Mal aux fesses pour le Congo

Hermine BOKHORST

 

UGS : 2007031 Catégorie : Étiquette :

Description

Ils ont remis ça, les moraliens 1030 ! Le 30 novembre dernier, ils ont organisé la grande fête de lancement de leur projet d’aide pour l’école de Yolo Nord à Kinshasa. Plus de cent cinquante personnes étaient présentes à l’école Georges Primo de Schaerbeek. Parmi elles, de nombreux élèves de morale laïque de sixième primaire. Ce sont eux qui portent le projet avec leurs six maîtres spéciaux et Chantal Hemerijckx, d’Asd (Association pour la Solidarité et le Développement).

Pour l’occasion, le réfectoire de l’école s’est paré des couleurs tropicales et empli de musique africaine. Richard s’est illustré en magistral prof de danse, tandis que Abdul Kamara a subjugué la salle avec ses interprétations sensibles de chansons d’ambiance. Et surtout, il y avait Mama Jackie, la marraine des artistes de Matonge Ixelles, qui avait préparé un buffet congolais d’exception : les convives schaerbeekois ont pu découvrir des plats aux saveurs exquises comme le makayabu, le mikate, le chikwangue et autres saka-saka. La soirée a aussi été marquée par la venue de Freddy Tsimba, le sculpteur africain qui réalise des statues de paix à partir de douilles de fusil trouvées sur les champs de bataille à l’est du Congo. Touché par ces enfants de Belgique qui se mobilisent pour une école de Kinshasa, il a tenu à soutenir cette action.

Ensuite, les parents, les enseignants et les nombreux sympathisants ont pu découvrir les lettres-vidéo où les élèves de Schaerbeek ont posé des questions et reçu des réponses des élèves de sixième primaire du Congo. Et ils ont aussi pu admirer une exposition réalisée à partir des cent cinquante dessins venant de Kinshasa, tous créés grâce à la collecte de crayons (usagés), organisée par les moraliens dans toutes les écoles fondamentales communales de Schaerbeek.

La soirée aura été marquée par l’élection du logo « moraliens sans frontière » qui représentera les actions de solidarité des élèves de morale durant les années à venir. C’est le dessin de Thibaut Zadina de l’école 17 qui a remporté l’élection. Sans oublier de nombreux bricolages réalisés par les enfants et que les invités ont acheté pour marquer leur soutien aux actions au projet. Parmi les bricolages, on pouvait se procurer des bijoux fabriqués avec du matériel de récupération, des bougies artisanales, des cartes ou encore des cadres illustrant des proverbes africains. Pour l’anecdote, c’est le proverbe « Les Blancs ont tous une montre, mais jamais le temps » qui a rencontré le plus de succès. Enfin, les invités ont pu lire les nombreux articles de presse parus sur l’opération de solidarité débutée en 2006-2007, période durant laquelle un vrai mouvement de solidarité s’est créé. C’est là que les moraliens de toutes les écoles schaerbeekoises ont pu dépasser leurs différences pour travailler ensemble à aider l’école publique au Congo.

Rappelons que tout a commencé par le constat qu’à Kinshasa, tous les enfants n’ont pas la chance d’aller à l’école. Dans certains quartiers, seul un enfant sur deux va aux cours, et encore dans des conditions épouvantables : quatre-vingts élèves par classe, tous assis par terre faute de bancs, sans tableau, sans cahiers ou crayons, sans manuels scolaires. Pour faire prendre conscience aux élèves schaerbeekois des difficultés rencontrées par leurs amis africains, les « madames de morale » ont organisé une « classe mal aux fesses » dans chacune de leurs sixièmes années. Pendant cinquante minutes (soit une période de cours), les élèves ont été invités à s’asseoir par terre pour écouter les témoignages de divers experts du Congo : Isabelle Empain du Lhac (Laïcité et Humanisme en Afrique Centrale) ; Edwin de Boevé de Dynamo international, formateur de travailleurs de rue à Kinshasa ; Philippe De Boeck, journaliste du Soir qui a lancé le « Journal du Citoyen » au Congo ; Erik Nyundu, journaliste congolais à Télé Bruxelles ; Catherine Delbrassine de Médecins Sans Frontières ; etc.

Au bout d’une demi-heure, les enfants ont compris pourquoi les élèves kinois parlent de « classes mal aux fesses ». Ils se sont sentis d’autant plus motivés pour aider les écoles. Et spontanément, ils ont proposé des actions pour récolter de l’argent afin de faire fabriquer des bancs au Congo par une école technique.

Ensuite, ils ont imaginé une récolte hebdomadaire de pièces rouges, puis ils ont déposé des tirelires dans les commerces, les bibliothèques et participé à des brocantes. Ils ont vendu des collations à l’école, des livrets de jeux faits maison, des bijoux, des poupées africaines. L’année s’est terminée par un grand « car wash » de la solidarité à l’école 16, le 1er mai 2007. Ce jour-là, les élèves, toutes écoles confondues, ont mouillé leur chemise au propre comme au figuré, en nettoyant quatre-vingt-six voitures et… sept vélos. Le 5 mai, le jour de la Fête de la Jeunesse laïque, ils ont marché du CERIA, où avait lieu la cérémonie, jusqu’à l’hôtel communal de Schaerbeek : soit dix kilomètres sous forme de marche parrainée.

Au total, les moraliens 1030 ont récolté de quoi faire réaliser soixante bancs pour l’école de Yolo Nord. Un beau résultat. Mais le plus important, c’est la valorisation positive et la dimension citoyenne du projet. En effet, les élèves sont devenus « acteurs de changement » en dehors du seul local de morale, car toutes les actions de solidarité ont eu lieu durant les heures de loisirs. Il fallait y mettre du sien. Et ils l’ont fait avec enthousiasme.

Certains élèves qui rencontrent des difficultés scolaires ont trouvé du sens et du plaisir à s’investir et à agir concrètement pour les autres. Tous se sont ouverts au monde, ont découvert une autre culture, se sont nourris d’histoires d’ailleurs et ont appris que la différence de l’autre constitue au bout du compte un enrichissement.

Et puis, il y a eu aussi plein d’autres découvertes : les élèves de Belgique et du Congo ont échangé des dessins de leur vie quotidienne, analysé les photos et les messages de leurs correspondants. Ensuite, ils ont visité des expositions d’art congolais, se sont baladés à Matonge Ixelles (certains ont même goûté des chenilles séchées) et ont fait des recherches sur la Rdc. C’était l’occasion de nombreux sujets de débats au départ du thème du projet : de l’utilité d’aller à l’école au racisme, en passant par le recyclage des objets considérés comme des déchets par la société occidentale. Enfin, ils ont appris à « vendre » et à défendre leur projet aux parents, aux commerçants, aux journalistes.

Les médias se sont beaucoup intéressés à l’opération, ce qui a permis aux enfants de sentir que leurs actions étaient importantes. Chantal Hemerijckx a mis en place « lesmoraliens1030skynetblogs.be », un blog qui est devenu un outil de communication entre élèves et qui a reçu plus de quatre mille cinq cents visites à ce jour ! Il a permis de créer du lien et une identité forte pour les élèves de morale. Le mot « moralien » a été trouvé par un élève de Chazal, qui un jour, a lancé : « En fait, nous qui n’avons pas cours de religion, sommes des moraliens ». Il a rapidement été adopté par l’ensemble des élèves de morale car, à l’heure où dans les cours de récré on se positionne sur la religion, il est plus simple et plus positif de s’affirmer « moralien » que de dire par exemple : « Je suis musulman, mais inscrit au cours de morale » ou de ne pas oser avouer que l’on ne croit pas en Dieu. Dans ce contexte, il arrive que des élèves des autres cours philosophiques demandent « Mais Madame, qu’est-ce que c’est moralien ? ». Ce qui permet de répondre : « Les moraliens apprennent à penser par eux-mêmes. Ils sont ouverts, tolérants et solidaires ».

Le cours de morale dans le fondamental à Schaerbeek prend lui aussi une dimension particulière en fonctionnant de plus en plus par projet (learning by doing). Les activités originales se multiplient à tel point qu’un site internet, qui s’appellera bien sûr www.moraliens1030.be, va bientôt être mis en ligne. Il permettra de rassembler les expériences des élèves et proposera un agenda pour les nombreuses activités à venir. Comme par exemple, le marathon de cours organisé le dimanche 9 mars à l’école Chazal, la nouvelle édition de la marche parrainée liée à la Fête de la jeunesse laïque du 10 mai et enfin, à la demande générale, le « car wash » de la solidarité à l’école 16.

Cette démarche donnera peut-être des idées à des enseignants de morale d’autres communes qui pourraient rejoindre le mouvement. Il serait vraiment utile d’établir un réseau d’élèves de morale en Communauté française où des « moraliens4000 » échangeraient leurs expériences dans la blogosphère avec des « moraliens1400 ».

Pourquoi ne pas rêver un peu ?

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Informations complémentaires

Année

2007

Auteurs / Invités

Hermine Bokhorst

Thématiques

Alimentation, Congo, École / Enseignement, Rapports Nord-Sud / Solidarité internationale