Les fleurs noires du baptême

Claude VASAMILLET

 

UGS : 2026013 Catégorie : Étiquette :

Description

Ce texte s’ouvre comme une plainte où la naissance n’apparaît pas comme une promesse, mais comme une fracture. Il renverse l’imaginaire traditionnel associé à l’enfance et à l’entrée dans la vie. Là où les récits religieux ou humanistes célèbrent l’avènement de l’être, ce passage décrit au contraire une venue au monde mutilante. La naissance n’est plus un commencement lumineux ; elle devient une blessure.

Difficile et douloureuse est la naissance de l’humain quand le monde qui l’accueille commence déjà à le modeler avant même qu’il ne puisse s’exprimer. L’enfant paraît, fragile, nu, et déjà les griffes de la société, des traditions, des peurs ancestrales et des institutions s’approchent de lui pour lui assigner un rôle, un nom, une morale, une appartenance, une croyance. Avant d’avoir appris à marcher, il entre dans des registres, des lignées symboliques qui prétendent lui donner une place dans l’univers humain. On affirme le sauver alors qu’on commence par le formater.

Longtemps, le baptême chrétien a constitué en Europe l’un de ces grands rites d’entrée dans la vie. Il marquait une intégration sociale, familiale et culturelle. On baptisait l’enfant comme on l’inscrivait dans une histoire, une continuité. Mais ce geste perd aujourd’hui de son évidence dans nos sociétés profondément transformées. La pratique religieuse décline dans la plupart des pays d’Europe occidentale et de nombreuses familles ne ressentent plus la nécessité de faire entrer leurs enfants dans une institution religieuse dès la naissance. Dans plusieurs pays, les statistiques montrent une diminution continue des baptêmes d’enfants depuis des décennies, même si l’on observe parallèlement une hausse récente des baptêmes d’adultes et d’adolescents dans certains diocèses catholiques.

Cette apparente contradiction mérite d’être nuancée. Oui, certains médias évoquent un « retour du religieux » ou une « explosion » des baptêmes d’adultes. En France, plus de dix mille adultes et sept mille quatre cents adolescents ont demandé le baptême catholique en 2025, des chiffres en forte hausse par rapport aux années précédentes. En Belgique également, les baptêmes d’adultes ont fortement augmenté ces dernières années. Mais ces chiffres doivent être replacés dans leur contexte : ils concernent des minorités relativement réduites à l’échelle de populations largement sécularisées, tandis que les baptêmes d’enfants et la pratique religieuse globale continuent de diminuer fortement. Les indicateurs de pratique catholique en Belgique[1] témoignent d’une forte sécularisation au cours des dernières décennies.

Le pourcentage de nouveau-nés baptisés est passé de 85,2 pour cent en 1977 à 68,1 pour cent en 1996, puis à 54,6 pour cent en 2007. Durant la même période, la proportion de mariages religieux est tombée de 77,7 pour cent à 25,6 pour cent. La pratique dominicale a connu un recul encore plus marqué : de 29,4 pour cent de la population en 1977 à 13,1 pour cent en 1996, puis à moins de cinq pour cent en 2009. Plus récemment, l’Église catholique belge a enregistré 29 769 baptêmes et 30 523 premières communions en 2024, contre plus de cinquante mille baptêmes encore en 2016. Ces chiffres illustrent le passage progressif d’un catholicisme culturel de masse à une pratique davantage fondée sur un engagement personnel.

Parallèlement, un phénomène inverse se développe : celui des demandes de « débaptisation ». Des adultes baptisés à la naissance souhaitent aujourd’hui être radiés des registres ecclésiastiques ou, du moins, signifier officiellement qu’ils ne se reconnaissent plus dans cette appartenance religieuse. Les diocèses belges ont enregistré plusieurs milliers de demandes ces dernières années. Ce geste ne traduit pas toujours une haine de la religion. Il exprime souvent une volonté d’autonomie : le désir de choisir soi-même ses convictions plutôt que de les recevoir passivement d’une tradition familiale.

Ce besoin de « débaptisation » révèle une transformation profonde de la société. Les sociétés européennes ne deviennent pas nécessairement irréligieuses ; elles deviennent davantage individualistes, pluralistes et critiques à l’égard des appartenances imposées. L’individu contemporain accepte de moins en moins qu’une identité spirituelle lui soit attribuée avant même qu’il puisse réfléchir, consentir ou choisir. Ce qui était autrefois vécu comme une évidence collective apparaît désormais à certains comme une marque déposée sur un être encore incapable de décider pour lui-même.

Cependant, le baptême, la première communion ou certaines fêtes religieuses conservent une dimension affective et folklorique. Beaucoup de familles y voient moins une profession de foi qu’un moment de rassemblement, une fête familiale avec des cadeaux aux communiants, un repas partagé, des enfants transformés pour un jour en personnages de cérémonie : les filles en robe blanche de communiante, parfois coiffées d’une couronne de fleurs ou d’un léger voile, les garçons engoncés dans leurs costumes et leurs brassards blancs, comme de jeunes recrues d’un rituel dont ils comprennent rarement toute la signification. Aujourd’hui, ces rites survivent souvent comme les traces émouvantes d’un passé révolu plutôt que comme l’expression d’une foi partagée par tous.

Pour ma part, je n’éprouve aucun besoin de me faire rayer des registres du baptême. Une telle démarche me paraît relever davantage du symbole administratif que d’un véritable enjeu existentiel. Je comprends que certains souhaitent marquer officiellement leur rupture avec une institution religieuse dont ils ne partagent plus les croyances ni les valeurs, mais, en ce qui me concerne, ce baptême reçu à la naissance n’a jamais constitué une appartenance spirituelle suffisamment forte pour définir mon identité.

Je conserve pourtant de ces cérémonies des souvenirs chargés d’émotion. Lorsque je regarde les vieilles photographies jaunies de ma première communion, ce ne sont ni les sermons ni les prières qui me reviennent d’abord à l’esprit. Je revois surtout les visages de mes parents, de mes grands-parents, les sourires des invités réunis sur le perron de la maison et l’atmosphère joyeuse de cette journée exceptionnelle.

Un autre souvenir demeure. Dans l’église, mon regard était souvent attiré par un grand vitrail représentant une Vierge diaphane baignée d’une lumière irréelle. Cette silhouette presque transparente m’impressionnait profondément. Elle me semblait appartenir à un autre monde, infiniment éloigné des jeux, des rires, des disputes et de la vie quotidienne que je connaissais. J’éprouvais devant elle un mélange d’émerveillement et d’étrangeté, comme si cette figure lumineuse flottait hors du réel, dans un univers inaccessible.

Je me souviens aussi que pour l’occasion, mes parents avaient loué un tourne-disque, un luxe rare dans notre milieu à cette époque. Cet appareil me fascinait. J’aimais déposer avec précaution les disques microsillons noirs sur le plateau tournant, actionner le bras de lecture et voir l’aiguille se poser délicatement dans le sillon. La musique surgissait alors comme par magie. Après plusieurs écoutes, l’aiguille s’usait et il fallait la remplacer régulièrement afin de préserver la qualité du son et d’éviter d’endommager les disques. Je passais une partie de la préparation de la fête à choisir les morceaux, à retourner les disques pour écouter l’autre face et à observer le mécanisme avec la curiosité émerveillée du jeune adolescent.

Avec le recul, je réalise que ce souvenir m’est bien plus précieux que la signification religieuse de la cérémonie elle-même. Ce que je conserve n’est pas tant le contenu doctrinal du rite que la chaleur humaine qui l’entourait : la fête, les retrouvailles familiales, les conversations, les rires et cette impression, rare pour un enfant, d’être au centre d’un événement important. Le sens religieux s’est peu à peu effacé, mais demeure intact le souvenir d’un moment de bonheur partagé, témoignage d’une époque aujourd’hui révolue.

Je considère aujourd’hui cette « première communion » comme une survivance culturelle et folklorique. Derrière l’apparat religieux, je n’y vois surtout qu’un moment festif et cette joie simple des retrouvailles familiales. La première communion elle-même m’apparaît sous cet angle : davantage fête sociale et patrimoine sentimental qu’engagement spirituel. Les croyances passent, les sociétés changent, les dogmes s’effacent peu à peu, mais les souvenirs humains qui les accompagnaient demeurent.

De nos jours, ces rites religieux sont concurrencés par des célébrations profanes porteuses d’un autre sens. Des cérémonies laïques de naissance, d’union ou de funérailles apparaissent. Elles cherchent moins à rattacher l’individu à une vérité révélée qu’à l’inscrire dans une communauté humaine plus large, ouverte, universelle. On ne célèbre plus l’entrée dans une Église particulière : on célèbre le monde des humains.

L’identité collective ne repose plus uniquement sur une foi commune, mais sur des valeurs plus universelles : dignité humaine, liberté de conscience, égalité, pluralisme, dialogue entre cultures.

Tandis qu’une partie de l’Europe se détache progressivement des institutions religieuses traditionnelles, d’autres formes de religiosité connaissent une expansion spectaculaire, notamment les mouvements évangélistes. Aux États-Unis, les Églises évangéliques ont acquis une influence considérable dans la vie politique, culturelle et médiatique. Certaines megachurchs[2] rassemblent des milliers de fidèles dans des spectacles religieux où la foi emprunte parfois les codes du marketing, du divertissement et de la communication de masse. Pasteurs charismatiques, chaînes de télévision confessionnelles, réseaux sociaux, musique moderne et discours émotionnels contribuent à une diffusion extrêmement virale de ces mouvements.

Là où les grandes institutions religieuses historiques apparaissent vieillissantes ou éloignées des préoccupations quotidiennes, ces mouvements offrent une expérience plus directe, plus émotionnelle et plus spectaculaire de la croyance.

Le phénomène révèle aussi un paradoxe contemporain : même dans des sociétés technologiquement avancées, le besoin de sens, d’appartenance et de récit collectif demeure immense. Lorsque les structures traditionnelles se fragilisent, beaucoup cherchent ailleurs des certitudes, une identité ou une consolation face à un monde perçu comme instable et anxiogène. Les réseaux numériques amplifient encore cette dynamique. Les prêches circulent en ligne comme des contenus viraux, les émotions collectives se propagent instantanément, et certaines figures religieuses deviennent de véritables influenceurs.

Mais cette religiosité spectaculaire transforme la foi en produit et favorise des formes de communautarisme exclusif. Derrière le discours spirituel se mêlent des enjeux économiques, politiques et identitaires. Certains courants évangélistes exercent une influence directe sur des débats de société, sur les élections et même sur certaines orientations géopolitiques.

Ainsi, loin d’assister simplement à la disparition du religieux, nous assistons plutôt à sa transformation. Les anciennes appartenances confessionnelles reculent dans certains espaces, tandis que surgissent de nouvelles formes de croyance adaptées à l’ère médiatique et numérique. L’humain semble incapable de vivre sans récits ni sans symboles. La question devient alors moins celle de la disparition des croyances que celle de leur métamorphose dans un monde globalisé où les certitudes circulent désormais à la vitesse des algorithmes.

Ce mouvement n’est cependant ni linéaire ni sans tensions. Car le recul des religions traditionnelles laisse parfois un vide spirituel que d’autres croyances, idéologies ou communautarismes tentent de combler. Certains jeunes redécouvrent ainsi des croyances dans un monde qu’ils perçoivent comme instable, désorienté ou dépourvu de repères. D’autres cherchent dans les rites anciens une profondeur symbolique que la société de consommation ne leur offre pas. Le retour ponctuel du religieux peut donc être interprété moins comme un retour massif à la foi que comme un symptôme d’une quête de sens dans des sociétés à la dérive.

La véritable communauté humaine ne devrait pas commencer par créer des frontières entre les « croyants » et les « infidèles ». Elle devrait commencer par la reconnaissance de notre commune destinée.

Les fonts baptismaux résument à eux seuls cette contradiction. Ce lieu censé accueillir la vie devient aussi le moment où la société marque déjà l’enfant de son empreinte. On promet l’amour et le salut, mais on transmet l’obéissance, la culpabilité et le poids des traditions. L’enfant ne reçoit pas seulement un prénom ; il hérite aussi de croyances, d’interdits, de peurs et d’appartenances qu’il n’a pas choisies.

Beaucoup d’existences ressemblent ainsi à des arbres que l’on taille avant même qu’ils n’aient choisi la direction de leurs branches. Dans certains jardins publics, les jardiniers découpent les haies jusqu’à leur donner des formes géométriques parfaites. Tout y paraît ordonné, mais plus rien n’y pousse librement. De la même manière, certaines éducations fabriquent des êtres disciplinés, efficaces, adaptés qui avancent dans le monde comme des statues qui auraient appris à sourire.

Pendant des siècles, une certaine morale chrétienne a exalté des valeurs qui ont profondément marqué les mentalités. La souffrance y fut souvent présentée non comme un mal à combattre, mais comme une voie de purification. Le martyr devenait un modèle, la douleur une épreuve sanctifiante, l’acceptation de l’injustice une preuve d’humilité. Il fallait tendre l’autre joue, porter sa croix, apprendre à aimer ses chaînes en espérant une récompense dans un au-delà fantasmé. Le bonheur terrestre apparaissait suspect ; le plaisir risquait de détourner l’individu des croyances imposées. La foi lui rappelait sans cesse qu’il vivait dans une vallée de larmes.

Le corps lui-même fut longtemps considéré avec méfiance, suspecté d’être le siège de la tentation, du péché, de l’animalité non réprimée. Les désirs, les pulsions vitales devaient être surveillés, contenus. Le plaisir n’était toléré que réduit à sa fonction reproductive. La sensualité devenait faute, la jouissance culpabilité.

Ainsi s’installa peu à peu une culture de la retenue où beaucoup apprirent à se méfier de leurs propres élans vitaux. Certains croyants vivaient dans une vigilance permanente envers eux-mêmes : contrôler leurs pensées, suspecter leurs désirs, craindre leurs fantasmes, jusqu’à éprouver de la honte devant ce qui relevait pourtant de leur simple condition humaine. Le regard divin intériorisé devenait alors une sorte de tribunal invisible logé au cœur même de la conscience, un juge silencieux observant les moindres écarts de l’âme.

Des psychanalystes comme Sigmund Freud ont tenté d’expliquer ces mécanismes psychiques en décrivant la personnalité humaine comme traversée par plusieurs forces en tension. Le « ça » représente l’ensemble des pulsions profondes : désirs, instincts, besoins affectifs, sexuels ou agressifs, cette énergie primitive et naturelle qui pousse l’être vivant vers le plaisir et la satisfaction immédiate. Le « moi » tente quant à lui de composer avec la réalité, de négocier entre les désirs internes et les contraintes du monde extérieur. Enfin, le « surmoi » incarne l’intériorisation des interdits, des normes morales, des injonctions parentales, religieuses ou sociales.

Dans les sociétés fortement marquées par la morale religieuse, ce surmoi pouvait devenir particulièrement sévère. Les interdits ne venaient plus seulement de l’extérieur ; ils s’installaient à l’intérieur même de l’individu qui finissait par se surveiller lui-même. Le prêtre, l’autorité, n’avait parfois même plus besoin d’intervenir : la culpabilité accomplissait seule le travail de contrôle. Le croyant pouvait alors ressentir une faute simplement pour avoir éprouvé un désir considéré comme « impur ».

Les sciences humaines, la biologie et la psychologie ont montré que ces comportements profondément humains sont naturels. Désirs, émotions, instincts et besoins affectifs font partie de la condition humaine et non d’une faute morale ou d’un péché. Cela ne signifie pas que tous les désirs doivent être satisfaits sans limites. Toute société impose des règles pour permettre la vie collective. Mais la différence est immense entre une éthique fondée sur la responsabilité et une culpabilisation permanente du corps et des instincts. L’une cherche à construire une coexistence humaine équilibrée ; l’autre transforme parfois l’existence en conflit intérieur incessant.

Beaucoup de comportements autrefois condamnés comme des péchés relèvent simplement de la nature humaine. Leur répression ne les fait pas disparaître ; elle les déforme souvent en frustrations, névroses, obsessions ou violences. L’être humain demeure pourtant souvent partagé entre ces héritages contradictoires. Même dans des sociétés largement sécularisées, beaucoup portent encore en eux un surmoi rigide hérité de siècles de morale culpabilisatrice. Ils veulent vivre librement, mais éprouvent encore une gêne comme si une vieille voix venue du passé continuait à murmurer que le plaisir est suspect, que la jouissance cache une faute et que le bonheur doit toujours être payé d’une forme de culpabilité, que « nous n’avons pas le droit d’être pleinement vivant ». Certains finissaient par considérer la vie terrestre comme une simple salle d’attente avant le paradis, au lieu d’y voir une aventure humaine à habiter pleinement.

La suspicion envers le plaisir touchait même les arts, la danse. La fête populaire devait être contrôlée, canalisée, christianisée. On redoutait ce qui déborde, ce qui exalte, ce qui fait perdre momentanément le contrôle de soi. Or une existence privée de fête devient vite une existence desséchée.

Cela ne signifie pas que le christianisme se réduise entièrement à cette vision sombre. Il a aussi porté des valeurs de solidarité, de compassion, d’aide aux pauvres, de pardon et d’amour. Mais certaines formes de christianisme ont développé une méfiance profonde envers le corps et les joies terrestres, laissant derrière elles des générations d’êtres partagés entre désir de vivre et culpabilité d’exister pleinement.

Friedrich Nietzsche[3] dénonçait ce qu’il appelait une « morale du ressentiment », une morale hostile aux forces de la vie. Dans La Généalogie de la morale (1887), il explique que certaines traditions ont transformé la faiblesse en vertu : la souffrance et le renoncement deviennent admirables. À l’inverse, le désir, le plaisir, furent considérés comme coupables. Nietzsche reprochait ainsi au christianisme d’avoir appris à l’homme à se méfier de son corps.

Dans ce jardin des supplices modernes, il n’y a plus ni chaînes visibles, ni fouets, ni bûchers. La souffrance y prend des formes plus discrètes et plus insidieuses : une lente corrosion du désir de vivre, une extinction progressive des élans du corps et des puissances sensibles. Beaucoup y survivent intérieurement, enfermés dans une existence suspecte. Les fleurs qui poussent dans ce jardin portent des noms étranges : résignation, culpabilité, mépris de soi, honte du désir, soumission. Ces fleurs-là ne parfument pas l’existence ; elles empoisonnent lentement les consciences tout en donnant parfois l’illusion de la vertu.

Et beaucoup continuent encore aujourd’hui à vivre sous des formes sécularisées de cette ancienne culpabilité. Même lorsque la religion recule, certains de ses enseignements demeurent profondément ancrés dans les mentalités : peur d’être jugé, difficulté à éprouver du plaisir sans honte, valorisation excessive du sacrifice, glorification du travail épuisant, suspicion envers le bonheur simple et les jouissances du corps. Comme si une vieille morale survivait encore dans les profondeurs de la conscience moderne, même lorsque les églises se vident peu à peu.

Une civilisation qui condamne la joie finit souvent par produire des êtres tristes, frustrés ou avides de compensations artificielles. Lorsque les plaisirs simples sont étouffés, surgissent alors les divertissements compulsifs, les consommations excessives, les dépendances et les fuites numériques[4]. Le désir réprimé revient toujours sous une autre forme, parfois caricaturale ou destructrice.

Peut-être faut-il alors réapprendre à habiter le monde d’une manière plus libre, sans honte. De célébrer la vie sans culpabilité, de reconnaître dans la joie non une faute, mais une force profondément humaine. Car un être humain qui ne peut plus rire, aimer, désirer, créer ou goûter pleinement le monde devient peu à peu étranger à lui-même, comme une fleur privée de lumière.

Pendant des siècles, l’imaginaire chrétien a multiplié les récits où le salut passait par la lutte contre le corps et les sens. Les vies de saints et de saintes furent peuplées de tentations, de mortifications, de combats contre le désir présenté comme une menace pour l’âme. Le désert des ermites devint le théâtre symbolique de cette guerre intérieure. La célèbre tentation de Saint Antoine en offre une image saisissante : retiré dans la solitude, le saint est assailli par des visions démoniaques, souvent représentées sous les traits de femmes séduisantes, de festins, de plaisirs charnels ou de créatures monstrueuses surgissant des profondeurs du désir humain. Les peintres, de Jérôme Bosch à Salvador Dalí, ont peuplé ces scènes d’hallucinations sensuelles et infernales où le plaisir semble toujours voisin de la damnation.

Le corps devenait ainsi un champ de bataille. Les instincts naturels étaient interprétés comme des pièges tendus par le diable. Certaines saintes se flagellaient, jeûnaient jusqu’à l’épuisement ou mutilaient leur beauté afin d’échapper au regard des hommes et à leurs propres désirs. D’autres récits célèbrent des martyrs ayant résisté héroïquement aux séductions du monde, comme si le refus de la sensualité constituait une victoire spirituelle suprême. La souffrance volontaire devenait parfois un langage sacré. Plus l’être renonçait à lui-même, plus il semblait se rapprocher du divin.

Dans ces récits, le plaisir terrestre apparaît éphémère, corrupteur. Le rire, la danse, la chair, le vin, la volupté ou les passions humaines sont présentés comme des forces capables de détourner l’homme du salut éternel. Même lorsque le désir n’est pas accompli, sa simple apparition dans l’esprit peut devenir source de culpabilité. Le croyant apprend alors à craindre ses propres pensées comme si une part de lui-même était habitée par une présence ennemie.

Cette culture de la suspicion envers les sens a profondément marqué les mentalités. Elle a produit des êtres parfois déchirés entre leurs élans vitaux et la peur de pécher. Beaucoup ont vécu dans une sorte de conflit intérieur permanent où aimer le monde, aimer son corps ou goûter pleinement la vie semblait déjà une faute impardonnable.

Le tragique est peut-être là : des générations entières ont parfois appris à considérer comme honteux ce qui faisait pourtant battre la vie en elles. Comme si l’homme devait sans cesse choisir entre la joie du monde et le salut de son âme.

Il suffit parfois d’observer le visage d’un voyageur dans un lieu public aux heures de pointe. Des centaines d’êtres humains avancent côte à côte dans un silence de catacombe, les yeux fixés sur leurs écrans lumineux. Chacun semble relié au monde entier et pourtant séparé de lui-même. Les visages sont éclairés par une lumière bleutée semblable à celle des aquariums. Les téléphones deviennent des cierges électroniques devant lesquels les nouveaux fidèles viennent consumer leur attention.

C’est ici que l’image des phalènes prend tout son sens. Ces papillons nocturnes tournent autour des lampes jusqu’à s’y brûler les ailes. L’être humain moderne agit souvent de manière comparable. Il court vers les lumières du spectacle, de la consommation, des réseaux, de la reconnaissance immédiate.

Le drame est que l’humain finit par aimer ce qui le détruit. Comme les phalènes attirées par la flamme, il se précipite vers des formes modernes d’esclavage : compétitions absurdes, consommation frénétique. Le monde contemporain transforme même la détresse en marchandise. On vend des méthodes pour apprendre à respirer à des êtres que l’on étouffe depuis l’enfance.

Les villes modernes offrent des exemples frappants de cette contradiction. Les immeubles montent vers le ciel comme des cathédrales du béton, les enseignes publicitaires illuminent la nuit, mais sous cette profusion de lumière grandissent souvent l’isolement, et la fatigue psychique. Plus les sociétés produisent d’objets, plus certains êtres ont le sentiment de devenir eux-mêmes des objets remplaçables.

C’est ici qu’apparaît ce que plusieurs penseurs ont appelé la réification. Ce terme, issu notamment des analyses de Georg Lukács[5] et inspiré des travaux de Karl Marx[6], désigne le processus par lequel l’être humain cesse d’être considéré comme une personne vivante pour être traité comme une chose, un instrument, une marchandise ou une fonction interchangeable. Dans un monde dominé par la logique économique, la rentabilité et la consommation, les relations humaines elles-mêmes risquent de devenir fonctionnelles et déshumanisées. On ne rencontre plus un individu ; on évalue une utilité, une performance, une apparence, une valeur marchande.

L’homme réifié finit alors par se percevoir lui-même à travers le regard du marché. Il faut être compétitif, visible, performant, séduisant, adaptable, rentable. Même les émotions, les relations amoureuses, l’image de soi ou les loisirs peuvent être absorbés par cette logique de marchandisation généralisée. Les réseaux sociaux poussent parfois chacun à gérer sa propre existence comme une vitrine publicitaire où l’on expose ses succès, ses voyages, son corps, ses opinions et jusqu’à son intimité afin d’obtenir reconnaissance et validation.

La réification ne transforme donc pas seulement le monde ; elle transforme le regard que l’homme porte sur lui-même. Lorsqu’un individu finit par se vivre comme une pièce remplaçable dans une immense machine sociale, il perd peu à peu le sentiment de son unicité vivante. Il cesse d’habiter pleinement son existence ; il se gère, se vend, s’optimise, s’évalue. Le vocabulaire contemporain lui-même en porte la trace : on parle de « capital humain », de « ressources humaines », de « gestion des compétences », comme si l’homme devenait progressivement un élément technique parmi les autres.

Depuis des siècles, de nombreux penseurs ont tenté de comprendre pourquoi l’existence humaine oscille entre désir et désillusion. Certains, comme Schopenhauer[7], voyaient dans le désir lui-même une source de souffrance infinie. D’autres, comme Nietzsche, déjà cité plus haut, dénonçaient les morales qui transforment la vie en culpabilité permanente. Plus tard, Albert Camus écrira dans Le Mythe de Sisyphe (1942) « L’absurde naît de cette confrontation entre l’appel humain et le silence déraisonnable du monde. » Pourtant, malgré cette absence de réponse ultime, il affirme que l’homme doit continuer à vivre, aimer, créer et se révolter contre l’absurde sans renoncer à sa dignité humaine.

Même sur les trottoirs, certaines plantes sauvages finissent par percer les fissures du béton. Sous l’asphalte des villes, des racines invisibles poursuivent silencieusement leur avancée, comme si la vie refusait de disparaître sous les constructions humaines. De la même manière, au cœur des existences les plus contraintes subsistent encore des forces que ni les dogmes, ni les mécanismes sociaux, ni les morales culpabilisatrices ne parviennent totalement à étouffer.

Il suffit parfois de presque rien : un éclat de rire inattendu, une chanson entendue par hasard, le parfum d’un jardin après la pluie, la chaleur d’un regard, un repas partagé. C’est peut-être pourquoi les systèmes fondés sur la répression totale échouent toujours à long terme. Ils peuvent produire des êtres soumis, mais ils ne parviennent jamais à abolir entièrement le besoin de joie, d’amour, de jeu, de fête, de création et de liberté. Une part indocile de l’humain continue à chercher l’air libre.

Il existe ainsi deux lumières. La première est celle qui attire les phalènes et finit par les consumer : la lumière du spectacle, de l’illusion et de la fascination. La seconde éclaire sans brûler. Elle naît dans la création, la pensée libre, l’amour sincère, la contemplation de la nature, l’amitié, l’amour, la transmission et la lucidité.

L’enjeu profond de l’existence humaine est peut-être là : apprendre à distinguer les lumières qui dévorent des lumières qui font vivre.

On avait promis à l’homme le salut ; on lui a souvent appris la peur de vivre. On lui a parlé d’amour tout en culpabilisant son corps, ses désirs et sa joie. Mais sous les dogmes, les interdits et les bétonnages de l’esprit, le vivant continue à résister. Car rien n’étouffe durablement une existence qui veut rire, aimer, créer et marcher debout dans un monde qui préfère souvent les hommes courbés.

Bande dessinée – Résumé symbolique de l’essai

Les fleurs noires du baptême
Essai sur une naissance blessée et la quête d’une lumière vraie

Les phalènes cherchent les clartés multicolores de la mort pour se consumer dans l’illumination d’une fête funèbre. Quelle image superbe et tragique ! La phalène, ce papillon de nuit, est attirée par la lumière artificielle jusqu’à s’y brûler les ailes. Elle pourrait vivre dans l’obscurité paisible, mais elle préfère la lumière qui la tue. L’être humain, lui aussi, est souvent fasciné par des lumières trompeuses : les mirages de la réussite à tout prix, les écrans qui hypnotisent, les idéologies qui enflamment, les plaisirs instantanés qui vident l’âme, les drogues, la colère, la vengeance, la quête désespérée d’un absolu. Ce sont des clartés multicolores, séduisantes, festives même… mais qui conduisent à la combustion ; intérieure. La « fête funèbre » est ce monde qui célèbre ce qui détruit. On y applaudit la vitesse, la consommation, la compétition, l’image… pendant que nos cœurs s’épuisent.

Difficile et douloureuse est la naissance de l’être quand de surcroît les fonts baptismaux lui brisent les reins. Cette phrase, dès l’abord, renverse tout ce que l’on nous a appris à considérer comme sacré. La naissance, que l’on célèbre comme une aurore, est ici une blessure. Et le baptême, censé laver du péché, devient l’instant où l’on casse l’élan vital de l’enfant. C’est une image violente, mais profondément juste. Car l’être humain ne vient pas seulement au monde par un acte biologique. Il naît aussi dans un monde déjà rempli de règles, de dogmes, d’attentes, de peurs et de structures de pouvoir. Avant même qu’il ait choisi quoique ce soit, on l’inscrit, on le nomme, on le classe, on le façonne. Les fonts baptismaux deviennent alors le symbole de toutes ces institutions – religieuses, familiales, sociales, scolaires – qui prétendent élever mais finissent souvent par plier, briser, conformer. Comme ces corsets trop serrés qu’on impose aux jeunes arbres au lieu de les laisser grandir selon leur propre sève.

Une existence sans joie est un jardin des supplices. Quelle merveilleuse inversion ! Le jardin est d’habitude le lieu de la vie florissante, de la beauté, du parfum. Ici, tout y est retourné : le sol y est travaillé par la souffrance, l’eau qui l’arrose est faite de larmes, et les fleurs qui y poussent sont celles du tourment, de la souffrance et du sans. Le « sans » mérite qu’on s’y arrête : sans amour, sans liberté, sans reconnaissance, sans sens, sans horizon. Ce « sans » est une absence qui ronge. On peut avoir tout matériellement et pourtant se sentir vide, comme ces palais anciens qui résonnent de pas mais ne contiennent plus d’âme. Beaucoup d’existences modernes ressemblent à cela : des jardins bien entretenus en apparence, mais où ne poussent que des plantes carnivores qui se nourrissent de notre temps et de notre énergie.

Le sens profond de ce texte est donc une mise en garde : si nous laissons le monde décider à notre place de ce que nous devons croire, désirer, devenir, nous finissons brisés, vidés de joie, attirés par des lumières qui ne sont que des pièges. Mais ce texte n’est pas seulement un constat noir ; il est aussi le point de départ d’une quête : comment échapper à ce jardin des supplices ? Comment éviter la fascination mortelle ? Comment retrouver une lumière qui éclaire sans brûler ?

Des exemples nous montrent qu’un autre chemin est possible. Victor Hugo, enfant pauvre, a connu l’humiliation, mais il a transformé sa souffrance en poésie et en lutte pour la justice. Nelson Mandela, enfermé 27 ans, aurait pu haïr le monde ; il a choisi la réconciliation. Malala[7], visée par la violence pour avoir voulu apprendre, a transformé la peur en courage pour l’éducation. Ces êtres ont refusé les « clartés multicolores » du pouvoir ou de la haine ; ils ont cherché une lumière intérieure, faite de sens, d’amour, de vérité.

Faut-il alors rejeter toute institution, toute tradition, toute lumière ? Non. Il faut les interroger. Un baptême peut être beau s’il est un accueil d’amour, pas une marque d’appartenance. Une école peut libérer si elle éveille la curiosité, pas si elle écrase la singularité. Une société peut être juste si elle protège les faibles, pas si elle les exploite. La vraie lumière n’est pas celle qui éblouit; c’est celle qui permet de voir la route sans se perdre, comme le soleil du matin qui réchauffe sans brûler.

Au fond, cet essai nous dit ceci : nous sommes nés dans un monde imparfait, parfois cruel. Mais nous avons la responsabilité de choisir nos lumières, de cultiver un jardin différent, où poussent des fleurs vraies : la joie partagée, la compassion, la liberté créatrice, la vérité humble. Ce jardin-là ne nie pas la nuit ; il apprend à y faire un feu pour se réchauffer, pas pour se consumer.

La naissance peut être blessée. Mais la vie peut devenir une œuvre. À nous de préférer l’aurore à l’illusion, la clarté à l’incendie, la fête de la vie à la fête funèbre.

Bande dessinée : résumé et sens profond de l’essai

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

SENS PROFOND : NE LAISSONS PAS LE MONDE DÉCIDER À NOTRE PLACEDE NOS LUMIÈRES.

TRANSFORMONS NOS BLESSURES EN LUMIÈRE, ET NOTRE VIE EN UNE ŒUVRE DE JOIE ET DE SENS.

Fin.

 

[1] Marc HOOGHE et Sarah BOTTERMAN, Pratique religieuse en Belgique en 2007. Une analyse statistique, Ku LEUVEN, 2009. – « Le déclin de la pratique religieuse en Belgique », Observatoire des Religions et de la Laïcité (ULB), 2012. – Conférence des évêques de Belgique, Communiqué – Sacrements et pratique religieuse dans l’Église catholique en Belgique en 2024, 27 mai 2025. – « Rapport annuel 2024 de l’Église catholique en Belgique », RCF Belgique, 18 décembre 2024.

[2] Les « megachurchs » sont de très grandes Églises chrétiennes, évangéliques ou pentecôtistes apparues aux États-Unis à partir de la seconde moitié du XXe siècle, certaines disposent de véritables complexes comprenant librairies, écoles, studios de télévision, salles de sport et services multiples. Références : Scott THUMMA & Dave TRAVIS, Beyond Megachurch Myths : What We Can Learn from America’s Largest Churches, Jossey-Bass, 2007 ; Mara EINSTEIN, Brands of Faith: Marketing Religion in a Commercial Age, Routledge, 2008.

[3] Friedrich NIETZSCHE critique vigoureusement la morale chrétienne ascétique qu’il accuse de condamner les instincts vitaux, le corps et la joie terrestre. Il oppose à cette morale du renoncement une affirmation tragique et joyeuse de la vie, fondée sur la création de soi et la puissance d’exister. Références : Ainsi parlait Zarathoustra (Also sprach Zarathustra), 1883-1885 ; La Généalogie de la morale (Zur Genealogie der Moral), 1887 ; L’Antéchrist (Der Antichrist), 1888.

[4] L’expression « fuite numérique » désigne le recours excessif aux écrans, aux réseaux sociaux, aux jeux vidéo ou aux flux continus de contenus numériques pour échapper provisoirement à l’ennui, à l’angoisse, à la solitude ou aux difficultés de l’existence. Cette immersion permanente dans les univers numériques peut fonctionner comme une forme d’évasion psychologique au risque d’un appauvrissement des relations humaines et d’un éloignement progressif du réel vécu. Des auteurs comme Sherry Turkle, Michel Desmurget ou Jonathan Haidt ont analysé les effets psychologiques, cognitifs et sociaux d’une immersion excessive dans les environnements numériques.

[5] Georg Lukács développe le concept de réification dans son ouvrage majeur Histoire et conscience de classe (1923). Il y décrit la manière dont, dans les sociétés capitalistes modernes, les rapports humains tendent à se transformer en rapports entre choses, jusqu’à ce que les individus eux-mêmes se perçoivent comme des objets interchangeables soumis aux lois du marché. Référence : Georg Lukács, Histoire et conscience de classe, Paris, Les Éditions de Minuit, 1960 (trad. française), particulièrement le chapitre « La réification et la conscience du prolétariat ». Le concept trouve également ses racines dans les analyses de Karl Marx sur le fétichisme de la marchandise dans Le Capital. Marx y montre comment les relations sociales entre les hommes apparaissent dans le capitalisme comme des relations entre objets et marchandises. Référence : Karl Marx, Le Capital, Livre I, chapitre 1 : « Le caractère fétiche de la marchandise et son secret », 1867.

[6] Karl Marx n’utilise pas directement le terme « réification » (Verdinglichung), développé plus tard par Georg Lukács, mais il en pose les bases dans son analyse du « fétichisme de la marchandise ». Dans le système capitaliste, les rapports humains tendent à apparaître comme des rapports entre choses et marchandises, ce qui contribue à transformer l’homme lui-même en objet. Référence : Karl Marx, Le Capital (Das Kapital), Livre I, chapitre 1 : « Le caractère fétiche de la marchandise et son secret », 1867.

[7] Arthur Schopenhauer développe une vision tragique de l’existence fondée sur l’idée que le désir humain constitue une source permanente de souffrance. Selon lui, l’homme oscille sans cesse entre le manque, la frustration et l’ennui, car aucun désir satisfait ne peut apporter de bonheur durable. Références : Le Monde comme volonté et comme représentation (Die Welt als Wille und Vorstellung), 1818 ; voir également Parerga et Paralipomena, 1851.

[7]  Malala Yousafzai (née en 1997) est une militante pakistanaise devenue le symbole mondial du droit des filles à l’éducation. En 2012, alors qu’elle n’avait que quinze ans, elle est grièvement blessée par des talibans pour avoir défendu publiquement l’accès des filles à l’école. Elle survit à cette tentative d’assassinat et poursuit son engagement en faveur de l’éducation, de la liberté de conscience et de l’émancipation des femmes. Lauréate du Prix Nobel de la paix à dix-sept ans, elle incarne la résistance à toutes les formes de fanatisme qui cherchent à soumettre l’être humain par l’ignorance, la peur ou l’endoctrinement. Son parcours rappelle que l’éducation constitue l’un des moyens les plus puissants de conquérir la liberté. Références : Moi, Malala (I Am Malala), avec Christina Lamb, Little, Brown and Company, 2013 ; Malala Fund, fondée en 2013 pour promouvoir l’accès des filles à une éducation de qualité dans le monde.

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Baptême, Débaptisation, Pluralisme, Questions et options philosophiques, politiques, idéologiques ou religieuses, Sécularisation, Corps et désir, Identité imposée, Liberté de conscience, Plaisir et honte, Rites de passage, Rites religieux

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