L’effacement de Dieu chez quelques moines-poètes contemporains

Gabriel Ringlet

 

UGS : 2013041 Catégorie : Étiquette :

Description

Petite histoire

En publiant Effacement de Dieu. La voie des moines-poètes (Albin Michel), mon éditeur m’a demandé – avec raison – de situer très brièvement les moines-poètes contemporains dans une tradition monastique et mystique plus large, d’où un petit chapitre introductif qui va, en grandes enjambées, des moines du désert jusqu’à l’aube du XXIe siècle.

Juste un mot, au plan historique, pour dire que des Bernard de Clairvaux (1090-1153), Hildegarde de Bingen (1098-1179), Mechtilde de Magdebourg (1207/1210-1282/1294), Thérèse d’Avila (1515-1582) ou encore Jean de la Croix (1542-1582), tous moines et moniales, sont non seulement d’importants poètes, mais ils vont parler de Dieu avec une audace théologique assez exceptionnelle. Et cela, souvent, dans un langage érotique (plus que sensuel, érotique) inspiré du Cantique des Cantiques.

Un seul exemple avant d’en venir aux moines et moniales d’aujourd’hui, Thérèse d’Avila, là où elle commente pour ses sœurs carmélites le chapitre 1, verset 2 du fameux Cantique :

Qu’il me baise des baisers de sa bouche ;
Plus enivrante est ton étreinte que le vin.

Par parenthèse, dans l’édition des œuvres complètes, les Carmélites de Clamart suivent de très près le texte espagnol et traduisent :

« Vos mamelles sont meilleures que le vin ».

Je ne dis pas que ça change tout, mais ce n’est pas sans conséquences théologiques…

Écoutons donc Thérèse parler de Dieu qui entre dans l’âme et la remplit de plaisir :

« Lorsque ce très riche Époux veut l’enrichir et la caresser davantage encore [l’âme], il l’attire tellement en Lui-même, que, semblable à une personne que l’excès du plaisir et de la joie fait défaillir, elle se sent alors comme portée entre ses bras divins, collée à ce sacré côté et à ces divines mamelles. Elle ne sait plus que jouir, sustentée qu’elle est par ce lait divin, dont son Époux la nourrit et la fortifie. (…) Quand l’âme se réveille de ce sommeil et de ce céleste enivrement, elle est toute surprise et comme interdite. C’est lors que dans un saint délire, elle peut s’écrier, ce me semble : Vos mamelles sont meilleures que le vin ».

J’ajoute que tout au long de ses Pensées sur le Cantique des Cantiques, elle encourage ses filles à faire « l’expérience de la joie du peu » – ce sont ses mots – et, en particulier, du peu de Dieu. Exactement comme Marguerite Porète, trois siècles plus tôt, dont toute l’œuvre se résume en un seul impératif : il faut se désencombrer de Dieu ! Ce qui lui vaudra le bûcher à Paris le 1er juin 1310.

Je termine cette toute brève allusion historique en rappelant qu’à côté des noms connus qui viennent d’être évoqués, il en est d’autres comme, par exemple, Cyprien de la Nativité. Qui parle encore de ce carme que Valéry considérait – je cite – comme « l’un des plus parfaits poètes de France », et qu’André Gide va d’ailleurs reprendre dans son Anthologie de la poésie française.

En trois minutes

Il est temps que j’en vienne à « mes » moines-poètes contemporains.

J’en ai retenu six, dont quatre sont toujours en vie, mais en réalité, je devrais dire : six plus un. Parce que j’ai voulu, en dernier chapitre, parler d’un architecte québécois qui vient de construire au nord de Montréal une abbaye qui, à mes yeux, est un véritable poème. La première vraie abbaye cistercienne québécoise : une modernité et un effacement à vous couper le souffle ! D’ailleurs en me présentant Pierre Thibault, un tout grand architecte au Québec, le père-abbé m’a dit : « Voici le plus moine d’entre nous ». Et c’est vrai.

Impossible de présenter ici les six moines-poètes de façon approfondie. Je vais donc parler un peu plus longuement de trois d’entre eux :

– Gilles Baudry
– Catherine-Marie de la Trinité
– François Casssingena-Trévedy

Mais avant cela trois minutes sur les trois autres.

Jean-Yves Quellec, c’est le régional de l’étape, même s’il est breton.

Bénédictin, actuel prieur du monastère de Clerlande à côté de Louvain-la-Neuve, il a écrit de belles choses sur l’effacement de Dieu. Sur la souffrance de Dieu aussi. Dans Dieu face nord, notamment.

À un moment, dans mon texte, je le rapproche de la poète québécoise Hélène Dorion parce qu’à la même période, sans se connaître, l’un et l’autre se sont retirés sur une île déserte, ce qui nous vaudra L’Étreinte des vents chez Hélène Dorion et Passe de la chimère du côté de Quellec.

Autre poète que j’évoque en trois mots : Christophe Lebreton, le plus jeune des moines martyrs de Tibhirine, assassiné en Algérie le 21 mai 1996 et qui, à la manière de beaucoup de mystiques, dans une tradition très cistercienne, va nous offrir un certain nombre de textes sur le baiser. Et je ne surprendrai pas si j’ajoute que ce baiser – véritable manducation – prend chez lui un sens sacramentel. D’ailleurs il parle du « sacrement de l’écriture » et confie dans son journal que, à ses yeux, « être poète, c’est un ministère ».

Et enfin – toujours dans le bref : Charles Dumont.

Je dirai simplement que ce moine de Chimay, décédé en 2009, spécialiste mondial de Bernard de Clairvaux, est aussi celui qui a remarquablement défendu le célèbre trappiste américain Thomas Merton (La Nuit privée d’étoiles, Le Signe Jonas, etc.). Les deux hommes étaient poètes et grands amis. Mais nous savons comme Thomas Merton s’est engagé politiquement. Notamment contre la guerre du Vietnam. Et on oublie souvent que les dirigeants de mai 68 sont venus le voir aux États-Unis pour en faire un de leurs parrains. Et plus étonnant encore, que le pape Jean XXIII, par admiration pour son engagement, va lui offrir l’étole qu’il portait le jour de sa consécration papale. Les temps ont un peu changé !

Le poète, la mystique et le théologien

J’en viens aux trois autres poètes auxquels je vais consacrer un rien plus de temps et qui ont certainement en commun une manière très personnelle de parler de Dieu dans l’effacement.

Petite parenthèse : attention, les six que j’ai retenus ne parlent pas que de questions spirituelles, bibliques, liturgiques. Loin de là. J’ai voulu, justement, montrer que les moines-poètes touchaient à bien d’autres sujets.

S’il faut absolument les qualifier, je dirais que Baudry est le plus poète, Cassingena-Trévedy le plus théologien et Catherine-Marie la plus mystique. Mais c’est trop enfermant. Chacun possède quelque chose de la caractéristique de l’autre.

Gilles Baudry

Moine bénédictin à Landévennec en Loire-Atlantique, il a publié chez Rougerie plusieurs recueils important dont notamment Il a neigé tant de silence, très beau livre qui lui vaudra le prix Antonin Artaud.

De sa cellule, frères Gilles aperçoit l’estuaire de l’Aulne et ne cesse d’écouter la mer, un peu à la manière de Charles Le Quintrec. Mais ce qui me frappe le plus, c’est qu’il y a chez lui un dialogue permanent entre la mer et la mort, entre la mort et la neige, comme dans le magnifique hommage qu’il a consacré au poète russe Ossip Mandelstam dont le nom d’origine germanique signifie « tronc d’amandier ». Voici ce texte où il s’adresse à l’épouse du poète décédé sur le chemin du goulag en 1938.

Il neige, Nadejda, sur Voronej
et le silence lange un mort
qui dort à côté du sommeil
là-bas
dans un goulag
en Sibérie
à deux pas de la Kolyma.

Seule à l’insu du monde
pour conjurer l’inexorable nuit
vos lèvres Nadejda
par cœur murmurent
les vers du bien-aimé

Là-bas
sur les steppes de la mémoire
tombent les pétales de neige
d’un amandier en fleurs.

La neige, la mer, la mort, mais aussi Dieu. Un Dieu – nous sommes au cœur de l’effacement – qu’on ne peut approcher qu’« à pas de porcelaine », qui vient délicatement nous « effleurer l’épaule ». Comment savoir si c’est bien lui ? Réponse du poète :

De l’âme d’un violon oseriez-vous
relever les empreintes digitales ?

Un Dieu que Gilles Baudry rencontre, bien entendu, dans l’Écriture, mais pour cela il faut devenir mince comme un signet…

Si tu pouvais, mince comme un signet,
te glisser subrepticement
entre les pages,
entendre leur bruissement végétal
et dans le grain du papier,
le grain de la voix de Dieu.
Le livre attendrait patiemment tes yeux
et s’ouvrirait en confidence.
La voix de l’Écriture s’inviterait
chez toi par une porte basse.

Tout au long de son œuvre, Gilles Baudry évoque des musiciens, des peintres et notamment le tableau de Rembrandt, Les pèlerins d’Emmaüs, (exposé à Paris au Musée Jacquemart-André). Ce qui nous vaut un poème dont la seule finale peut remplacer des dizaines de traités de théologie.

Au fond
dans un halo
la servante s’affaire humblement rayonnante

Tout à coup
il est là
le Maître

Son ombre immense se profile
sur le mur

À la fraction du pain
le geste s’infinit.

Un dernier mot pour dire que l’actualité est aussi très présente dans cette œuvre. Les génocides par exemple. L’auteur est très sensible à ce qu’il appelle « la fêlure du monde ».

Mais il ne reste pas passif. Il invite à redresser la tête. Je dirai que, fondamentalement, sa poésie est une poésie du relèvement.

Catherine-Marie de la Trinité

J’avoue en toute simplicité que jusqu’en octobre 2010, je n’avais jamais entendu parler d’elle.

Et puis, je découvre chez Arfuyen, ce petit bouquin : Le Repos inconnu. Avec comme nom d’auteur : « Une moniale »

J’apprends qu’elle s’appelle Françoise Azaïs de Vergeron.

Qu’elle a fait des études de droit.

Qu’elle est apparentée à Antoine de Saint-Exupéry et à Francis Jammes.

Qu’elle a aujourd’hui quatre-vingt-sept ans.

Qu’elle est moniale dominicaine contemplative près de Carcassonne dans le monastère fondé par saint Dominique lui-même en 1206.

Mais j’apprends surtout qu’un poète d’origine brésilienne, Max de Carvalho, très franciscain d’esprit (« Il ne nous jette pas sa foi au visage » dit de lui Jean-Yves Masson), que Max de Carvalho, donc, découvre dans la petite librairie du monastère, des brochures de la moniale en question et qu’il décide, avec son accord, de la faire éditer.

Je ne cache pas que la lecture de ce texte m’a bouleversé.

J’ai fouillé, fouillé, trouvé deux ou trois articles sur elle, et presque rien d’autre.

Mais, sans hésiter, pour moi, elle devait figurer parmi « mes moines ». Et j’avoue être heureux de lui donner large place, car je pense qu’elle s’inscrit, au XXIe siècle, dans la lignée des grandes moniales mystiques que j’ai évoquées en commençant.

Ne parler que de Dieu à son propos serait réducteur, parce que la nature est un autre thème très présent dans son œuvre, mais Dieu, elle le murmure tout le temps, comme elle évoque d’ailleurs plusieurs personnages de l’Évangile avec, manifestement, une prédilection pour la Samaritaine.

Mais le plus frappant, c’est ce que j’appelle « Le Cantique de Catherine » car elle aussi relit le Cantique des Cantiques, avec le même feu que Thérèse d’Avila, mais à travers une poésie plus sobre et plus dépouillée :

Murmure-moi,
puisatier de mon cœur,

sourcier de ma soif,
vivifie
ma poussière.

Que je tisse avec Toi
des mots simples
comme l’eau…

Il n’empêche que parfois, en pleine mer des Passions, l’incendie rejoint la tempête :

« Prendre flamme en Toi 
devenir fleur de braise »,
« Que je te saisisse,
Feu consumant
et qu’en moi
l’univers s’embrase.
Mais elle sait bien, la brûlante, que « l’Amour véritable
est toujours crucifié ».

Alors, puisqu’un jour les diamants deviendront des épines à l’heure où les amants vont s’unir sur la croix, elle invite à anticiper, comme Marie à Béthanie :

Amour, ce diadème
prends-le.
Tresse à mon front
la couronne des noces
d’inconcevable dénuement,
les épousailles saintes
de cette Royauté à laquelle,
par Ta Passion, je communie.

Je dirai, pour conclure très provisoirement, que certains textes de Catherine-Marie tiennent dans un souffle. Ils n’ont besoin que d’une buée pour exister.

Ce minimalisme n’a rien de candide. On imagine le chemin littéraire et spirituel qui préside à pareil effacement :

Je Te désire,
Tu bois ma soif.

À la fine pointe
de mes racines,

Ta source.

Tu as fait
de ma surdité
un ermitage.

Je ne sais si elle parle d’une surdité physique ou spirituelle ?

À propos du Repos inconnu, je crois pouvoir parler d’une œuvre poétique de haute montagne qui offre aussi un grand moment de théologie.

François Cassingena-Trévedy

Et pour rester en théologie, je termine avec François Cassingena-Trévedy.

Celui qui, parmi les six poètes retenus, offre la réflexion la plus fondamentale sur l’effacement, c’est lui.

Moine bénédictin à Ligugé près de Poitiers, il est aussi professeur de liturgie, spécialiste d’Ephrem le Syrien (père de l’Église et grand poète du IVe siècle) et surtout marin. Je ne caricature pas du tout. La mer est tellement importante pour lui que, trois fois par an, son père-abbé lui permet d’embarquer quelques jours comme moine-ouvrier sur un bateau de pêche où il partage le quotidien de ce « grand métier d’homme » comme il dit.

Sa réflexion sur l’effacement de Dieu est à la fois poétique et théologique. D’ailleurs, il se refuse à séparer.

Avant d’en venir à son regard sur Dieu, quelques mots sur sa conception de la théologie.

Pour lui – et pour d’autres – il y a deux théologies.

La théologie « conceptuelle » qu’il appelle aussi « usuelle », « officielle », « fonctionnelle », « professionnelle » dont le but est de discourir. Il ne s’en moque pas. On a besoin d’une approche historico-critique. Mais sa tentation, c’est la préhension : prendre l’objet.

La théologie « poétique » est plus admirative que spéculative. Il l’appelle théologie de « l’interstice », de « l’intrigue », du « clair-obscur », du « sous-entendu », du « raccourci »… Une théologie qui, justement, est capable d’évoquer l’effacement de Dieu. Parce que – je cite – « Dieu n’aime pas que l’on parle officiellement de lui : il préfère qu’on le suggère, qu’on l’évoque, qu’on l’éveille dans les choses et les êtres où il se cache, sous le pommier où il dort… ». Autrement dit, « c’est toujours à la faveur d’un détour » qu’on a quelque chance de le rencontrer.

Je ne surprendrai pas si je dis que Cassingena s’inscrit dans la grande tradition apophatique (définir Dieu par la négative), mais à cette nuance près que pour lui l’apophase est d’abord une ascèse : n’en dites pas trop. Moins on en dit, mieux c’est. Dieu tient – je cite encore – à un « détail », à une « miette », à un « brin », à un « rien », « mais, au vrai, est un rien qu’un rien de Dieu ? »

Pour exprimer ce « rien », on a besoin, dit-il, de la poésie. Mais attention : la poésie ! Pas la verroterie. Pas la sensiblerie. Pas le vague. Pas le flou. La poésie. C’est-à-dire la précision, la percussion. La poésie, c’est-à-dire « la science la plus exacte qui soit au monde ». Elle se tient dans la sobriété, la poésie, dans le manque, pas au-dessus de la mêlée, mais tout en bas, dans les tranchées, sous les éboulements, là où le verbe se fait chair… (verbe avec minuscule).

Je m’en voudrais de quitter François Cassingena-Trévedy sans évoquer le « Jour de colère » qui ouvre un de ses derniers livres. Colère contre les idolâtries, d’où qu’elles viennent, y compris et notamment dans les Églises.

Petit échantillon.

On va voir qu’il était en pleine forme.

Colère.

Colère contre « une mentalité infantile et béatement triomphante du « on y revient ». Cette « fringale endémique du vieillot (…) n’est peut-être, au fond, qu’un luxe de riches et un réflexe compensatoire de gens apeurés ». Colère plus encore contre ces « petits propriétaires de certitudes impitoyables (…) qui fabriquent des produits conditionnés avec le mystère de la foi ». 

Et ce n’est pas tout ! Car le cher frère François ne veut pas passer sous silence

« les esclandres de rapporteurs à gages, de croisés, d’inquisiteurs et de ligueurs au petit pied (…) dont la mesquinerie fait insulte à la gravité des questions contemporaines. »

Dénonçant un christianisme en train de souscrire – je cite – « à un protocole de soins palliatifs », il se met à rêver d’un nouveau Génie du christianisme. Un christianisme du courage et de la confrontation à la gravité, un christianisme de l’intériorité, de l’inquiétude, de l’interprétation. Et même de l’effroi. Un christianisme de l’intelligence et de la tendresse qui se tienne « loin de tous les débits de tranquillisants ».

Dieu n’est pas achevé

Je termine en évoquant un ouvrage étonnant et remarquable de Rainer Maria Rilke : Le Livre de la vie monastique.

À la fin de ce texte, le poète, dans un raccourci assez saisissant, affirme que Dieu mûrit et un peu plus loin, que Dieu n’est pas achevé. On change de métaphore, mais l’idée est la même : le moine ne travaille pas que sur soi. Il travaille aussi sur Dieu.

« Nous sommes tous gens d’œuvre : apprentis,
disciples ou maîtres,
et nous te bâtissons, toi haute nef. »

Ce thème d’un « Dieu monastère » ou d’un « Dieu cathédrale » encore et toujours à construire, Rilke y a consacré plusieurs de ses Nouveaux poèmes et il s’inspire une fois de plus de l’ordre maçonnique (apprenti, compagnon, maître) pour désigner la hiérarchie des « bâtisseurs de Dieu ». La question d’une fraternité des bâtisseurs me poursuit depuis longtemps.

Dieu est « l’œuvre d’art la plus ancienne » écrit-il encore dans son Journal florentin. Et cette œuvre d’art qui mûrit, qui s’élève, pierre après pierre, cette cathédrale à achever, le poète – qui aurait pu être moine ! – en parle avec cette formule assez étonnante qui rejoint bien des débats actuels : « Lorsque les gens pieux disent : ‘ Il est ’, et que les gens tristes disent : ‘ Il fut ’, l’artiste dit dans un sourire : ‘ Il sera ’ ».

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Informations complémentaires

Année

2013

Auteurs / Invités

Gabriel Ringlet

Thématiques

Dieu, Poésie, Religions