L’Impossible Eucharistie

Willy DE WINNE

 

UGS : 2011035 Catégorie : Étiquette :

Description

Dans nos pays traditionnellement catholiques, la pratique de la messe dominicale est en récession constante et les sondages d’opinion de catholiques pratiquants montrent que la toute grande majorité ne croit plus à la présence réelle de Jésus dans les deux espèces du pain et du vin consacrés par le sacrement de l’eucharistie. Ainsi, ils rejoignent de ce fait la Réforme. Essayons donc d’y voir un peu plus clair en remontant dans le temps au XVIe siècle au concile de Trente, qui a fixé le dogme dans les termes suivants :

L’eucharistie

« En premier lieu, le saint concile enseigne et professe ouvertement et sans détour que, dans le vénérable sacrement de la sainte eucharistie, après la consécration du pain et du vin, notre seigneur Jésus Christ, vrai Dieu, vrai homme, est présent vraiment, réellement et substantiellement, sous l’apparence de ces réalités sensibles. »

La transsubstantiation

« Parce que le Christ notre Rédempteur a dit que, ce qu’il offrait sous l’espèce du pain, était vraiment son corps, on a toujours eu dans l’église de Dieu, cette conviction, que déclare de nouveau le Saint Concile : par la consécration du pain et du vin s’opère le changement de toute la substance du pain en la substance du corps du Christ notre seigneur, et de toute la substance du vin en la substance de son sang. Ce changement, l’Église l’a justement et exactement appelé : transsubstantiation. »

« La Présence Réelle »

Plutôt que d’employer le terme théologique qui, aujourd’hui, embarrasse terriblement les théologiens catholiques, les catholiques de base préfèrent utiliser l’expression « présence réelle » que le concile du XVIe siècle utilisait. Mais ils veulent, en général, dire la même chose, pour bien se distancer des incompréhensions protestantes.

« La Dernière Cène » ou le dernier repas Seder du Pessah

Jésus et ses douze apôtres, tous des juifs pieux et pratiquants, se retrouvent autour de la table pour fêter la Pâque juive, commémorant la sortie d’Égypte, par le repas rituel prescrit par la Torah.

Jésus, conscient d’avoir provoqué l’occupant Romain et le clergé du Temple, en se faisant acclamer comme le nouveau roi-messie des juifs et s’attendant à être arrêté, leur demande de se souvenir plus tard de Lui en ces termes :

Évangile selon Marc : 14/22 à 24

« Pendant qu’ils mangeaient, Jésus prit du pain ; et, après avoir rendu grâces, il le rompit, et le leur donna, en disant : ‘Prenez, ceci est mon corps.’

Il prit ensuite une coupe ; et, après avoir rendu grâces, il la leur donna, et ils en burent tous.

Et il leur dit : ‘Ceci est mon sang, le sang de l’alliance, qui est répandu pour plusieurs.’ »

Selon les protestants il est impossible de considérer que les douze apôtres, tous juifs pieux et pratiquants, auraient pu boire du « vrai sang » de leur maître, car boire du sang est une abomination capitale selon la loi, bien plus grave que manger du porc.

Le Lévitique 17/12 est formel :

« C’est pourquoi j’ai dit aux fils d’Israël, personne d’entre vous ne mangera du sang, et l’étranger qui séjourne au milieu de vous ne mangera pas de sang. »

Pour les protestants il s’agit par conséquent de manger « symboliquement » le pain représentant le Corps et de boire le vin représentant le Sang du Christ.

Par ailleurs, le rituel juif de la Pâque prescrit de boire quatre coupes de vin, ce qui explique pourquoi les apôtres se trouvaient ivres après le repas et incapables de réprimer leur besoin de dormir à Gethsémani pendant que Jésus suppliait Son Père Céleste, par trois fois, mais en vain, de renoncer à Lui faire subir le Sacrifice de la crucifixion. Se seraient-ils également enivrés après avoir bu du vrai sang à la place du vin ?

Évangile selon Matthieu 26/43 à 45 :

« Il revint, et les trouva encore endormis ; car leurs yeux étaient appesantis. Il les quitta, et, s’éloignant, il pria pour la troisième fois, répétant les mêmes paroles. Puis il alla vers ses disciples, et leur dit : ‘Vous dormez maintenant, et vous vous reposez ! Voici, l’heure est proche, et le Fils de l’homme est livré aux mains des pécheurs.’ »

Et dès lors, nous pouvons en conclure, que le dogme de la transsubstantiation et le sacrement de l’eucharistie, créés par le Magistère romain lors du Concile de Trente, ne sont que l’expression d’une radicalisation extrême de la part de la papauté en cherchant à aggraver la tension entre l’Église Catholique et la Réforme Luthérienne. Comme un taureau dans l’arène, l’Église n’a pas pu se retenir de charger la muleta rouge agitée devant ses yeux par le toréador Martin Luther qui dénonçait avec raison l’impossibilité anachronique du sacrement. En effet, Jésus et ses douze apôtres n’ont jamais été chrétiens : Ils étaient tous juifs pratiquants et par conséquent tenus à respecter scrupuleusement l’interdiction de boire du sang.

Le Concile de Trente a érigé ce dogme de la transsubstantiation comme une déclaration de guerre contre la Réforme, renforçant ainsi encore plus l’agressivité des papistes au pouvoir contre les rebelles hérétiques luthériens.

Et dès lors, il sera difficile aujourd’hui, de progresser dans l’actuelle volonté affirmée de pratiquer l’œcuménisme réciproque visant à ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain, car celle-ci constitue leur fond de commerce partagé.

Rome, qui à force de se construire des fortifications dogmatiques contre la menace de la Réforme et des Lumières, s’est enfermée dans un château de cartes qui risque de s’effondrer complètement, si d’aventure le Magistère romain tentait d’en retirer l’une ou l’autre carte dans un but d’œcuménisme. Les dogmes de la transsubstantiation et de l’infaillibilité du pape sont ceux qui de toute évidence, ont perdu toute crédibilité, même chez les fidèles, ce qui constitue pour le Vatican, un énorme nœud gordien qu’il n’est pas prêt aussitôt, à trancher.

P.S. :

Tous les chrétiens devraient se rendre compte que Jésus est né juif et qu’il est mort juif en récitant le psaume 22 en agonisant sur la croix. Il n’a jamais été chrétien, pas plus que ses douze apôtres.

Ce n’est que très progressivement et grâce surtout à Saül de Tarse et sa conversion en Saint Paul et à l’empereur Constantin, que la nouvelle secte a pu se distancer petit à petit de ses origines et obligations juives et se constituer en une église schismatique indépendante qui a, par ailleurs, très longtemps hésité avant de choisir le Symbole des Apôtres définitif en rejetant les multiples options proposées et finalement qualifiées d’hérétiques, tels que l’Arianisme, le Monophysisme, le Docétisme, le Marcionisme, le Montanisme, le Nestorianisme…

Lire à ce sujet : Frédéric Lenoir, « Comment Jésus est devenu Dieu ».

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Informations complémentaires

Année

2011

Auteurs / Invités

Willy De Winne

Thématiques

Foi, Questions et options philosophiques, politiques, idéologiques ou religieuses, Religions