OBOEDIRE

Michèle MIGNON

 

UGS : 26015 Catégorie : Étiquette :

Description

Oui, petit mot d’affirmation signifie-il d’emblée consentement, voire obéissance ?

L’obéissance en étymologie vient du latin oboedire signifiant « prêter l’oreille » que l’on peut traduire par écouter avec attention, se concentrer sur ce qui est dit.

Écoute active

Écouter avec attention est souvent défini comme de l’écoute active, technique de communication impliquant une concentration totale sur l’interlocuteur pour saisir pleinement son message, verbal et non verbal. Elle nécessite de l’empathie, la non-interruption, et l’usage de la reformulation pour valider la compréhension, favorisant ainsi un climat de confiance et de bienveillance. Elle vise à créer une compréhension profonde au-delà des simples mots entendus.

C’est un oui d’obéissance à l’ouverture d’esprit et au respect de la différence dans le cadre des relations interpersonnelles.

Aucun souci avec cette obéissance-là, mais il y a bien d’autres oui…et dès lors la question pertinente consiste non pas à se demander s’il faut obéir ou non, mais plutôt pourquoi et à savoir à qui ou à quoi l’on obéit précisément, posant consubstantiellement celle de la liberté.

Liberté d’obéir

Puis-je obéir sans renoncer à être libre ? Lorsqu’on obéit, par définition, on consent, voire on se soumet. Cette obéissance nous a été inculquée dans l’enfance, car le but était l’apprentissage des règles de vie et le respect d’autrui.

À première vue, la liberté suppose donc l’absence d’obéissance. Mais qui dit liberté dit responsabilité, c’est-à-dire être capable de répondre ! Le oui serait-il alors l’expression d’une incapacité à répondre ou d’un refus d’assumer la charge de notre liberté.

Incontestablement, dans un état de droit, les lois, définissent un cadre politique qui règlent notre liberté comme le dit Montesquieu[1] « la liberté consiste à faire ce que les lois permettent », mais le propos n’est pas ici d’envisager l’aspect citoyenneté et de rappeler le discours de La Boétie. Comme pour le « NON » qu’en est-il au quotidien pour le « OUI » dans les relations au sein d’un groupe hiérarchisé ou pas ?

Oui et alors ? Oui, et après ?

Pourquoi obéir ? Obéir à quoi ? Obéir à qui ?

Obéir par contrainte ? Obéir par devoir ?

Un devoir est une nécessité, une obligation à suivre, car pour raison morale, religieuse ou sociale, « il faut ! ».

Une contrainte est une violence physique ou morale exercée contre une personne afin de l’obliger à agir contre sa volonté.

Dans une société humaine, nous coexistons les uns avec les autres au moyen de règles de vie communes et donc il est difficile de n’obéir à personne ou à rien. Mais s’il y a des obéissances constructives et nécessaires pour le vivre-ensemble, d’autres sont plus destructrices.

Obéissance et autorité

La question que posa Milgram[2] était où finit la soumission à l’autorité et où commence la responsabilité de l’individu (soixante-cinq pour cent des sujets de l’expérience vont jusqu’au bout), mais selon Erich Frömm[3], philosophe et psychanalyste, cette expérience mit surtout en évidence « cette particularité dramatique de l’homme qu’est sa difficulté à faire face à ses conflits internes. La pulsion de ne pas obéir ou de ne pas se soumettre constitue pour beaucoup une menace intérieure contre laquelle ils se défendent en accomplissant l’acte demandé ».

Développer notre conscience, la nettoyer de ses fonctionnements aliénants, adopter discernement et solidarité dans une société où une majorité de personnes, quels que soient les mensonges qu’elles se racontent à elles-mêmes, dans leur for intérieur, aspirent à la paix et à l’harmonie, permet le progrès.

Régler responsabilité et liberté dans nos actions et nos rencontres demande de développer notre force vitale, c’est-à-dire notre capacité d’autonomie en devenant ce que l’on est, assumant nos émotions, notre vulnérabilité, car plus on se protège de nos émotions et sentiments authentiques, plus on se trahit, plus on est clivé.

Cette liberté nécessite une conscience constante pour ne pas être abandonnée au profit d’un confort psychologique ou d’une habitude.

Ne pas tomber dans le silence des pantoufles ! Dans tout groupe, ce type de silence peut être compris comme une approbation, un oui ! Gravissime si les propos sont accusateurs et/ou malveillants.

Il y a des oui qui sont néfastes quand la passivité et l’indifférence les guident.

Il y a des oui porteurs de lumière : oui à la recherche de la vérité, oui à plus de solidarité, oui à plus de sagesse. OUI à la construction d’une société meilleure…

Si dire OUI est au cœur des relations humaines, il a à s’exprimer en tenant compte de ses conséquences, car impliquant notre relation au pouvoir, il pose la question de la liberté et donc de savoir s’affranchir pour trouver en soi le pouvoir de décider du sens de ses actes.

Ce travail d’émancipation de la conscience permet de devenir une personne libre obéissant toujours au moins à elle-même, c’est-à-dire à ses valeurs et à ce qu’elle s’est elle-même prescrit. Il conduit à s’informer scrupuleusement, de rejeter mensonges et rumeurs, de répudier tout préjugé. Il demande de comprendre, ce qui ne signifie pas admettre.

Alors, OUI à OBOEDIRE…

 

[1] MONTESQUIEU, De l’Esprit des lois, Genève, Barillot & Fils, 1748.

[2] Stanley MILGRAM (1933-1984) est un psychologue social américain, surtout connu pour ses expériences sur l’obéissance à l’autorité menées au début des années 1960 à l’université Yale. Ses travaux ont mis en évidence jusqu’où des individus ordinaires peuvent aller lorsqu’une figure d’autorité leur demande d’infliger des actes qu’ils jugent moralement problématiques. Ces recherches, largement débattues pour leurs implications éthiques, ont durablement marqué la réflexion sur la responsabilité individuelle, la conformité et les mécanismes de soumission dans les sociétés modernes.

[3] Erich FRÖMM (1900-1980) est un psychanalyste et sociologue germano-américain, figure majeure de l’École de Francfort et de la psychanalyse humaniste. Dans ses ouvrages, il analyse les liens entre structures sociales, liberté et vie psychique, en montrant comment l’angoisse de la liberté peut conduire au conformisme ou à l’autoritarisme. Il a aussi développé une réflexion éthique sur l’amour, la responsabilité et l’émancipation individuelle, au croisement de Freud, Marx et d’une philosophie humaniste.

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Informations complémentaires

Année

2026

Auteurs / Invités

Thématiques

Autorité, Conscience, Émancipation, Éthique, Liberté, Solidarité, Conformisme, Consentement, Discernement, Écoute, Obéissance, Responsabilité

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