L’école rwandaise de l’avenir

Raïna Luff

 

UGS : 2012032 Catégorie : Étiquette :

Description

Ahazaza (le futur en kinyarwanda), école laïque indépendante, a été fondée en 2006 par l’association sans but lucratif du même nom, à Gitarama/Muhanga, petite ville en milieu rural dans la Province du Sud, pour répondre au manque d’une école de qualité dans cette ville. Elle compte deux cent trente élèves, dont un quart issus de familles pauvres, qui bénéficient d’une éducation totalement gratuite.

Les classes vont de la première maternelle à la première secondaire.

En 2011, les enfants de sixième ont passé pour la première fois l’examen d’État. Le résultat a confirmé la qualité de cette école exceptionnelle : première pour la Province et quinzième au niveau national (sur deux mille quatre cents).

Le secret de sa réussite ? Vingt-cinq élèves maximum par classe (faible par rapport à la moyenne du pays), trilinguisme en immersion totale, sa philosophie, la qualité et la motivation de ses enseignants.

La philosophie de l’École indépendante Ahazaza est exprimée dans sa devise : « Écouter – Penser – Savoir – Agir ».

Écouter – Penser – Savoir – Agir

Écouter

L’écoute est la base du dialogue. À l’école, loin du milieu familial, l’enfant rencontre l’enseignant et les autres élèves. C’est pour lui un monde nouveau. À l’enseignant de l’y introduire.

À Ahazaza, on veille particulièrement à ce que l’enseignant(e) véhicule d’abord aux enfants les outils du savoir : lire, écrire et compter – et les faits, la réalité telle qu’apportée par la science, loin de toute manipulation et/ou de tout endoctrinement. Le professeur est là pour communiquer à l’enfant ce qu’il ne sait pas et parfois détruire ce qu’il croit savoir…

L’école, c’est aussi la vie sociale. À Ahazaza, on prône l’amour pratique des autres, enfants comme adultes, sans distinction de race, d’ethnie, de religion, de sexe, etc. On veille en particulier à ce que le respect des autres soit fondé sur la tolérance mutuelle, sur le respect de l’autre en tant que personne. Cela n’implique pas le respect de l’opinion de ceux dont on la juge fausse. La tolérance ne se décrète pas.

Penser

À Ahazaza, les enfants apprennent à penser. Penser, débattre, cela suppose un travail, une connaissance, une volonté, toutes valeurs battues en brèche par le prêt-à-penser qui aujourd’hui tient lieu de culture.

On s’y efforce de tout faire pour que la pensée reste vivante et active. Il faut que les élèves puissent discerner, éviter les écueils et se sauver de toute idée préconçue, de toute manipulation dogmatique, politique, passionnelle ou dictée par n’importe quel intérêt particulier.

Les enseignants ont déjà bénéficié deux années de suite d’une formation en Philosophie pour Enfants par des membres de l’asbl PhARE (Mons/Belgique). Ils répercutent cette formation sur leurs élèves. Des jeunes sans philosophie risquent d’absorber facilement tous les prêt-à-penser que le marché tente de leur faire avaler.

Une simple restitution de l’information ne garantit ni sa qualité ni sa valeur. Une réflexion philosophique sur les connaissances acquises est nécessaire.

En outre, dans un monde où rien n’incite à lire, Ahazaza s’efforce de donner le goût de la lecture à ses élèves, afin qu’elle devienne pour eux un plaisir. Si nos enfants, nos adolescents ne lisent plus, ce n’est pas parce que nous sommes une civilisation de l’image, mais plutôt parce qu’ils n’en ont pas acquis l’habitude. L’école s’efforce de développer une bibliothèque variée et importante.

Savoir

Le savoir est le seul capital de ceux qui n’ont rien.

À Ahazaza, on prône le savoir dans le sens de « connaissance acquise par l’écoute, l’étude, la pensée individuelle et l’expérience », par opposition à la croyance.

Ce sont les enseignants qui vont emmener les enfants dans un monde nouveau pour eux, difficile d’accès, mais enchanté, qui ouvre toutes grandes les portes de la liberté de penser, de créer, d’agir.

Ce sont eux qui combattent pour armer leurs élèves de la maîtrise des langues, de la culture et du savoir. Pas seulement par la transmission de leurs connaissances, mais aussi par le développement d’une communauté de recherche – instrument privilégié du programme de Matthew Lipman – au sein de leur classe.

On oublie souvent que lire, écrire, compter, ou maîtriser l’informatique, ne sont pas des savoirs : ce ne sont que des outils. Le savoir commence avec l’utilisation de ces instruments et c’est là que la formation à la Philosophe pour Enfants acquiert toute son importance. À travers la communauté de recherche, sous la direction de leurs maîtres, les enfants vont acquérir une autonomie de pensée qui les protégera de toute manipulation.

L’école essaie de promouvoir un savoir ouvert sur le monde en multipliant les contacts et les collaborations et en variant les sources, y compris scientifiques.

Agir

L’école vise à éduquer au développement de la paix et à la répression de la violence : à oser dire ce qu’on juge vrai et s’efforcer de détruire ce qu’on condamne, toujours dans le respect de la personne et de la liberté des autres.

Les élèves comprennent que le savoir ne se termine pas avec l’école, mais qu’il implique une volonté d’application pour éviter qu’on le considère comme une simple accumulation et rétention de notions. Le savoir doit être utile à l’action. Savoir, c’est pouvoir.

C’est notre façon de former des citoyens utiles à la vie démocratique de la cité.

Ce qui n’est pas chose facile dans une société très traditionnelle et conformiste, habituée à prendre pour vrai tout ce qui vient de l’autorité, qu’elle soit politique, religieuse ou familiale. Si l’on avait osé penser avec sa tête, si l’on avait été éduqué à ce faire, le génocide n’aurait peut-être pas eu lieu.

L’action éducative de Ahazaza ne peut qu’aider à réaliser la paix dans un pays où elle est peut-être encore fragile.

Vision et mise en place

L’enseignant de Ahazaza sait qu’être enseignant, c’est passer sa vie à le devenir. Pour que l’école puisse être l’école de la réussite, il faut des enseignants formés à l’excellence.

L’École Decroly reçoit chaque année des enseignants rwandais qui peuvent y parfaire leur formation pratique, tandis que des enseignants et l’ex-directrice se rendent régulièrement au Rwanda pour parachever la formation in loco afin que tous puissent en bénéficier.

En 2011 a débuté une étroite collaboration avec l’école KA de Koekelberg, affiliée à l’UNESCO et avec sa coordinatrice, Monique Sevrin.

En reprenant les choses de la maternelle où tout se joue, et de l’école primaire, source de toute éducation, Ahazaza s’efforce de former le citoyen de demain, être pensant, épris de justice, armé d’une vaste culture, éduqué en français et en anglais, attaché à son pays dont il aura maintenu la culture vivante, notamment à travers l’apprentissage des tambours, de ses chants et danses traditionnelles, citoyen qui entrera dans le monde du travail bien outillé.

Trop souvent, aujourd’hui, on veut faire croire aux jeunes que la technologie est le nec plus ultra de la formation. C’est ainsi qu’à travers moins de savoir et plus de technologie, on arrive à l’ignorance diplômée dont les sectes les plus extrémistes profitent pour en faire un terrain favorable à leurs aberrations.

La mission de Ahazaza est celle de porter chaque enfant au maximum de ses capacités. C’est cela sa contribution à la justice sociale. Elle combat l’inégalité qui implique une différence de traitement à capacités égales, et elle donne aux enfants des milieux défavorisés autant de chances d’accéder à une éducation de qualité.

C’est ainsi qu’en accordant une bourse à un quart des enfants de chaque classe, choisis parmi les plus pauvres, mais capables et intelligents, elle veut éviter de laisser sur le carreau bon nombre d’enfants vaillants qui, autrement, seraient privés d’une instruction de qualité. Elle veut leur offrir, comme à leur famille, la possibilité de sortir de la misère.

Dans le même esprit de justice, il est évident que notre éducation favorise le développement des filles, indispensable à l’épanouissement d’une société démocratique.

C’est dans le même esprit de développement de la culture, de la justice sociale et de la paix que Ahazaza met sa salle polyvalente à la disposition de la population locale, pour que celle-ci puisse, par des activités culturelles, se retrouver dans un lieu qui favorise le dialogue, le débat, l’analyse et la découverte du monde, dans une atmosphère paisible et sans crainte.

Ahazaza réussira-t-elle à survivre ?

Son handicap majeur : sa laïcité si mal comprise dans un pays croyant à presque cent pour cent.

À l’école, on n’enseigne pas la religion, on donne des cours de morale. La religion est abordée dans le cadre du cours d’histoire. Il faudrait aussi pouvoir enseigner non seulement l’histoire des religions, mais aussi celle de la pensée libre, si souvent négligée aussi en Europe.

Première école laïque du Rwanda, école privée, dépourvue de toute aide étatique bien que reconnue officiellement, elle essaie de garantir la durabilité de son projet en créant et en développant, pour les habitants, des activités culturelles. Avec une salle polyvalente dotée de matériel technique et sonore de haute qualité, les moyens lui manquent pour achever son ameublement et sa décoration.

De même, son local ICT est doté d’ordinateurs portables, mais le prix de la fibre optique, offerte par ailleurs gratuitement aux écoles d’État, l’empêche de devenir opérationnelle dans un service internet.

Le minerval perçu n’arrive même pas à couvrir le salaire des enseignants. Les parrainages des enfants pauvres, deux cent cinquante euros par an, ne suffisent pas encore.

La survie de l’école dépend d’une aide matérielle importante.

Malgré les difficultés de l’heure, notre volonté de persévérer et de réussir reste intacte, vu la qualité et l’importance de l’enjeu humain !

Dons et sponsoring d’un projet – via la Fondation Roi Baudouin

Numéro de compte: 000-0000004-04
IBAN: BE 10 0000 0000 0404
BIC: BPOTBEB1

Communication : École Libre Ahazaza + « nom du projet » (si sponsoring)

Tout don est fiscalement déductible à partir de 40 €. N’oubliez pas de le mentionner en communication de votre virement !

www.ahazaza.org

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Informations complémentaires

Année

2012

Auteurs / Invités

Raïna Luff

Thématiques

Ambitions de la laïcité, Culture et école, Droits de l'enfant, École / Enseignement, Éducation, Rwanda