Les créationnismes

Pierre J. Mainil

 

UGS : 2011022 Catégorie : Étiquette :

Description

Tolérant certes, mais libertaire… !

Je brigue la liberté de pensée, j’ambitionne la liberté d’expression et je revendique la liberté d’action.

Je suis un « libertaire », tolérant certes, mais :

« la tolérance que je pratique, implique uniquement le respect de la personne de l’individu, non pas celui de ses convictions. Elle dépasse la neutralité, car aucune opinion ne peut être déclarée sacrée et par principe intouchable. »

Aussi ne serez-vous pas étonné d’apprendre qu’il m’arrive de combattre les convictions de tout individu quand je les estime contraires aux droits humains. Et notamment s’il les balance dans l’espace public pour s’y livrer au prosélytisme.

J’ai non seulement le droit, mais le devoir de réagir.

Les hommes, bien souvent sans en avoir conscience, sont soit « monistes », soit « dualistes ». Deux attitudes qui s’opposent. L’une affirme que tout ce qui existe, se ramène à « une seule réalité fondamentale » malgré la multiplicité des apparences ; l’autre croit qu’il y a dans le monde « deux principes irréductibles » dès l’origine.

Avant d’aller plus avant, je dois me définir sur le plan philosophique. Et en circonscrire les limites. En d’autres termes, je dois préciser quelle est ma croyance.

Me définir comme croyant surprend toujours. Et pourtant je suis incapable d’apporter la preuve objective du « monisme matérialiste » que je professe.

Je suis convaincu que la réalité fondamentale est ce que l’on caractérise par le concept de « matière », que la « vie » qui anime les formes matérielles que sont les cellules, n’est qu’une propriété de cette matière, que la « spiritualité » que dégagent certaines organisations cellulaires, qu’elles soient animales ou humaines, n’en est qu’une autre.

Mais si vous me demandez de vous en dire plus sur ce « concept » de matière, j’avoue directement que je n’en vois que des « apparences subjectives », subjectives car elles sont fonction des capacités sensorielles qui sont miennes. Des capacités sensorielles qui m’autorisent au fur et à mesure des avancées de la connaissance, non pas d’approcher la « Vérité », mais de construire un « vraisemblable du comment du monde ».

Car la « Vérité » sera pour moi à jamais insaisissable.

Vous comprendrez que, si ma croyance philosophique m’amène à nier l’existence du divin pour la création du monde tant matériel que vivant, je n’aime pas me définir simplement comme athée.

J’en suis certes un, mais je vais plus loin que ces athées qui, sans aller jusqu’à se définir comme déistes, optent pour un certain dualisme qui sépare l’esprit de la matière, et les juxtapose.

Les créationnismes

Après cette mise au point introductive, j’en arrive au sujet de cet article consacré aux « créationnismes ». On en parle beaucoup à l’heure présente. Mais que recèle réellement ce terme ? Pas facile d’en donner une définition lapidaire.

Pourquoi ? Simplement parce qu’il existe plusieurs catégories de « créationnistes ».

Certains qui ont la cote en Europe occidentale, en Afrique et dans les deux Amériques, interprètent les textes de façon littérale. Ils ajoutent foi à la thèse qui prétend que le monde a été créé en six jours ouvrables, il y a un peu plus de six mille ans, et que le septième jour, soit le vendredi, le samedi ou le dimanche selon la religion qu’ils professent, le créateur s’est reposé après avoir contemplé la perfection de sa création. Cette position est indubitablement ridicule. Mais comment voulez-vous argumenter rationnellement avec quiconque a la foi du charbonnier ?

Des plus avisés torturent un tant soit peu les écrits pour leur donner une interprétation apparemment plus crédible au vu des connaissances amenées par l’observation rationnelle du monde dans lequel nous sommes immergés. Les journées, dont il y est question, sont, par exemple, assimilées à des périodes géologiques. Des périodes parfois longues de plusieurs centaines de millions d’années.

D’autres vont plus loin et ne donnent aux textes religieux qu’une interprétation symboliste. Bah, disent-ils, ils ont été écrits par des hommes dont les connaissances étaient rudimentaires. Les textes religieux, ajoutent-ils, ne sont pas des traités scientifiques. Ce ne sont que de belles histoires adaptées aux connaissances des gens de ces époques passées.

Et enfin, il y a ceux qui, sans entrer dans les détails, postulent que tout ce qui existe n’est que la conséquence d’un « dessein intelligent ».

Quelle attitude prendre ?

Celui qui veut progresser dans la connaissance des divers créationnismes qui fleurissent dans le monde actuel, doit s’astreindre à étudier les textes sur lesquels s’appuient leurs partisans.

Peu nombreux sont ceux qui le font. Et beaucoup trop cèdent à la tentation de la commodité sous le prétexte d’une neutralité laxiste et d’un pseudo-multiculturalisme.

Je citerai certains extraits de ces textes. Dans quel but ? Tout simplement pour confronter leurs affirmations avec ce que tout un chacun peut observer dans la démarche du monde. Et vous serez libre d’en tirer les conclusions et de forger votre conviction.

Je poserai certes des questions, des questions embarrassantes, des questions irrévérencieuses m’ont dit certains, irrévérencieuses parce qu’il semblerait que je manie à certains moments l’ironie.

Ces questions ont amené parfois les haussements d’épaules des spécialistes trop spécialisés qui n’osent pas mettre en cause leurs croyances philosophiques, quelles qu’elles soient. Des spécialistes qui avaient été décrits par le psychologue Ribot à la page 60 de son livre sur la logique des sentiments. Il en disait ceci :

« On s’étonne souvent de voir un esprit supérieur rompu aux méthodes sévères des sciences, admettre en religion, en politique, en morale, des opinions d’enfant qu’il ne daignerait pas discuter un seul instant si elles n’étaient pas les siennes. »

Ne m’a-t-on pas aussi objecté que le type de comportement offensif que je professe, va priver de l’appui de scientifiques qui, quoiqu’adhérents aux thèses de l’un ou l’autre « Magistère religieux », sont rationalistes sur le plan technique ?

Mais qu’ai-je à faire de l’appui de ces scientifiques qui sont rationalistes en semaine dans leur laboratoire, mais qui mettent leur rationalité au placard le dimanche ?

Foi et raison !

Je comprends que la position du scientifique qui adhère pleinement à la religion catholique soit très inconfortable si j’en réfère au Nouveau Catéchisme de l’Église catholique dont la rédaction décidée, il y a vingt-cinq ans, avait été confiée en 1986 à une commission de douze cardinaux ou évêques présidée par l’actuel pape Benoît XVI, à l’époque le cardinal Ratzinger. Après six années de travail, le document avait été approuvé le 25 juin 1992 par le pape Jean-Paul II et publié le 11 octobre 1992.

Je vais vous en citer le verset 159 qui évoque les rapports qui doivent exister entre la foi et la recherche scientifique. Il y est spécifié de façon péremptoire ceci :

« Bien que la foi soit au-dessus de la raison, il ne peut jamais y avoir de désaccord entre elles. »

Avant d’aller plus loin, il faut s’entendre sur la signification des mots utilisés. Qu’entend-on par « foi » et par « raison » ?

La « foi » est, dans la phrase évoquée, le fait de croire en une ou des vérités révélées par la divinité. La « raison » n’est par contre que l’ensemble des facultés intellectuelles qui sont propres à l’homme grâce auxquelles il peut penser et porter des jugements.

Je me suis demandé quelle signification je devais donner à l’affirmation selon laquelle la « foi » serait au-dessus de la « raison ».

Dans ma naïveté, j’avais toujours cru que le contenu de la foi évoqué dans les textes sacrés, devait s’adapter à l’évolution des connaissances apportées par l’usage de la raison.

Je me trompais comme le dit la phrase qui suit :

« Puisque c’est le même Dieu qui révèle les mystères et communique la foi, qui a fait descendre dans l’esprit humain la lumière de la raison, Dieu ne pourrait se nier lui-même, ni le vrai contredire le vrai. »

Le contenu des révélations divines, faites dans les temps anciens à des hommes privilégiés, aurait donc une valeur supérieure à celle de toute connaissance apportée par la recherche des hommes dans les temps présents.

Oui, comme le précise sans ambigüité la suite du texte comme suit :

« C’est pourquoi la recherche méthodique, dans tous les domaines du savoir, si elle est menée d’une manière vraiment scientifique et si elle suit les normes de la morale, ne sera jamais opposée à la foi : les réalités profanes et celles de la foi trouvent leur origine dans le même Dieu. »

Vous avez bien entendu. Celui qui s’adonne à « la recherche scientifique ne pourra jamais trouver de résultat qui soit opposé au contenu de la foi ».

Et s’il en trouve, on lui lancera au visage que sa recherche est biaisée et n’est pas menée d’une manière vraiment scientifique.

Et, si vous n’en êtes pas encore convaincu, on vous dira pourquoi.

Simplement parce que le chercheur rationnel est animé par le péché de l’orgueil, comme le précise ce Nouveau Catéchisme :

« Bien plus, celui qui s’efforce avec persévérance et humilité de pénétrer le secret des choses, celui-là, même s’il n’en a pas conscience, est conduit par la main de Dieu, qui les soutient et les fait comme ils sont. »

Et quelle est la conséquence de toutes ces impositions pour le scientifique, s’il veut rester catholique ou tout au moins continuer à travailler dans un établissement d’obédience catholique ?

Simplement être convaincu qu’il ne pourrait jamais trouver, au cours de ses recherches, des éléments qui seraient opposés à ce qui est écrit dans les livres sacrés.

Mais s’il est réellement un scientifique dans toute la plénitude du terme, il en trouvera ! Et il sera soit dans l’obligation de se taire, soit de biaiser s’il veut soulager sa conscience. Il sera obligé de prendre des précautions oratoires ou scripturales appropriées !

Au XVIIe siècle, la terre était immobile !

N’est-ce pas ce que les théologiens du début du XVIIe siècle, il y a quatre cents ans, avaient appliqué pour condamner ce malheureux Galilée qui n’a été réhabilité avec prudence qu’il y a une dizaine d’années.

Les écrits de Copernic, appuyés par les déductions tirées par Galilée de ses observations avec sa lunette astronomique, avaient reçu une grande diffusion pour l’époque. Leur contenu était contraire à ce que contenaient les écrits sacrés.

Cela inquiéta le Saint-Office de l’Église catholique. Et l’étude qui s’ensuivit donna lieu en 1616, à un avis stipulant que :

« La proposition que le soleil soit au centre du monde et soit immobile est absurde et fausse en philosophie et formellement hérétique, étant contraire à la Sainte Écriture. La proposition que la terre n’est pas le centre du monde et n’est pas immobile, mais qu’elle se meut aussi d’un mouvement diurne, est également une proposition absurde et fausse en philosophie et considérée en théologie ad minus erronea in fide. »

Galilée n’était même pas mentionné dans cette condamnation. Il lui était simplement suggéré de se taire. Il s’y est résolu pendant seize ans. Mais en 1632, Galilée rompt le pacte et publie son livre Dialogo sopra i due massimi sistemo del mondodans lequel, sous forme dialoguée, il défend la thèse de la mobilité de la terre autour du soleil.

C’en était trop. Le Tribunal de l’Inquisition se saisit de l’affaire et le condamna l’année suivante, en 1633, en le déclarant : «suspect d’hérésie comme ayant cru une doctrine fausse ».

Et à genoux, Galilée se soumet pour échapper au bûcher, il abjure « ses erreurs » et maudit « d’un cœur sincère et avec une foi non simulée les erreurs et les hérésies susdites, et en général toute autre erreur, hérésie, et entreprise contraire à la Sainte Église ».

La lecture de la formule d’abjuration prononcée est révélatrice de ce qu’un système philosophique totalitaire peut arriver à contraindre :

« Moi, Galiléo, fils de feu Vincenzio Galilei de Florence, âgé de soixante-dix ans, ici traduit pour y être jugé, agenouillé devant les très éminents et révérés cardinaux inquisiteurs généraux contre toute hérésie dans la chrétienté, ayant devant les yeux et touchant de ma main les Saints Évangiles, jure que j’ai toujours tenu pour vrai, et tiens encore pour vrai, et avec l’aide de Dieu tiendrai pour vrai dans le futur, tout ce que la Sainte Église catholique et apostolique affirme, présente et enseigne. Cependant, alors que j’avais été condamné par injonction du Saint-Office d’abandonner complètement la croyance fausse que le soleil est au centre du monde et ne se déplace pas, et que la terre n’est pas au centre du monde et se déplace, et de ne pas défendre ni enseigner cette doctrine erronée de quelque manière que ce soit, par oral ou par écrit ; et après avoir été averti que cette doctrine n’est pas conforme à ce que disent les Saintes Écritures, j’ai écrit et publié un livre dans lequel je traite de cette doctrine condamnée et la présente par des arguments très pressants, sans la réfuter en aucune manière ; ce pour quoi j’ai été tenu pour hautement suspect d’hérésie, pour avoir professé et cru que le soleil est le centre du monde, et est sans mouvement, et que la terre n’est pas le centre, et se meut. »

Les Dialogo sont évidemment mis à l’Index et resteront interdits de lecture et de diffusion jusqu’en 1757.

Le développement des instruments d’observation et d’exploration a fait depuis la mise au point de la lunette astronomique par Galilée un bond prodigieux et continu qui a permis de préciser un tant soit peu la connaissance de l’infiniment grand par rapport au connu du début du XVIIe siècle.

Les théologiens de l’an 2010 admettent aujourd’hui bien plus que ce qui était proclamé hérétique il y a quatre siècles. Et selon la phrase formulée dans le jugement de 1616 non seulement « contraire à la Sainte Écriture » mais aussi « une proposition absurde et fausse en philosophie et considérée en théologie ad minus erronea in fide ».

Si l’on avait dit aux théologiens de 1633 que des théologiens de l’an 2010 admettent que non seulement la terre n’est pas le centre du monde, mais que le soleil n’est qu’une étoile quelconque parmi les au moins cent millions que compte la voie lactée, notre galaxie, que ce soleil n’est même pas au centre de la galaxie, que cette galaxie n’en est qu’une parmi un nombre incommensurable d’autres, quelle aurait été leur attitude à l’encontre de ces prétentieux. Tout simplement, les obliger à abjurer ces hérésies ou les envoyer au bûcher. Alors, pourquoi pas maintenant ?

Qui est l’auteur des textes sacrés ?

Arrive maintenant la grande question : en fin de compte, qui est l’auteur de ces textes dits sacrés ?

Pour moi, l’origine est exclusivement d’ordre humain. Mais je dois me tromper si j’en réfère à nouveau au Catéchisme de l’Église catholique. On y dit sans ambages que l’auteur des textes sacrés, notamment de l’Ancien Testament des églises chrétiennes, est la divinité elle-même.

Au verset 104, n’est-il pas affirmé ceci :

« Dans l’Écriture sainte, l’Église trouve sans cesse sa nourriture et sa force, car en elle, elle n’accueille pas seulement une parole humaine, mais ce qu’elle est réellement : la parole de Dieu. »

Et au verset 105, il est précisé que :

« Dieu est l’auteur de l’Écriture sainte – la vérité divinement révélée que contiennent et présentent les livres de la Sainte Écriture, y a été consignée sous l’inspiration de l’Esprit-Saint. »

Et si vous avez encore la moindre hésitation, il est martelé en d’autres passages :

« Notre Sainte mère l’Église, de par sa foi apostolique, juge sacrés et canoniques tous les livres tant de l’Ancien que du Nouveau Testament, avec toutes leurs parties, puisque rédigées sous l’inspiration de l’Esprit-Saint, ils ont Dieu pour auteur et qu’ils ont été transmis comme tels à l’Église elle-même. »

Le canon des Écritures

Vous allez évidemment demander qui a défini le contenu des Écritures saintes. Qui peut le faire sinon le magistère de l’Église qui a fait le triage des écrits laissés par les prophètes qui auraient, paraît-il, reçu les messages divins.

Si vous ne me croyez pas, lisez le verset 120 pour apprendre que :

« C’est la tradition apostolique qui a fait discerner à l’Église quels écrits devaient être comptés dans la liste des Livres saints. Cette liste intégrale est appelée canon des Écritures. »

La question suivante, à laquelle je dois répondre, est évidemment de connaître ce que comporte ce Canon des Écritures. Et la réponse se trouve au paragraphe suivant du verset qui en fournit la liste qui commence évidemment par la Genèse, le premier livre de l’Ancien Testament. Et ne pensez pas que le scientifique catholique ait le droit de passer sous silence certains éléments gênants de l’Ancien Testament, car le verset suivant 121, déclare :

« L’Ancien Testament est une partie inamissible de l’Écriture sainte. Ses livres sont divinement inspirés et conservent une valeur permanente, car l’ancienne alliance n’a jamais été révoquée. Les chrétiens vénèrent l’Ancien Testament comme vraie parole de Dieu. »

Et sachez que le qualificatif employé «inamissible » signifie, en théologie chrétienne, que cela ne peut pas être effacé.

Un exemple aberrant !

Je prendrai par exemple l’affirmation étrange des versets 10.12 à 10.14 du livre de Josué de l’Ancien Testament où il est affirmé que l’homme peut arrêter la déambulation du soleil et de la lune sur le firmament lors de la conquête du Sud palestinien. En voici les termes :

« C’est alors que Josué s’adressa à Yaveh, en ce jour où Yaveh livra les Amorites aux Israélites. Josué dit en présence d’Israël : ‘‘Soleil, arrête-toi sur Gabaon, et toi Lune sur la vallée d’Ayyâlon !’’ Et le soleil s’arrêta, et la lune se tint immobile jusqu’à ce que le peuple se fut vengé de ses ennemis. Cela n’est-il pas écrit dans le livre des justes. Le soleil se tint immobile au milieu du ciel et près d’un jour entier retarda son coucher. »

À la lueur des connaissances certaines du moment, vous direz que ce texte est sans conteste erroné. Arrêter l’apparente déambulation du soleil dans le ciel obligerait la terre à stopper sa rotation. Une impossibilité physique qui, si elle se réalisait, aurait des conséquences effroyables.

Quel est le physicien ou l’astronome – qui affirme être catholique – qui pourrait de nos jours affirmer la véracité de cette assertion biblique ? Ils savent que ces versets devraient être biffés du Livre.

Alors, dites-moi pourquoi ils n’osent pas étaler publiquement cette opinion. Et pourquoi ils préfèrent le confort du silence ?

Défendre le darwinisme !

Dès que l’on parle de créationnisme, on n’envisage bien souvent que l’apparition des êtres vivants sur notre planète. C’est ainsi qu’il y a actuellement un déchaînement de publicité pour la commémoration du deux centième anniversaire de la naissance d’un homme, le naturaliste Charles Darwin, qui, en 1859, avait amorcé cette théorie sur l’évolution des espèces.

Devant ce déferlement de colloques, expositions et débats, je me suis demandé si était en danger la forme actuelle de la théorie qui a intégré toutes les données d’observation acquises depuis cent cinquante ans en géologie, paléontologie, biochimie et autres.

On peut s’interroger puisqu’en 1996 le pape de l’Église catholique, Jean-Paul ii en avait reconnu la validité en ces termes :

« La théorie de l’évolution est plus qu’une hypothèse. La convergence nullement recherchée ou provoquée des résultats des travaux menés indépendamment les uns des autres constitue par elle-même un argument significatif en faveur de cette théorie. »

Dès lors à quoi peut rimer tout ce remue-ménage ? La réponse est simple : si l’évolution est reconnue par le magistère catholique comme étant « plus qu’une hypothèse », c’est uniquement pour le monde animal, car l’homme en est exclu, pour respecter la spécificité de l’être humain créé selon eux à l’image de Dieu. Et de plus cette évolution des espèces serait encore et toujours dirigée par le « doigt de la divinité ».

Voyez-vous, il ne faut jamais s’arrêter à l’une ou l’autre phrase prononcée. Il faut aller plus loin pour en comprendre toute la duplicité. Il faut en plus s’intéresser à tous les aspects du créationnisme, à savoir tout autant ceux qui concernent l’arrivée du monde matériel que celui qui se rapporte l’apparition du vivant.

Et pour cela il faut fouiller le contenu des livres dits sacrés qui parlent de la création du monde.

Aussi est-il opportun de passer maintenant à l’analyse du contenu du premier chapitre de la Genèse de l’Ancien Testament consacré à la création du monde tant matériel que de celui qui est animé de vie.

Un premier récit de la création, celui qui est attribué à la source sacerdotale date d’il y a deux mille cinq cents ans, et l’autre la source yahviste lui est antérieure et daterait d’il y a deux mille neuf cents ans.

La version sacerdotale de la création

Dans la version sacerdotale qui va du verset 1.1 au verset 2.4a, la divinité s’adonne à la création du monde minéral et du monde vivant en six jours.

Elle commence par sortir du néant le ciel et la terre, crée la lumière et la sépare des ténèbres. Les eaux et la terre sont encore indifférenciées. Le deuxième jour, elle fabrique une coupole, le firmament, pour séparer les eaux d’en bas des eaux d’en haut. Au milieu du troisième jour, elle fait naître les continents et les mers. Ce monde matériel terrestre est terminé, Dieu examine l’aboutissement de ce travail et, comme le dit le texte, « Dieu vit que cela était bon ».

Après avoir fait cette constatation, Dieu fait pousser sur la terre les végétations, des herbes portant semence, des arbres fruitiers.

Au quatrième jour, Dieu complète la création matérielle en agrémentant le firmament du soleil, de la lune et des étoiles. Au cinquième jour, Dieu poursuit la création du monde vivant par le peuplement d’animaux des mers et du ciel.

Et enfin, au cours de la première partie de la sixième journée, Dieu crée les bestiaux, bestioles et bêtes sauvages.

Et enfin, cerise sur la gâteau, finalement, à la fin du sixième jour, arrive la création de l’homme et la femme, ensemble. Et pour marquer que l’homme se sépare de par sa nature de tous les êtres vivants déjà créés, il s’exclame :

« Faisons l’homme à notre image comme notre ressemblance, et qu’ils dominent sur les poissons de la mer, les oiseaux du ciel, les bestiaux comme les bêtes sauvages et toutes les bestioles qui rampent sur la terre.

Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il les créa, homme et femme il les créa. Dieu les bénit et leur dit : ‘Soyez féconds, multipliez, emplissez la terre et soumettez-la’. »

Très satisfaite de tout le travail qu’elle a effectué, la divinité se repose le septième jour.

Vous aurez été surpris d’apprendre que la planète « terre » avait été créée avant le soleil et les étoiles. Vous aurez trouvé étonnant de plus que la lumière et les ténèbres aient été créées le premier jour, et qu’il ait fallu attendre le quatrième jour pour que le soleil ait son acte de naissance. Vous êtes en effet persuadés que la lumière est la conséquence de l’activité solaire !

Le ciel serait en plus créé sous la forme d’une « coupole » qui retiendrait les eaux « supérieures » qui donnent la pluie. Cette conception archaïque d’un firmament solide est confirmée par le récit du déluge, et notamment le verset 7.11 de l’Ancien Testament libellé comme suit :

« En l’an 600 de la vie de Noé, le second mois, le dix-septième jour du mois, ce jour-là jaillirent toutes les sources du grand abîme et les écluses du ciel s’ouvrirent. »

Autrement dit, Dieu rompit les digues qu’il avait posées pour séparer les eaux d’en bas et celles d’en haut. Comme il est au verset 7.17, les eaux grossirent et soulevèrent l’arche dans laquelle Noé s’était réfugié avec sa famille et un couple de chaque animal vivant sur la planète. Et l’arche fut élevée au-dessus de la terre.

Si vous me faites part de votre incrédulité, je vous inciterai à lire les versets 7.19 et 7.20 libellés comme suit :

« Les eaux montèrent de plus en plus sur la terre et toutes les plus hautes montagnes qui sont sous tout le ciel furent couvertes. Les eaux montèrent quinze coudées plus haut, recouvrant les montagnes. »

Pour ma part, je doute que la terre et le ciel contiennent assez d’eau que pour recouvrir tout le relief de notre planète. Même quand la terre était plate. A fortiori maintenant que plus personne ne met plus en doute sa forme sphérique.

La version yahviste de la création

Mais ce type de créationnisme ne se retrouve pas dans l’autre récit de la création, celui de la version yahviste qui commence au verset 2.4b par ceci :

« Au temps où Yahvé Dieu fit la terre et le ciel, il n’y avait encore aucun arbuste des champs sur la terre et aucune herbe des champs n’avait encore poussé, car Yahvé Dieu n’avait pas fait pleuvoir sur la terre et il n’y avait pas d’homme pour cultiver le sol. Toutefois, un flot montait de terre et arrosait toute la surface du sol. »

Cette « terre » générée était un désert. Humide toutefois.

Quand le monde du vivant a-t-il été créé demanderez-vous ? Et par qui la divinité a-t-elle commencé ? Par l’homme, Adam, le mâle évidemment. Comme un bon potier avec de l’argile, comme il est dit au verset 2.7 :

« Alors Yahvé Dieu modela l’homme avec la glaise du sol, il insuffla dans ses narines une haleine de vie et l’homme devint un être vivant. (…) »

La divinité plante alors un jardin en Éden, y fait pousser de la végétation, y installe l’homme pour le garder et le cultiver. Insatisfaite, elle constate ceci :

« Il n’est pas bon que l’homme soit seul. II faut que je lui fasse une aide qui lui soit assortie. » (…)

Vous pourriez supposer que va suivre la création de la femme, Ève ! Eh bien non, car comme il est précisé en ces termes au verset 2.19 :

« Yahvé Dieu modela encore du sol toutes les bêtes sauvages et tous les oiseaux du ciel, et il les amena à l’homme pour voir comment celui-ci les appellerait : chacun devait porter le nom que l’homme lui aurait donné. »

Vous me direz que c’est là un fameux ouvrage puisqu’il y a des millions d’espèces d’animaux différentes. Et vous vous demanderez, du moins, je le suppose, comment est-il possible que des paléontologues chrétiens accordent du crédit à un tel texte énonçant que le premier homme aurait connu les grands reptiles disparus voici soixante-cinq millions d’années, les brontosaures, tyrannosaures et iguanodons par exemple. Et aussi des pré hominidés, comme le proconsul, le paranthrope, l’oreopithecus, ou des hominidés comme l’homme de Toumaï, Ororin, l’australopithèque robuste ou gracile, l’homo habilis, l’homo erectus, l’homo sapiens archaïque, l’homo de Neandertal, tous ces êtres qui sont disparus à jamais de la planète.

La très large majorité des scientifiques catholiques font l’impasse sur cet infantilisme narratif. Et la tâche est difficile de montrer à l’éventuel contradicteur que le texte qu’il prend comme argumentation ne susciterait chez lui qu’un haussement d’épaules s’il était originaire d’un autre milieu que celui où il a passé sa prime enfance !

 Mais ce qui me crispe surtout, c’est que des amis athées ou agnostiques me conseillent de contourner aussi l’obstacle… par le silence. Ces amis agissent comme des politicards qui recherchent des alliances ponctuelles avec des adversaires !

L’incohérence !

Mais, si l’on n’évacue pas de l’Ancien Testament les textes qui sont contredits par l’avancée des connaissances, comment ose-t-on encore prétendre, comme il est déclaré au verset 107 du Catéchisme, que

« Les livres inspirés enseignent la vérité […] il faut déclarer que les livres de l’Écriture enseignent fermement, fidèlement et sans erreur la vérité… »

Tirez-en la conclusion ; le « créationnisme vulgaire », celui qui s’appuie sur une lecture littérale de la Genèse, reste encore en odeur de sainteté au Vatican.

L’émergence du « dessein intelligent »

Pour se préserver de l’angoisse éventuelle qui serait consécutive à une prise de position rationnelle, certains du monde occidental sont amenés à se réfugier derrière des interprétations allégoriques plus ou moins poussées du premier chapitre de l’Ancien Testament.

Mais il y a un meilleur remède par l’introduction du concept de dessein intelligent.

Je vais vous lire le verset 310 de la page 75 du Catéchisme de l’Église catholique qui est libellé comme suit :

« Cependant dans sa sagesse et sa bonté infinie, Dieu a voulu créer un monde ‘‘en état de cheminement’’ vers sa perfection ultime. Ce devenir comporte dans le dessein de Dieu avec l’apparition de certains êtres, la disparition d’autres, avec le plus parfait aussi le moins parfait, avec les constructions de la nature aussi les destructions. Avec le bien physique, existe donc aussi le mal physique, aussi longtemps que la création n’aura pas atteint sa perfection. »

Admirez la pirouette. Une telle phrase permet de ne jamais être contredit. C’est une admirable volte-face qui pourtant ne fait que contredire tout ce qui est proclamé en d’autres endroits dans l’Écriture sainte.

Est-il possible en effet d’attribuer à la divinité des propriétés et des qualités qui sont démenties par les faits. Au verset 302 de la page 73, n’y dit-on pas que :

« La création a sa bonté et sa perfection propres, mais n’est pas sortie toute achevée des mains du créateur. Elle est créée dans un état de cheminement (in statu viae) vers une perfection ultime à atteindre, à laquelle Dieu l’a destinée. Nous appelons divine providence les dispositions par lesquelles Dieu conduit la création vers cette perfection. »

Le créateur du monde minéral, du monde vivant et de l’humanité n’a pas été au bout de la tâche. Il a créé un monde inachevé. Comment la suite des événements se déroule-t-elle ? Lisons pour cela la suite de la phrase du Catéchisme, à savoir ceci :

« […] Le témoignage de l’Écriture est unanime ; la sollicitude de la divine providence est concrète et immédiate, elle prend soin de tout, des moindres petites choses jusqu’aux grands évènements du monde et de l’histoire. Avec force, les livres saints affirment la souveraineté absolue de Dieu dans le cours des événements… »

Que peuvent dire, les mots « souveraineté absolue de Dieu dans le cours des évènements » sinon que rien n’arrive dans le monde sans son approbation. Si vous en doutez, lisez le verset 288 qui affirme que sa toute puissance est multiple, car :

«…elle est universelle puisque Dieu qui a tout créé, régit tout et peut tout, aimante car Dieu est notre père, mystérieuse car seule la foi peut la discerner quand elle se déploie dans la faiblesse. »

Il faut aussi lire ce qui est écrit aux pages 71, 72 et 73 sur le mystère de la création. Ainsi est-il dit au verset 295 que Dieu a créé par sagesse et amour :

« Nous croyons que Dieu a créé le monde selon sa sagesse. Il n’est pas le produit d’une nécessité quelconque, d’un destin aveugle ou du hasard. Nous croyons qu’il procède de la volonté libre de Dieu qui a voulu faire participer les créatures à son être, sa sagesse et sa bonté. »

« Si Dieu crée avec sagesse, la création est ordonnée. […] Notre intelligence, participant à la lumière de l’intellect divin, peut entendre ce que Dieu nous dit par sa création, certes non sans grand effort et dans un esprit d’humilité et de respect devant le créateur et son œuvre… L’Église a dû, à maintes reprises, défendre la bonté de la création, y compris du monde matériel. »

Laissez-moi encore l’occasion de citer quelques versets sur le monde visible. Ainsi au verset 338 de la page 79, nous apprendrons que :

« Il n’existe rien qui ne doive son existence à son créateur. Le monde a commencé quand il a été tiré du néant par la parole de Dieu : tous les êtres existants, toute la nature, toute l’histoire humaine s’enracinent dans cet événement primordial ; c’est la genèse même par laquelle le monde est constitué, et le monde a commencé. »

Mais que disent les faits ?

On est en plein délire. Tout ce qui se passerait dans le monde matériel devrait son existence à Dieu.

Les tremblements de terre, les tsunamis dévastateurs, les éruptions volcaniques, les ouragans, tous les phénomènes meurtriers qui ne doivent rien à l’action humaine se réaliseraient selon les plans imaginés par la divinité ! Une divinité que l’on ose proclamer sage, aimante ?

Je ricane avec cette mention incroyable de la sollicitude de la divine providence !

Je ne suis pas le seul. Un curé, l’abbé Jean Meslier, avait laissé à sa mort, en 1729, un dossier dans lequel il clamait son matérialisme athée qu’il avait caché toute sa vie durant pour ne pas encourir les foudres de l’inquisition catholique.

Il disait notamment :

« Tous les livres sont remplis des éloges les plus flatteurs de la Providence dont on vante les soins attentifs… Si je porte mes regards sur toutes les parties de ce globe, je vois l’homme sauvage et l’homme civilisé dans une lutte perpétuelle avec la Providence ; il est dans la nécessité de parer les coups qu’elle lui porte par les ouragans, les tempêtes, les gelées, les grêles, les inondations, les sécheresses et les accidents divers qui rendent si souvent tous ses travaux inutiles. En un mot, je vois la race humaine occupée à se garantir des mauvais tours de cette Providence que l’on dit occupée du soin de son bonheur. »

Laissez-moi asséner cette dernière évocation avec le verset 341 du Catéchisme consacré à la beauté de l’univers :

« L’ordre et l’harmonie du monde créé résultent de la diversité des êtres et des relations entre eux. L’homme les découvre progressivement comme lois de la nature. Ils font l’admiration des savants. La beauté de la création reflète l’infinie beauté du créateur. Elle doit inspirer le respect et la soumission de l’intelligence de l’homme et de sa volonté. »

Les savants, dont il est question dans ce verset, sont-ils aveugles ? Des lois de la nature existent certes, mais ce monde dans lequel nous sommes immergés, n’est pas statique. Je ne vois que mouvement et changement.

Le dynamisme de la nature

Ce qui est perçu du réel n’est jamais deux fois semblable à lui-même. La terre tourne sur elle-même. Elle tourne autour du soleil qui tourne sur lui-même et se déplace dans notre galaxie, la Voie lactée qui elle-même se rapproche ou se distancie de ses voisines.

L’observation astronomique décèle d’autres galaxies dont nous percevons des lumières émises il y a des millions, voire des milliards d’années. Elles occupent à l’heure présente d’autres positions dont nous ne savons rien. Des émissions phénoménales de rayons X nous arrivent. Jamais notre planète n’occupera la position qu’elle a à cet instant.

Le soleil gaspille son énergie. Il a ses orages. Il éructe ses gaz. Des taches naissent, puis disparaissent. À chaque moment, il est autre. À chaque instant des atomes radioactifs disparaissent par fission. Ils ne réapparaîtront jamais. D’autres font place à d’autres atomes par fusion. Des objets émettent des photons électromagnétiques, notamment ceux dits lumineux, qui s’éloignent et ne réintègreront jamais le corps qui leur a donné naissance.

Et ce pour toujours. Des espèces animales naissent, d’autres disparaissent. Que reste-t-il des grands reptiles de l’ère secondaire ? Simplement des squelettes et des traces fossilisés. Ces animaux ne réapparaîtront jamais en aucun temps ni lieu sur la terre.

L’ensemble des hommes, ce que l’on désigne par le concept d’humanité, ne se reproduira jamais avec la même composition. Moi-même, en tant qu’être unique, je ne suis qu’une apparence. À chaque seconde qui passe, je suis différent. Je ne serai jamais deux fois le même au cours de ma vie. À chaque seconde, des cellules de mes muscles et de mon sang sont annihilées et d’autres naissent. À chaque minute, des cellules de mon cerveau meurent. Elles ne seront jamais remplacées.

Et jamais quelle que soit la durée de l’existence du genre humain sur la planète bleue, il n’y aura un homme qui sera identique à ce que j’étais il y a quelques minutes et que je ne suis déjà plus maintenant.

Et sur cette terre, les cours d’eau érodent les continents, des montagnes naissent, d’autres s’amenuisent, les sédiments se déposent, les plaques continentales se déplacent, les volcans crachent leurs gaz et cendres, les météorites tombent.

Tant dans sa composition, sa structure que la disposition de ses éléments constitutifs, la terre sera différente dans cent ans de ce qu’elle est aujourd’hui. Et l’on nous présente cette création comme achevée, ordonnée et harmonieuse !

Alors, que reste-t-il de vraisemblable dans les écrits que le Magistère religieux catholique présente ? Pour moi, rien de crédible. Un self service où le croyant peut choisir l’une ou l’autre thèse parmi tout un fatras allant du créationnisme vulgaire au créationnisme symboliste jusqu’à la notion de « dessein intelligent », un fatras qui se contredit lorsqu’on le lit avec méthode.

Le péché originel !

Mais il y a encore matière à réflexion avec la création de la femme selon la version yahviste de la Genèse.

Comme l’homme pouvait s’ennuyer dans la solitude du « jardin d’Éden », la divinité toute remplie de sollicitude, lui fabrique une femme comme le décrit le texte sacré aux versets 2.22 à 2.25 :

« Yahvé Dieu façonna une femme et l’amena à l’homme. […] C’est pourquoi l’homme quitte son père et sa mère et s’attache à sa femme, et ils deviennent une seule chair. Or tous deux étaient nus, l’homme et sa femme, et ils n’avaient pas honte l’un devant l’autre. »

 Mais il n’a fallu guère de temps pour que cette honte leur soit révélée, car cette divinité infiniment bonne, sage et puissante n’a pas pu s’empêcher d’attribuer à la femme un défaut qui va amener la faute suprême : « la désobéissance » commise à l’instigation du rusé et malveillant serpent incarnant le mal.

Et arrive ainsi le péché originel. Et sa concrétisation, je vous la donne en mille, la prise de conscience de leur nudité. Et rien d’autre !

Cet Ancien Testament ne dit pas autre chose après la consommation du fruit défendu de l’Arbre de la connaissance du bien et du mal ;

« […] Alors leurs yeux à tous deux s’ouvrirent et ils connurent qu’ils étaient nus ; ils cousirent des feuilles de figuier et se firent des pagnes. Ils entendirent le pas de Yahvé Dieu qui se promenait dans le jardin à la brise du jour, et l’homme et sa femme se cachèrent devant Yahvé Dieu parmi les arbres du jardin. Yahvé Dieu appela l’homme : ‘Où es-tu ?’ dit-il. ‘J’ai entendu ton pas dans le jardin, répondit l’homme ; j’ai eu peur parce que je suis nu et je me suis caché’. »

En lisant ce texte, je n’ai pu que m’apitoyer sur le caractère pudibond ainsi que l’imprévoyance de cette malheureuse divinité qui tout en étant la puissance suprême, celle dont les pouvoirs sont incommensurables, se met à créer des êtres :

- crédule comme Ève,
- faible de caractère comme Adam,
- ou mauvais comme le serpent.

Dieu avait pourtant créé l’homme et la femme avec leurs organes génitaux particuliers. La connaissance du mal était de s’apercevoir qu’ils en avaient.

Ne me demandez pas à quoi servaient ces organes sexuels parce que je ne peux que vous répondre. À rien. Avant la faute, Adam et Ève ne baisaient pas. Ils ne forniquaient pas.

Ils étaient de plus les seuls humains à être sur la terre. Mais quelle infamie d’avoir à se présenter nus devant leur créateur, tels que celui-ci les avait créés.

La société décrite dans la version yahviste de la Genèse de l’Ancien Testament est de toute évidence patriarcale. Le « maître » mis en scène est le propriétaire d’un vaste domaine. Il aime se promener dans la propriété le soir lorsque les grandes chaleurs ont cédé le pas. Le couple qu’il a à son service, a désobéi. Il sera puni, lui et toute sa descendance. Et cela jusqu’à la fin des temps.

Dans les pages qui précèdent le récit yahviste, dans la version sacerdotale, on ne tient pas du tout le même langage. L’homme et la femme sont façonnés en même temps.

Et Dieu leur dit :

« Soyez féconds, multipliez, emplissez la terre et soumettez-la ».

 Comment l’homme et la femme pourraient-ils être féconds s’ils ne copulaient pas ! La sexualité n’y est pas interprétée comme une faute. Il n’y a pas de désobéissance du couple humain.

Donc pas de péché originel.

La raison de son maintien

Alors demanderez-vous pourquoi le magistère de l’Église catholique tient-il à maintenir dans l’Écriture sainte la niaiserie relative à cette faute primordiale ?

Très simplement parce que le péché originel est indispensable à la survie de la religion catholique. S’il est supprimé, n’ont plus de sens :

- tant le dogme de l’immaculée conception de Marie,
- que sa fécondation par l’Esprit-Saint,
- que l’incarnation de la deuxième personne de la trinité divine chrétienne,
- que l’expiation de la faute primordiale par la crucifixion de Jésus ?

Les fondations de cette religion seraient détruites ! Évidemment le dilemme est d’importance pour le magistère.

En conclusion…

Dois-je poursuivre l’analyse des textes sur lesquels un créationniste de religion catholique se baserait pour établir sa conviction ? Je suis prêt à continuer cet examen, mais je pense que quiconque a quelques notions d’astronomie, de physique et de biologie, a compris que l’écrit consigné dans le premier chapitre de l’Ancien Testament, la Genèse, n’est qu’un récit magique certes, mais une histoire inventée par des hommes dont les connaissances étaient rudimentaires en ce temps où l’humanité sortait à peine de la période néolithique.

La croyance en ce conte merveilleux s’est maintenue sans critique fondamentale jusqu’au début du XVIIe siècle. Mais la répression de tout contestataire a été féroce.

De 1184 à 1766, on réprima en « France » par la violence toute parole impie, injurieuse envers la divinité. « Ne pas s’écarter de la parole révélée » était le leitmotiv. Alors que l’on ne s’étonne pas que sur le plan de la connaissance pure, que ce soit en géologie, biologie, astronomie, enfin dans tous les domaines de la connaissance, il était interdit de s’écarter de la parole révélée. Et encore pas tellement loin de nous.

Faut-il rappeler 1870, il y a seulement cent quarante ans, et ce qui a été dit au premier concile du Vatican ? Dans la constitution Dei filiis qui en est résultée, ne jetait-on pas l’« anathème », la malédiction divine à défaut de pouvoir encore faire plus, sur ceux qui auraient osé, selon le progrès de la science, attribuer aux dogmes proposés par l’Église un autre sens que celui qu’a entendu et qu’entend l’Église, qui auraient osé :

« …ne pas recevoir dans leur intégralité avec toutes leurs parties comme sacrés et canoniques les Livres de l’Écriture comme le Saint Concile de Trente les a énumérés ou nie qu’ils soient divinement inspirés. »

Et la conclusion arrivait de soi et était exprimée en des termes excluant tout dynamisme intellectuel :

« Aussi doit-on toujours retenir le sens des dogmes sacrés que la Sainte mère l’Église a déterminés une fois pour toutes, et ne jamais s’en écarter sous prétexte et au nom d’une intelligence supérieure à ces dogmes. » 

Quel que soit le domaine envisagé, la loi divine, le dogme fixé par la hiérarchie devait avoir le pas sur la loi civile, la loi séculière, car comme le disait le concile de 1870 :

« La doctrine de la foi que Dieu a révélée n’a pas été livrée comme une invention philosophique aux perfectionnements de l’esprit humain, mais a été transmise comme un dépôt divin à l’épouse du Christ pour être fidèlement gardé et infailliblement enseignée. »

 Nous sommes en 2012. De grands progrès ont été accomplis. Sans discontinuer. Et d’autres découvertes viendront encore. Mais le Nouveau Catéchisme de l’Église catholique démontre que la façon de procéder est inchangée dans son principe.

Vous vous demanderez peut-être la raison pour laquelle toute ma démonstration ne s’est basée que sur les écrits de l’Église catholique.

Les raisons sont au nombre de deux.

En premier lieu, cette religion est ce que l’on appelle une religion du Livre, à savoir une religion qui compte dans ses textes sacrés, la Genèse de l’Ancien Testament. Les deux autres religions présentes dans la sphère occidentale, à savoir la juive et la musulmane aussi. La transposition de mes critiques peut être facilement faite.

En second lieu critiquer le judaïsme ou l’islam vous fait rapidement attribuer l’étiquette d’antisémite ou d’islamophobe.

Et enfin, le temps qui m’est imparti pour cet exposé est très court.

L’arrivée de la vie sur terre

Vais-je maintenant m’arrêter ? Non. Il serait indigne de ma part de me contenter de démolir les thèses adverses. Je dois faire plus. Je dois vous fournir des éléments, notamment sur la création de la vie. Car, en fin de compte, quelle définition peut-on donner à « la vie » ?

Tous les scientifiques reconnaissent qu’elle doit résulter d’un grand nombre d’étapes chimiques qui avaient une probabilité non négligeable d’avoir lieu dans les conditions existantes.

Restons honnêtes intellectuellement. Acceptons en premier lieu que nous ne connaissons que très peu tant des conditions existantes à l’origine que de la plupart des étapes qui ont jalonné la naissance de la vie. Et il en sera ainsi jusqu’à la fin des temps. Mais personne ne peut nier que la vie sur terre s’est complexifiée, et que des convergences se sont dégagées.

Quel est le scénario le plus probable à l’heure présente de cette émergence des êtres vivants ?

Il y a trois milliards huit cents millions d’années selon les dernières estimations, seraient apparues les cellules sans noyau, les procaryotes présents sous forme de bactéries et d’algues. Il a fallu encore attendre un milliard cinq cents millions d’années pour qu’arrivent les êtres monocellulaires à noyau, les cellules eucaryotes.

Quelques cinq cents millions d’années plus tard, les associations de cellules ont émergé pour former un corps unique. Cinq cents millions d’années ont encore été nécessaires pour que surviennent les vertébrés.

Les premiers mammifères ont été présents sur terre il y a quelques deux cents millions d’années. La disparition de la plupart des reptiles il y a soixante-cinq millions d’années a permis un extraordinaire développement de ces mammifères soit sous la forme marsupiale dont il ne reste comme vestige que la faune autochtone d’Australie, soit sous la forme placentaire dont nous sommes issus.

L’homme est sans conteste l’animal terrestre dont l’écorce cérébrale est la plus riche en neurones. Et l’examen des cerveaux des mammifères, en partant des insectivores jusqu’aux grands singes, semble indiquer qu’il y a une convergence dans cette complexification du néo cortex pour aboutir à l’être humain.

Mais cela ne peut pas servir à démontrer que toute l’évolution de la vie sur terre n’était destinée qu’à donner naissance à notre espèce, que l’homme en serait la finalité et qu’il serait le point W vers lequel le vivant devait se diriger et auquel il devait aboutir.

Cette convergence dans la complexification s’est produite pour d’autres organes que le cerveau. Et l’homme leur est bien inférieur en ces domaines !

Hasard ou déterminisme ?

Une question importante se pose alors. Ces réactions physico-chimiques devaient-elles se produire selon des lois pouvant être mises en évidence par l’expérimentation ? Autrement dit, cette formulation implique-t-elle un déterminisme sans faille, ou une part peut-elle être réservée à l’aléatoire notamment pour ce qui est des mutations ?

Nous n’avons en fait que trois thèses possibles :

1. La divinité, dont on ne connaît rien, aurait doté la matière qu’il aurait sortie du néant, de ce déterminisme soit directement lors de sa création, soit selon une autre procédure moins brutale étalée dans le temps, au cas par cas : c’est la thèse du « dessein intelligent »,

2. A contrario, il n’y a pas d’intervention d’un quelconque démiurge, et ce déterminisme fait partie des propriétés de cette matière dont on ne connaît pas, je le reconnais, la provenance. La vie ne serait qu’une facette inévitable de la structuration complexe physicochimique de ses constituants ; c’est l’hypothèse d’un déterminisme de ce fait absolu qui se cache derrière un chaos déterministe ; la multitude de causes intervenantes fait que le phénomène reste voilé à l’entendement humain.

3. Toujours sans l’intervention d’un dieu, le déterminisme est bien là, mais sans être absolu : une part de l’aléatoire est supputée. Le déterminisme est relatif.

Et vient alors la question cruciale ; est-il possible de démontrer que le « hasard » indispensable pour le déterminisme relatif, existe ?

La seule réponse que je puisse fournir, est que c’est là une tâche impossible. Pourquoi ? Mais parce que le vrai hasard, non pas celui des causes cachées, n’est pas réplicable. Il n’obéit à aucune loi et est, pour cette raison, indécelable expérimentalement.

Que choisir ?

Pourtant, pour ma part, j’ai opté pour la troisième hypothèse du déterminisme relatif.

Sur le plan philosophique, je suis moniste matérialiste : je ne crois pas au dualisme esprit/matière. Je me considère de ce fait comme faisant partie du monde matériel.

Si ce monde est gouverné par un déterminisme intégral, je dois en tirer la conséquence et admettre également que je suis un être totalement déterminé.

Mon orgueil fait que je ne puis pas accepter que le moindre de mes actes doive inévitablement survenir. Je revendique un degré de liberté dans mon fonctionnement.

Autre exemple : celui d’une maladie virale, la grippe, qui affecte des millions d’hommes chaque année et contre laquelle il faut innover un vaccin chaque fois que le virus a muté. Celui qui croit au déterminisme « absolu » ou au « dessein intelligent » se doit d’affirmer qu’il y a quinze milliards d’années l’arrivée de ce virus était programmée en l’an 2010. Et aussi qu’il y aurait un laboratoire et des chercheurs qui devaient mettre au point un vaccin pour prévenir ses effets nuisibles.

Et les autres hypothèses ?

Mais si vous me demandez si j’ai une objection à présenter à un interlocuteur qui opterait pour la première ou la deuxième hypothèse, je ne puis vous répondre que rien ne m’autorise à dénier à autrui le droit de croire soit au déterminisme absolu, soit à l’existence d’une divinité manipulant la matière selon un dessein intelligent.

Mais, dois-je préciser, cette croyance doit l’être à titre personnel.

Car je deviens radicalement critique lorsque cet autrui veut aller plus loin et me somme de croire, aux pouvoirs de l’auteur de cette réalisation, comme par exemple ses infinies perfection, puissance et bonté qui seraient matérialisées dans le monde créé. Des beauté et harmonie de l’Univers totalement contredites par un examen critique de ce qui se passe dans le monde matériel là où il n’y a pas la moindre intervention humaine.

Ou, ce qui est encore plus pernicieux, lorsqu’il veut rendre obligatoires des règles de vie qui auraient été annoncées à des hommes privilégiés !

Il ne faut pas s’illusionner, les intentions des partisans des thèses créationnistes ne sont pas pures. Comment mieux édicter les règles restreignant les libertés de l’homme qu’en les faisant découler d’ordres donnés par le créateur du monde.

Et c’est pour cette raison que je les combats, en tentant de saper l’irrationnel délirant que l’on peut trouver dans les textes religieux.

Mais ce faisant, je suis en passe de devenir un élément dérangeant.

Je voudrais, que l’homme ait une indépendance d’esprit suffisante pour veiller à utiliser en toute conscience son libre arbitre et à exercer sa liberté avec équité dans le choix d’une position. Ce choix implique la maîtrise du problème et, par là même, la connaissance.

La volonté de s’y atteler, existe-t-elle ?

Je suis arrivé à douter de son existence.

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Informations complémentaires

Année

2011

Auteurs / Invités

Pierre J. Mainil

Thématiques

Créationnisme, Foi, Questions et options philosophiques, politiques, idéologiques ou religieuses