Le baptême, à quoi ça sert ?

Willy De Winne

 

UGS : 2014038 Catégorie : Étiquette :

Description

Sacrement fondamental et premier dans l’histoire des chrétiens, le baptême comporte des conséquences théologiques inconnues de la plupart des croyants. Les origines judaïques ont été progressivement détournées de leur valeur spirituelle.

Comme la toute grande majorité des Belges, nous sommes tous devenus catholiques, sans même nous en rendre compte, parce que nos parents, croyant bien faire, nous ont fait baptiser et nous ont ainsi placés devant le fait accompli. Ce procédé de contrainte par personnes interposées à l’égard des nouveaux-nés sans défense est pour le moins sournois et suscite le questionnement, et d’autant plus que ce sacrement est ensuite qualifié par l’Église de définitif, d’irréversible et d’irrévocable ! Excusez du peu. Et dés lors, il est bien légitime aujourd’hui de vouloir apprendre et de comprendre ce que baptiser veut dire et à quoi ça sert. Voyons d’abord comment ce sacrement du baptême nous est présenté par le catéchisme romain, accessible par un simple clic sur le net :

407 – La doctrine sur le péché originelliée à celle de la rédemption par le Christ – donne un regard de discernement lucide sur la situation de l’homme et de son agir dans le monde. Par le péché des premiers parents, le diable a acquis une certaine domination sur l’homme, bien que ce dernier demeure libre. Le péché originel entraîne « la servitude sous le pouvoir de celui qui possédait l’empire de la mort, c’est-à-dire du diable » (Cc. Trente : DS 1511 ; cf. He 2, 14). Ignorer que l’homme a une nature blessée, inclinée au mal, donne lieu à de graves erreurs dans le domaine de l’éducation, de la politique, de l’action sociale (cf. CA 25) et des mœurs.

977 – Notre Seigneur a lié le pardon des péchés à la foi et au baptême : « Allez par le monde entier, proclamez la bonne nouvelle à toute la création. Celui qui croira et sera baptisé, sera sauvé » (Mc 16, 15-16). Le baptême est le premier et principal sacrement du pardon des péchés parce qu’il nous unit au Christ mort pour nos péchés, ressuscité pour notre justification (cf. Rm 4, 25), afin que « nous vivions nous aussi dans une vie nouvelle » (Rm 6, 4).

1237 – Puisque le baptême signifie la libération du péché et de son instigateur, le diable, on prononce un (ou plusieurs) exorcisme(s) sur le candidat. Il est oint de l’huile des catéchumènes ou bien le célébrant lui impose la main, et il renonce explicitement à Satan. Ainsi préparé, il peut confesser la foi de l’Église à laquelle il sera « confié » par le baptême (cf. Rm 6, 17).

1238 – L’eau baptismale est alors consacrée par une prière d’épiclèse (soit au moment même, soit dans la nuit pascale). L’Église demande à Dieu que, par son Fils, la puissance du Saint-Esprit descende dans cette eau, afin que ceux qui y seront baptisés « naissent de l’eau et de l’Esprit » (Jn 3, 5).

1239 – Suit alors le rite essentiel du sacrement : le baptême proprement dit, qui signifie et réalise la mort au péché et l’entrée dans la vie de la très Sainte Trinité à travers la configuration au mystère pascal du Christ. Le baptême est accompli de la façon la plus significative par la triple immersion dans l’eau baptismale. Mais depuis l’Antiquité il peut aussi être conféré en versant par trois fois l’eau sur la tête du candidat.

1240 – Dans l’Église latine, cette triple infusion est accompagnée par les paroles du ministre : « N., je te baptise au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit ». Dans les liturgies orientales, le catéchumène étant tourné vers l’Orient, le prêtre dit : « Le serviteur de Dieu, N., est baptisé au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit «. Et à l’invocation de chaque personne de la très Sainte Trinité, il le plonge dans l’eau et le relève.

1241 – L’onction du saint chrême, huile parfumée consacrée par l’évêque, signifie le don de l’Esprit Saint au nouveau baptisé. Il est devenu un chrétien, c’est-à-dire « oint » de l’Esprit Saint, incorporé au Christ, qui est oint prêtre, prophète et roi (cf. OBP 62).

Dans ce qui précède, l’Église catholique nous demande de croire que le sacrement du baptême, dans un premier temps, serait apte à chasser Satan par un où plusieurs exorcismes et, dans un deuxième temps, à obtenir au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit par l’eau du baptême, l’effacement de ce prétendu péché hérité depuis la nuit des temps d’Adam et Ève et qui dés notre naissance, n’importe où au monde, nous empêche d’avoir accès à la Sainte Trinité.

À l’origine, il y avait eu l’interdiction formelle de Yahvé de consommer le fameux fruit défendu de la connaissance, dont il savait pourtant bien à l’avance que le premier couple ne résisterait pas à la tentation de le croquer, tentation stimulée par Satan – avec l’autorisation tacite de Yahvé – et par l’irrésistible pouvoir de séduction d’Ève, l’éternelle tentatrice. Dans leurs litanies de prières, les fidèles catholiques se souviennent bien de cette manie de Dieu à leur tendre de ces pièges minables avec l’aide de Satan, en répétant inlassablement dans le « notre Père » : « … et ne nous soumet pas à la tentation, mais délivre nous du mal…. » ! C’est à croire que c’est nous, qui avons créé Dieu à notre image quelque peu perfide et non l’inverse ?!

Ensuite, le catéchisme nous apprend qu’à la suite de ce péché de simple désobéissance, Satan aurait pris possession de l’âme d’Adam et d’Ève et que cette prise de possession se serait indéfiniment transmise aux âmes de tous les hommes et de toutes les femmes à venir et ceci jusqu’à la fin des temps. Faut-il dés lors croire à la toute puissance de Satan ? Heureusement, l’Église nous propose le sacrement du baptême, qui, dans un premier temps, va chasser Satan de l’âme du baptisé, grâce à un ou plusieurs exorcismes comme l’indique l’article 1237 de son catéchisme. Le parrain et la marraine sont invités à en témoigner solennellement lors du baptême.

Et, dans un deuxième temps, le prêtre obtiendra par l’ondoiement au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit, la rémission de ce prétendu péché, également hérité depuis la nuit des temps.

Ce sacrement nous invite donc à croire qu’à notre naissance, nous arrivons tous, femmes et hommes, au monde, infectés par une tare héréditaire à la suite d’une faute, que nous n’avons nullement commise, mais qui nous aurait été infligée par le seul fait de commencer à vivre à l’instant de notre conception dans le ventre de notre mère. En effet ce péché serait né en même temps que s’accomplit la fécondation, c’est-à-dire au moment où un spermatozoïde, élu parmi une multitude, parvient à pénétrer l’ovule femelle pour entremêler leurs génomes réciproques.

Et dés lors le baptême est non seulement réputé apte à chasser le diable, mais aussi à effacer pour toujours le péché originel et même, le cas échéant, d’autres péchés repentis ou non. L’empereur, saint Constantin Premier, le savait déjà très bien, puisqu’il en a profité en se laissant baptiser sur son lit de mort à Nicomédie en 337 de notre ère chrétienne ! (Ceci malgré les sérieuses mises en garde des pères de l’Église contre le risque d’enfer, encouru par ce grand empereur en cas de mort inopinée !)

Eu égard à la terrible menace brandie et à la merveilleuse rédemption promise, il n’y donc pas à hésiter. Une majorité de bonnes gens se soumettent donc au chantage du feu éternel pouvant être infligé aux enfants, selon une doctrine astucieusement échafaudée par les docteurs de la foi qui n’ont pas hésité à pérenniser ce cercle vicieux de la culpabilisation et de la rédemption sans la moindre cause ! Par le baptême de leur enfant, la plupart des Belges acceptent qu’il soit automatiquement immatriculé dans les registres paroissiaux pour le restant de sa vie, et ceci à leur demande. Son âme sera marquée de façon indélébile et irrévocable. Cela avait déjà été le cas pour eux-mêmes et à nouveau ils abdiquent face au chantage et/ou par pur conformisme social.

Cet énorme canular, est pourtant formellement contredit et dénoncé par Jésus de Nazareth lui-même. Voici comment l’Évangile selon Matthieu nous rapporte ses paroles :

« En ce moment, les disciples s’approchèrent de Jésus, et dirent : « Qui donc est le plus grand dans le royaume des cieux ? » Jésus, ayant appelé un petit enfant, le plaça au milieu d’eux, et dit : « Je vous le dis en vérité, si vous ne vous convertissez et si vous ne devenez comme les petits enfants, vous n’entrerez pas dans le royaume des cieux. C’est pourquoi, quiconque se rendra humble comme ce petit enfant sera le plus grand dans le royaume des cieux. Et quiconque reçoit en mon nom un petit enfant comme celui-ci, me reçoit moi-même. Mais, si quelqu’un scandalisait un de ces petits qui croient en moi , il vaudrait mieux pour lui qu’on suspendît à son cou une meule de moulin, et qu’on le jetât au fond de la mer. Malheur au monde à cause des scandales ! Car il est nécessaire qu’il arrive des scandales ; mais malheur à l’homme par qui le scandale arrive !»  (Mt 18/1 à 7)

Pouvait-il être plus clair à l’égard de la parfaite sainteté des enfants et de l’anathème infligé à ceux qui les scandalisent ?

Nous constatons que les trois grands monothéismes ont une longue tradition en commun qui consiste en une véritable obsession de la pureté. Pour le judaïsme, il convient de se conformer aux prescrits de purification que nous enseigne, avec force détails, le Lévitique. Selon ce livre saint, les hommes juifs et surtout les femmes juives sont tenus de pratiquer scrupuleusement des bains de purification ou miqvés imposés par la loi. C’est dans ce même esprit qu’un certain Juif, – que les chrétiens ont appelé plus tard Jean le Baptiste – s’est fait connaitre par des immersions purificatrices, qu’il pratiquait dans les eaux du Jourdain comme une variante des miqvés, où il a même eu l’occasion de baptiser son cousin, le Juif Jésus de Nazareth. Celui-ci et ses disciples ont, en bons Juifs pratiquants, observé les prescrits de purification. Et c’est à leur suite que la nouvelle secte des judéo-chrétiens, devenue plus tard l’Église chrétienne, ont pérennisé ces pratiques que nous retrouvons sous des formes diverses, à savoir l’eau du baptême, l’eau du bénitier, l’eau du goupillon, etc. De même les musulmans ont prolongé cette véritable obsession de la pureté, en se purifiant le visage, les mains et les pieds avant d’entrer dans la mosquée pour la prière.

Quant à la prétendue transmissibilité des péchés des parents aux enfants, ni Jésus, ni aucun de ses disciples, ne l’ont jamais avalisée. Selon la Genèse, notre héritage du premier couple comporte la perte de l’immortalité et la punition de devoir travailler pour vivre hors du paradis et pour les femmes de devoir enfanter dans la douleur. Le judaïsme et l’islam, contrairement à l’Église chrétienne, nient également cette prétendue transmissibilité des péchés. Dés lors le sacrement catholique du baptême, qui se veut apte à pardonner un péché inexistant, semble bien perdre toute crédibilité. Et dans sa prétention à accorder par le baptême la sainteté aux enfants, l’Église se décrédibilise encore doublement à vouloir de façon superfétatoire apporter la sainteté à ceux qui l’ont déjà !

De son temps, l’initiation au judaïsme, réservé aux seuls enfants mâles, consistait à recevoir la circoncision le huitième jour après la naissance. Cette initiation imposée par Jahvé à Abraham, a été normalement maintenue et observée par les judéo-chrétiens, jusqu’à ce qu’un certain Juif, féroce persécuteur de la nouvelle secte, « retourne sa veste » pour en devenir le principal promoteur. Et après avoir obtenu de se faire admettre miraculeusement comme le douzième apôtre en remplacement de Judas, l’Iscariote, il est même parvenu à faire supprimer, malgré les réticences des apôtres, l’obligation de la sacro-sainte circoncision au motif que le recrutement des gréco-romains s’en trouverait grandement amélioré. L’histoire lui a amplement donné raison.

Mais jamais il n’a été question pour Jésus de supprimer l’obligation de la sacro-sainte circoncision. Jésus n’a jamais été chrétien. Il est né juif et il est mort juif, récitant en bon juif le psaume 22 sur la croix. Il a été très clair en précisant qu’il n’était pas venu pour supprimer la loi juive, mais pour l’approfondir :

« Ne pensez pas que je sois venu pour abolir la loi ou les prophètes. Je suis venu non pour abolir, mais pour accomplir. En vérité je vous le dis, jusqu’à ce que le ciel et la terre passent, pas un seul iota, pas un seul trait de lettre de la loi ne passera, jusqu’à ce que tout soit arrivé. Celui donc qui violera l’un de ces plus petits commandements, et qui enseignera aux hommes à faire de même, sera appelé le plus petit dans le royaume des cieux, mais celui qui les mettra en pratique et les enseignera, celui-là sera appelé grand dans le royaume des cieux Car je vous le dis, si votre justice n’est pas supérieure à celle des scribes et des pharisiens, vous n’entrerez pas dans le royaume des cieux. » [Mt 5/17 à 20]

À lire cet Évangile, Jésus n’aurait d’évidence jamais accepté que la sacro-sainte circoncision fût abolie. Il a, bien sûr, voulu que son message fût diffusé à tous les hommes afin que tous croient en lui, mais il n’a jamais voulu remplacer la circoncision par un quelconque sacrement du baptême. Après la mise à mort de Jean le Baptiste, ni Jésus, ni aucun de ses disciples n’ont pris sa place pour encore continuer à « baptiser » dans les eaux du Jourdain. Il nous importe d’éviter tout anachronisme simpliste qui consisterait d’imaginer – même si l’Église se plaît à le laisser croire – que Jean le Baptiste eût pu baptiser au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit, car de son temps le Dieu unique et un, évoqué par l’imprononçable tétragramme, n’avait pas encore été remplacé par une prétendue Sainte Trinité divine. Le baptême de Jean le Baptiste dans les eaux du Jourdain s’adressait à des adultes en vue de les purifier conformément à l’orthopraxie et aux nombreux mitzvot définis dans le Lévitique. Il ne s’agissait nullement de baptiser des nouveaux nés dans le but d’effacer un prétendu péché originel, car pour le judaïsme, ce péché d’Adam et d’Ève n’a jamais été considéré comme héréditaire.

Jésus, lui-même n’a jamais baptisé ni des nouveaux-nés, ni des adultes. La propagation de la foi juive réformée et/ou approfondie et diffusée par lui, ne devait, selon lui, certainement pas se faire en ayant recours à des arguments faux et trompeurs, comme celui imaginé par Saül de Tarse à l’adresse surtout des maîtres du monde, les Gréco-Romains, et qui consistait justement à remplacer la désagréable obligation de la circoncision par le baptême de rédemption d’un péché inexistant, le fameux péché originel déclaré prétendument héréditaire. Mais en confirmant en l’an 325, la thèse de Saül de Tarse, devenu entre temps saint Paul, le saint Concile de Nicée, a cependant fait de celui-ci le véritable fondateur du christianisme en avalisant son arnaque au recrutement grâce au prétendu baptême. Sans saint Paul, le message et la mise à mort de Jésus risquait fort de n’être qu’un non-événement, précédant de peu l’historique prise de Jérusalem par Titus et la diaspora du peuple juif.

À sa suite, c’est le baptême qui s’est progressivement imposé en tant que nouveau rituel d’initiation à la place de la circoncision, mais en y ajoutant fondamentalement l’astucieuse arnaque qui prétend que cette initiation au christianisme, procure en supplément la rédemption d’un péché originel, rendu prétendument héréditaire. Cette arnaque au recrutement, fondée sur le cercle vicieux de la culpabilisation et de la rédemption sans cause, a rendu l’Église catholique immensément riche et puissante.

D’où notre réponse à la question du titre : « Le baptême, à quoi ça sert ? »

Ça sert à recruter et à immatriculer !

À notre époque de déchristianisation, le baptême imposé à tout nouveau-né d’une famille chrétienne a-t-il encore un sens ? La dimension théologique est-elle réellement perçue par nos contemporains ?

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Informations complémentaires

Année

2014

Auteurs / Invités

Willy De Winne

Thématiques

Baptême, Église, Foi, Questions et options philosophiques, politiques, idéologiques ou religieuses