Les femmes dans la franc-maçonnerie

Collectif

 

UGS : 2011038 Catégorie : Étiquette :

Description

Résumés des interventions au colloque de Bordeaux (17-19 juin 2011)

Résumé de Margaret C. Jacob

Cette conférence examine les réactions que les femmes ont suscitées en franc-maçonnerie, à droite comme à gauche. J’ai fait ensuite l’état des lieux des connaissances sur les femmes dans la franc-maçonnerie européenne du XVIIIe siècle.

Résumé de Janet Burke

Des princesses du sang et des Sœurs en la Maçonnerie : la duchesse de Chartres, la duchesse de Bourbon et la princesse de Lamballe.

Dans le contexte plus large de la franc-maçonnerie, la question de la motivation est essentielle quand on étudie la franc-maçonnerie des femmes. Quelle signification avait l’organisation maçonnique pour les femmes qui la rejoignaient ? La présente étude examine brièvement les différents modèles d’adhésion et les motivations, en se référant aux loges des petites villes de province et des villes où il y avait un parlement, aux loges militaires et aux prestigieuses loges parisiennes. Cependant elle apporte essentiellement un éclairage sur les trois princesses de sang, la duchesse de Bourbon, la princesse de Lamballe et la duchesse de Chartres. Elle examine plus particulièrement les aspects de leurs personnalités et de leurs parcours personnels qui expliquent le mieux leurs raisons pour s’engager activement dans les loges d’Adoption, voire, dans le cas de la princesse de Lamballe, pour accéder aux plus hautes fonctions au sein de la loge.

Résumé de Laure Caille

La franc-maçonnerie féminine : entre Adoption et émancipation.

Alors qu’elle est un phénomène aussi incontournable qu’original du patrimoine maçonnique français, la franc-maçonnerie féminine n’a longtemps suscité que peu d’intérêt dans le pays qui l’a vu naître, quand ce n’était pas un mépris affiché pour ce que l’on qualifiait volontiers de « Maçonnerie par procuration ».

Aujourd’hui encore, et alors que la documentation directe s’est considérablement étoffée, la méconnaissance et les préjugés perdurent.

Depuis une dizaine d’années, des chercheurs et, plus encore, des chercheuses britanniques et américaines, inscrites dans une logique historique, mais également participant à des gender studies, ont proposé une nouvelle lecture de ce que furent pour leurs membres, comme pour la haute société de l’époque, les loges d’Adoption du XVIIIe siècle ayant pris racine dans la société française des Lumières et s’étant étendues – et limitées – à sa zone d’influence culturelle et linguistique.

À l’issue d’un colloque valorisant cette relecture et dans la prolongation du travail de traduction de textes inédits dans lequel je m’inscris activement je me propose d’interroger ce qui, dans les formes organisationnelles et rituelles de la franc-maçonnerie, ainsi que dans la nouvelle sociabilité proposée, a conduit les femmes, au XVIIIe siècle, à investir, de façon affirmée, un espace qui posait a priori leur exclusion et comment elles ont pu trouver sens, cohérence et force émancipatrice dans des récits procédant tous d’un imaginaire masculin.

Je m’attache enfin à évaluer la pertinence de la Maçonnerie d’Adoption ainsi revisitée, quant à la compréhension du fait maçonnique féminin au cours du XXe siècle, notamment dans son rapport à la construction identitaire et à l’engagement féministe.

Résumé d’Éloïse Auffret

Éloïse Auffret fait une présentation des collections du Musée de la franc-maçonnerie concernant les loges d’Adoption du XVIIIe siècle ainsi que des périodes plus récentes. Elle évoque également quelques pièces intéressantes empruntées par le musée dans le cadre d’expositions temporaires, comme le diplôme d’Adoption, un tableau de loge de La Candeur provenant des fonds de la Grande Loge féminine de France ou une tabatière et des rituels que possèdent des collectionneurs privés.

Résumé d’Andreas Önnefors

Participation et activités dans la franc-maçonnerie féminine suédoise.

La fondation de l’Ordre des Mopses dans les années 1740 signale le début de la participation féminine dans un contexte fraternel en Suède. À partir de là, il ne restait qu’un pas à franchir pour exiger un accès à un espace privé qui avait jusqu’alors été exclusivement réservé aux hommes. Dans cette possession suédoise sur le sol allemand qu’était la Poméranie suédoise, la participation des femmes dans les sociétés secrètes faisait même l’objet de débats dans la presse de qualité. C’est à partir des années 1760 que date le concept d’un ordre fraternel, l’Ordre du ruban rouge, où une maîtresse de l’Ordre conduisait l’essentiel du rituel. En 1776, la Suède reçut l’une des seules constitutions permettant la formation de loges maçonniques d’Adoption hors de France. Les rituels en vigueur se fondent sur ceux des loges d’Adoption françaises. Deux décennies plus tard, un autre ordre d’inspiration plus ésotérique accueillait des femmes comme membres en Suède.

Cet article offre un aperçu des progrès de la participation féminine dans divers ordres fraternels en Suède et, à l’aide d’une riche iconographie, illustre des épisodes d’une reconstruction des activités féminines dans les rituels maçonniques.

Résumé de Przemysław B. Witkowski

Le rôle de la franc-maçonnerie d’Adoption dans le combat politique au début du règne de Stanislas Auguste de Pologne (1764-1776).

L’époque des troubles politiques qui suivit l’avènement au trône du dernier roi de Pologne, Stanislas Auguste Poniatowski (1764-1795), est marquée d’une part par le rôle politique considérable joué par les femmes issues de la haute noblesse, et d’autre part par un succès sans précédant de la Maçonnerie d’Adoption. L’introduction à Varsovie de la Stricte Observance templière, en 1767, suivie par la fondation de la loge d’Adoption l’année suivante, coïncide avec l’éclatement de la révolte antiroyale et antirusse. La confédération de Bar, dont il est question, fut en effet dirigée en grande partie par des Frères et des Sœurs de la Stricte Observance. Des femmes telles que Marie Amélie Mniszech, sœur d’Aloysius Friedrich von Brühl, maître de la Loge Saint-Jean des Voyageurs de Dresde, ou Anna Teresa Potocka, qui présidait la loge d’Adoption affiliée à Vertueux Sarmate, ont dirigé d’une main forte les actions de la Confédération.

L’objectif de cette communication est de répondre aux questions suivantes : dans quelle mesure l’action politique de l’opposition au roi et les travaux des femmes maçonnes sont-elles complémentaires ? Cette émancipation politique des femmes se perpétue-t-elle dans la génération suivante des républicaines sarmates, initiées à la franc-maçonnerie ?

Résumé de Robert Collis

Le rôle des protectrices dans les fraternités jacobites, 1726-1791.

Au cours de ces dernières années, un certain nombre de chercheurs, et particulièrement Margaret Jacob, ont fait des avancées majeures dans la mise à jour du rôle des dames de l’aristocratie dans ce que l’on appelait les loges d’Adoption en France et en Hollande dans la seconde moitié du XVIIIe siècle. Ainsi que Jacob le fait remarquer, selon l’oratrice de la loge d’Adoption de La Candeur de Strasbourg qui fut fondée en 1763, l’origine de l’Adoption dans les loges maçonniques de dames de l’aristocratie appelées « protectrices » remonte à l’époque du jacobite Charles Radclyffe, cinquième comte de Derwentwater (1693-1746), qui était alors Grand Maître des loges françaises de 1736 à 1738.

En gardant en mémoire les liens implicites avec les cercles jacobites pour ce qui concerne la genèse de la Maçonnerie d’Adoption, cet article se propose de révéler le rôle significatif joué par les protectrices dans un certain nombre d’importantes fraternités jacobites dès 1726. Plus précisément, on examinera le rôle-clef joué par Elizabeth Caryll, épouse de John Caryll, personnage de premier plan chez les jacobites catholiques anglais, protectrice de l’Ordre Noble de Toboso dans les années 1720 et 1730. On remarquera avec intérêt que John Caryll, petit-fils d’Élizabeth, fit aussi en sorte que des dames de l’aristocratie participent aux réunions de la Oak Society de tendance jacobite entre 1749 et 1752. Mon article étudie également le rôle des protectrices dans les Sea Serjeants et dans le Cycle Club, deux fraternités galloises importantes de tendance jacobite dans la seconde moitié du XVIIIe siècle.

Ainsi, pour ce qui concerne la majeure partie du XVIIIe siècle, on distingue le rôle-pivot joué par les dames de l’aristocratie dans les rituels des fraternités jacobites. En conséquence, je suggère que cette tradition de participation féminine exerça une influence notable sur la formation des loges d’Adoption sur le continent européen par le biais de l’importante communauté de la diaspora jacobite.

Résumé de Jan Snoek

Jusqu’à présent, les loges d’Adoption ont été regardées avec mépris, par les Maçons aussi bien que par ceux qui ne l’étaient pas, par les hommes aussi bien que par les femmes. Surtout les rituels pratiqués dans ces loges sont généralement regardés comme non maçonniques, comme une sorte de jouet, créé par les hommes pour tenir les femmes tranquilles. Tout au contraire, mes recherches tendent à prouver que ces rituels perpétuaient la tradition élitiste de la Maçonnerie britannique dont descendaient non seulement les premières loges françaises, mais aussi l’Ordre royal d’Écosse (souvent regardé comme le summum de la Maçonnerie britannique) ainsi qu’un grand nombre de « hauts grades ». Comme les « Modernes » et les « Anciens » se sont accordés sur un seul point – à savoir que cette troisième tradition de la Maçonnerie anglaise ne pouvait exister – la Maçonnerie britannique a toujours négligé cet aspect. J’argumenterai qu’en France les premières femmes furent initiées à partir de 1744 environ dans les loges existantes, qu’au début des hommes aussi bien que des femmes furent initiés, que pendant les premières années les rituels furent révisés, que ces loges n’étaient pas du tout rattachées à une loge masculine, qu’il n’existait pas d’interdiction pour les femmes de tenir quelque fonction que se soit et que le Grand Orient de France ne s’opposa à tout cela qu’en 1774. J’argumenterai aussi sur le fait que les rituels du rite d’Adoption sont d’une qualité initiatique exceptionnelle. En d’autres mots, mes recherches ont démontré que presque toutes les idées préconçues concernant le rite d’Adoption étaient fausses.

Résumé de Pierre Besses

Les quatre rites fondateurs de la maçonnerie féminine américaine : Boston 1827. Perspectives nouvelles sur une Maçonnerie d’Adoption traduite du français.

Dans le contexte de l’antimaçonnisme américain entre 1826 et 1840 provoqué par le scandale Morgan, une première partie sera une critique de la doxa historiographique de cette Maçonnerie nouvelle directement importée de Paris et de Berlin : pour celle-ci la date de fondation serait 1850 à Boston avec l’Eastern Star. Arturo de Hoyos en Grand Archiviste de la SRRS, permet d’avoir accès à ces quatre rites initiatiques pour parvenir au grade de Maîtresse parfaite, symétrique du quatrième grade de Maître Secret dans sa version masculine et française.

Ces rites féminins n’ont de sens que par rapport à leur source française, La Vraie Maçonnerie d’Adoption, de Louis Guillemain de Saint Victor, 1781.

Les American Masonic Periodicals (1811-2001), publiés par Larissa Watkins, sont des documents essentiels à la compréhension de ces quatre rites initiatiques : ces quatre rites sont fondés sur l’imaginaire biblique des trois mythes hébreux de l’Arche de Noé, de la Tour de Babel et de l’Échelle de Jacob, que complètent les outils de la Maçonnerie opérative des Maçons des cathédrales à la cour des rois d’Écosse.

Dans ce contexte de la presse profane, il est clair qu’une des nouvelles fonctions essentielles de cet Atelier féminin est de prêcher, aux trois premiers degrés, les vertus de l’éthique protestante appliquée à la société marchande américaine légitimée par B. Franklin, champion de l’individualisme possessif des puritains méthodistes ou baptistes, à Boston comme à Philadelphie post 1787. De là un mythe moderne agrarien spécifique aux Lumières qui s’exprime dans la symbolique des épis de blé.

Les quatre rites féminins servent de simple caisse de résonance à travers le catéchisme sur les deux vertus féminines d’obéissance et de travail sacralisées par le discours initiatique du Vénérable Maître. Elles servent de relais à la presse maçonnique de Joseph Buckingham rédacteur en chef et propriétaire du New England Galaxy and Masonic Magazine, entre autres.

Mais la dimension initiatique de ces quatre rites importés et américanisés par le prêche des devoirs civiques des femmes de Boston converties à l’évangile de la religion civile de la Constitution de 1787 et de la Guerre d’Indépendance, avec ses héros maçonniques, ne peut se réduire à une approche historique. Il importe de les lire aussi à la lumière des deux sociologies de Norbert Elias et de Robert Bellah : leurs concepts de civilisation des mœurs et de religion civile éclairent la finalité de ces rites qui est de proposer des modèles identitaires aux Bostoniennes, icônes d’un genteelism dans une société hiérarchisée et victorienne, alternative féminine à l’autre Amérique masculinematrice de l’homme égalitaire produit par les mythes de la Frontière incarnée par le franc-maçon Jackson, héros de la guerre contre les Indiens.

Résumé de Petri Mirala

Les femmes et la franc-maçonnerie en Irlande.

Le sujet de la franc-maçonnerie et des femmes est, depuis les origines de la franc-maçonnerie en Irlande, un objet de satire et de moqueries de la part des membres (masculins) de la franc-maçonnerie. Le pamphlet de 1724, A Letter from the Grand Mistress of the Female Free-mason, tire sa force de l’absurdité supposée de la notion même de franc-maçonnes. Les Constitutions maçonniques d’Anderson de 1723 considèrent les femmes comme une autre sous-catégorie d’hommes, en quelque sorte altérés, inéligibles à l’adhésion.

Un Maçon qui écrivait en 1741 faisait l’éloge de la fraternité qui gardait ses secrets et qui résistait autant à l’alcool qu’à la « persuasion des femmes ». Ce thème des femmes qui essayaient de découvrir les secrets de la Maçonnerie est récurrent dans la littérature maçonnique. L’une des légendes les plus prisées de la franc-maçonnerie irlandaise concerne Elizabeth St Leger, jeune fille réputée avoir espionné une réunion maçonnique. Prise sur le fait, elle fut initiée et contrainte à promettre de garder le secret. Les Frères irlandais l’ont célébrée et ont bu à sa santé, la considérant comme leur « unique Sœur ».

La justification habituellement avancée pour l’exclusion des femmes était que les femmes étaient censées être incapables de garder un secret. Bien que les franc-maçonneries irlandaise et britannique fussent ainsi restreintes aux hommes, des histoires ayant trait à des franc-maçonnes et à des loges du continent ou relatant des initiations de femmes déguisées en hommes alimentaient la presse. En dépit de leurs moqueries à l’égard des femmes, les Maçons se pliaient aux codes contemporains consistant à leur faire des compliments. Un zeste de galanterie et d’assiduités faisait partie du décor social des Maçons, comme le montrent plusieurs chants et toasts maçonniques.

Cependant, le lien entre les femmes et la Maçonnerie était plus substantiel que les récits d’écoutes aux portes et des loges féminines du continent. Les loges prenaient soin de « leurs » veuves et de leurs orphelins. Des femmes étaient abonnées et lisaient des magazines maçonniques. D’ailleurs, il arrivait que des maçons aient des relations d’affaires directes avec une femme lorsque celle-ci était la propriétaire du lieu où ils tenaient leurs assemblées. Des femmes étaient également indirectement impliquées quand des cas d’adultère présumé venaient devant les tribunaux maçonniques.

Résumé de Robert Péter

Les femmes et la franc-maçonnerie dans le grand dix-huitième siècle.

S’appuyant sur des documents jusqu’ici négligés de la Collection Burney de la British Library ainsi que sur d’autres consultés à la Bibliothèque et Musée du temple maçonnique de Londres, cet article étudie la répartition systémique des rôles entre hommes et femmes telle qu’elle est représentée dans les constitutions, les pamphlets, les correspondances et les rituels maçonniques, ainsi que les journaux du grand dix-huitième siècle. Sont examinées en premier lieu l’origine et la perception par le public de l’exclusion des femmes de la fraternité en Angleterre et l’article s’interroge sur la façon dont les francs-maçons défendaient cette « ligne rouge ». L’article analyse ensuite comment et pourquoi les francs-maçons anglais invitaient des femmes à participer à diverses activités maçonniques : bals, fêtes, cérémonies maçonniques publiques. Troisièmement, il met en lumière la manière dont certaines Anglaises, sur les conseils de quelques Frères d’esprit libéral, parvinrent à subvertir ce principe de l’exclusion des femmes en créant des loges qui étaient soit entièrement féminines soit d’Adoption dans la seconde moitié du siècle. Jusqu’à ce jour, les recherches font remonter au vingtième siècle l’émergence de telles loges en Angleterre. Enfin, cet article compare la hiérarchie des genres dans les rituels maçonniques masculins traditionnels avec les cérémonies jusqu’ici ignorées des loges d’Adoption accueillant les deux sexes.

Résumé d’Andrew Pink

Robin des Bois et « ses » joyeuses femmes : une société de francs-maçons dans un jardin d’agrément de Londres au dix-huitième siècle.

En février 1739, le journal du Lancashire annonçait qu’une loge de « Maçons » venait de se constituer à Cold-Bath Fields ; leur nombre est déjà monté jusqu’à neuf cents membres et on y accueille les hommes aussi bien que les femmes qui sont appelées « Sœurs ». La loge tient réunion tous les soirs, mais celle du dimanche est la plus importante. La loge est gouvernée par un Grand Maître et par un Surveillant. Cette loge apparaît comme l’une des premières manifestations de sociétés mixtes au dix-huitième siècle, et pourtant elle n’a pas retenu jusqu’ici l’attention des chercheurs. Le présent article développe les éléments qui attestent toujours son existence à cette époque : annonces de réunions dans les journaux de Londres, détails des recettes de représentations que la loge parrainait dans les théâtres londoniens, une gravure représentant une réunion et un chant de la société. Le fait que la loge avait son lieu de réunion dans un obscur jardin d’agrément de Cold-Bath Fields incite à penser que ses membres n’appartenaient pas à l’élite et que l’on avait affaire à un phénomène strictement local londonien. Mais, ce qui est étrange, c’est que l’image que l’on retient en rassemblant tous ces éléments est celle d’une association mixte (para)maçonnique dont les activités font écho à d’autres éléments majeurs que l’on trouve ailleurs en Europe dans les manifestations de groupes maçonniques du même genre. Ainsi, l’accent que met la loge sur la convivialité, en se réunissant tous les soirs, laisse transparaître un élément libertin que l’on rencontre dans les sociétés françaises bachiques, tel l’Ordre de la Félicité et ses précurseurs à partir du milieu des années 1730 ; sa devise, Que l’honneur préside, est un écho à cet appel à la Vertu qui était celle des Mopses de Vienne et dont les activités remontent à 1738 ; l’imagerie bucolique de la rhétorique de la loge et ses éléments chevaleresques androgynes se retrouvent également chez les Ermites aristocrates de La Bonne Humeur, aussi fondé en 1739 en Allemagne ; et il apparaît qu’il existe un lien fort avec le théâtre, de même qu’avec la loge de Juste fondée en Hollande vers 1751. Jusqu’à ce jour on n’a pas trouvé de documents précisant le rituel de cette loge de Londres dont les activités semblent avoir cessé au milieu des années 1740 à partir desquelles on ne trouve plus aucune référence la concernant.

Résumé de Susan Snell

Les femmes à l’époque des Lumières et la franc-maçonnerie : contributions du beau sexe au Magazine des francs-maçons, selon des découvertes récentes sur les institutions charitables maçonniques pour filles en Angleterre.

Le premier périodique maçonnique anglais parut en juin 1793 sous le titre Freemasons’ Magazine ou bibliothèque générale et complète et continua à paraître mensuellement jusqu’en 1798. Les œuvres littéraires de poétesses, qu’elles fussent amateurs ou professionnelles, radicales ou conservatrices, comprenaient une proportion de contributions faible, mais significative à ce magazine mensuel s’adressant en premier lieu à un lectorat de francs-maçons ainsi qu’à leurs familles. L’un de ces poèmes publié en 1797, composé par Anna Jane Vardill, fille d’un royaliste américain, espionne et un temps amie de Benjamin Franklin. Mis en musique par le Dr Samuel Arnold, compositeur et organiste, l’œuvre fut exécutée par des jeunes filles lors de la kermesse annuelle, événement secondé par les œuvres de charité féminines francs-maçonnes en 1797.

Suite à l’acquisition récente d’archives par la Bibliothèque et Musée de la franc-maçonnerie se rapportant à l’Institution royale maçonnique pour Jeunes Filles, le présent article se propose d’apporter de nouveaux éléments sur ces premières écoles pour jeunes filles qui étaient habituellement orphelines de leur père ou de leur mère. Celles qui interprétèrent les paroles d’Anna Vardill furent parmi les premières à recevoir une aide de ces institutions charitables fondées lors de la décennie précédente par le chevalier Bartholomew Ruspini sous le patronage du duc et de la duchesse de Cumberland. Qui étaient ces jeunes filles ? Quelles circonstances les conduisirent à rejoindre cette école et où allèrent-elles ensuite ?

Résumé d’Andrew Prescott et Susan Mitchell Sommers

Sœur Dunckerley.

Thomas Dunckerley (1724-1795) fut peut-être celui qui exerça la plus grande influence sur le développement de la franc-maçonnerie dans les dernières années du dix-huitième siècle. Même aujourd’hui, on le considère comme l’épitomê de la rectitude et de l’orthodoxie maçonniques, le franc-maçon des francs-maçons. Dunckerley se rendit célèbre en prétendant être un fils illégitime du roi Georges II et avoir reçu une pension de la cassette personnelle royale en reconnaissance de ce qu’il affirmait être. La preuve essentielle sur laquelle Dunckerley fondait sa prétendue ascendance royale était un document publié par ses exécuteurs testamentaires et qu’ils affirmaient se trouver entre les mains de Dunckerley. Ce document est lui-même une source pittoresque et négligée de l’histoire des femmes au dix-huitième siècle. Le récit de la façon dont la mère de Dunckerley, Mary, respectable fille de médecin, fut séduite par le prince de Galles alors qu’elle était dame de compagnie dans la famille de Walpole et que l’on s’empressa de marier sitôt la séduction découverte constitue un exemple frappant de la condition des femmes à la cour au dix-huitième siècle. D’ailleurs, le soutien des amies de Mary, Ann Pinkney et Mrs. Meekins, qui toutes deux résidaient à Somerset-House et qui finirent par raconter l’histoire de son ascendance à Thomas lui-même, offre des aperçus de la vie des femmes qui évoluaient à la lisière de la cour à cette époque.

Les circonstances de la naissance et de l’éducation de Dunckerley expliquent probablement sa forte sympathie pour les femmes ainsi que son intérêt et son respect pour ses ancêtres maternels. Dunckerley a laissé le souvenir de quelqu’un qui a déployé toute son énergie pour promouvoir la franc-maçonnerie en province. Parmi les récits d’événements maçonniques les plus remarquables s’étant déroulés sous l’égide de Dunckerley rapportés par la presse anglaise, le plus extraordinaire est sans doute celui du General Evening Post évoquant une réunion de la Grande Loge provinciale de l’Essex en mai 1787. Dunckerley était à ce moment-là Grand Maître provincial de l’Essex. L’article de ce journal affirme que figuraient à part entière dans les comptes rendus de la Grande Loge provinciale « Plusieurs dames de notre comté (qui) constituèrent un groupe choisi dans notre ville et qui dédièrent une loge à Urania en l’honneur de ce jour-là ». Et il ne semble pas qu’il se soit agi là d’un incident isolé. Il apparaît que parmi ses projets pour promouvoir la franc-maçonnerie, Dunckerley envisageait d’étendre l’adhésion aux femmes. Dunckerley associa étroitement son épouse à ses travaux avec les Chevaliers templiers maçonniques et il ne cessait de l’appeler « Sœur Dunckerley », patronne de l’Ordre. Cet article explore d’autres références à l’engagement de Dunckerley en faveur de la cause des femmes dans la franc-maçonnerie et évalue ces mêmes références dans un contexte plus large.

Résumé de Carter Charles

Mormonisme, femmes et franc-maçonnerie.

La loge de Nauvoo, Illinois, fut installée le 15 mars 1842. Joseph Smith, prophète-fondateur de l’Église de Jésus-Christ, autrement appelée Église mormone, officialisa le jour même les liens entre son mouvement religieux et la franc-maçonnerie. Abraham Jonas, alors Grand Maître de la Grande Loge d’Illinois l’avança, de visu, au rang de « Maître » au lendemain de sa réception en tant que « Compagnon ». Si nous parlons ici « d’officialisation », c’est parce que l’héritage du mormonisme n’est pas seulement celui du deuxième grand réveil religieux en Amérique du Nord, il est aussi maçonnique. En effet, le père de Joseph Smith était Maçon ; il fut d’ailleurs à l’origine de l’entrée en Maçonnerie de son fils Hyram, un prénom prédestiné dont l’orthographe fut plus tard changée en « Hyrum ».

Le 17 mars 1842, à la demande de quelques femmes, Joseph Smith organisa les mormones en une « société de secours ». Dans son allocution, il exhorta les « Sœurs » présentes à être « suffisamment habiles en Maçonnerie pour garder un secret ». Car le rapprochement mormonisme/franc-maçonnerie avait créé une nouvelle logique de pouvoir entre les « genres » (genders) dans le mormonisme, en particulier en faveur des femmes qui allaient se retrouver quasiment sur un pied d’égalité avec les hommes. Cependant, en les associant à des pratiques religieuses et ésotériques ordinairement réservées aux hommes, Joseph Smith suivait davantage le principe de la franc-maçonnerie dite « d’Adoption » pratiquée en France depuis 1774 que les landmarks de ses « Frères » du XIXe siècle.

Malgré tout, il n’est pas toujours aisé d’établir clairement les liens entre mormonisme et franc-maçonnerie sans tomber dans des écueils. Ainsi, Rogez Dachez, pointure des études maçonniques en France, déclare dans un article que c’est « une église de Mormons » [sic] qui fut à l’origine de la deuxième vague d’antimaçonnisme aux États-Unis dans les années 1840, « exploitant en partie le désarroi créé par l’affaire Morgan… ». Dans un entretien publié dans L’Express en novembre 2009, Alain Bauer, ancien Grand Maître du Grand Orient de France, fit un mormon du capitaine William Morgan, alors que ce dernier a été porté disparu fin 1826, quatre ans avant que Joseph Smith n’organisât l’Église de Jésus-Christ.

Les mormones et la franc-maçonnerie étant au cœur de cette communication, nous verrons que c’est à travers une femme que le nom de Morgan est lié au mormonisme. Nous verrons également que si le rapprochement mormonisme/franc-maçonnerie en Illinois s’est soldé par un conflit, ce ne fut pas tant la résultante d’une volonté de la part des Mormons de diaboliser la franc-maçonnerie que de l’accumulation de griefs, notamment l’initiation « irrégulière » (?) de femmes.

Résumé d’Yves Hivert-Messeca

La Maçonnerie des Dames dans la France napoléonienne : chant du cygne ou métamorphose ?

La Maçonnerie des Dames renaît à la fin du Directoire. Elle atteindra son apogée au milieu de la décennie 1810, mais demeurera principalement parisienne. Conservant la nostalgie de l’Ancien Régime, elle joue un rôle philanthropique, festif et culturel important. Néanmoins, elle possède des caractéristiques nouvelles :

– Les loges sont le plus souvent souchées sur les ateliers « dirigeants » du Grand Orient de France ;

– Les Maçonnes sont principalement issues du « noble faubourg » alors que les Frères proviennent des grands corps civils et militaires.

La Maçonnerie des Dames entre dans la stratégie impériale en adaptant dans le monde maçonnique, la mise sous tutelle de la femme fixée par le Code civil. Elle participe également à la création d’une vie de cour et joue le rôle de lieu de rencontre et d’amalgame entre les élites anciennes et nouvelles.

Résumé de José Antonio Ferrer Benimeli

Les femmes et la franc-maçonnerie espagnole au XIXe siècle.

L’introduction de la franc-maçonnerie en Espagne est très tardive, mais entre 1869 et 1898 on trouve mille sept cent cinquante loges appartenant à vingt obédiences différentes. La première initiation maçonnique des femmes date de 1871, onze ans avant celle de Maria Deraismes. Entre 1871 et 1898, on a répertorié cinq cent quatre-vingt-six femmes franc-maçonnes espagnoles. Elles font partie de cent quatre-vingts loges masculines ou ont été admises au même titre et à égalité avec les hommes. Les Sœurs sont aussi en possession de hauts grades et de postes à responsabilité dans des loges majoritairement masculines qui, dans la pratique, deviennent des loges mixtes. Quelques fois les Sœurs à l’intérieur de la loge font partie d’une Colonne ou Chambre d’Adoption avant de se constituer en loge d’Adoption. Mais dans la plupart de cas, les Chambres d’Adoption ne parviennent pas à se transformer en loges d’Adoption. La première loge d’Adoption connue date de 1873. À partir de la publication par deux obédiences des premiers Règlements et de la Loi d’Adoption (1891-1892) on constate un changement négatif vis-à-vis de l’acceptation des femmes et les loges d’Adoption deviennent une sorte de franc-maçonnerie auxiliaire de bienfaisance. Mais d’autres obédiences refusent le terme même d’Adoption qu’elles ne considèrent approprié que pour les enfants et les vieillards : la franc-maçonnerie qui ne fait pas de distinction entre les frontières, les races, les idées et les religions, ne doit pas non plus exclure les femmes.

J’analyse également l’écho de cette franc-maçonnerie féminine espagnole en France, ainsi que la sociologie et l’idéologie des sœurs espagnoles et celle des frères vis-à-vis des franc-maçonnes.

Résumé de Francesca Vigni

La régénération morale de la femme dans les anciennes loges d’Adoption : le cas italien.

La Maçonnerie d’Adoption en France au siècle des Lumières est un phénomène tout nouveau dans l’histoire des mœurs féminines. Elle introduit la figure de la maçonne d’Adoption qui bouleverse d’une certaine manière l’économie d’autres figures de femmes de l’époque. En Italie des loges d’Adoption suivant le modèle français sont bâties dans la seconde moitié du XVIIIe siècle. Mais leur moment historique le plus intéressant est le XIXe siècle que nous analyserons dans notre étude.

Après l’unification du pays, les loges d’Adoption sont implantées vers 1864. Dans la même année, Giuseppe Garibaldi, Grand Maître de la Maçonnerie italienne à cette époque là, rédige un décret où il établit « Moi, Grand Maître de la Maçonnerie italienne de rite écossais (…) je propose : (…) des loges de femmes seront créées pour aider l’action des Frères italiens ». Selon l’avis du Grand Maître, les loges de femmes auraient été utiles à la diffusion des principes laïques dans la société italienne. Pendant que le milieu maçonnique discutait de l’idée de Garibaldi qui, naturellement ne fut pas réalisée, des loges d’Adoption furent établies par des femmes et des Maçons à Naples, au centre et au nord d’Italie. Les titres distinctifs de ces loges sont les noms des anciennes femmes patriotes ou de femmes importantes pour leurs actes ou leurs écrits.

La Maçonnerie d’Adoption a le soutien des loges masculines qui s’intéressent à la question de l’émancipation de la femme et font partie de la « gauche libérale démocratique italienne du dix-neuvième siècle ». À l’instar des Maçonnes d’Adoption françaises du Siècle des Lumières, les Sœurs italiennes sont aidées par des Frères. Ces Frères présentent aussi un projet de statut où ils écrivent que « les femmes sont admises dans la Maçonnerie » (article 21) et que « les femmes maçonnes peuvent être membres des loges ou créer des loges distinctes » (article 23).

Ces actions engendrent un grand débat et l’opposition de l’autre partie de la Maçonnerie italienne hostile aux loges d’Adoption. Même ces Frères appartenaient à la gauche libérale.

Quel fut le sort de la Maçonnerie d’Adoption au cours de ce long débat ? C’est dans cette atmosphère que les Sœurs d’Adoption travaillaient.

Les représentantes les plus importantes de la Maçonnerie d’Adoption italienne du XIXe siècle sont la comtesse Giulia Caracciolo Cigala, le prince de Forino et sa sœur Enrichetta de Naples, la jeune Angela Huber Mengozzi de Pise, la princesse Maria Lascaris de Turin.

Nous montrons que la loge d’Adoption italienne est un moyen pour revendiquer la liberté intérieure et civile de la femme. C’est le lieu d’où l’on exhorte l’être féminin à changer son existence, à s’affranchir d’un code social despotique. Parfois la loge est un milieu où l’on aborde des sujets sociaux que les Sœurs connaissent bien. La vertu, le progrès, la lumière, sont les principes des loges d’Adoption italiennes. Mais de quelle façon sont-ils développés ?

Nous parlons de l’émancipation féminine qui pour l’Adoption italienne a une valeur très particulière et qui aboutit à l’idée de régénération morale. Mais… de quelle façon ?

Nous montrons alors, qu’on évoqua le souvenir d’un parcours déjà tracé par la toute première Maçonnerie d’Adoption française au nom de la régénération morale de la femme. Il s’agit d’un parcours très particulier qui, en Italie, va aboutir, juste au début du XXe siècle, à la création d’une Grande Loge mixte symbolique d’Italie et à la naissance d’une génération différente de Sœurs Maçonnes. Elles aussi parleront de la régénération morale de la femme.

Résumé de Dominique Soucy

La tentation réformiste dans la franc-maçonnerie cubaine (1874-1885). Vers l’intégration des femmes et des Noirs ?

Présente dès les premières années du XIXe siècle à Cuba, la franc-maçonnerie ne s’y consolida pourtant qu’à partir des années 1870-1880, dans un contexte colonial esclavagiste. Elle était alors largement intégrée et dirigée par les acteurs sociaux qui, au lendemain de la première guerre contre le pouvoir espagnol (1868-1878), cherchèrent dans l’autonomisme une nouvelle voie politique. Leur progressisme affiché les amena à prendre en compte, aussi bien dans leur vie profane que maçonnique, la situation des groupes sociaux marginalisés et à réfléchir à leur intégration dans la franc-maçonnerie et, plus largement, dans la société civile en construction. L’initiation des femmes et des Noirs devint, en ce sens, une préoccupation pour ces architectes d’une franc-maçonnerie en quête d’identité et de reconnaissance internationale, partagée entre un attachement à ses origines latines et une projection anglo-saxonne prometteuse. En nous appuyant sur les discours tant maçonnique que politique, nous pourrons mesurer l’ambivalence de leur position, à la fois marquée par une volonté d’ouverture et bridée par le carcan de la régularité maçonnique.

Résumé de Susan Mitchell Sommers

Bien que la présence des femmes en franc-maçonnerie ait bénéficié d’une grande attention de la part des chercheurs européens, l’implication des femmes américaines dans des organisations maçonniques passe pratiquement inaperçue dans la communauté universitaire. C’est surtout vrai pour plusieurs associations féminines fondées sur les principes des confréries – l’Ordre de l’Eastern Star (« Étoile orientale »), le Degré de Rebekah et les Sœurs de la Pythie. Cet article étudie de près le plus important de ces groupes, l’Ordre de l’Eastern Star (OES), identifie et examine les lacunes dans l’historiographie des associations féminines bénévoles en Amérique où n’est pas étudié l’OES.

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Informations complémentaires

Année

2011

Auteurs / Invités

Andreas Önnefors, Andrew Pink, Andrew Prescott, Carter Charles, Dominique Soucy, Éloïse Auffret, Francesca Vigni, Jan Snoek, Janet Burke, José Ferrer Benimelli, Laure Caille, Margaret C. JACOB, Petri Mirala, Pierre Besses, Przemyslaw B. Witkowski, Robert Collis, Robert Péter, Susan Mitchell Sommers, Susan Snell, Yves Hivert-Messeca

Thématiques

Franc-maçonnerie, Questions de genre, Questions et options philosophiques, politiques, idéologiques ou religieuses