Les deux jugements [selon le catéchisme de Rome]

Willy De Winne

 

UGS : 2014033 Catégorie : Étiquette :

Description

La civilisation chrétienne s’est, en partie, construite sur la peur devant la mort et la crainte du jugement. En réalité, les textes nous apprennent que le fidèle défunt sera confronté à deux jugements…

Une toute grande majorité de nos concitoyens belges, immatriculés catholiques sans leur consentement par un baptême précoce, n’ont jamais consulté le catéchisme romain au sujet de leur avenir eschatologique malgré son extrême importance revendiquée par Rome. Ils ne se rendent pas compte de la complexité de la procédure judiciaire par laquelle leur destin post mortem sera décidé pour l’éternité.

Un bref rappel de la doctrine catholique romaine en la matière nous semble donc utile et pertinent. Voici comment le magistère romain entrevoit notre avenir post mortem dans son catéchisme. Nous citons :

Le jugement particulier

1021 : La mort met fin à la vie de l’homme comme temps ouvert à l’accueil ou au rejet de la grâce divine manifestée dans le Christ (cf. 2 Tm 1, 9-10). Le Nouveau Testament parle du jugement principalement dans la perspective de la rencontre finale avec le Christ dans son second avènement, mais il affirme aussi à plusieurs reprises la rétribution immédiate après la mort de chacun en fonction de ses œuvres et de sa foi. La parabole du pauvre Lazare (cf. Lc 16, 22) et la parole du Christ en croix au bon larron (cf. Lc 23, 43), ainsi que d’autres textes du Nouveau Testament (cf. 2 Co 5, 8 ; Ph 1, 23 ; He 9, 27 ; 12, 23) parlent d’une destinée ultime de l’âme (cf. Mt 16, 26) qui peut être différente pour les unes et pour les autres.

1022 : Chaque homme reçoit dans son âme immortelle sa rétribution éternelle dès sa mort en un jugement particulier qui réfère sa vie au Christ, soit à travers une purification (cf. Cc. Lyon : DS 857-858 ; Cc. Florence : DS 1304-1306 ; Cc. Trente : DS 1820), soit pour entrer immédiatement dans la béatitude du ciel (cf. Benoît XII : DS 1000-1001 ; Jean XXII : DS 990), soit pour se damner immédiatement pour toujours (cf. Benoît XII : DS 1002).

Le ciel

1023 : Ceux qui meurent dans la grâce et l’amitié de Dieu, et qui sont parfaitement purifiées, vivent pour toujours avec le Christ. Ils sont pour toujours semblables à Dieu, parce qu’ils le voient « tel qu’il est » (1 Jn 3, 2), face à face (cf. 1 Co 13, 12 ; Ap 22, 4) :

« De notre autorité apostolique nous définissons que, d’après la disposition générale de Dieu, les âmes de tous les saints (…) et de tous les autres fidèles morts après avoir reçu le saint Baptême du Christ, en qui il n’y a rien eu à purifier lorsqu’ils sont morts, (…) ou encore, s’il y a eu ou qu’il y a quelque chose à purifier, lorsque, après leur mort, elles auront achevé de le faire, (…) avant même la résurrection dans leur corps et le Jugement général, et cela depuis l’Ascension du Seigneur et Sauveur Jésus-Christ au ciel, ont été, sont et seront au ciel, au Royaume des cieux et au Paradis céleste avec le Christ, admis dans la société des saints anges. Depuis la passion et la mort de notre Seigneur Jésus-Christ, elles ont vu et voient l’essence divine d’une vision intuitive et même face à face, sans la médiation d’aucune créature. » (Benoît XII : DS 1000 ; cf. LG 49).

1024 : Cette vie parfaite avec la Très Sainte Trinité, cette communion de vie et d’amour avec elle, avec la Vierge Marie, les anges et tous les bienheureux est appelée « le ciel ». Le ciel est la fin ultime et la réalisation des aspirations les plus profondes de l’homme, l’état de bonheur suprême et définitif.

1025 : Vivre au ciel c’est « être avec le Christ » (cf. Jn 14, 3 ; Ph 1, 23 ; 1 Th 4, 17). Les élus vivent « en lui », mais ils y gardent, mieux, ils y trouvent leur vraie identité, leur propre nom (cf. Ap 2, 17) :

« Car la vie c’est d’être avec le Christ : là où est le Christ, là est la vie, là est le royaume. » (S. Ambroise, Luc. 10, 121 : PL 15, 1834A).

1026 : Par sa mort et sa résurrection Jésus-Christ nous a « ouvert » le ciel. La vie des bienheureux consiste dans la possession en plénitude des fruits de la rédemption opérée par le Christ qui associe à sa glorification céleste ceux qui ont cru en lui et qui sont demeurés fidèles à sa volonté. Le ciel est la communauté bienheureuse de tous ceux qui sont parfaitement incorporés à lui.

1027 : Ce mystère de communion bienheureuse avec Dieu et avec tous ceux qui sont dans le Christ dépasse toute compréhension et toute représentation. L’écriture nous en parle en images : vie, lumière, paix, festin de noces, vin du royaume, maison du père, Jérusalem céleste, paradis : « Ce que l’œil n’a pas vu, ce que l’oreille n’a pas entendu, ce qui n’est pas monté au cœur de l’homme, tout ce que Dieu a préparé pour ceux qui l’aiment » (1 Co 2, 9).

1028 : À cause de sa transcendance, Dieu ne peut être vu tel qu’il est que lorsqu’il ouvre lui-même son mystère à la contemplation immédiate de l’homme et qu’il lui en donne la capacité. Cette contemplation de Dieu dans sa gloire céleste est appelée par l’Église « la vision béatifique ».

1029 : Dans la gloire du ciel, les bienheureux continuent d’accomplir avec joie la volonté de Dieu par rapport aux autres hommes et à la création tout entière. Déjà ils règnent avec le Christ ; avec lui « ils régneront pour les siècles des siècles » (Ap 22, 5 ; cf. Mt 25, 21. 23).

La purification finale ou purgatoire

1030 : Ceux qui meurent dans la grâce et l’amitié de Dieu, mais imparfaitement purifiés, bien qu’assurés de leur salut éternel, souffrent après leur mort une purification, afin d’obtenir la sainteté nécessaire pour entrer dans la joie du ciel.

1031 L’Église appelle purgatoire cette purification finale des élus qui est tout à fait distincte du châtiment des damnés. L’Église a formulé la doctrine de la foi relative au purgatoire surtout aux conciles de Florence (cf. DS 1304) et de Trente (cf. DS 1820 ; 1580). La tradition de l’Église, faisant référence à certains textes de l’écriture (par exemple 1 Co 3, 15 ; 1 P 1, 7), parle d’un feu purificateur :

« Pour ce qui est de certaines fautes légères, il faut croire qu’il existe avant le jugement un feu purificateur, selon ce qu’affirme celui qui est la vérité, en disant que si quelqu’un a prononcé un blasphème contre l’Esprit Saint, cela ne lui sera pardonné ni dans ce siècle-ci, ni dans le siècle futur (Mt 12, 31). Dans cette sentence nous pouvons comprendre que certaines fautes peuvent être remises dans ce siècle-ci, mais certaines autres dans le siècle futur. » (S. Grégoire le Grand, dial. 4, 39).

1032 : Cet enseignement s’appuie aussi sur la pratique de la prière pour les défunts dont parle déjà la Sainte Écriture : « Voilà pourquoi il (Judas Maccabée) fit faire ce sacrifice expiatoire pour les morts, afin qu’ils fussent délivrés de leur péché » (2 M 12, 46). Dès les premiers temps, l’Église a honoré la mémoire des défunts et offert des suffrages en leur faveur, en particulier le sacrifice eucharistique (cf. DS 856), afin que, purifiés, ils puissent parvenir à la vision béatifique de Dieu. L’Église recommande aussi les aumônes, les indulgences et les œuvres de pénitence en faveur des défunts :

« Portons-leur secours et faisons leur commémoraison. Si les fils de Job ont été purifiés par le sacrifice de leur père (cf. Jb 1, 5), pourquoi douterions-nous que nos offrandes pour les morts leur apportent quelque consolation ? N’hésitons pas à porter secours à ceux qui sont partis et à offrir nos prières pour eux. » (S. Jean Chrysostome, hom. in 1 Cor. 41, 5 : PG 61, 361C).

L’enfer

1033 : Nous ne pouvons pas être unis à Dieu à moins de choisir librement de l’aimer. Mais nous ne pouvons pas aimer Dieu si nous péchons gravement contre lui, contre notre prochain ou contre nous-mêmes : « Celui qui n’aime pas demeure dans la mort. Quiconque hait son frère est un homicide ; or vous savez qu’aucun homicide n’a la vie éternelle demeurant en lui » (1 Jn 3, 15). Notre Seigneur nous avertit que nous serons séparés de lui si nous omettons de rencontrer les besoins graves des pauvres et des petits qui sont ses frères (cf. Mt 25, 31-46). Mourir en péché mortel, sans s’en être repenti et sans accueillir l’amour miséricordieux de Dieu, signifie demeurer séparé de lui pour toujours par notre propre choix libre. Et c’est cet état d’auto-exclusion définitive de la communion avec Dieu et avec les bienheureux qu’on désigne par le mot « enfer ».

1034 : Jésus parle souvent de la « géhenne » du « feu qui ne s’éteint pas » (cf. Mt 5, 22. 29 ; 13, 42. 50 ; Mc 9, 43-48), réservé à ceux qui refusent jusqu’à la fin de leur vie de croire et de se convertir, et où peuvent être perdus à la fois l’âme et le corps (cf. Mt 10, 28). Jésus annonce en termes graves qu’il « enverra ses anges, qui ramasseront tous les fauteurs d’iniquité (…), et les jetteront dans la fournaise ardente » (Mt 13, 41-42), et qu’il prononcera la condamnation : « Allez loin de moi, maudits, dans le feu éternel ! » (Mt 25, 41).

1035 : L’enseignement de l’Église affirme l’existence de l’enfer et son éternité. Les âmes de ceux qui meurent en état de péché mortel descendent immédiatement après la mort dans les enfers, où elles souffrent les peines de l’enfer, « le feu éternel » (cf. DS 76 ; 409 ; 411 ; 801 ; 858 ; 1002 ; 1351 ; 1575 ; SPF 12). La peine principale de l’enfer consiste en la séparation éternelle d’avec Dieu en qui seul l’homme peut avoir la vie et le bonheur pour lesquels il a été créé et auxquels il aspire.

1036 : Les affirmations de la Sainte Écriture et les enseignements de l’Église au sujet de l’enfer sont un appel à la responsabilité avec laquelle l’homme doit user de sa liberté en vue de son destin éternel. Elles constituent en même temps un appel pressant à la conversion : « Entrez par la porte étroite. Car large et spacieux est le chemin qui mène à la perdition, et il en est beaucoup qui le prennent ; mais étroite est la porte et resserré le chemin qui mène à la vie, et il en est peu qui le trouvent » (Mt 7, 13-14)

1037 : Dieu ne prédestine personne à aller en enfer (cf. DS 397 ; 1567) ; il faut pour cela une aversion volontaire de Dieu (un péché mortel), et y persister jusqu’à la fin. Dans la liturgie eucharistique et dans les prières quotidiennes de ses fidèles, l’Église implore la miséricorde de Dieu, qui veut « que personne ne périsse, mais que tous arrivent au repentir » (2 P 3, 9) :

« Voici l’offrande que nous présentons devant toi, nous, tes serviteurs, et ta famille entière : dans ta bienveillance, accepte-la. Assure toi-même la paix de notre vie, arrache-nous à la damnation et reçois-nous parmi tes élus. » (MR, Canon Romain 88)

Le jugement dernier

1038 : La résurrection de tous les morts, « des justes et des pécheurs » (Ac 24, 15), précédera le jugement dernier. Ce sera « l’heure où ceux qui gisent dans la tombe en sortiront à l’appel de la voix du fils de l’homme ; ceux qui auront fait le bien ressusciteront pour la vie, ceux qui auront fait le mal pour la damnation » (Jn 5, 28-29). Alors le Christ « viendra dans sa gloire, escorté de tous les anges (…). Devant lui seront rassemblés toutes les nations, et il séparera les gens les uns des autres, tout comme le berger sépare les brebis des boucs. Il placera les brebis à sa droite, et les boucs à sa gauche (…). Et ils s’en iront, ceux-ci à une peine éternelle, et les justes à la vie éternelle » (Mt 25, 31. 32. 46).

1039 : C’est face au Christ qui est la vérité que sera définitivement mise à nu la vérité sur la relation de chaque homme à Dieu (cf. Jn 12, 49). Le jugement dernier révélera jusque dans ses ultimes conséquences ce que chacun aura fait de bien ou omis de faire durant sa vie terrestre.

Tout le mal que font les méchants est enregistré – et ils ne le savent pas. Le jour où « Dieu ne se taira pas » (Ps 50, 3) (…) Il se tournera vers les mauvais : « J’avais, leur dira-t-il, placé sur terre mes petits pauvres, pour vous. Moi, leur chef, je trônais dans le ciel à la droite de mon père – mais sur la terre mes membres avaient faim. Si vous aviez donné à mes membres, ce que vous auriez donné serait parvenu jusqu’à la tête. Quand j’ai placé mes petits pauvres sur la terre, je les ai institués vos commissionnaires pour porter vos bonnes œuvres dans mon trésor : vous n’avez rien déposé dans leurs mains, c’est pourquoi vous ne possédez rien auprès de moi » (S. Augustin, serm. 18, 4, 4 : PL 38, 130-131).

1040 : Le jugement dernier interviendra lors du retour glorieux du Christ. Le père seul en connaît l’heure et le jour, lui seul décide de son avènement. Par son fils, Jésus-Christ, il prononcera alors sa parole définitive sur toute l’histoire. Nous connaîtrons le sens ultime de toute l’œuvre de la création et de toute l’économie du salut, et nous comprendrons les chemins admirables par lesquels sa providence aura conduit toute chose vers sa fin ultime. Le jugement dernier révélera que la justice de Dieu triomphe de toutes les injustices commises par ses créatures et que son amour est plus fort que la mort (cf. Ct 8, 6).

1041 : Le message du jugement dernier appelle à la conversion pendant que Dieu donne encore aux hommes « le temps favorable, le temps du salut » (2 Co 6, 2). Il inspire la sainte crainte de Dieu. Il engage pour la justice du royaume de Dieu. Il annonce la « bienheureuse espérance » (Tt 2, 13) du retour du Seigneur qui « viendra pour être glorifié dans ses saints et admiré en tous ceux qui auront cru » (2 Th 1, 10). »

Fin de citation

Commentaire

Selon la tradition, patiemment édifiée au cours de ces deux millénaires par les pères de l’Église et ensuite par le magistère de l’Église catholique et apostolique romaine, notre avenir eschatologique ferait l’objet de deux sentences successives rendues par « le jugement particulier » immédiatement après notre mort et ensuite, – sans doute beaucoup plus tard – à la fin des temps lors de notre résurrection à l’occasion de la parousie du Christ qui viendra rendre « le jugement dernier ». Il nous semble donc pertinent d’imaginer que ces deux jugements pussent se contredire, d’autant que, par exemple, dans le cas précis du décès d’un pape, l’Église se croit légitimement en droit de pouvoir présumer du résultat du « jugement particulier », rendu au ciel, par sa proclamation urbi et orbi de la béatification et de la canonisation de l’âme du pape défunt. Ce faisant, elle se fonde sans doute sur la prétendue délégation de pouvoir accordée par Dieu-le-fils à Simon-Pierre, et qu’elle revendique ensuite pour tous les papes après lui, grâce à la parole de Jésus : « Je te donnerai les clefs du royaume des cieux ». Cette contradiction possible trouve également une base évangélique dans la parole de Jésus : « Les premiers seront les derniers ». Et eu égard à l’histoire des papes un autre indice factuel vient corroborer la contradiction créée par ce qu’on a appelé « le concile cadavérique » de la fin du IXe siècle. Il s’agit de cette sinistre cérémonie, où le cadavre desséché de l’ancien pape Formose est exhumé, son linceul est remplacé par ses habits pontificaux et son cadavre est installé sur son ancien siège papal afin d’être jugé par le tribunal du concile. Son élection comme pape est déclarée invalide et tous ses actes pontificaux sont annulés. Son cadavre est livré au peuple de Rome qui le jette dans le Tibre.

Et de nos jours, quel serait selon Rome, le destin eschatologique d’un pape canonisé qui s’est rendu coupable pendant son pontificat d’avoir couvert par son silence des prêtres pédophiles ? On peut s’interroger quel sera dans ce cas son jugement particulier au ciel et surtout le dernier, en sachant ce que Jésus pensait de ceux qui scandalisent des enfants confiés à leur autorité, comme nous le rapporte Matthieu en Mt 18/5 et 6.

Tout ceci autorise donc le plus grand scepticisme à l’endroit de cette prétendue jurisprudence mi-humaine et mi-divine comme définie dans le catéchisme de Rome. Et ne faut-il donc pas, en plus, s’interroger sur la légitimité de la papauté en se remémorant cette parole de Jésus :

« Beaucoup me diront en ce jour-là : ‘ Seigneur, Seigneur, n’est-ce pas en ton nom que nous avons prophétisé ? En ton nom que nous avons chassé les démons ? En ton nom que nous avons bien fait des miracles ? ’   Alors je leur dirai en face : ‘ Jamais je ne vous ai connus ; écartez-vous de moi, vous qui commettez l’iniquité ’ ». [Mt 7/22 et 23] 

Cette condamnation prophétique et anticléricale de Jésus n’a pourtant pas suffis aux pères de l’Église pour renoncer à tirer bénéfice de la mort de Jésus sur la croix. Et pour y parvenir ils ont « fabriqué » eux-mêmes une fausse parole de Jésus, qui devait les « légitimer » en tant que ses prétendus successeurs sur terre et pour agir en son nom. C’est la conversation entre Jésus et ses disciples à Césarée de Philippe, où il les interrogeait sur sa personne, qui servira à la falsification de l’Évangile selon Matthieu, où une prétendue promotion de Simon-Pierre en tant que « vicaire de Jésus sur terre » est introduite et qu’on ne retrouve nulle part ailleurs.

Voici cette rajoute en italique au texte de Matthieu 16/13 à 20 :

« Arrivé dans la région de Césarée de Philippe, Jésus posa à ses disciples cette question : ‘ Au dire des gens, qu’est le fils de l’homme ? ’ Ils dirent : ‘ Pour les uns, Jean le Baptiste ; pour d’autres Élie ; pour d’autres encore, Jérémie ou quelqu’un des prophètes ’ ‘ Mais pour vous, leur dit-il, qui suis-je ? ’ Simon-Pierre répondit : ‘ Tu es le Christ, le fils de Dieu vivant ’ En réponse Jésus lui dit ‘ Tu es heureux, Simon fils de Jonas, car cette révélation t’est venue, non de la chair et du sang, mais de mon père qui est dans les cieux. ’

‘ Portes de l’Hadès ne tiendront pas contre elle. Je te donnerai les clefs du royaume des cieux : quoi que tu lies sur la terre, ce sera tenu dans les cieux pour lié, et quoi que tu délies sur la terre, ce sera tenu dans les cieux pour délié.’  Eh bien, moi je te dis : ‘ tu es Pierre, et sur cette pierre, je bâtirai mon Église, et les portes du séjour des morts ne prévaudront point contre elle. ’

Alors il ordonna aux disciples de ne dire à personne qu’il était le Christ ».

Cette conversation entre Jésus et ses disciples, à Césarée de Philippe, en ce qui concerne le texte de Matthieu, est rapportée presque à l’identique par Marc et par Luc. Jean n’en parle pas (était-il absent ou distrait ?). Mais le texte ajouté en italique concernant la prétendue « promotion » de Simon-Pierre, ne se retrouve nulle part ailleurs, ni chez Jean, ni chez Luc, ni chez Marc ni dans aucun autre évangile apocryphe.

Comparez Matthieu avec : Mc  8/27 à 33 – Lc 9/18 à 21 – Jn 1/42

Cette prétendue promotion de Pierre est inconnue des autres disciples pourtant témoins à Césarée, et qui, dans le cas contraire, n’auraient certainement pas omis de signaler ce véritable scoop qui faisait de Simon-Pierre, leur chef direct grâce à la prétendue et exorbitante délégation de pouvoir divin ! Il convient, en effet, de s’interroger sur le sens de « Je te donnerai les clefs du Royaume des Cieux » et sur la portée du pouvoir délégué !

Se pourrait-il que dorénavant, Pierre devienne par cette délégation le juge souverain et quasi divin de tous les hommes à l’heure de leur mort ? Par cette phrase – que Jésus n’a sans doute jamais prononcée –, cet évangile rendu normalement apocryphe par ce fait même, a au contraire inspiré le blason de la papauté et la crédulité d’une multitude en Occident ! Elle a été le moteur et l’origine d’événements historiques considérables !

Par l’ajout du texte en italique, les pères de l’Église en bons « scribes et pharisiens hypocrites » se sont offert un faux chèque en blanc, grâce auquel ils pourront effectivement bâtir leur Église, dite « sainte, catholique et apostolique » selon leur propre interprétation du texte évangélique falsifié ! C’est cette falsification ajoutée, qui servira de base à l’édification de la papauté et elle entraînera l’affirmation par l’Église que nous serons jugés deux fois de suite comme indiqué dans le catéchisme.

En opérant cette « rajoute » au texte de Matthieu, ils ont cependant commis deux fautes évidentes dont l’Église ne fera qu’augmenter les effets en pontifiant ensuite leur extension :

– Ils ont placé le mot « ecclesia = église » dans la bouche de Jésus, pour désigner, non plus la simple petite communauté de suiveurs de Jésus, mais en lui octroyant déjà la signification d’une institution structurée et placée sous les ordres d’une autorité à prétention universelle et aux pouvoirs divins et souverains et à laquelle ne résistera pas l’Hadès. Excusez du peu ! Ce faisant ils ont commis une faute d’anachronisme car, à l’époque de Jésus, aucun culte ne possédait et ne revendiquait ce caractère exclusif et prétentieux. Il existait d’innombrables cultes et temples païens, mais il n’y avait pas « une église/communauté  de Zeus », « une église d’Isis », « une église de Yahvé » ou « une église de Mithra » ! Toutes ces divinités faisaient l’objet de cultes non exclusifs et pratiqués selon l’intérêt du moment. On s’adresse aux dieux de l’Antiquité comme plus tard pendant la chrétienté, on s’adressera à des saints spécialisés dans l’un ou l’autre domaine d’intervention.
– Ensuite, ils ont omis de rajouter cette prétendue promotion de Pierre dans les textes des autres évangélistes dits « synoptiques », Marc, Luc et Jean afin d’en supprimer la contradiction par son omission.
– En persévérant dans l’institution de la papauté en tant que vicariat plénipotentiaire de Jésus sur terre, le magistère romain s’est ensuite vu obligé, par simple cohérence, de devoir prétendre que notre destin eschatologique dépendra de deux jugements successifs comme le catéchisme le proclame, à savoir :

Un jugement particulier après notre mort (rendu sans doute par saint Pierre, détenteur des clefs du ciel, comme le suggère le blason papal débouchant éventuellement à différer sa sentence particulière en confinant les cas douteux dans une sorte de salle d’attente et de purification, appelée « purgatoire ». et ensuite et beaucoup plus tard, lors de notre résurrection à la fin des temps par

Le jugement dernier, rendu par le Seigneur en personne, approuvant ou cassant les jugements particuliers précédents

Eu égard aux contradictions internes de cette prétendue justice eschatologique divine, il nous semble opportun et urgent pour l’Église catholique et apostolique romaine d’envisager un nouvel aggiornamento de ce qu’elle appelle sa sainte doctrine si difficilement et laborieusement édifiée au cours de deux millénaires. Le nouveau pape semble y être favorable, mais précautionneux à ne pas provoquer la fin de son Église, car comme avec un château de cartes il est difficile et dangereux d’en retirer quelques-unes sans provoquer son effondrement.

Cette difficulté à évoluer n’est d’ailleurs pas propre à la seule religion romaine.

Il est en effet, de plus en plus difficile et pourtant nécessaire pour toutes les religions et sectes de tout bord de s’adapter au monde qui change, tout en voulant en même temps sauvegarder des particularismes dogmatiques dépassés. Elles savent pourtant bien qu’au cours de l’histoire des hommes, les dieux n’ont jamais cessé de subir des métamorphoses successives, qui semblent bien être caractérisées par une tendance ininterrompue vers une universalité croissante, qui tend vers un Dieu un, unique, naturel et cosmique (et abandonnant son caractère anthropomorphe) comme par exemple Baruch Spinosa nous l’a déjà proposé depuis longtemps. De même Jésus avait également annoncé à la femme samaritaine près du puits de Jacob que la foi en Dieu finirait par devenir universelle. (Jn 4/6 à 27) 

Alors que les thèmes du paradis et de l’enfer semblent perdre de leur actualité dans le discours chrétien d’aujourd’hui, que convient-il de penser au sujet du jugement particulier et du jugement dernier ?

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Informations complémentaires

Année

2014

Auteurs / Invités

Willy De Winne

Thématiques

Christianisme, Mort, Peur, Questions et options philosophiques, politiques, idéologiques ou religieuses