Le harcèlement : une telle violence

Libres propos de Viviane TEITELBAUM

 

UGS : 2017007 Catégorie : Étiquette :

Description

Le harcèlement renvoie à une situation dans laquelle une personne subit, à répétition, parfois sans relâche, parfois régulièrement, un comportement non désiré d’une ou de plusieurs autres personnes qui portent clairement atteinte à sa dignité, qui créent un environnement intimidant, hostile, dégradant, humiliant ou offensant à son égard. Il est vraiment important de ce souvenir que le harcèlement est une violence. C’est une violence faite principalement aux femmes ; pas seulement, mais principalement. Cela veut dire qu’à chaque fois les harceleurs vont infliger une souffrance et si, aujourd’hui, le langage courant a étendu le mot et qu’on en parle légèrement en disant par exemple « le plagiste est harcelé par les moustiques, les journalistes harcèlent telle personnalité people », en réalité, on ne peut pas oublier la violence qui est cachée derrière le harcèlement, est une technique d’assauts répétés et qui visent in fine à briser psychologiquement la personne, ou, en tout cas, à l’épuiser.

Le harcèlement varie selon différentes circonstances, différents lieux, différents motifs.

Si un professeur, en classe, n’arrête pas de faire des blagues sur les filles en disant systématiquement que les blondes sont des idiotes ou sont de parfaites imbéciles, ces moqueries ont clairement un caractère sexiste à l’égard de ces personnes parce qu’elles sont des filles et cela constitue un harcèlement basé sur le sexe.

On peut parler d’insulte, on peut parler de dévalorisation. La violence verbale, aujourd’hui, est omniprésente dans les écoles. Et cela ne s’arrête plus aux écoles. Ce sont les femmes qui sont les principales victimes de ces agressions sexuelles et, notamment, dans les transports en commun.

Si les femmes ne vont pas réponde parce qu’il est vrai que souvent ce n’est pas facile – d’ailleurs quand on se trouve dans un wagon avec plusieurs personnes, qu’on sent les regards qui pèsent, les mains baladeuses,… –, les femmes vont mettre en place des stratégies d’évitement. La jupe en a été un symbole. Les femmes sont conscientes du danger et on voit que lorsque les jeunes filles sortent le soir, le week-end, elles restent dormir chez des amies ; elles vont sortir groupées ; elles vont prendre un taxi, plutôt que les transports en commun ; elles vont réfléchir à deux fois avant de choisir un wagon et elles vont choisir où s’assoir dans le wagon ; elles vont minimiser toutes attitudes extraverties, même si elles se sont bien amusées, etc. Elles vont d’un coup se recroqueviller. C’est un comportement qui va traduire un inconfort psychologique important et qui est malheureusement, tristement, trop souvent banalisé.

Que va faire la femme ? La femme va essayer de se faire toute petite, elle va essayer qu’on ne porte pas attention à elle, car elle sait que si elle est agressée, on prendra comme fausse excuse sa façon d’être habillée ou son comportement. Elle sait qu’on lui reprochera de l’avoir bien cherché. La tenue vestimentaire est un élément qui va être perçu par certains comme un signal de consentement, que ce soit les hauts talons, la jupe étroite, le décolleté,… La femme va se travestir pour ne pas être désirable et pour, dans ces circonstances-là, passer inaperçue.

Le harcèlement est une violence. Cette violence peut apparaître de façon anodine, peut se propager de manière sournoise, mais cela va mettre la femme dans une situation où elle va se sentir abimée, inférieure, soumise. Et elle ressentira une hostilité. Cela peut également être dégradant et la femme vivra cela de manière parfois traumatisante. Cela aura comme conséquence que la femme, ou la jeune femme, perdra confiance en elle, perdra son assurance, parce qu’elle pourra être terrifiée, parce que ces comportements vont la viser, mais surtout aussi parce que, très souvent, ces comportements vont être cautionnés par le groupe, lorsque les gens ne réagissent pas, et cela va l’atteindre très fortement.

Le harcèlement sexuel est pénalisé en Belgique. Il n’y a que trois pays en Europe qui pénalisent le harcèlement sexuel : c’est l’Espagne, la Belgique et la France. Et la France va très loin dans les peines qu’elle inflige.

Le harcèlement sexuel est une domination, il ne faut pas s’y tromper. Il ne s’agit pas toujours d’obtenir des faveurs sexuelles, mais plutôt de marquer son pouvoir : c’est un fait très important dans le harcèlement sexuel. C’est une violence fondée sur des rapports de domination et d’intimidation. Cela peut se produire sur les lieux de travail, mais aussi dans un milieu associatif, dans un milieu sportif universitaire, dans le cadre de démarches pour louer un appartement. Les circonstances peuvent être très variées. Personne ne peut imposer à plusieurs reprises des propos sexistes ou obscènes. On peut être importuné-e quotidiennement par un collègue de travail qui vous adresse des messages à connotation sexuelle, malgré que vous lui demandiez de cesser. Un propriétaire peut exiger des faveurs en échange d’une diminution du loyer. Un enseignant peut menacer de ne pas valider une formation,…

Il est important de se souvenir qu’une femme harcelée est considérée comme une femme à disposition. Son agresseur pense que, quoi qu’il en soit, elle va accepter la proposition et qu’elle devrait même être flattée d’avoir été choisie. Parce qu’on l’a choisie, c’est magnifique pour elle (sic). Il n’envisage pas, quand il est dans son processus, que la femme puisse dire non. Si elle dit non, elle peut subir des humiliations, elle peut subir des conséquences qui soient nombreuses et durables par rapport à la manière dont il va réagir. Cela peut créer des insomnies, des dépressions chez la victime du harcèlement. Sans être psy, on constate très souvent que le harcèlement agit sous forme d’angoisses, de pertes de conscience. On a même vu des tentatives de suicide.

Il y a différentes catégories de harcèlement, puisque cela peut être un comportement séducteur, cela peut être un chantage, cela peut-être une attention que l’on n’a pas désirée,… Le harceleur peut par ailleurs être charmant, insoupçonnable et c’est pourquoi la charge de la preuve est importante. Car si on dénonce quelqu’un et qu’il n’y a pas de témoins, ce harceleur peut se retourner contre sa victime pour diffamation. C’est un projet de loi sur ce phénomène que souhaitait déposer Vivane Teitelbaum, mais la majorité n’a pas accepté, et comme le Mr est dans l’opposition à Bruxelles, le texte n’a pas été voté. C’est malheureux, parce que c’est réellement quelque chose qui empêche les femmes de porter plainte, parce qu’en plus les circonstances sont difficiles.

Comment reconnaître le harcèlement ? Cela peut varier : cela peut être des regards qui déshabillent, cela peut être des remarques, cela peut être des insinuations, cela peut être l’exposition de matériel à caractère pornographique, cela peut être des propositions, cela peut être des comportements, cela peut être des attouchements,… Et cela peut aller dans le pire jusqu’au viol.

Il n’est pas facile de lutter contre le harcèlement sexuel dans une société hypersexualisée où, déjà, depuis la petite enfance avec les « minis miss », on est en contact avec cette société hypersexualisée. Cela fait partie de l’éducation, d’où toute l’importance d’association telle que Touche pas à ma pote. Il est primordial de commencer cette éducation au respect des femmes dès le plus jeune âge.

Il ne faut surtout pas oublier Internet et les réseaux sociaux, parce qu’il s’y est développé un cyberharcèlement. C’est une nouvelle dimension par rapport au harcèlement sexiste dont les jeunes, en général les souffres douleur, font les frais. Mais c’est un phénomène difficile à stopper. Les écoles reconnaissent que le cyberharcèlement n’est pas quelque chose de facilement identifiable, qu’il n’est pas aisé d’aller le rechercher et de le contrer. Beaucoup de jeunes n’osent pas parler de cette maltraitance. Une récente enquête de l’Onu démontre que nonante-cinq pour cent des comportements agressifs ou dégradants, sur Internet, visent les femmes. C’est également un point sur lequel il faudra se pencher, à travers les lois évidemment, avec l’aide des unités de cybercriminalité.

Nous vivons dans une société où la pornographie est banalisée, l’étalage de femmes et de leurs attraits, comme si elles étaient des marchandises, pour satisfaire les pulsions sexuelles, la prostitution, etc. Les milliers de filles qui sont importées pour en faire des objets sexuels, voilà ce qui est devenu un fait banal. C’est pourquoi, contrer le harcèlement sexuel dans notre société hypersexualisée, n’est pas quelque chose d’évident.

Le Conseil des femmes a fait un très beau travail en réalisant un livre Le Glossaire du féminisme. On y retrouve les définitions du harcèlement d’ailleurs. Le Conseil des femmes est très actif dans la lutte contre cette violence visible ou invisible, parce qu’elles ne sont pas toujours visibles et qu’elles sont certainement un frein à l’égalité. Et l’égalité, on n’y est pas !

Ces discriminations, ce harcèlement, cette violence inhérente au harcèlement sont des comportements contre lesquels le Conseil des femmes se bat. Une commission violence a été créée au sein du Conseil des femmes et elle est très active sur ces sujets, depuis la lutte pour l’abolition du système prostitueur jusqu’à la l’hypersexualisation des petites filles dans la société, la lutte contre les campagnes sexistes. Car il faut bien avouer que la publicité est un bastion machiste,…

Saviez-vous qu’une femme sur trois sera victime de violence dans sa vie ? Saviez-vous, qu’aux États-Unis, une femme est battue par son partenaire toutes les quinze secondes ? Qu’en Afrique du Sud, une femme est violée toutes les vingt-trois secondes ? Qu’en Fédération Wallonie-Bruxelles, une femme sur sept a été confrontée à au moins un acte de violence par son partenaire ou son ex-partenaire ? Qu’en Belgique, sur une centaine de femmes qui ont subi un viol dix d’entre elles, seulement, vont porter plainte ? Et saviez-vous qu’un auteur sur cent, seulement, va se retrouver en prison ? Quinze pour cent des violeurs sont condamnés, mais un seul pour cent fera de la prison, parce les autres auront trouvé des aménagements : ils vont suivre une thérapie et s’ils la suivent bien, ils pourront sortir . Il y a toujours des circonstances atténuantes autour de tout et c’est pourquoi le Conseil des femmes est très actif sur ce terreau.

Il faut luter contre la banalisation du harcèlement et la banalisation de toute cette violence, car les violences ne sont pas considérées à la hauteur de la souffrance qu’elles infligent. Et il faut savoir que les femmes ont toujours peur de parler !

Le Conseil des femmes a réalisé beaucoup de campagne pour essayer de faire comprendre aux femmes qu’elles ne doivent pas avoir peur de parler, que la honte doit changer de camp. Ce n’est pas celle qui subit le harcèlement ou celle qui subit la violence qui doit avoir honte, c’est celui qui a infligé cette violence qui doit être gêné.

On parle du harcèlement de rue, mais le harcèlement dans les relations professionnelles peut être très toxique. C’est pourquoi il est important que le harceleur ne pense pas qu’il puisse bénéficier d’une immunité. Et c’est vrai même dans le cercle politique, où il y a énormément de harcèlement, où l’on entend énormément de propos sexistes. Sincèrement, on se dit que les femmes qui n’ont pas la capacité de réagir immédiatement et verbalement, en remettant le harceleur à sa place, doivent être protégées par des lois. Elles doivent être protégées par la société. Par conséquent, il faut travailler là-dessus.

On parle et on a parlé des femmes victimes, mais les femmes sont aussi les actrices de leur vie et elles sont une force formidable. Il faut travailler sur cette force. On essaye aussi, au Conseil d’État, de travailler sur la force des femmes, de leur montrer qu’elles sont les actrices de leur vie, de leur montrer qu’elles peuvent répondre non. Évidemment, ce n’est pas facile quand on est entourée de dix hommes de dire : « Je te mets une claque, si tu me touches ! ». Mais on peut parfois réagir sans avoir l’air d’y toucher, on peut parfois briser, en tant que spectateur, des situations sans prendre de risque de se retrouver avec un coup de couteau. Parfois il suffit que quelqu’un crie dans un wagon : « Arrête d’emmerder cette fille ! ». Souvent, il suffit de peu pour arrêter le cycle de la violence.

Il y a eu un clip magnifique sur les violences conjugales en Inde : c’est un homme qui est dans son appartement, il lit. D’un coup, il entend des bruits de plus en plus forts et des cris. Il entend des bris de meubles et de verres et une femme qui crie. Le tout se joue dans la bande sonore. On ne voit que cet homme seul chez lui. À un moment donné, il se lève, il prend une tasse et il sort. Il sonne chez son voisin et d’un coup, le silence s’installe. Le voisin ouvre la porte et dit : « Qu’est-ce que tu veux ? » et l’homme lui demande s’il a du lait. Dans le fond de l’image, on voit bien que la femme peut reprendre son souffle et se relever. Le cercle de violence a été brisé. Ensuite, à l’image, on voit le voisin, qui agressait sa femme, revenir avec un pot de lait alors que l’homme est déjà rentré chez lui. Il n’avait pas besoin de lait, il avait juste réagi pour briser ce cercle de violence.

Lorsque l’on est spectateur, lorsque l’on est témoin, lorsqu’on est quelque part où quelque chose se déroule, on peut, par tous les moyens, briser ce cercle de violence ou de harcèlement et faire en sorte que la victime ne reste pas isolée, perdue et abandonnée à elle-même.

Informations complémentaires

Auteurs / Invités

Viviane Teitelbaum

Année

2017

Thématiques

Droits des femmes, Égalite H-F, Harcèlement sexuel, Lutte contre les violences entre partenaires / Violences de genre, Questions de genre, Sexisme