Une Odyssée pour l’avenir

Libres propos de Catherine SZTENCEL

 

UGS : 2018020 Catégorie : Étiquette :

Description

Odyssée est une ASBL qui existe depuis dix-huit ans et qui accompagne des adolescents à se remettre en projet. Notre ASBL  veut participer à la diminution du pourcentage de décrochage scolaire et offrir aux jeunes la capacité de construire leur avenir, de devenir acteurs de leur vie, peu importe leur origine, leur statut social, leur situation familiale, leur handicap, etc.

Mon expérience est une expérience de terrain. Au départ, on s’est demandé qui, finalement, est le plus conscient des jeunes qui décrochent. On a créé des partenariats avec des écoles, au début, à Bruxelles et, après, en Wallonie également. On a demandé aux écoles d’accepter de nous transmettre les jeunes qui étaient soient en changement de comportement, soit en absentéisme, soit en retard. Et c’est de là qu’est né notre travail.

Qu’est-ce que le décrochage scolaire ?

Il y a beaucoup de définitions : on parle de décrochage passif, on parle de décrochage actif. Dans tous les pays, on a fait une description du décrochage. Nous, finalement, on se base sur le fait qu’il y ait la possibilité du décrochage pédagogique, scolaire, familial et social.

– Décrochage pédagogique : retard dans l’intégration des matières et des compétences, manque de méthodologie, problèmes de logopédie, etc.
– Décrochage scolaire : l’élève s’absente de l’école.
– Décrochage familial : la famille n’est pas/plus en mesure de soutenir le jeune.
– Décrochage social : lié à des problèmes de précarité, des difficultés d’intégration ou de survie sociale et/ou des comportements délictueux, etc.

Pour notre association, le décrochage pédagogique n’est pas ce que nous rencontrons le plus. Bien sûr, il existe ; mais il est évident que, dans les écoles, il y a une problématique liée au manque de personnel, liée au temps, liée aux activités. Il est vrai que c’est compliqué, mais, dans le même temps, ce n’est pas le public qui nous arrive, parce qu’en définitive, on est le dernier maillon. Il y a les écoles, il y a les cours de remédiation, il y a les écoles des devoirs, il y a les centres PMS (Psycho-médico-social), il y a des psychologues dans les écoles. Mais, nous, nous sommes ceux à qui il faut faire appel quand on a déjà tout essayé. Le décrochage pédagogique est une face visible de l’iceberg, mais, la plupart du temps, on rencontre une face qui est invisible a priori et qui nous semble, évidemment, beaucoup plus grande que la partie émergée.

D’après les informations parues dans Le Soir (en avril 2017), on estime que le coût du décrochage scolaire est de plus ou moins quatre cents millions d’euros par an.

Les causes

Les causes du décrochage scolaire sont multifactorielles et il ne s’agit pas d’une situation propre à la Belgique, mais d’une situation mondiale. On retrouve différents facteurs au décrochage :
– Les facteurs personnels : les facteurs physiques persistants, les difficultés et les troubles du comportement, l’engagement scolaire et la motivation, la délinquance.
– Les facteurs familiaux : le style éducatif parental, les aspirations scolaires des parents, la qualité de la relation parent/enfant, la qualité de la relation parent/école.
– Les facteurs scolaires : le climat scolaire, le climat de la classe, la relation enseignant/élève, les règles, l’orientation scolaire subie.
– Les facteurs environnementaux : dont principalement la précarité socio- économique.

Il est certain – et même tout à fait certain – que selon le milieu d’origine du jeune, la réaction face au décrochage scolaire sera totalement différente.

Il est évident que des parents qui en ont les moyens pourront faire appel à des professeurs particuliers, pourront changer leur enfant d’école, pourront faire appel à des coachs, pourront voir un psychologue… Ces parents- là seront capables d’aller frapper à toutes les portes. C’est, évidemment, beaucoup moins le cas dans des familles à plus grande précarité.

Au départ, on avait des partenariats avec des écoles. Mais, aujourd’hui, les jeunes nous viennent aussi via le Saj (Service d’aide à la jeunesse), via le Spj (Service de protection judiciaire), via des foyers, via les parents eux- mêmes, via les jeunes eux-mêmes. Il est à noter que quatre-vingts pour cent des jeunes que nous rencontrons sont fils ou petit-fils de migrants. On constate également des différences importantes dans leur parcours.

Individu

Société

ChômagePerte de revenu national
PauvretéPerte de revenu fiscal
Bas salairePlus de dépenses sécurité sociale
Moins d’avantages extra légauxPlus de criminalité et de vandalisme
Souvent travail à temps partielMoins  de  participation  politique  et civile
Affections physiquesMoins de mobilité intergénérationnelle
Affections mentalesMauvaise santé
Espérance de vie moins longue 
Moindre degré de bonheur 

Sur base des données de Rumberger, 2011.

La méthodologie

Je vais vous parler d’un cas que nous avons traité au sein d’Odyssée. Le cas de Thomas (nom d’emprunt) m’a été confié par une éducatrice.

Thomas était en section Restauration, il était en CEFA  (Centre d’éducation et de formation en alternance) et il a été renvoyé de son stage. On a rencontré Thomas et on a commencé à travailler avec lui. Or, il s’est avéré que Thomas aimait dessiner. Mais, pour lui, dessiner n’était qu’un hobby. Le dessin était sa ressource, c’était une activité qui lui faisait du bien. Mais il n’avait jamais imaginé qu’il pouvait se servir du dessin pour en faire un métier. En l’accompagnant quelques mois, on l’a amené à aller vers les académies et on a convaincu des directeurs d’académie de le prendre. C’est dans ce sens-là qu’il est important que les directions d’école aient une certaine autonomie afin de pouvoir challenger des jeunes en lesquelles ils croient et de les intégrer dans leurs établissements, même s’il y a des petits accommodements « légaux » à faire.

Thomas, aujourd’hui, a fini le graphisme et travaille dans une société de graphisme. La restauration n’était pas son histoire ; il avait été mis dans un système de relégation qui ne lui convenait pas. Heureusement qu’il y a eu une éducatrice qui a cru en lui et qui a pris la peine de nous contacter.

Notre première action est le suivi individuel

Que s’est-il passé ? L’école nous a appelés et nous avons approché le jeune.

Comment approche-t-on le jeune ? On approche le jeune de notre propre initiative, contrairement à ce que, souvent, on préconise : la demande active du jeune. On part du principe que lorsque l’on est en mal- être, lorsque l’on n’est pas bien, on ne fait pas appel.

J’ai tendance à demander aux gens s’ils ont déjà eu des difficultés amoureuses. Car, souvent, lorsque l’on a une difficulté amoureuse, on a qu’une seule envie, c’est de se cacher sous sa couette et de se fermer à toutes interactions extérieures. Et nos jeunes réagissent exactement de la même façon : ils sont mal à l’aise, ils ne vont plus à l’école, ils ont un comportement inadéquat et ils le savent. Ils en sont tout à fait conscients, mais, à la limite, ils n’ont pas trouvé d’autre réponse que le décrochage. C’est pourquoi on va les approcher et on va aller vers eux : on va leur téléphoner, on va avoir leur adresse, on va aller vers eux, on va leur parler. C’est un peu comme si on lançait une canne à pêche avec des hameçons, on va lancer des hameçons différents et on aura une première rencontre pour leur donner envie de changer quelque chose.

C’est peut-être très optimiste de ma part –, mais mon expérience me fait continuer à y croire –, je crois que, finalement, quand on est dans un comportement inadéquat et dans une situation difficile, quelque part, on a, malgré tout, envie de voir la lumière au bout du tunnel, on a malgré tout l’envie d’en sortir. Et si on vous propose, d’une manière extrêmement bienveillante et empathique, de vous accompagner pour sortir de cette situation, je pense que la plupart du temps on est volontaire. Ce n’est pas toujours le cas, on n’est pas toujours prêt, mais il y a une forte probabilité que l’on soit prêt. À ce moment-là, on peut commencer à travailler.

Après avoir approché le jeune, on va pouvoir accrocher le jeune. Accrocher le jeune, cela va consister à voir tout le type de problématiques qu’il peut rencontrer. Ce que l’on constate, c’est qu’il y a des problèmes de médiation scolaire, de médiation familiale, des résorptions de trauma, des problèmes de bien-être…

On rencontre, chaque année, des jeunes filles qui ont des vécus d’extrême violence. Les problèmes de harcèlement sont en très nette augmentation et prennent des proportions totalement dramatiques. Il est clair que les réseaux sociaux contribuent à ce harcèlement, mais il n’y a pas que cela. Mais il y a aussi la résolution de problèmes administratifs et sociaux, aller chez les juges… Ce sont des problèmes que l’on rencontre tous les jours et ce sont des situations difficiles à vivre pour ces jeunes.

Bien sûr, ces jeunes ont eu un comportement inadéquat et pas toujours licite, mais ce n’est pas pour autant que l’histoire est écrite complètement et qu’on ne doit leur offrir aucune chance.

Il suffit parfois de très peu de choses pour que le cours de l’histoire change. On sait que si les professeurs expriment de la bienveillance, de l’empathie et de l’intérêt pour leurs élèves, cela change complètement le parcours de l’élève. Alors qu’un élève qui décroche, il va lui falloir plus de deux ans, et s’il n’y a pas quelqu’un qui vient vers lui, il lui faudra certainement plus de deux ans pour exprimer une demande active. En fait, il n’a, à peu près, pas de chance.

Le soutien et l’accompagnement des familles

La notion systémique est fondamentale : cela peut être discuté, mais, pour moi, ce n’est pas discutable. Travailler avec un jeune sans travailler avec les parents, sans travailler la problématique avec la famille, cela ne suffit pas. Il faut absolument rencontrer les parents.

Aujourd’hui, rencontrer les parents est une démarche extrêmement compliquée. Les directeurs d’écoles ne veulent pas remettre les bulletins si les parents ne viennent pas. Et à la fin de l’année, à Noël, à la Toussaint ou à la Trinité, cinquante pour cent des bulletins ne sont jamais retirés, car on n’arrive pas à joindre les parents ou parce que les parents ne se sentent pas leur place.

À nouveau, cet état de fait est très fortement lié à une question socioculturelle et aux familles qui sont dans la plus grande précarité : des familles qui ne parlent pas bien la langue, qui ne connaissent pas leurs droits, qui ne connaissent pas leurs devoirs, qui se demandent ce qu’on leur veut… C’est pourquoi il faut créer du lien. Et ce lien doit se créer dès le départ, dès le début, le plus tôt possible pour que l’école ne soit pas une ennemie et ne soit pas celle qui va mener leurs enfants vers un parcours dont ils ne rêvent pas. Peu importe d’où on vient, tous les parents rêvent, pour leur enfant, d’un parcours success.

Les ateliers de groupe

La suite de notre raisonnement nous a conduits à la réflexion que l’on ne pouvait pas travailler uniquement avec les suivis individuels et avec les familles. Cela ne suffit pas, parce que la problématique du décrochage scolaire est tellement multifactorielle qu’il faut également travailler le sentiment d’appartenance et de cohésion au groupe. Si un élève ne devait venir à l’école que parce qu’il a envie d’être avec son copain, ce serait déjà bon, ce serait déjà une avancée.

Il faut être extrêmement humble dans tout ce travail et se dire que la moindre petite chose apportera en puissance.

Et donc que fera-t-on ? On travaillera avec des groupes-classes. Il ne s’agira pas de travailler avec des groupes-classes de toute l’école, car c’est impossible – Odyssée est une petite ASBL avec des subsides non pérennes –. On travaillera principalement avec les classes du secondaire, avec des jeunes qui ont entre douze et vingt-cinq ans. C’est pourquoi on travaille particulièrement avec des classes de troisième et de quatrième année. Ces groupes-classes sont ceux qui posent souvent le plus de problèmes au sein de la scolarité pour les professeurs et pour tout le monde.

Dans les groupes-classes, nous travaillons les éléments suivants :

Ateliers externes à l’école

Ateliers internes à l’école

• Je prends confiance en moi• Apprendre à apprendre
• J’ai confiance en moi et j’accorde ma confiance aux autres• Alphabétisation/FLE
• J’ai confiance en moi, j’ai confiance en   l’autre,   mon   comportement influence mes rapports 

L’importance de la maîtrise du langage n’est pas à prendre à la légère. J’ai rencontré, l’année dernière, un directeur qui nous a prévenus qu’il allait mettre deux jeunes à la porte de son établissement. On a rencontré ces deux jeunes, mais ils ont quand même été mis à la porte de l’école. En fait, ces deux jeunes venaient d’un autre pays et ils avaient été dans des classes de primo-arrivants. Malheureusement, cela ne suffit pas quand à la maison on parle une langue qui n’est pas la langue du pays, quant à la maison personne ne connaît la langue du pays dans lequel on s’est établi. Il va de soi que la connaissance de la langue, la maîtrise de la langue est importante. Ces enfants ne comprenaient à peu près rien à ce qu’on leur disait, ils avaient leurs écouteurs sur les oreilles, ils dessinaient, ils n’écoutaient pas, ils papotaient entre eux… Ils avaient des comportements totalement inadéquats et pour un professeur, c’est tout à fait inacceptable. En attendant, cela ne voulait pas dire que ces deux jeunes devaient nécessairement voler vers une « poubelle ».

Les formations pour les professeurs, les éducateurs, les médiateurs et les intervenants sociaux

Je reprends souvent cette phrase de Catherine Blaya :

« La notion de bienveillance est importante : des enseignants faisant preuve de bienveillance dans leur quotidien peuvent réduire ‘par trois le risque de passer à un niveau supérieur de décrochage chez les élèves identifiés comme à risque’. »

Il faut sensibiliser les professeurs à la problématique du décrochage scolaire en créant des liens, en créant des alliances éducatives et en améliorant la communication adultes-adolescents.

Il est clair que les professeurs ne sont pas formés pour cela, ils sont formés au partage des compétences. Mais il n’y a pas que les compétences et le savoir, il y a aussi le partage de l’être. Je me réfère pour cela à des études et je me réfère à un philosophe comme Michel Serres.

Lorsque Michel Serres a commencé à enseigner, il a enseigné comme on lui avait appris à enseigner. Petit à petit, il s’est rendu compte que ses élèves n’étaient pas extrêmement intéressés par ce qu’il racontait, que cela ne se passait plus exactement de la même façon. Au départ, il a trouvé que c’étaient les élèves qui étaient fautifs, qu’ils n’écoutaient pas, qu’ils n’étaient pas assez attentifs… Il a continué à réfléchir et s’est demandé si c’était réellement la faute des élèves, s’il n’avait pas également un rôle à jouer. C’est ainsi qu’il a commencé à enseigner différemment et qu’il a commencé à parler du partage de l’être, et pas seulement des compétences.

Nous avons eu une expérience de ce genre lors d’un atelier où nous avions un groupe d’élèves qui arrivaient avec, entre autres, une professeure de mathématiques. Lorsque la professeure de mathématiques est arrivée, les élèves n’étaient pas du tout ravis de voir arriver cette femme, qui, pour nous, n’avait rien d’antipathique. On avait entendu –, bruits de couloirs, rumeurs –, que cette femme, qui devait avoir trente-cinq ou quarante ans, était mariée, que son mari était déjà son compagnon sur les bancs de l’école et qu’ils avaient trois enfants. On décide de la lancer sur ce sujet.

Au début, elle est surprise qu’on la lance sur un sujet personnel, mais elle s’ouvre à la parole. Elle raconte qu’effectivement elle connaît son mari depuis qu’elle est sur les bancs de l’école, quand elle avait quinze ans. Que cela fait vingt ans qu’il y a une relation entre eux et qu’ils ont trois enfants. Nous sommes au mois de janvier (date de l’atelier), cette professeure explique que, bientôt, c’est la Saint-Valentin et que, comme à chaque Saint-Valentin depuis qu’ils sont majeurs, ils passent quelques jours ensemble.

Après cette intervention de la professeure, on a vu une transformation chez les élèves. Le fait qu’elle était prête à raconter une part de sa vie privée, le fait qu’elle était prête à partager, a fait que ses élèves ont vu, non plus une professeure qu’ils considéraient « inhumaine », mais, tout d’un coup, ils ont rencontré une femme qui avait une vie à l’extérieur de l’école et qui pouvait partager quelque chose qui la concernait.

Au mois de juin, cette professeure m’a dit à quel point c’était incroyable, que sa classe n’avait plus jamais été la même.

Lorsque nous réalisons des ateliers avec les élèves, nous invitons systématiquement le plus de professeurs possible à participer. Pourquoi faisons-nous cela ? Parce que l’on veut que les professeurs changent de regard sur les élèves et que les élèves changent de regard sur les professeurs. Il nous paraît tout à fait fondamental que l’on commence à changer le regard et les cartes du monde.

Les professeurs font un travail incroyable, c’est un véritable apostolat. Je rencontre des jeunes et des familles en difficulté tous les jours, je trouve que c’est un rythme de plaisance, alors que je fais beaucoup d’heures, par rapport à ce que font les professeurs. C’est un métier extrêmement dur, c’est pour cela qu’il faut les accompagner, qu’il faut leur donner des espaces de respiration, qu’il faut leur donner des espaces de ressources et qu’il faut leur donner des capacités à pouvoir faire l’accompagnement des jeunes afin qu’ils puissent transmettre les compétences, les savoirs et l’être.

Au sein d’Odyssée, on rencontre plus ou moins, par an, six cents jeunes : cent cinquante jeunes en accompagnement individuel ; quatre cent cinquante jeunes en groupe. On forme plus ou moins cent cinquante professeurs. On forme des professeurs tant au sein des écoles que via les instituts de formation en cours de carrière.

Quand on contacte les jeunes par téléphone, et que l’on se rend chez eux, on a plus de quatre-vingts pour cent des jeunes qui acceptent de commencer quelque chose avec nous. Cela veut dire que la demande est présente et si on va vers eux, ils ne se ferment pas.

Je prends souvent l’exemple de jeunes qui tombent et à qui on tend la main, mais c’est « nous » qui tendons la main, on n’attend pas que ce soit les jeunes qui expriment une demande, qui nous prennent la main.

Conclusion

Il faut créer des liens. Je reprends souvent ce proverbe africain que tout le monde connaît :

« Il faut tout un village pour élever un enfant. »

Mais il faut aussi :
– favoriser les alliances éducatives entre professionnels et élèves, entre jeunes et familles. Si toutes les parties ne sont pas impliquées, on n’y arrivera pas ;
– faire émerger l’intelligence collective émotionnelle et y former les professionnels de l’éducation.

Je vais donner des cours ex cathedra à l’ULB, je vais donner des conférences dans des hautes écoles qui forment des futurs professeurs : c’est une information qui manque cruellement. Pour moi, il est hallucinant que ces jeunes gens puissent transmettre des savoirs et des compétences, mais qu’au bout du compte ils ne tiennent pas compte de l’être. Lorsque je leur en parle, ils me répondent qu’ils ne sont pas psychologues. Mais, moi non plus, je ne suis pas psychologue, je suis architecte. Cela fait rire tout le monde, pourtant j’accompagne six cents jeunes tous les ans ;
– écouter et donner la parole aux jeunes, établir avec eux des rapports de confiance. Cela me paraît fondamental. Les jeunes ont des choses à nous dire, leur but final n’est pas simplement de nous voler nos sacs ou de dealer ;
– apprendre à chacun le bénéfice du travail participatif. Engager les familles dans ce travail collaboratif. Ouvrir l’école aux professeurs, sans pour autant leur donner toute la place, cela doit être, évidemment, modulé. Les parents sont fondamentaux. Un parent qui ne parle pas la langue et qui amène, une fois par mois, un gâteau, un cake à l’école, que fait-il passer comme message à ses enfants ? « L’école est importante pour moi, il m’importe que tu ailles à l’école » ;
– sortir du cadre unique de transmission des compétences pour rentrer également dans le partage de « l’être » ;
– développer chez le jeune la confiance en soi et permettre le changement de perspective grâce à un travail systémique.

Nous rencontrons des jeunes qui possèdent un déterminisme total, ils sont convaincus que de toute façon leur parcours est écrit. Nous ne sommes pas les seuls à le remarquer, il y a eu des études de l’Unesco et d’autres institutions à ce sujet. Les jeunes, venant d’un certain milieu, sont convaincus que de toute façon ils ne sortiront pas d’un certain schéma. Ce n’est pas juste.

On a écrit un livre qui s’intitule Accompagner les ados en rupture scolaire. On a participé à un ouvrage collectif avec l’Université de Mons, De la discrimination à l’inclusion en milieu scolaire.

Dans le premier ouvrage, on parle principalement de nos suivis individuels, dans le deuxième ouvrage, on parle de nos ateliers de groupe.

Informations complémentaires

Auteurs / Invités

Catherine Sztencel

Thématiques

Décrochage scolaire, Échec scolaire, École / Enseignement, Éducation, Pacte d'excellence, Pédagogie, Réussite scolaire

Année

2018

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