Le parrainage des mineurs non accompagnés : une forme d’engagement social

Michelle Fourez

 

UGS : 2012020 Catégorie : Étiquette :

Description

Intégration, mineurs non accompagnés refoulés du pays : régulièrement, l’actualité nos amène à nous poser des questions sur l’accueil que la Belgique réserve aux personnes venues d’ailleurs et qui vivent dans un isolement extrême, a fortiori si elles sont mineures d’âge.

En ce sens, le programme de parrainage proposé – entre autres – par l’asbl EXIL peut nous amener à réfléchir à cette question délicate et à agir : né il y a plus de quinze ans de la mobilisation d’une équipe psychosociale spécialisée dans l’accompagnement d’adolescents demandeurs d’asile, le parrainage constitue une réponse adéquate aux difficultés que constituent l’adaptation et l’insertion dans une société nouvelle.

Le projet dans son fonctionnement s’enrichit par l’engagement et la mobilisation de membres de la société civile. La relation qui se crée entre le jeune et l’adulte repose sur des valeurs d’ouverture et de solidarité, permettant l’établissement de liens de confiance.

Créé il y a plus de trente ans, le Centre EXIL est un centre de santé mentale, spécialisé dans la réhabilitation de réfugiés ayant été victimes de tortures et/ou de violence organisée dans leur pays d’origine.

À travers une équipe pluridisciplinaire et multiculturelle, composée de médecins, de psychiatres, de psychologues et d’assistants sociaux, ce centre basé à Bruxelles propose un accompagnement psychomédicosocial individuel, familial ou en groupe.

C’est dans le cadre de l’aide spécifique aux enfants et adolescents qu’est né un projet qui s’adresse essentiellement aux mineurs étrangers non accompagnés (MENA).

Les professionnels d’EXIL – une psychologue, un psychothérapeute et un assistant social du Centre EXIL – furent alertés par les membres de l’équipe éducative du centre d’accueil pour réfugiés Le Petit Château, à la fin des années nonante, sur un phénomène de plus en plus alarmant : en effet, de manière récurrente et croissante, des mineurs non accompagnés arrivaient sur le territoire belge sans une quelconque autorité parentale. Peu outillés à répondre à de telles situations dans leurs pratiques professionnelles, les membres de l’équipe éducative du Petit Château se sont tournés vers l’équipe pluridisciplinaire du Centre EXIL en raison de son expérience de longue date dans l’accompagnement d’adultes, de familles et d’enfants victimes de l’exil.

Très vite, l’équipe d’EXIL a décidé de mettre en place une structure qui permettrait de pallier les besoins « secondaires » de ces jeunes, la structure du centre d’accueil se chargeant de répondre à des besoins plus « primaires » (logement provisoire, nourriture…). Ces attentes secondaires, pour des jeunes ayant vécu des épisodes particulièrement traumatiques de par leur expérience d’exilés, voulaient répondre à des besoins en termes de sécurité, d’affectivité ainsi qu’à la reconstruction d’un sentiment d’appartenance à une société qui les accueillait. Ces objectifs très nobles et ambitieux ne pouvaient, malgré tout, s’appuyer sur une quelconque pratique existante à l’attention de ces jeunes isolés et exilés : tout était à faire, à penser, à concevoir.

Les premières collaborations furent employées dans l’accompagnement et le placement de ces jeunes au sein de foyers pour jeunes en difficulté, ce qui permettait au moins un accompagnement éducatif plus strict et répondait à différentes attentes.

Néanmoins, cette collaboration inédite se heurta à certaines limites dans les réponses à donner en termes d’insertion et de liens affectifs nécessaires à un développement harmonieux. La réponse institutionnelle, bien qu’adéquate dans un premier stade, appelait la mise sur pied d’un réseau externe qui permettrait également à ces jeunes de pouvoir s’insérer dans la nouvelle société qui s’offrait à eux. C’est dans cet ordre d’idées que le parrainage vit le jour.

Dans un souci premier de garantir la rencontre entre ces jeunes et des adultes de la société belge, les professionnels s’attelèrent à proposer un modèle d’accompagnement permettant de faciliter la relation et le respect entre ces deux publics tout en les préservant les uns des autres. Le programme de parrainage était né.

Ce projet est d’abord une action citoyenne de solidarité : il s’agit d’un accompagnement moral et non financier d’un jeune par un adulte de la société civile belge, dans le but de faciliter son insertion future en Belgique.

À travers une relation de confiance, des contacts réguliers, une écoute, un soutien, la marraine ou le parrain aide le jeune à mener à bien ses projets de vie dans son pays d’accueil. Il s’agit aussi de permettre au jeune parrainé de vivre une expérience positive de le sortir de son isolement et de lui offrir la possibilité d’avoir des repères qui redonnent un sens à sa vie.

En effet, la réalité vécue par un jeune à son arrivée se révèle être d’une incroyable complexité. Malmené et fragilisé par sa situation de primo-arrivant, c’est tout un arsenal juridico-administratif et son lot de problèmes qui complexifie le quotidien du jeune fraîchement débarqué sur le territoire belge.

Malmené par des événements traumatiques qui impliquent dans une grande majorité les comportements nuisibles des adultes, le travail de remise en confiance est un processus long et progressif pour le jeune.

À cet égard, le programme du parrainage peut jouer un rôle prépondérant. Cette relation toute particulière se décline selon les désirs du jeune et du parrain ou de la marraine. Le parrainage peut ainsi représenter un tremplin vers l’élaboration d’un projet de vie dans lequel le jeune peut se projeter.

Cette relation peut lui permettre de reconsidérer son parcours douloureux, de puiser dans son potentiel tout en se situant dans une démarche constructive.

Toute personne désirant soutenir un jeune est invitée à se manifester auprès du Centre EXIL. Elle participera, dès lors, à un processus de travail en groupe.

Les rencontres programmées à l’attention de candidats marraines ou parrains sont des moments d’une grande importance au niveau institutionnel.

Concrètement, ces différentes rencontres doivent permettre d’aborder différentes thématiques avec ces candidats marraines et parrains. Dans un premier temps, une information sur le cadre institutionnel entourant ce projet, un descriptif de la réalité vécue par ces jeunes doit permettre aux futurs candidats d’être informés de manière assez détaillée sur le quotidien de ces jeunes arrivant sur le territoire sans famille.

Ces différentes sessions (cinq soirées), organisées autour de candidats marraines ou parrains, visent différents objectifs.

Le premier objectif consiste à proposer une information conséquente sur la thématique des mineurs étrangers non accompagnés (situation administrative et d’accueil, contexte médical et psychologique des jeunes). Celui-ci désire s’effacer graduellement pour laisser place au second objectif.

Ce deuxième objectif vise à instaurer un dialogue auprès des candidats marraines et parrains. En effet, ce projet n’a aucune raison d’être sans la volonté et l’engagement représentés par tous ces acteurs de la société civile qui font le parrainage.

Ces rencontres permettront de confirmer ou d’infirmer le désir pour ces candidats de poursuivre l’expérience. Ces discussions seront l’occasion également d’affiner la définition du rôle du parrain ou de la marraine, tout en créant une dynamique qui facilite l’échange et mobilise les ressources de chacun.

Le parrain et le jeune restent, bien sûr, acteurs de la relation qui se crée, une relation d’estime réciproque qui donne au jeune l’opportunité de devenir plus autonome dans la construction de son avenir personnel.

Je suis moi-même depuis trois ans la marraine d’une jeune Congolaise maintenant âgée de dix-neuf ans. On se voit une fois par mois environ, on se téléphone et s’envoie des mails entre-temps. Cela reste léger, une relation dans le plaisir, de bons moments, le partage de beautés découvertes ensemble : films, musées, expositions. Je lui donne un coup de pouce pour l’école, lui fournis les livres à lire si je les ai dans ma bibliothèque, corrige les dossiers envoyés en fichier attaché, m’inquiète des bulletins, toujours bons, en l’occurrence. Parfois, ma filleule passe trois ou quatre jours à la maison pendant les vacances et y rencontre aussi mon fils avec qui elle s’entend bien. Au bout d’un an environ, elle prononce en ma présence le mot « Afrique » et me raconte un peu son histoire…

En juin dernier, j’ai eu le bonheur d’assister à la cérémonie de remise des diplômes du secondaire organisée dans son école. C. commencera l’université en septembre.

Les professionnels du centre EXIL qui accompagnent les jeunes restent à disposition des parrains et marraines comme personnes ressources, et ce, via l’organisation d’ateliers d’échange.

L’accompagnement du parrainage, qui se repose sur une approche systémique et psychodynamique, a également sa part de rayonnement.

En effet, si cette relation débute sous la forme d’un binôme, il n’est pas rare de voir se mobiliser toute la famille ou le voisinage de la marraine ou du parrain autour du jeune. Ainsi en témoigne Brigitte, la marraine d’A., jeune Nigérienne maintenant âgée de vingt-deux ans :

« Depuis les cinq années que nous nous connaissons, la confiance s’est installée grâce aux multiples moments de complicité vécus. Via le parrainage, A. a pu rencontrer de ‘vrais’ Belges, comme elle dit. Elle a pu partager leur quotidien. Elle s’est attachée à mes enfants et petits-enfants. Elle est reçue aussi dans d’autres foyers ».

Merci de tout cœur à Dimitri Fréson, assistant social au centre EXIL, pour les informations précieuses et l’aide qu’il m’a fournies en vue de la rédaction de cet article.

Pour toute information :

EXIL asbl
Avenue de la Couronne, 282
1050 Bruxelles
Tél. : +32 2 534 53 30
Fax : +32 2 534 90 16
info@exil.be

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Informations complémentaires

Année

2012

Auteurs / Invités

Michelle Fourez

Thématiques

Cohésion sociale, Demandeurs d'asile, Droits de l'enfant, Enfance, Immigrations / Migrations, Jeunesse, Lutte contre les exclusions / Solidarité