L’obsession sacrificielle

Willy DE WINNE

 

UGS : 2011040 Catégorie : Étiquette :

Description

Au cours de l’évolution darwinienne, la conscience et la perception du bien et du mal se sont progressivement développées parmi les primates et plus spécialement dans l’espèce homo, réputé autant « demens » que « sapiens».

Cette conscience morale est à l’origine de multiples mythes, comme par exemple, en Occident, le mythe du péché originel d’Adam et d’Ève provoquant la perte du paradis terrestre. Alors que les autres espèces animales continuent de vivre heureuses au paradis terrestre, dans l’irresponsabilité de l’instinct et dans l’ignorance du bien et du mal, la nôtre se découvre au cours de son évolution, une conscience morale et son corollaire : le sentiment de culpabilité. Le remords de nos mauvaises actions nous rend malheureux et nous pousse à chercher un remède pour soulager autant que possible notre mauvaise conscience. Toutes les religions du monde y trouvent l’origine de leur mythe fondateur et, éventuellement même, leur fonds de commerce.

Dans notre monde judéo-chrétien, le mythe du bouc émissaire devait apporter une première solution à notre remords, grâce au sacrifice d’un animal mis à mort après avoir été préalablement chargé de nos péchés. L’obsession du sacrifice se retrouve parmi tous les monothéistes occidentaux, qui tous admirent Abraham/Ibrahim acceptant d’immoler son fils Isaac à la simple demande de son dieu. La soif de sacrifices semble vitale à ce dieu réputé unique, tout comme la catharsis sacrificielle est devenue indispensable à ses adorateurs.

Pour diminuer l’angoisse eschatologique d’un enfer punitif éternel et augmenter les chances d’obtenir l’accès au paradis céleste, des remèdes toujours plus convaincants sont recherchés. Le temps des martyrs est arrivé, car le bonheur éternel au ciel après la mort est plus important que sa préparation sur terre, tout comme la chrysalide n’est que le passage obligé vers le but final, le papillon. Sacrifier sa vie à dieu, pour entrer au paradis, devient le but suprême de tout fidèle. C’est également le temps de l’inquisition où la valeur d’une vie humaine, connaît une forte dévaluation et où la présomption de culpabilité est confirmée par la torture. « Tuez les tous, Dieu y reconnaîtra les siens » !

Dans une logique analogue, les peuples précolombiens se livrent à des sacrifices humains, marquant ainsi une nouvelle étape de l’horreur dans la valorisation des victimes. Les prêtres précolombiens en effet, devaient arracher le cœur encore palpitant de jeunes et jolies filles vierges, sacrifiées aux dieux. Mais également en Occident, le roi Agamemnon avait consenti au sacrifice de sa fille Iphigénie pour obtenir des dieux de l’Olympe des vents favorables à la poursuite de sa guerre contre Troie.

Mais l’horreur n’avait pas encore atteint son apogée en Occident. Car, comme l’efficacité du sacrifice est réputée proportionnelle à la valeur du sacrifié, il n’y a pas de limite à son « perfectionnement». C’est notre culture judéochrétienne, qui innove en matière de rédemption par personne sacrifiée en proposant le mythe de l’incarnation d’un dieu qui accepte ensuite de verser son sang pour la rédemption des péchés des hommes. L’horreur est à son comble lorsqu’on nous propose de croire que le dieu incarné est arrêté, condamné à mort, flagellé, moqué et crucifié entre deux criminels ! Qu’il pût ensuite ressusciter n’enlève rien à l’horreur du sacrifice.

De nos jours, les églises se vident, la vocation de nouveaux prêtres est en chute libre et une majorité croissante de catholiques déserte les églises et ne croit plus à une quelconque possibilité d’obtenir, déjà au cours de sa vie, la rémission de ses péchés. Quand le mal est fait, il faut en assumer les conséquences. Et par conséquent l’idée barbare selon laquelle la rémission de nos fautes pût être acquise par une quelconque mise à mort sanglante d’un tiers, apparaît dans toute son incongruité.

De même, le sacrement de l’eucharistie catholique, défini par le dogme de la transsubstantiation, ne rencontre plus la ferveur d’antan. Cette théophagie pratiquée sous les espèces du pain et du vin par les fidèles, a perdu beaucoup de sa crédibilité parmi les croyants catholiques eux-mêmes, qui n’y voient plus qu’un symbole ou le souvenir de la « dernière cène ».

Quant à la croyance juive, elle a également subi de profondes modifications. Déjà en l’an 70 de l’ère commune, après la destruction du deuxième Temple de Jérusalem par l’empereur Titus, les Juifs ont totalement abandonné la pratique des sacrifices sanglants. Ensuite, la diaspora les a conduits dans leur errance à travers toute la planète, et ce faisant ils ont dû s’adapter aux cultures locales. Leur persécution millénaire, et plus spécialement la Shoah, semble les avoir poussés aux deux extrêmes. Alors que, d’une part, ils se sont parfaitement et démocratiquement intégrés partout dans le monde, leur sionisme intransigeant, d’autre part, s’est construit au détriment du peuple palestinien soumis par la force et obligé de céder toujours plus de territoires aux colonies juives. Tôt ou tard, cette marmite ne manquera pas d’exploser dans un embrasement de violence.

Seuls les musulmans pratiquent encore de nos jours, avec ferveur et conviction, l’égorgement sanguinaire du mouton de l’Aït el Kébir. Mais en même temps, le « printemps arabe » annonce peut-être une timide évolution de la société musulmane vers la démocratie laïcisée se rapprochant du monde occidental.

 Constatons également et avec bonheur qu’à côté de nous, et longtemps séparée du monde occidental, une grande partie de la planète et de l’humanité n’a jamais été « infectée » par l’obsession sacrificielle. Il s’agit des peuples asiatiques de tradition bouddhiste, confucianiste et taoïste, pour lesquels toute vie est sacrée et qui dénoncent l’horreur et la barbarie de l’obsession sacrificielle des monothéismes occidentaux. Eux qui répugnent à tuer une mouche, car un ancêtre s’y est peut-être réincarné !

Le progrès géopolitique de la Chine sur la scène mondiale et surtout les échanges des idées entre l’Orient et l’Occident, via les médias modernes, nous permettent d’espérer qu’un jour toute la planète pourra se débarrasser de cette sanguinaire et illusoire obsession du sacrifice.

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Informations complémentaires

Année

2011

Auteurs / Invités

Willy De Winne

Thématiques

Mythes, rites et traditions, Questions et options philosophiques, politiques, idéologiques ou religieuses