Le Centre de pathologie sexuelle masculine (CPSM)

Reinier Jacques OPSOMER
Françoise SEVENS

 

UGS : 2013036 Catégorie : Étiquette :

Description

Organisation interne du centre

Résumé

Le Centre de pathologie sexuelle masculine (CPSM) réunit des thérapeutes de diverses spécialités, tous impliqués dans le traitement des troubles sexuels : urologues, gynécologues, andrologues, sexologues, psychologues, psychiatres et endocrinologues. Dès l’ouverture du CPSM en octobre 1997, la demande de consultations a été très importante, confirmant la nécessité d’une prise en charge coordonnée des dysfonctionnements sexuels masculins. Nous décrivons ici l’organisation interne et les objectifs du CPSM, organe émanant des Cliniques universitaires Saint-Luc et de l’UCL.

Organisation interne du CPSM

Jusqu’il y a peu, aux Cliniques universitaires Saint-Luc comme dans la plupart des hôpitaux, les problèmes sexuels étaient abordés de manière peu coordonnée. Pour le patient en quête d’un diagnostic et d’un traitement commençait « un véritable parcours du combattant » à travers notre institution pour « accéder » au thérapeute adéquat. C’est en 1997, à l’initiative du professeur Jacques Donnez, chef du Service de Gynécologie que le Centre de pathologie sexuelle masculine (CPSM) regroupant toutes les « forces vives de la sexologie » a été créé.

L’originalité du CPSM est de prendre en charge toutes les pathologies génitales masculines : les troubles de la fonction érotique (problèmes d’érection et d’éjaculation) et les problèmes d’infertilité. Ces pathologies sont abordées tant sur leurs versants organique que non organique (tableau I). Par ailleurs, les troubles d’érection survenant dans un contexte psychiatrique (dépression, alcoolisme…) et les problèmes sexuels surgissant au sein du couple sont traités de manière spécifique et orientée.

Les objectifs du CPSM sont multiples (tableau II). Outre la prise en charge diagnostique et thérapeutique des patients, les membres du CPSM participent à l’enseignement de la sexologie aux futurs médecins, psychologues et paramédicaux sur les sites UCL de Louvain-en-Woluwe (Faculté de Médecine) et de Louvain-la-Neuve (Faculté de Psychologie). Le CPSM souhaite, par ailleurs, renforcer ses liens « naturels » avec la Faculté de Psychologie à Louvain-la-Neuve et, en particulier, avec l’Institut d’Études de la Famille et de la Sexualité (IEFS). Le CPSM participe régulièrement à des protocoles d’études multicentriques et internationaux destinés à évaluer de nouvelles molécules (ex : les inhibiteurs de la phosphodiestérase de type 5).

Chaque année un symposium à thème est organisé. Voici les thèmes abordés jusqu’ici :

1997 : Impuissance sexuelle et infertilité masculine

1998 : Toxicologie et iatrogénies en andrologie

1999 : Les éjaculations prématurées

2000 : Sexualité et 3e âge

2001 : Sexualité et pathologies endocriniennes 2002 : tabagisme et fonction sexuelle

2003 : L’androgénothérapie chez l’homme, la femme et le sportif

2004 : Sexualité et adolescence : aspects médicaux, psychologiques et sociologiques

Dès l’ouverture du CPSM en octobre 1997, une secrétaire-coordinatrice (Madame Françoise Sevens) a été désignée. Son rôle est de centraliser les appels téléphoniques et la prise de rendez-vous pour les différents secteurs du Centre (tél : 02 764 14 21). Le CPSM s’articule sur cinq piliers : les services d’Urologie, Gynécologie-Andrologie, Endocrinologie, Psychiatrie et l’Unité clinique du Couple du Service de Santé Mentale de l’UCL (figure 1). Les différents thérapeutes impliqués dans le CPSM sont répertoriés en figure 2.

Sur base d’une dizaine de questions, la secrétaire-coordinatrice réalise une première anamnèse en vue d’orienter le patient vers (le) les secteur(s) le(s) plus adapté(s). Cette anamnèse réalisée de manière discrète et empathique permet au patient d’exprimer sa demande avec précision et d’être rapidement dirigé vers le thérapeute le plus adéquat. Le patient a tout intérêt à être collaborant et relativement ouvert pour éviter d’être mal aiguillé. L’anamnèse de la secrétaire-coordinatrice aura pour but de classer le patient dans une des quatre grandes catégories de pathologies sexuelles (figure 3) : trouble d’érection d’étiologie organique, trouble d’érection d’étiologie non organique, problème d’éjaculation ou problème d’infertilité masculine. Ensuite, l’anamnèse est « affinée » et le patient est adressé au secteur et au thérapeute le plus adéquat (figure 4). La secrétaire-coordinatrice a accès via l’ordinateur central de l’hôpital aux « plages » de rendez-vous de la plupart des médecins.

Il a été démontré que le laps de temps entra la prise de conscience du problème sexuel, la décision de prendre un rendez-vous chez le médecin généraliste ou le spécialiste ; et finalement la consultation peut être très long (parfois plus d’un an). Il est intéressant de noter que la démarche de prise de rendez-vous (parfois l’obstacle insurmontable avant de consulter) est, fréquemment, effectuée par un tiers (figure 5 et 6).

Les troubles sexuels à étiologie « unipolaire » (organique versus psychologique) représentent des cas de figure « simples » en sexologie, mais relativement rares. Dans ces conditions, le patient sera vu par un seul membre du CPSM. Par contre, beaucoup de patients présentent des troubles plus complexes et parfois mixtes (organiques et psychologiques). Dans ce cas, la problématique sera prise en charge de manière pluridisciplinaire.

La prise de rendez-vous est centralisée. Par contre, les thérapeutes reçoivent les patients dans leur service propre. Le CPSM ne dispose donc pas d’une unité de lieu. Ceci peut paraître peu rationnel et peu efficace sur le plan de l’organisation, mais il faut savoir que les patients souhaitent la plus grande discrétion à l’occasion de la consultation. Ils préfèrent être « noyés » dans la masse des patients d’urologie générale, endocrinologie, psychiatrie…

La problématique du couple « vieillissant » est également abordée au CPSM : si le patient est pris en charge par l’urologue, sa partenaire ménopausée pourra bénéficier des conseils d’un gynécologue du Centre.

Discussion

Les travaux de Freud et de Master et Johnson ont contribué à démystifier la sexualité, sujet resté tabou jusqu’au début du XXe siècle. Alors que dans la culture chrétienne et occidentale, la sexualité était considérée exclusivement sur l’angle de la reproduction, l’essor de la psychanalyse a permis d’officialiser la fonction érotique de la sexualité, activité physiologique propre à l’espèce humaine et à quelques espèces animales (1).

La fonction érotique de la sexualité était à peine reconnue que déjà les thérapeutes devaient s’atteler à traiter des « dys-érections ». Durant des décennies, le traitement des troubles de l’érection (ancienne dénomination : impuissance sexuelle masculine) a été du ressort du psychiatre. Cependant, au cours des quarante dernières années, des progrès significatifs dans nos connaissances en matières de physiologie et physiopathologie génitale et urinaire ont mis en lumière la fréquence relativement élevée des troubles d’érection d’origine organique, en particulier chez les patients cumulant les facteurs de risque vasculaire (hypertension, hypercholestérolémie, diabète, tabac et alcool). L’anamnèse minutieuse du médecin généraliste ou du spécialiste devra, dès lors, explorer la fonction sexuelle de tout patient présentant un ou plusieurs facteurs de risque vasculaire (2-4).

Dans certaines conditions, les troubles érectiles peuvent aussi être considérés comme un symptôme « sentinelle » qui, chez les hommes « apparemment » en bonne santé, peut amener à un check-up internistique et aboutir à la découverte d’une pathologie vasculaire ou neurologique. Il a ainsi été démontré que les troubles érectiles étaient présents de longue date dans une proportion importante de patients traités pour pathologie cardio-vasculaire aiguë ou chronique (5,6). Les troubles d’érection peuvent, exceptionnellement, apparaître comme premier symptôme menant au diagnostic de diabète ou de sclérose en plaques.

Si « la plainte sexuelle » peut cacher une pathologie organique infraclinique, elle peut aussi être l’expression d’un mal-être existentiel (7). L’intérêt d’un centre multidisciplinaire est de pouvoir aborder les troubles sexuels non organiques de manière très ciblée. Dans ce contexte, suivant le problème, le patient (et sa partenaire) sera orienté vers le sexologue, le psychologue, le psychiatre ou le psychanalyste.

Si Freud, médecin et père de la psychanalyse, a ouvert grandes les portes de la sexologie, Masters et Johnson peuvent être considérés comme les pionniers de la sexothérapie moderne. Beaucoup d’eau a coulé sous les ponts depuis lors. Les diagnostics se sont affinés et les traitements sont de plus en plus performants (2-4, 8,9). L’époque où les patients « impuissants » étaient « refoulés » sans ménagement dans les consultations des psychiatres et des sexologues par les médecins « organiciens » imperméables à toute pathologie non organique est définitivement révolue.

La pathologie sexuelle est aujourd’hui considérée comme une pathologie médicale, à part entière. Elle mérite une attention équivalente du médecin généraliste et du médecin spécialiste. Aujourd’hui, le droit à une sexualité équilibrée peut être revendiqué par tout un chacun.

Dans le cadre du CPSM, quel que soit le problème sexuel évoqué, nous souhaitons impliquer la (le) partenaire dans l’évaluation diagnostique du trouble sexuel et l’orientation thérapeutique.

Il a bien été démontré que le succès immédiat (et à long terme) du traitement en dépendait très souvent. Par ailleurs, en sexologie, contrairement aux autres secteurs de la médecine, ce n’est pas le thérapeute qui « impose » un traitement ; au contraire, c’est le patient (idéalement en concertation avec sa partenaire) qui sélectionne la thérapeutique qui lui paraît la plus appropriée ou la plus réaliste. Le thérapeute informe le patient des différentes options en tenant compte de différents paramètres : âge et état de santé du patient, motivation de la partenaire, culture et éventuellement convictions religieuses (8, 9). Un suivi (à moyen terme) est recommandé en vue d’évaluer les progrès réalisés par le patient (le couple).

Conclusion

La prise en charge multidisciplinaire des troubles sexuels permet d’appréhender la problématique dans sa globalité. Elle constitue très certainement un progrès considérable dans l’élaboration de la mise au point et du traitement de nos patients.

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Informations complémentaires

Année

2013

Auteurs / Invités

Françoise Sevens, Reinier-Jacques Opsomer

Thématiques

Homme, Santé, Sexualité