur, sollicite en demandant de me « laisser traverser par une parole de rire », ou en estimant que dialoguer « C’est traverser une parole jusqu’au silence, et se laisser traverser par elle et par lui ». Ou encore ce qu’est « un impossible vivant » ou « un silence habité » entre autres !

J’accepte tout dialogue, mais je réfute que l’on m’affirme qu’il doit, pour être sincère, « se révéler capable d’accueillir en soi une double conviction : la mienne et celle de l’autre ». Mais accueillir, n’est-ce pas plus qu’écouter : ne serait-ce pas partager la conviction ?

Et devant mon incompréhension, que cet interlocuteur ne vienne pas affirmer que « parce que cela fait partie de la richesse de la rencontre, il importe de vivre au plus profond cette expérience de l’incommunicabilité.et que se tenir, et parfois longtemps, dans le non-dit, ou dans l’impossible à dire, c’est une manière de dialoguer ».

Et je m’insurgerai lorsque mon interlocuteur revendiquera que « cantonner la foi religieuse à la seule vie privée est intenable ».

J’entrerai alors en lutte de toutes mes forces pour montrer les dangers d’une telle prétention. Je ne veux pas empêcher qui que ce soit de manifester en public ce à quoi il croit. Chacun a le droit d’être lui-même. Moi aussi, je revendique le droit de proclamer mon monisme matérialiste et mon appartenance au courant rationaliste et libre exaministe.

Ce n’est pas cela qui est en cause. Libertaire, je ne fais pas de mes conceptions philosophiques un instrument de pouvoir, au contraire des partisans d’une idéologie religieuse ou séculière qui a l’apparence du grand nombre pour elle.

Le danger actuel

L’archevêque André Léonard, primat de Belgique, n’a-t-il pas publié un livre dans lequel il a déploré les « nombreux abus commis actuellement en matière de démocratie parlementaire » et a regretté notamment que « le Parlement s’arroge le droit de décider par vote majoritaire du sens de la sexualité, de la différence du masculin et du féminin, de la signification du mot mariage, du rapport métaphysique de l’être humain à la finitude et à la mort, de la qualité des embryons méritant au moins d’être respectés… »

En d’autres termes, la démocratie parlementaire aurait été bafouée par les lois qui autorisent le divorce, la publicité des méthodes contraceptives, l’avortement thérapeutique, l’euthanasie, etc. Ce que cet archevêque fait mine de ne pas comprendre, c’est que ces lois ne doivent pas être obligatoirement suivies. Et tout catholique qui veut appliquer à la lettre ce qui est prescrit par le magistère de sa philosophie religieuse, a le droit de ne pas faire application des latitudes que ces lois votées démocratiquement lui accordent. Il conserve son entière liberté.

Mais en vertu de quoi pourrait-il s’opposer à ce que en fassent usage d’autres qui ne partagent pas les mêmes conceptions philosophiques ?

Il y a eu aussi le 13 novembre 2010 un colloque à l’Université libre de Bruxelles organisé par La Pensée et Les Hommes au cours duquel le prêtre et théologien Éric de Beukelaer a fait un exposé sur un regard de théologien à partir de l’expérience catholique.

Dans le n° 84 de la revue de La Pensée et Les Hommes, on peut trouver le propos suivant de ce théologien, à savoir ceci lorsqu’il parle de religion et du libre examen dans l’espace public :

« Cela revient-il à dire que, dans un État de droit, les convictions religieuses sont à reléguer dans le domaine de la vie privée ? Je me suis toujours opposé à cette façon de voir, car elle me semble philosophiquement erronée. Il est au contraire normal et sain que les convictions profondes d’un homme influent sur sa vie de citoyen et sur son engament politique. Personne ne songe à demander à un libre exaministe de ne pas appliquer le libre examen dans son action politique. De même il serait vain de demander à un catholique de ne pas faire de la politique en catholique, ou à un musulman de la politique en musulman. »

Ce théologien lance des affirmations telles que philosophiquement erronée sans les justifier et semble ne pas comprendre ce qu’est le libre examen qu’il assimile certainement à un dogmatisme agnostique ou antireligieux.

Si une majorité d’élus du peuple étaient d’une même conviction, qu’elle soit profane ou religieuse, et partageaient l’opinion selon laquelle ils doivent s’opposer à toute loi contraire à leur dogmatique, existerait-il encore une quelconque liberté de pensée pour ceux qui ne la partagent pas ?

Le mythe du Cheval de Troie

Au risque de paraître obsédé par le mythe du cheval de Troie qui me reste dans la gorge, au risque d’être accusé de diaboliser les intentions de celui qui est peut-être sincère, je prétends que « si une hirondelle annonce le printemps », elle ne garantit jamais qu’il sera radieux. Aussi suis-je toujours sur mes gardes.

À titre personnel, j’aime dialoguer, non pas pour convaincre autrui, mais pour éliminer le plus de rugosités de ma dogmatique. Et la réduire.

Mais qu’est-ce que l’État séculier aurait à faire du « devenir des religions» ? Tandis que moi, j’ai à lutter contre les tabous et les interdits qu’elles propagent et dont est meublé le paradigme politique de notre pays.

Le paradigme coutumier religieux reste encore trop présent dans notre société. Que de lois et de règlements sont pris sur base de postulats qui en font partie !  Que de guérillas de retardement ! Que de temps perdu pour que la publicité de la contraception pourtant pratiquée par la majorité de la population soit acceptée légalement ! Et il a été de même pour la loi de dépénalisation partielle de l’avortement ! Et le même scénario est en train de passer pour l’euthanasie.

Dans la mouvance catholique, il y a toujours eu des minorités qui ont contesté. Les unes très radicales jettent leur froc aux orties. Les autres croient pouvoir travailler de l’intérieur. Comme on le ferait dans un parti politique ! Alors m’a-t-on dit, pourquoi ne pas laisser au temps le soin de faire le travail de purification ? À quoi bon toute cette discussion, m’ont dit ces amis ? Mais pensent-ils à tous ceux qui n’auront pas le temps avec eux pour connaître ce bouleversement ?

Et que ces laïques qui privilégient la voie du « consensus mou » avec les religions comprennent qu’il est important que les interlocuteurs fixent les composantes de leurs paradigmes respectifs pour qu’un débat fructueux ait lieu. Après que soit analysée leur cohérence ! Et critiquées leurs incohérences !

1 211 vues totales

Informations complémentaires

Année

2012

Auteurs / Invités

Pierre J. Mainil

Thématiques

École / Enseignement, Église, Humanisme, Laïcité, Questions et options philosophiques, politiques, idéologiques ou religieuses