Ma laïcité racontée aux enfants

Henri Bauherz

 

UGS : 2011001 Catégorie : Étiquette :

Description

Avant propos

L’humanité d’aujourd’hui est divisée en croyants et non-croyants. La croyance en un dieu créateur ou en spiritualités philosophiques a donné lieu à de multiples religions et formes de pensées. Chacune d’elles a donné lieu en un petit ouvrage ayant comme but d’expliquer aux enfants la portée de toutes ces convictions. Ainsi existe-t-il le judaïsme, le christianisme, l’islam, le bouddhisme ou la philosophie racontée aux enfants. Toutes ces formes de pensées remontent à des millénaires et ont connu, et connaissent encore, une évolution continuelle. Toute ma réflexion repose sur l’idée que je me fais de l’évolution de la pensée à partir de l’apparition de l’espèce humaine. J’ai intitulé ce petit récit « Ma laïcité racontée aux enfants » et non « La laïcité racontée aux enfants ». C’est parce que cette forme de pensée a également connu une évolution et que je situe celle-ci comme une suite rationnelle aux formes de pensées religieuses qui l’ont précédée. Je peux à présent commencer mon histoire.

Avertissement au lecteur. Je vais essayer de t’expliquer, dans les pages qui vont suivre, ma façon de voir la société dans laquelle nous vivons. Je ne connais pas ton âge. As-tu neuf ans ou douze ou quatorze ans ? C’est pourquoi, en raison de mon âge, je me permets de te tutoyer. Pour de nombreuses raisons, les hommes se sont toujours entretués, que ce soit parce qu’ils voulaient s’accaparer les biens de l’autre, parce qu’ils se croyaient supérieurs à l’autre ou parce que la couleur de leur peau était différente, ou encore, parce qu’ils se donnaient une explication différente de la création du monde, et enfin, parce qu’ils adoraient et adorent encore un ou plusieurs dieux différents. Ils se livraient à des guerres et à des massacres de plus en plus violents. C’est parce que je crois qu’en expliquant les choses à ma façon tu pourras vivre un avenir plus harmonieux que j’ai écrit ce petit livre.

Chapitre I

L’histoire de notre terre a commencé il y a des milliards d’années. Les progrès de la science font supposer que tout a commencé il y a plus ou moins quatorze milliards d’années par une énorme explosion qu’on a appelée le « Big Bang ». Cette explosion a produit le soleil et par la suite la terre, qui n’était alors qu’une masse brûlante. Au fur et à mesure que cette masse s’est refroidie, elle a permis l’apparition de la vie. Il y eut d’abord des bactéries, des assemblages de cellules, la formation de végétaux suivie par celle des espèces animales. Et ce n’est qu’à la suite de cette évolution qu’est née l’espèce humaine. Cela s’est passé, pense-t-on, il y a plus ou moins quelque sept cents millions d’années.

Chapitre II

L’espèce humaine s’est progressivement transformée au gré des besoins nouveaux qu’elle a rencontrés. Il est probable que les premiers soucis de l’homme des débuts aient été de se nourrir et de se protéger. Au cours de cette période, son cerveau s’est développé et sa pensée également. Tout ce qui environnait l’homme des origines a sûrement été un sujet d’étonnement et d’émerveillement. Tous les phénomènes naturels ont certainement suscité des questions, que naturellement on est en droit de se poser. Pourquoi le jour ? Pourquoi la nuit ? Pourquoi le soleil, la lune, les étoiles ? Pourquoi le chaud ? Pourquoi le froid ? Pourquoi la mer ? Pourquoi la terre ? Pourquoi cette diversité de végétaux et d’animaux ? Pourquoi la vie ? Pourquoi la mort ? D’où venons-nous et où allons-nous, etc. ? Une réponse évidente qui s’impose d’elle-même, c’est que, si tout cela existe, il y a manifestement un créateur. C’est cette réponse à toutes les questions que l’on peut se poser, même aujourd’hui, qui a produit les croyances et les religions.

Très logiquement, des hommes qui réfléchissent se sont dit que, puisqu’il y a une horloge, il y a nécessairement un horloger qui a dû la fabriquer. L’ennui, vois-tu, c’est que l’horloger nous pouvons le rencontrer. Il en va tout autrement quand il s’agit de la création de notre univers. Ce créateur-là, nous ne pouvons que l’imaginer. Il est invisible, intouchable : nul ne sait de quelle matière il était et, si ce n’est que dans notre esprit, nous ne pouvons qu’imaginer ce créateur et non le voir ou le rencontrer.

Chapitre III

À chaque phénomène, dont l’ensemble constitue cette extraordinaire mécanique du fonctionnement régulier de notre univers, il fallait bien entendu trouver une explication satisfaisante. La question est de savoir si tout cela était dû à un concepteur unique auquel on donne le nom de « Dieu », ou bien si chaque phénomène était l’œuvre d’un dieu différent, particulier ; elle pose l’interrogation de savoir si, dans la pensée de l’homme originel, l’espèce humaine était monothéiste, polythéiste, voire même athée. Les opinions sur ce sujet restent divisées. Ce qui est plus que probable, c’est que les réponses que l’on pouvait se donner à chacune des questions qui se posaient étaient le résultat de la connaissance du fonctionnement de chaque phénomène ; cette connaissance s’appelle la science. Si, au début, cette science était nulle, les réponses ne pouvaient être que le fruit de l’imagination et donner lieu à des réponses hypothétiques, à des superstitions compréhensibles et à des interprétations et des pratiques rituelles diverses. On peut dès lors admettre qu’au fur et à mesure de l’évolution de la science les réponses aux questions passées se précisaient et changeaient. Tout comme la science a progressé, les croyances ont évolué et se sont modifiées au cours des millénaires passés. On peut dès lors imaginer qu’au cours des temps et selon les lieux, la pensée religieuse soit passée d’une croyance à des dieux multiples (polythéisme) en une conception monothéiste (un dieu créateur unique), apparue il y a cinq ou six millénaires d’ici. De nombreuses formes de pensées se sont développées. Aujourd’hui, certains disent que la création est due au hasard. D’autres croient que l’évolution s’est faite au fur et à mesure des besoins des situations nouvelles auxquelles les espèces ont dû faire face. On a convenu d’appeler cela la « nécessité ». D’autres encore imaginent qu’avant toute chose, il n’y avait rien et qu’il se trouvait une force créatrice qui a imaginé toute l’évolution qui allait suivre à partir de ce rien. Cette force créatrice aurait donc eu, dès le début, un but déterminé et programmé à l’avance, ce que d’aucuns appellent un « dessein intelligent ». Mais ce ne sont là que des vues de l’esprit et le résultat d’un raisonnement rationaliste. Je pense, pour ma part, que le passage du polythéisme au monothéisme résulte d’un refus du sacrifice humain qui préexistait, qui faisait partie des rites que les religions pratiquaient et qui faisait partie des rituels que les croyances imposaient. En effet, on peut imaginer que, pour obtenir la réalisation de leurs souhaits, les hommes s’adressaient aux dieux par des prières et leur faisaient des offrandes pouvant aller jusqu’à leur sacrifier des êtres humains. Le refus de recourir au sacrifice humain se caractérise dans les trois religions monothéistes de notre temps (judaïsme, christianisme, islam) par le mythe d’Abraham repris dans les textes fondateurs de ces trois religions. L’idée d’une société basée sur le doute de l’existence d’un ou de plusieurs dieux-créateurs est un phénomène relativement récent appelé la laïcité, dont je m’expliquerai dans le chapitre suivant.

Chapitre IV

Au cours de son évolution et des transformations successives de l’espèce humaine, la pensée religieuse s’est également transformée. En imaginant, comme nous l’avons vu plus haut, l’existence d’un ou plusieurs dieux créateurs, les hommes se sont construit des histoires pour donner une place et se donner une explication sur les divinités. Ces histoires imaginaires se sont muées en mythes, qui pour les générations successives sont devenues des faits historiques incontestés. C’est ainsi qu’est née l’histoire de la genèse, pour raconter la façon dont tout aurait été créé. D’autres civilisations, dont la Grèce antique d’il y a plus de deux mille ans est un exemple marquant, se sont fabriqué des familles de dieux et de déesses comparables au monde humain. C’est-à-dire que le maître de cette famille divine, et tous les dieux associés, se comportaient comme des êtres humains, mais jouissaient de la vie éternelle. Les imageries populaires ont toujours été mises en doute par certains. Tout en restant persuadé qu’il existait une force créatrice, les hommes ont contesté l’image même de cette mythologie qui était contestée. C’est ainsi que sont nées les philosophies grecques. On pourrait situer à ce moment l’origine d’un esprit laïque. Cette forme de laïcité a, comme toutes les religions, connu une évolution et des transformations. Le pouvoir des institutions religieuses, affirmant être les seules à détenir la vérité, s’est accru au cours des temps et a donné lieu à des dérives de plus en plus excessives. Le pouvoir absolu des religions a produit un esprit laïque composé d’athées, niant l’existence même d’un créateur, et d’agnostiques, c’est-à-dire d’hommes et de femmes préférant laisser le doute subsister et ne fournissant pas de réponse à l’existence d’un dieu. Enfin, il existe aussi une troisième catégorie de laïques convaincus de l’existence d’un dieu-créateur. Le point commun de ces trois formes de laïcité consiste dans le rejet des rites et des pratiques conçus par les religions, qui sont des résidus archaïques et anachroniques du passé. Ces tendances se sont surtout développées depuis quelques siècles. Il s’agit donc là d’un phénomène récent. Cette mouvance, qui laissait à chacun une liberté de pensée totale, a exigé la séparation absolue des pouvoirs religieux et civils. C’est l’origine de la loi française de 1905 codifiant cette exigence. Ainsi qu’on peut le constater, cette forme de laïcité prend place dans l’éventail des diverses formes de pensées, mais n’en est encore qu’à ses premiers balbutiements. C’est cette laïcité-là que j’appelle « ma » laïcité et qui est le but universel à atteindre.

Pour résumer ma façon d’entrevoir l’évolution, il y aurait donc eu, dès l’apparition de l’espèce humaine, des hommes n’ayant comme seuls soucis que celui de se nourrir et de se défendre, tout comme l’espèce animale qui les a précédés : une simple continuité. On ne peut savoir si pour s’expliquer les mystères qui les environnaient, les hommes ont attribué leurs créations à un ou à plusieurs dieux. Ce qui paraît certain, c’est qu’il y a eu un passage de la croyance de nombreuses divinités à un dieu unique. Ce phénomène s’est produit simultanément avec l’apparition des philosophes qui ont précédé la Grèce antique. Ceux qui se sont succédé étaient croyants, mais mettaient en doute l’imagerie des histoires qui circulaient à cette époque. En général, les philosophes étaient des observateurs du ciel et de la terre et peuvent être qualifiés comme les savants de leur époque. En plus des explications que les religions qui se sont développées véhiculaient en ce temps-là, des grands principes de moralité ont été formulés. L’esprit laïque de la philosophie a commencé à évoluer. En présence du caractère ridicule qu’entretenaient les rituels, la laïcité a progressivement imaginé un univers sans dieu, ou dieux, tout en conservant les grands principes moraux. Cette nouvelle forme de pensée ne s’est pas faite spontanément et sans excès. Cela s’est traduit par des mouvements de haine et de violence. L’expression « les laïques sont des bouffeurs de curés » traduit bien cette mentalité. Où en sommes-nous aujourd’hui ? Les laïques se situent dans une forme de pensée progressive et imaginent la possibilité d’une vie morale tout en laissant à chaque individu la liberté de croire ou non en un esprit créateur. Cette liberté implique cependant que n’existe aucune pression de forme de pensée d’un groupe sur l’autre pour lui imposer sa conception de l’image du monde. Les sciences, et la connaissance de plus en plus approfondie des phénomènes, ont fait un bond prodigieux au cours des quelques siècles qui nous précèdent. De nombreux points restent encore inexpliqués, mais c’est l’avenir qui déterminera l’évolution de notre monde.

Chapitre V

Les religions ont toujours fourni des explications acquises comme des vérités absolues. Les sciences, en recherchant des explications logiques et rationnelles, ont perpétuellement rectifié les erreurs du passé. Il reste cependant de nombreux points à éclaircir  : c’est là le projet de l’avenir. Dans l’esprit des scientifiques, de nombreux scénarios sont évoqués, les uns catastrophiques, les autres optimistes. On peut, en effet, penser aujourd’hui que, par la puissance atomique qu’il détient, l’homme est en mesure de s’autodétruire. On peut donc concevoir une disparition complète de l’espèce humaine, et même des autres espèces. L’utilisation illimitée des produits de la terre peut conduire à un résultat analogique. Enfin, on peut fort bien imaginer que, de nos jours, nous soyons arrivés au degré ultime de nos possibilités. Il ne s’agit encore une fois là que d’une simple vue de l’esprit. En effet, s’il y avait eu quelqu’un lorsque l’espèce humaine est apparue et que l’homme s’est redressé et a commencé à marcher et à se déplacer à la vitesse d’un ou de deux kilomètres à l’heure et qu’un jour ses successeurs auraient été capables de voler dans l’espace et d’atteindre plus ou moins trente mille kilomètres à l’heure, et qu’ils pourraient envisager d’atteindre d’autres planètes, un tel prédicateur aurait certainement été qualifié de dément. Et pourtant, aujourd’hui cela est. Et pour l’enfant que tu es, il n’y a là rien de surprenant. Avec les trente mille kilomètres à l’heure d’aujourd’hui, nous sommes bien loin des trois cent mille kilomètres à la seconde que représente la vitesse de la lumière dans l’espace. Mais qui peut prévoir des progrès que l’avenir réserve à l’humanité et qu’un jour une communication avec d’autres univers ne devienne possible ? Mais où en sommes-nous en matière de l’évolution de la pensée religieuse et philosophique et de l’avenir que nous pouvons imaginer ? Ce sera l’objet du chapitre suivant.

Chapitre VI

Depuis que la pensée est apparue et que l’homme a cherché à s’expliquer les origines de toutes choses et à donner un sens à sa vie, sa manière de raisonner a continuellement évolué. Il est peu important de savoir s’il a attribué son origine à une absence de dieu, à un seul dieu ou à de nombreux dieux. Ce qui est plus que probable, c’est qu’après une période de polythéisme il soit passé à une ère monothéiste dans laquelle nous nous situons encore. Ce monothéisme a donné naissance à trois religions fondamentales, mais qui ont une origine commune et pour lesquelles chacun a trouvé des interprétations différentes. Les trois religions en question sont le judaïsme, le christianisme et l’islamisme. Voyons à présent comment chacune de ces trois religions a réagi au cours de l’histoire pour accepter finalement une séparation des pouvoirs religieux et civils.

Judaïsme : l’histoire que les Juifs ont traversée a entraîné ceux-ci en une diaspora, c’est-à-dire une dispersion sur presque l’ensemble des pays qui constituent la terre. Ce phénomène tout à fait particulier en a fait un peuple sans terre. Les Juifs, ainsi dispersés, se sont partout soumis aux lois des nations parmi lesquelles ils se trouvaient intégrés, et ceci en concevant et en préservant leur foi et leurs pratiques religieuses d’origine. On peut donc admettre que dans ces conditions, il existait déjà, pour les Juifs, une séparation du pouvoir religieux et du pouvoir civil.

Christianisme : le développement de cette autre forme de pensée prend ses origines dans la précédente, il y a un peu plus que deux millénaires, par l’apparition d’un personnage qui a marqué son époque  : Jésus de Nazareth. Cette nouvelle forme de pensée s’est implantée au cours de l’histoire, principalement en Europe et, depuis plus de six cents ans, par la découverte de ce continent, dans les Amériques. Au cours de cette période, des luttes de pouvoirs entre les chefs religieux et les chefs civils se sont déclarées et ce n’est que par la loi française de 1905 que la séparation des pouvoirs est devenue plus ou moins, et selon les lieux, acceptée par la chrétienté.

Islamisme : cette troisième religion monothéiste est née il y a environ mille cinq cents ans. C’est-à-dire six siècles après l’apparition de Jésus. Des luttes d’influences et de pouvoirs se sont alors déclarées dans le Moyen-Orient où les trois religions monothéistes se sont développées. Mais alors que l’influence chrétienne prenait sa place en Europe, l’influence islamique envahissait une bonne partie de l’Afrique et de l’Inde. Le choc de la rencontre du pouvoir chrétien et du pouvoir islamique se fit principalement en Espagne, au Portugal et dans le sud de la France. De lourds combats eurent lieu et se traduisirent par le rejet de l’influence islamique depuis l’Europe vers le nord de l’Afrique. Aujourd’hui encore, les deux zones d’influence persistent. Une seule différence cependant les sépare. Contrairement à la chrétienté, l’islam, dans sa grande majorité, n’a pas encore accepté une séparation entre le pouvoir religieux et le pouvoir civil. Dans la plupart des pays islamiques, les lois religieuses du Coran régissent la vie nationale.

Ainsi que tu pourras le constater, quel que soit le sujet que l’on veut étudier, on rencontrera toujours un changement continuel qui est la conséquence d’une évolution. L’évolution elle-même dépend du temps que prend cette évolution. Prenons le cas des trois religions monothéistes dont il a été question au chapitre précédent. Le judaïsme remonte à plus ou moins six mille ans. L’évolution de son histoire est telle qu’aujourd’hui toutes les facettes de la pensée y sont présentes et que le problème de la séparation des pouvoirs religieux et civils ne se pose pratiquement plus. La chrétienté ne prend son départ qu’il y a un peu plus que deux mille ans et de nos jours, après avoir traversé toutes les étapes de l’évolution, elle connaît également une diversité nombreuse. Toutes les tendances se trouvent représentées depuis une rigidité des pratiques religieuses jusqu’à une forme de libéralisation moderne. C’est pourquoi on retrouve, dans la chrétienté, des croyants orthodoxes et des chrétiens s’écartant des pratiques religieuses. Il a fallu cependant attendre la loi française de 1905 pour qu’une séparation des pouvoirs puisse s’entrevoir. L’islam n’a pris son envol il n’y a que mille cinq cents ans, et bien qu’aujourd’hui il existe déjà un petit nombre de musulmans se voulant laïques, l’évolution de cette pensée religieuse n’a pas encore atteint un degré lui permettant d’accepter, comme dans le judaïsme et la chrétienté, une véritable séparation des pouvoirs. Ce n’est là qu’une question de temps. La séparation des pouvoirs religieux et civils est le résultat de l’évolution d’une pensée laïque.

Chapitre VII

En résumé, la laïcité se situe, dans l’évolution de la pensée humaine, dans sa phase la plus récente. Toutes les formes de pensées qui ont précédé la laïcité, qu’elles soient polythéistes ou monothéistes, ont connu une période d’évolution très longue. Aujourd’hui, nous nous trouvons dans une nouvelle forme de pensée. Celle-ci, que j’appelle ma laïcité, n’a véritablement connu son origine qu’il y a au grand maximum cinq siècles. Il s’agit donc d’un phénomène relativement récent dans l’histoire de l’évolution de la pensée humaine. Cette laïcité-là, au stade actuel, n’exclut pas l’idée que l’on peut se faire de l’origine de la pensée humaine. Tout se résume dans l’idée qu’on peut se faire des tout premiers moments de la création. Celle-ci doit-elle être attribuée à un créateur ou est-elle le résultat du hasard ? La laïcité moderne ne rejette aucune des options choisies, mais écarte les rites et les pratiques que les religions ont fabriqués au cours de leur évolution. Bien que certains pensent qu’aujourd’hui nous assistions à un retour vers le spirituel religieux, force est de constater que toutes les religions en présence se caractérisent par le fait qu’en leur sein se développe une fraction de la pensée laïque. Cette nouvelle forme de pensée n’empêche donc pas la croyance en une force créatrice que nous ne pouvons qu’imaginer, mais qui prend la forme d’une pensée épurée et dégagée des rites obsolètes.

Chapitre VIII

Chaque individu est le résultat d’un conditionnement dont il n’est nullement responsable. C’est le hasard qui nous a fait naître en tel lieu de la surface terrestre, dans une certaine communauté nationale ou religieuse, dans telle ou telle famille. Le choix de notre éducation est déterminé par tous ces hasards dont nous avons subi l’influence. Ce n’est qu’à la suite de notre propre réflexion et des résultats auxquels chacun de nous parvient qui fait de nous l’être que nous sommes. Le choix de notre libre pensée est ce que nous appelons le « libre arbitre ». Ce choix, cependant, ne nous autorise pas à croire que tel est le meilleur, qu’il est supérieur aux autres et qu’il détient la seule vérité. Si nous pouvions atteindre ce stade d’humilité, nous pouvons espérer en un futur de paix et de sérénité. Ce but à atteindre est encore éloigné, mais me paraît possible dans l’esprit de laïcité que j’ai essayé d’exposer dans tout ce qui précède. C’est dans l’étude, l’apprentissage, la connaissance et l’acceptation de toutes les formes de pensées qui existent que nous pourrons espérer en un avenir plus humain. C’est au sein de chacune des communautés qui constituent nos sociétés que doivent se recruter des enseignants capables de transmettre ces idées contemporaines. Tout conditionnement idéologique, national, politique ou religieux qui ne répond pas aux conditions exprimées plus haut est un conditionnement pervers et de nature à entretenir des communautés hostiles les unes aux autres et à former des intégristes n’ayant aucun esprit de leur propre vie et de celle des autres. En présence de cette situation critique dans laquelle nous nous trouvons encore engagés de nos jours, je peux comprendre le désenchantement de certains qui pensent trouver un refuge dans des idéologies aujourd’hui dépassées. Je crois dans une possible évolution de ma laïcité et forme l’espoir d’une société différente et équilibrée.

Chapitre IX

En conclusion, ma pensée laïque n’exclut en aucune façon la croyance en une force ou en une énergie créatrice. Ce qu’elle rejette intégralement, c’est la conservation et la survivance de pratiques et de rites qui tirent leur origine dans un passé dépassé. La prière elle-même ne consiste en quelque sorte qu’en une demande de voir des vœux exaucés. Elle n’est en somme que la forme d’un échange entre la promesse de se comporter dans le respect de règles de strictes moralités pour obtenir la réalisation de vœux immédiats ou de se garantir une vie éternelle après la mort dans un univers paradisiaque. La survivance dans les religions de rites et pratiques n’est que le reflet de superstitions passées. Ainsi en est-il, par exemple, dans le judaïsme de se conformer dans le respect de plus de six cents commandements où se mélangent des règles morales, et de pratiques antiques telles l’obligation de se couvrir d’un calot, d’apposer sur sa porte un petit boîtier contenant quelques versets de la Bible et d’autres pratiques. Dans le christianisme, le fait de se signer de la croix ou de s’agenouiller devant une Madone représentant la mère de Jésus. Dans l’islamisme, de prier cinq fois par jour en se prosternant vers la Mecque.

Aujourd’hui, ce qui ressort de la vision évolutionniste de l’homme actuel, c’est de voir attribuer à la laïcité la place à laquelle elle a droit. C’est pourquoi ma laïcité se caractérise par le respect de l’autre dans sa manière de penser et de vivre en échange du respect et de l’acceptation de ma propre personne.

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Informations complémentaires

Année

2011

Auteurs / Invités

Henri Bauherz

Thématiques

Laïcité, Questions et options philosophiques, politiques, idéologiques ou religieuses