L’environnement et ses enjeux pour la faune : La prise de conscience

Libres propos de Nathalie DESCY

 

UGS : 2020020 Catégorie : Étiquette :

Description

La perte de biodiversité, l’influence des conditions météorologiques et l’activité humaine ne facilitent pas les choses, mais il y a beaucoup d’espoir aujourd’hui.

Il y a, entre autres, le retour du loup en Belgique. Il y a aussi des espèces qui ne vont pas mal, tel que le grand-duc européen. Le grand-duc est même une espèce en voie de réapparition. Il y a quelques années, on ne voyait plus de grand-duc. Aujourd’hui, il doit y avoir environ cent vingt couples nicheurs en Belgique. Il y a le retour du faucon pèlerin.

Il y a ainsi toute une série d’espèces qui semblent aller pas mal. Comment est-ce possible ? En Belgique, il y a des endroits où cela ne va pas très bien, mais il y a encore des « poches » de biodiversité. C’est grâce à, entre autres, beaucoup d’associations qui font un travail de gestion de réserves naturelles. La plupart du temps, ce sont des bénévoles qui composent ces associations et ils font en sorte qu’il y ait des lieux que l’on préserve : les milieux humides, tel ou tel biotope parce qu’ils sont liés à des espèces un peu plus fragiles et ils prendront des mesures de protection. Il existe des endroits qui sont extraordinaires en Belgique.

Récemment, Robert Henno a tourné un reportage sur la Wallonie sauvage. On peut être étonné, en regardant ce reportage, de voir que, dans notre pays, il y a des endroits magnifiques.

On a également de nouvelles législations qui sont mises en place, avec des statuts de protection, tant pour la Belgique que sur le plan européen. Des programmes de conservation sont réalisés, tel que le programme Maya, par rapport aux abeilles…

La dernière chose étonnante en date, c’est le retour du lynx en Belgique avec des individus de passage, c’est ce que l’on peut imaginer.

Une petite anecdote sur le retour du lynx. Bernard Daune, le créateur de L’Arche, est en partie responsable du retour du lynx en Belgique. On vous rassure tout de suite : il n’a pas été les chercher ailleurs pour les relâcher dans la nature en Belgique. Depuis longtemps, il y avait des lynx à L’Arche, et ces lynx ont eu des jeunes. Ces jeunes lynx ont été confiés, dans les années 1980, à un programme de réintroduction du lynx dans les Vosges en France. Autrement dit, les lynx, qui ont migré vers la Belgique, sont originaires de L’Arche, en partie.

Cela démontre que dans la reconstruction de la nature, on retrouve différentes approches.

Les poches de biodiversité, parfois, sont bien cachées. Elles sont dans des endroits qui, forcément, ne sont pas toujours ouverts au public. C’est pourquoi le public ne se rend pas toujours compte qu’il y a des petites merveilles qui existent.

Toutes les nouvelles législations qui sont mises en place, aujourd’hui, sont parfois très loin du public, parce que les messages que certaines associations font passer sont, occasionnellement, réservés à des gens qui sont déjà initiés. Autrement dit, c’est parce que ces gens s’intéressent déjà aux animaux, aux espèces, qu’ils vont être intéressés de lire ce type de publications qui ne sont pas toujours accessibles à tous les publics.

Et si les agriculteurs…

On jette souvent la pierre aux agriculteurs. On dit toujours : « Les agriculteurs avec leurs pesticides, leurs insecticides, ils sont responsables. C’est les plus gros pollueurs de la nappe phréatique… ». Il faut savoir que, au point de vue de la législation, aujourd’hui, c’est très réglementé. Il y a toute une série de produits qui ont été retirés du marché, justement parce que l’on s’est rendu compte de l’impact que cela pouvait avoir sur la faune.

Aujourd’hui, lorsque l’on rencontre des agriculteurs sur le terrain, et que l’on discute avec eux, on se rend compte que ces agriculteurs essayent de se reconvertir dans le bio, par exemple. Cela veut donc dire qu’ils utilisent moins de produits nocifs pour l’environnement.

Les agriculteurs ont compris que, lorsqu’ils vont commencer à faucher un champ, il valait mieux commencer par le milieu pour laisser le temps aux animaux de s’échapper. Par ce fait, moins d’animaux sont pris par les moissonneuses-batteuses : les faons qui sont couchés dans les blés ; les oiseaux qui sont, parfois, nicheurs dans les céréales…

Les agriculteurs ont aussi compris l’importance des zones refuges. À un moment donné, on a octroyé des primes pour enlever les haies. Aujourd’hui, on est de nouveau dans l’idée d’octroyer des primes, mais cette fois pour remettre des haies. De temps en temps, lorsque des agriculteurs se rendent compte que, dans les ballots de paille, parfois, des renards, des hérissons ont mis bas, ils décident de laisser ses ballots de paille tranquilles, le temps que ces animaux soient assez grands pour partir d’eux-mêmes.

Il existe aussi des fermes extraordinaires avec des nichoirs pour les effraies des clochers, ou bien des faucons crécerelles nichent dans les granges. Ce sont des agriculteurs qui ont compris le rôle écologique de ces espèces et ils essayent de faire attention, car ces espèces se nourrissent de rats et de souris. À cause du réchauffement climatique, on a davantage de souris et de rats dont on a du mal à se débarrasser. C’est normal, puisqu’il fait chaud et que les rats et les souris se reproduisent toute l’année.

Être agriculteur n’est pas un métier facile, surtout à l’heure actuelle. C’est pourquoi on ne cesse de le répéter : « il faut consommer local, il faut aller chez les agriculteurs et discuter avec eux ». Il faut essayer de comprendre les difficultés qu’ils ont dans leur métier, mais aussi l’amour qu’ils portent à la nature. Certains agriculteurs sont même très contents de voir que les renards suivent les tracteurs quand ils sont occupés dans les champs, parce qu’ils savent bien que les renards vont les aider à attraper les mulots…

Et si les gardes-chasses et les chasseurs…

Beaucoup de défenseurs de l’environnement sont contre la chasse. On peut être contre les dérives de la chasse, mais, malheureusement, on ne peut pas être contre la chasse. Pourquoi ? Car ce n’est pas parce que l’on a trois loups qui sont revenus en Belgique ou deux lynx que l’on va pouvoir gérer tout ce qui concerne la population de sangliers ou la population de grands herbivores dans notre pays. Nous ne disposons pas des prédateurs qu’il faudrait. On est dans ce qu’on appelle la « gestion cynégétique  » ; autrement dit, on a des conseils de gestion de chasse.

Certains pensent que c’est normal, puisque les chasseurs ont nourri les sangliers, ils les ont importés. Ils pensent aussi que c’est pour ces raisons que l’on a eu la peste africaine en Belgique… Ce n’est pas que cela n’existe pas. Comme dans tous les domaines, il y a des dérives.

Mais lorsque l’on discute avec des chasseurs ou avec des gardes-chasses, on peut se rendre compte, qu’aujourd’hui, certains d’entre eux acceptent les hérissons, les chouettes hulottes. Certains chasseurs ont créé, sur leur territoire de chasse, des endroits qui ressemblent à des petits paradis où on peut retrouver des mares artificielles, ce qui a eu pour effet de créer une biodiversité exceptionnelle, surtout, en période de sécheresse. Des chasseurs acceptent, même, d’avoir des renards sur leur terrain, parce qu’ils ont compris le rôle écologique que le renard peut jouer.

Comme dans tous les domaines, il y a aussi des extrémistes de la nature et l’extrémisme nuit en tout.

On peut dire que l’on n’est pas pour telle ou telle chose. Le sanglier est omnivore et, par conséquent, il est très destructeur. Dans les endroits où il y a une forte concentration de cervidés, on se rend compte qu’il y a un problème sur le plan de la végétation, car ils vont, évidemment, manger l’ensemble de la végétation. Des tests ont été effectués, entre autres, en forêt de Saint-Hubert, où des parcelles ont été clôturées expressément pour empêcher que les sangliers et les cervidés aillent sur ces parcelles. La différence est réellement visible au cœur du massif forestier entre les parcelles qui sont inaccessibles aux grands herbivores et celles qui sont ouvertes aux herbivores.

Il y a vingt-cinq ans, quand il y avait un hiver rude, tous les jeunes de l’année, que ce soit en sangliers, que ce soit en cerfs, que ce soit en chevreuils…, qui étaient fragiles, décédaient. Ce n’est plus le cas aujourd’hui.

Aujourd’hui, la réaction des arbres face à la sécheresse ou face à l’environnement climatique actuel est une multiplication de leurs fruits. À L’Arche, par exemple, qui est une chênaie arborée, il y a eu des glands à n’en plus finir et il en va de même dans la forêt.

Malheureusement, la chasse est nécessaire pour réguler et gérer cette biodiversité qui tend à disparaître à partir du moment où on a trop de grand gibier.

Aujourd’hui, les héros, c’est vous…

Chaque année, lorsque l’on rencontre les personnes qui prennent la peine de venir apporter l’animal sauvage, ce que l’on peut dire, c’est que les héros actuels sont les citoyens, ceux qui peuvent faire des gestes simples.

Les initiatives que l’on peut avoir au quotidien, par exemple, dans son jardin, sont des petites choses qui ne coûtent pas cher. Ces initiatives démontrent que le citoyen peut avoir un pouvoir sur la nature. Par exemple, on peut créer une petite poche de biodiversité dans son jardin avec nos petits moyens. Avec des objets de récupération, il est possible de créer un petit havre de paix dans son jardin.

Une membre de L’Arche a simplement pris une bâche –, un protège- matelas en plastique –, elle l’a posée dans son jardin avec quelques cailloux et elle y a mis un peu d’eau.

Ce qui est extraordinaire, c’est que vingt-quatre heures après avoir fabriqué ce petit plan d’eau, elle avait déjà une grenouille qui s’y était installée. Quelques semaines après, une salamandre terrestre y était venue. Des hérissons viennent y boire, des oiseaux viennent y boire…

Il faut essayer d’avoir un jardin qui soit accueillant pour la faune, essayez d’avoir un jardin « nature ».

Évidemment, on peut continuer à tondre sa pelouse, tout le monde n’aime pas avoir un jardin avec des herbes hautes. On peut avoir un jardin bien propre avec des parterres, etc.

Mais pourquoi utiliser de l’antilimaces, par exemple ? Si on possède une tondeuse robot, il serait plus sécure pour les animaux de la faire fonctionner jusque dix-huit heures, par exemple. Pour enlever la mousse, il existe des antimousses ou du désherbant, mais est-ce bien nécessaire ? Ne laisserait-on pas quelques mètres carrés dans le fond du jardin sans les tondre, ainsi il y aurait des fleurs pour les abeilles ? Si on veut planter des arbres dans son jardin, pourquoi ne pas privilégier des essences locales, tels que des arbres fruitiers ? On peut mettre des mûres dans son jardin ou un framboisier…

Ce sont des petites choses que tout le monde peut faire.

Parmi ces petites choses, il y a également le fait de nourrir les oiseaux, mais il faut prendre garde à ne pas les nourrir n’importe comment et avec n’importe quoi. Pour s’informer sur la nourriture et comment la donner aux oiseaux, on peut se renseigner auprès des associations qui, bien souvent, ont, sur leur site, des tutoriels explicatifs. Cette activité peut être très enrichissante et fort sympathique quand on la réalise avec des enfants. Il ne faut pas forcément s’acheter une petite cabane toute faite pour nourrir les oiseaux.

Les grands-parents peuvent également avoir du plaisir à faire découvrir les oiseaux, qui nichent dans leur jardin, à leurs petits-enfants. Certains vont acheter un livre, se mettre à la fenêtre et regarder, avec les enfants, quels sont les espèces d’oiseaux qui vivent dans leur jardin.

Durant un été, une maman a apporté, à L’Arche, un hérisson victime d’une tondeuse robot. On lui a demandé si elle avait une tondeuse robot dans son jardin, elle n’en avait pas. On lui a alors demandé si ces voisins avaient une tondeuse robot et elle s’est rendu compte qu’ils en avaient une. Dans son acte en tant que citoyenne, elle s’est dit qu’il ne fallait pas critiquer son voisin, mais, qu’avec ses enfants, ils pouvaient faire des petits dessins pour illustrer l’histoire qui leur était arrivée dans leur jardin. Ensuite, il pourrait distribuer ces dessins dans les boîtes aux lettres en demandant, à leurs voisins, de faire attention.

On voit aussi, dans beaucoup d’endroits, des hôtels à insectes. Il existe aussi beaucoup de tutoriels et on peut facilement les fabriquer avec les enfants. Il suffit de prendre un bloc de bois, tout simplement, et d’y faire des trous. Rapidement, on voit que des abeilles solitaires viennent combler les trous avec leurs œufs et y élever leurs petits. On peut ainsi assister à toute l’évolution, de l’œuf pondu à la larve, à l’abeille.

Si tous les gens qui ont la chance d’avoir un jardin commencent à prendre conscience qu’ils peuvent changer quelque chose, évidemment on ne sauvera pas les ours polaires, mais il faut d’abord commencer à sauver ce que l’on peut avoir dans son jardin.

Conclusion

Quand on est confronté à une difficulté, il faut aller vers les bonnes personnes pour avoir les bons renseignements. Il y a des centres de revalidation dans toute la Belgique, il y a des bénévoles et ils sont à l’écoute. Il faut quand même prendre en compte que ce sont des bénévoles et qu’ils ne peuvent pas toujours répondre dans l’instant. Les bénévoles des associations et des centres de revalidation se spécialisent, souvent, dans un domaine et lorsqu’ils ont un cas qui n’est pas de leur domaine de prédilection, ils n’hésitent pas à aller vers un de leurs collègues.

Il faut arrêter de jouer à l’apprenti sorcier.

Il est vrai que cela ne va pas toujours très bien, mais il est des choses sur lesquelles on n’a pas d’emprise. Si tous les Belges décident, demain, de rouler en vélo ou d’avoir une voiture électrique, malheureusement, cela ne sauvera pas les ours polaires. À partir du moment où on prend conscience et qu’on essaye de se renseigner un peu, en tant que citoyen, on a le pouvoir de changer les choses au niveau local. Si tout le monde parvient à changer les choses au niveau local avec le soutien des associations, avec le soutien du gouvernement qui met de nouvelles lois en place, on peut essayer de maintenir, un minimum, la biodiversité en Belgique. En agissant de la sorte, on pourrait avoir de nouvelles surprises, autres que les loups et les lynx qui reviennent dans notre pays.

C’est mon souhait.

En allant sur le portail de la Région wallonne, il y a des informations qui expliquent comment réagir face à un animal qui est en difficulté dans la nature. Avant de se précipiter pour aider l’animal, la première chose à faire est d’observer l’animal pour savoir s’il est réellement en difficulté. Si l’animal est vraiment en difficulté, il faut prendre garde, car l’animal ne se laissera pas faire et qu’il va peut-être vouloir se défendre. Sur les sites d’information, on vous expliquera qu’il faudra peut-être prendre un linge, voire à enlever votre pull pour emballer l’animal. On vous expliquera aussi qu’il faut faire attention aux serres s’il s’agit d’un rapace ou qu’il faut faire attention aux morsures de certains animaux…

Les formations qui concernent la faune sauvage n’existent pas. Parfois, il y a des formations pour les bénévoles qui viennent dans les centres de revalidation afin de leur expliquer comment cela fonctionne.

Un jour, un homme est arrivé au centre de revalidation ; il était trempé et il était content, car il avait attrapé tous les canetons. Quand on lui a demandé pourquoi il avait fait cela, il a répondu que c’était parce qu’ils étaient tout seuls. Ces canetons n’étaient sûrement pas tout seuls, il y a de grandes chances que la mère était plus loin et que lorsqu’il s’est approché et qu’il a commencé à attraper les canetons, elle s’est envolée.

Un autre jour, un homme a contacté L’Arche, parce qu’il avait découvert un pic-vert par terre, en bordure de route, afin de demander ce qu’il devait faire. On lui a expliqué qu’il ne fallait surtout pas lui donner à manger, qu’il ne fallait pas lui donner à boire. Il ne faut pas essayer de forcer un animal à manger ou à boire, parce qu’avec un peu de chance, ce n’est pas son régime alimentaire. Cet homme a eu un bon réflexe, puisqu’il a immédiatement contacté un centre de revalidation qui s’occupe des animaux sauvages.

Le   plus   important,   c’est   l’observation.   Cet exemple démontre bien la méconnaissance de la faune.

Les chiens sont-ils dangereux pour les renards ou, inversement, les renards sont-ils dangereux pour les chiens ?

On pourrait faire toute une histoire sur le « grand méchant renard » qui mange les poules. Il y a énormément de légendes urbaines qui circulent sur cet animal.

Lorsque l’on parle de danger entre le renard et le chien, l’un des plus grands dangers qui concernent le renard, ce sont les pathologies, car elles pourraient, éventuellement, être transmises au chien.

Il n’y a pas de raison, théoriquement, pour que le renard attaque un chien ou, comme on l’entend parfois, qu’un renard se mette attaquer un chat. De telles légendes urbaines existent, parce que le renard est un opportuniste. On voit parfois un renard qui passe avec un chat dans la gueule. Il faut savoir que, la plupart du temps, ce sont des chats qui sont morts. Si un chat est tué sur le bord de la route, le renard, qui est un opportuniste et qui a un rôle sanitaire, va le prendre pour le manger.

À Bruxelles, il y a aussi quelques problématiques avec les renards qui s’approchent, souvent, trop près des maisons, parce que les gens ont pris l’habitude de les nourrir. Il ne faut jamais nourrir les renards. On ne nourrit pas un animal sauvage, car nourrir un animal sauvage le fait se rapprocher davantage de l’homme et c’est à ce moment que l’on risque un problème.

Pour les renards qui passent dans les jardins, il faut prendre garde à l’échinococcose alvéolaire, le ténia  du renard. Si on possède des chiens ou des chats, il faut absolument les vermifuger au moins quatre fois par an. Théoriquement, on n’est pas censés caresser un renard qui passe dans le jardin ou lui faire des bisous, mais, par contre, on va le faire à nos chats ou à nos chiens. Si le chien ou le chat a eu, à un moment donné, un contact avec un renard, il peut être porteur d’un parasite, car si un humain est infecté, c’est parce qu’il aura été en contact avec un animal qui aura lui-même été en contact avec un renard infecté. Il faut bien respecter les protocoles vétérinaires : vermifuges…

Informations complémentaires

Auteurs / Invités

Nathalie Descy

Thématiques

Animaux, Écologie, Environnement, Respect des animaux

Année

2020

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