Les violences ne sont pas une fatalité : Garance les prévient

Irène Zeilinger

 

UGS : 2011026 Catégorie : Étiquette :

Description

Garance est une association sans but lucratif qui lutte, depuis sa création en 2000, contre les violences basées sur le genre.

Les violences sont différentes pour les femmes et pour les hommes. Par conséquent, Garance a choisi de travailler de manière différente avec les filles et les garçons, les femmes et – dans un avenir proche – les hommes, adaptée aux situations de vie, aux besoins et aux attentes spécifiques à chaque groupe. La même chose est vraie pour l’impact de l’âge, d’où la mise en place d’activités spécifiques pour les femmes à partir de cinquante-cinq ans. Cependant, l’objectif est le même pour toutes et pour tous : se respecter et se faire respecter afin de contribuer à une société plus égalitaire, moins violente.

Dans toutes ces activités, l’objectif est de rendre aux participant(e)s leur capacité d’agir, par l’analyse critique des conditions sociales et politiques qui mènent à la violence et par la valorisation des moyens dont ils/elles disposent pour stopper les agressions. Il s’agit d’une approche participative qui vise l’autonomie et la citoyenneté du public.

Les activités se groupent en quatre axes principaux :

– Activités organisées par Garance : Garance organise avant tout des formations d’autodéfense et de défense verbale qui sont accessibles à toutes les femmes, quel que soit leur âge et leur condition physique. Ces activités permettent de toucher le grand public avec une approche novatrice de prévention des violences. Des projets spécifiques s’adressent à des publics qui ne trouvent pas leur place dans ces formations : filles et garçons, femmes de plus de cinquante-cinq ans, femmes issues de l’immigration, personnes prostituées…

– Collaboration avec d’autres associations : de cette manière, Garance touche un public en général défavorisé ou marginalisé, ou en situation de crise. L’action de prévention a d’autant plus d’impact que ces collaborations se développent principalement avec des partenaires qui sont en prise directe avec la réalité quotidienne de beaucoup de femmes.

– Garance Pro : Garance partage son expertise dans le domaine de la prévention primaire des violences basées sur le genre avec d’autres acteurs. Des autorités publiques, des institutions, des employeurs et des chercheuses font appel à Garance afin d’enrichir la lutte contre la violence par des formations pour les professionnel(le)s, par des recherches et par des politiques.

– Sensibilisation et information : Garance réalise des actions de sensibilisation et d’information ainsi que des publications qui s’adressent à un plus large public que celui touché par les deux premiers axes. Le but visé est d’informer tous et toutes sur leurs possibilités de se protéger contre les différentes formes de violence et de leur fournir des outils pratiques à cet égard.

Quelques exemples concrets

C’est dans le cadre de cette mission d’information que Garance publie des brochures, s’adressant aussi bien à un large public (Échappez belle !, Non c’est non) qu’à des catégories plus spécifiques (L’Abc de la sécurité, Guide pratique pour femmes migrantes). Les deux publications les plus récentes s’adressent plus particulièrement l’une aux femmes de plus de cinquante-cinq ans, l’autre aux personnes travaillant dans la prostitution.

La brochure J’ai plus de 55 ans et j’assure ma sécurité a pour spécificité d’avoir été entièrement conçue et réalisée par des femmes de plus de cinquante-cinq ans ayant participé à nos groupes de réflexion. Et c’est pourquoi les idées de sécurité sont particulièrement adaptées aux besoins et aux soucis de cette partie de la population.

Au menu : la sécurité en rue, dans les transports, chez soi, avec ses proches, dans le home… Comme toujours chez Garance, les conseils ne se formulent pas en interdits, mais ouvrent des possibilités d’action pour toute et chacune. La brochure est truffée de témoignages de femmes de plus de cinquante-cinq ans qui encouragent à ne pas s’enfermer chez soi et à prendre sa propre sécurité en mains. Des quiz et des exercices ponctuent les explications pour que la lectrice puisse approfondir sa réflexion et intégrer des astuces.

L’autre brochure s’intitule Mon corps, ma fierté, ma force. Guide de sécurité pour travailleuses du sexe/prostituées. Elle a également été réalisée avec les personnes concernées. Loin des idées reçues, les femmes qui travaillent dans le contexte de la prostitution ne sont pas des victimes passives de la violence qui leur est faite. Elles ont des ressources pour se protéger et pour gérer le risque d’agressions au quotidien.

Mais ce sont des ressources peu connues, et encore moins valorisées. C’est pourquoi, dans le cadre d’un projet européen, Garance et ses partenaires sont allés à la recherche de leurs témoignages : qu’est-ce qu’elles font, ces travailleuses du sexe, pour pouvoir poursuivre leur activité en sécurité ? Des ateliers, des discussions et de multiples rencontres individuelles est né un nouveau guide de sécurité. Même s’il cible les femmes prostituées, toute lectrice peut y trouver des idées pour agir face à la violence, en voiture, à la maison, sur internet, des violences verbales aux violences sexuelles et physiques.

Toutes ces brochures sont disponibles sur le site www.garance.be ou peuvent être obtenues gratuitement (une petite participation est demandée pour les frais de port) sur simple demande au secrétariat de Garance.

L’autodéfense pour les nul(le)s

Loin des clichés des arts martiaux, des films d’action ou du vigilantisme de droite, l’autodéfense féministe est une approche globale de prévention aux violences. Elle comprend tout ce qui rend la vie plus sûre, elle apprend à connaître ses limites à reconnaître des situations de danger ; elle indique comment demander de l’aide à autrui à déstabiliser un agresseur ; elle incite à maîtriser ses émotions face à l’agression, à réagir avec détermination. La défense physique est un dernier recours si les autres stratégies n’ont pas porté de fruits.

Au centre de cette philosophie se trouve la notion des limites, de cette ligne fine entre ce qui est agréable ou désagréable, ce que l’on peut accepter ou non. Dans une formation de base, les participantes apprennent à reconnaître leurs propres limites et développent un sens de légitimité : elles ont le droit de dire non, même face à des proches. De ce point de départ, elles développent leurs capacités verbales et non verbales de poser clairement leurs limites et de les défendre si nécessaire. Se trouvent également au rendez-vous les stratégies de prévention. Il y a en effet de nombreuses possibilités de désamorcer des situations potentiellement dangereuses avant que la violence ne puisse se manifester. Par l’échange de trucs et d’astuces entre participantes, ces possibilités deviennent visibles et peuvent inspirer d’autres femmes à agir de même.

Les défis pour Garance

Depuis sa création, Garance a formé plus de trois mille cinq cents personnes à la prévention des violences. Vingt mille guides de sécurité et dix-sept mille sifflets d’alarme ont été distribués. Bien que la qualité de son travail soit reconnue, les autorités belges ne financent pas l’association de manière structurelle. Par conséquent, la prévention des violences est reléguée à des projets ponctuels et à la précarité. Car l’idée que les violences peuvent être prévenues est encore peu répandue et la plupart des efforts pour lutter contre les violences se concentrent sur la répression et l’aide aux victimes. Pourtant, une vraie politique de prévention – comme Garance la revendique depuis longtemps – pourrait épargner non seulement de la souffrance aux victimes et à leurs familles, mais aussi des sommes énormes à l’État, aux mutualités et à nous tou(te)s. Par exemple, en France, une récente enquête a démontré qu’un euro investi dans la prévention des violences faites aux femmes économise quatre-vingt-sept euros en dépenses sociales. Et cet investissement vaudrait la peine, car on estime que les mêmes violences faites aux femmes coûtent chaque année un pour cent du PIB belge, donc trois milliards cinq cents millions d’euros.

Qu’est-ce donc une vraie politique de prévention ? Il s’agit tout d’abord d’une politique à long terme et basée sur la recherche scientifique et sur des partenariats solides, avec des compétences clairement définies et coordonnées soutenues par des budgets suffisants. Elle vise un changement global de mentalités et, par des actions spécifiques, diminue les risques des groupes les plus vulnérables. Une vraie politique de prévention devrait aussi mesurer l’impact des actions, se poser des objectifs à atteindre et vérifier si les mesures entraînant l’effet escompté. De cette manière, il sera possible d’utiliser les ressources financières et humaines de manière encore plus efficace. Des évaluations à échelle internationale ont identifié les interventions les plus rentables : intervenir le plus tôt possible (même avant la naissance d’une personne), et tout au long de sa vie, focaliser sur le développement de compétences sociales et d’attitudes égalitaires, lutter contre les stéréotypes sexistes, racistes, homophobes, etc.

Garance peut et veut contribuer à une telle politique. Car une vie libre de violence, en sécurité, est un droit humain universel.

1 178 vues totales

Informations complémentaires

Année

2011

Auteurs / Invités

Irène Zeilinger

Thématiques

Monde associatif, Violence, Violence de genre