Ni putes ni soumises

Fatoumata SIDIBÉ

 

UGS : 20060019 Catégorie : Étiquette :

Description

Trop de femmes, de jeunes filles battues, violentées, excisées, harcelées psychologiquement, n’osent pas témoigner par peur de représailles supplémentaires. De la part d’un mari violent, d’un grand frère autoproclamé, garant de l’honneur de la famille qui boxe sa petite sœur au nom d’une tradition patriarcale sortie d’un autre âge. Sous la contrainte d’un mariage forcé, de violences physiques, verbales et morales. Sous la pression de machos de base, de fachos ordinaires, de religieux fondamentalistes qui portent en haine la femme, son corps, sa liberté, sa sexualité.

Oui : autour de nous, près de nous, trop de jeunes filles, trop de femmes sont victimes de pratiques scandaleuses. Et pourtant, trop souvent encore, il règne autour d’elles un silence complice, une omerta honteuse qui permet à cette barbarie de prospérer au cœur de nos villes, de nos foyers, de nos villas, de nos écoles, de nos quartiers.

Demain, peut-être, c’est à côté de chez vous ou chez vous que la violence se domiciliera.

Nous ne sommes pas décidés à accepter passivement cette régression !

Ensemble, nous voulons prendre le mal à la racine, nous attaquer aux causes de la violence en réaffirmant des valeurs de laïcité, de mixité, d’égalité et de respect mutuel afin de construire l’universel, et non sombrer dans le chacun pour soi en fermant les yeux ou en refusant d’agir sur ce qui se passe dans l’appartement ou le quartier d’à-côté.

Nous voulons rétablir l’égalité femme-homme en droits comme en devoirs, et ce dans le respect de l’intégrité des individus, quels que soient leur sexe, leur couleur, leur origine, leur croyance. Ensemble contre la haine ou le mépris des femmes, pour qu’elles puissent vivre libres et égales, nous avons décidé de nous unir pour dire notre révolte, et pour lutter pratiquement, quotidiennement contre les violences qu’elles subissent. Écouter, accueillir, aider, accompagner psychologiquement et juridiquement les femmes soumises à la loi du silence, libérer la parole, sensibiliser, éduquer, aller partout où la société fait mal et pour cela nous mobiliser : voilà le combat indispensable à mener !

C’est pourquoi nous avons décidé de rejoindre Ni putes ni soumises, parce que ce mouvement mixte, laïque, progressiste et sans frontières agit ici et maintenant pour libérer la parole, pour lutter pratiquement et quotidiennement contre la régression du statut et des droits des femmes, contre toutes les formes de discrimination, de misogynie, d’homophobie, d’enfermement communautaire, de racismes et d’antisémitisme, et aussi parce qu’il réunit des citoyennes et des citoyens de tous bords et de tous âges qui ont envie, comme vous, comme nous, de se battre pour construire le vivre-ensemble.

Soyons les témoins actifs et responsables de notre temps, réagissons, car désormais on ne pourra plus dire : « Je ne savais pas… »

Ni putes ni soumises

C’est avec ce slogan volontairement provocateur qu’un mouvement a été lancé par quelques filles et garçons des banlieues françaises au printemps 2003. Une jeune fille venait d’être brûlée vive dans une cave. C’est là l’origine du cri de révolte de Fadela Amara, jeune Française d’origine algérienne, qui entama une longue marche – la marche des femmes contre les ghettos et pour l’égalité – à travers la France, traversant villes et campagnes pour alerter l’opinion publique sur la condition des femmes et des jeunes filles, victimes de la loi des « cités ».

Aujourd’hui Ni putes ni soumises représente plus de soixante comités en France, ainsi qu’en Suisse, Espagne, Suède, Pays-Bas et Belgique, qui luttent pour l’égalité, la laïcité, la mixité.

Dans son livre Ni putes ni soumises, Fadila Amara propose une remarquable analyse du comment et du pourquoi de la régression en France et en Europe, dans les quartiers défavorisés comme dans la société tout entière, et dénonce la progression du machisme et des violences, ainsi que la dérive extrémiste d’une fraction des musulmans vers l’intégrisme. Devenue présidente « Ni putes ni soumises », Fadela Amara a été faite docteur honoris causa de l’Université libre de Bruxelles en novembre 2005.

Après quelques mois de gestation et de structuration, et afin de lutter ici et maintenant, le comité belge NPNS s’est créé officiellement en juin 2006 et s’est mis immédiatement au travail. Un travail de terrain. Un travail pour libérer la parole et les initiatives. Pour faire régresser la régression.

Fatoumata Sidibé, une Belge d’origine malienne, licenciée en communication, représente bien les valeurs du mouvement :

« J’ai pris la mesure des dérives religieuses et du poids des traditions discriminantes à l’égard des femmes. Je découvre aujourd’hui que les acquis des mouvements de libération de la femme sont en passe d’être grignotés, que le sexisme et les violences conjugales touchent toutes les couches sociales et culturelles, que les traditions qui enferment les femmes reviennent en force, que fondamentalistes et intégristes de tous bords prônent le retour à un ordre archaïque. Le combat de Ni putes ni soumises pour l’égalité, la laïcité et la mixité m’a fortement interpellée. »

Partout en effet le même constat s’impose : la décomposition du lien social, du rapport entre hommes et femmes, la montée de la violence envers les filles et les femmes, la régression obscurantiste, machiste, patriarcale, les racismes, l’antisémitisme, l’homophobie, la misogynie.

Notre devise : laïcité, mixité, égalité

Laïcité. Nous prônons une séparation entre les religions et l’État. La laïcité renvoie tout ce qui est religieux à la sphère privée, tout en permettant à chacun de croire ou de ne pas croire. C’est aussi la laïcité politique, institutionnelle qui ne confond pas la neutralité de l’État avec la neutralisation, la passivité. La laïcité, ce n’est pas l’envahissement de l’État par des groupes religieux au nom d’un certain pluralisme ou l’acceptation passive de traitements différenciés des citoyens.

L’égalité. Mêmes droits et mêmes devoirs pour tous les citoyens quels que soient leur appartenance, leur sexe, leur origine, leur choix sexuel, leur conviction religieuse et philosophique.

Nous ne voulons pas que le droit à la différence soit confondu avec la différence des droits. On ne peut pas justifier certaines pratiques institutionnelles différentes, au nom d’une idéologie, au nom d’une religion, au nom d’une « tradition ».

Mixité. Nous l’entendons à la fois par mixité sociale, mixité culturelle, mixité de genre. Cette triple mixité rapproche les hommes et les femmes, les filles et les garçons. Elle est celle qui se partage entre tous les groupes humains, pour que chaque individu qui les compose soit, d’abord, reconnu comme citoyen, libre de ses choix, sans refus des identités multiples. Défendre la mixité revient donc à défendre et à réaffirmer la laïcité comme vecteur d’émancipation.

Le Guide du respect : un outil d’éducation permanente et une « trousse de secours »

Un des principaux objectifs à court terme est la publication du Guide du respect, adapté au contexte belge. L’action de l’association Ni putes ni soumises dans les écoles, les associations et les maisons de quartier en France a permis de recueillir de nombreux témoignages sur la sexualité chez les jeunes, le poids de certaines traditions archaïques, les différentes formes de violence qui portent atteinte à la mixité, l’égalité et la laïcité.

Le Guide du Respect est un véritable outil éducatif articulé autour de la notion de respect mutuel, antidote aux violences psychologiques et physiques et facteur décisif de la vie en collectivité. Élaboré à partir de témoignages recueillis auprès de jeunes filles et jeunes gens, déclinés selon trois thèmes – la sexualité, les traditions, des violences –, il déconstruit les idées reçues, donne aux questions d’urgence des réponses pratiques, concrètes, juridiques et oriente vers les associations qui peuvent assurer la prise en charge. Ce guide fera l’objet d’une promotion particulière à la fois en Communauté française, dans l’enseignement secondaire et supérieur, les maisons de jeunes, les associations, les plannings familiaux, les mouvements de jeunesse mais aussi dans les grands médias.

À travers ses pôles d’intervention, ses antennes de terrain, le Comité belge Ni putes ni soumises veut rendre la parole à celles et ceux que la peur empêche de s’exprimer. 

Aidez-nous à libérer la parole et les initiatives !

« L’association a pour but d’entreprendre toutes les actions susceptibles de promouvoir l’égalité des droits entre hommes et femmes, d’œuvrer ensemble par tous les moyens pour construire une nouvelle mixité basée sur le respect de l’autre, d’agir en dehors de tout signe extérieur d’appartenance philosophique, partisane ou religieuse, de dénoncer et combattre toutes les formes de violences et de discriminations faites aux femmes et aux hommes partout où leurs droits sont bafoués, de promouvoir la liberté et le droit de choisir pour tous les citoyens, sans distinction de sexe, d’origine, d’opinion, de religion ou de philosophie, d’entreprendre des initiatives de revendication ou d’éducation et ce par tous les moyens légaux pour promouvoir l’égalité, la mixité, la laïcité, de donner à ces valeurs une résonance internationale en exportant le « Vivre ensemble ».

(Extrait des statuts du Comité belge Ni putes ni soumises Wallonie-Bruxelles)

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Informations complémentaires

Année

2006

Auteurs / Invités

Fatoumata Fathy Sidibe

Thématiques

Égalité des chances, Égalite H-F, Questions de genre, Sexualité, Violence de genre, Violences psychologiques

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