L’apprentissage du partage chez les tout petits

Guillaume Libioulle

 

UGS : 2022010 Catégorie : Étiquette :

Description

Le partage une action qui n’a rien d’inné

Lorsque nous regardons des enfants jouer entre eux, nous assistons parfois à des disputes relatives à la possession d’un jouet ou d’un quelconque objet. Se détacher de quelque chose que l’on possède, pour le prêter ou le donner à l’autre, demande aux tout petits un apprentissage. Il peut donc être d’un réel intérêt de savoir comment ce processus s’opère pour le mener à bien.

Jusqu’à l’âge de trois ans, l’enfant voit son environnement comme un prolongement de lui-même. En conséquence, les objets, et même les personnes de son entourage, lui apparaissent comme sa propriété. Le tout petit en éprouve un sentiment de toute-puissance. Dès lors, lorsque quelqu’un lui prend quelque chose des mains, il a l’impression de perdre cette maîtrise rassurante et il ressent de l’angoisse. De plus, avant son entrée en milieu scolaire, les objets qui l’entourent, et plus particulièrement ses jouets, constituent ses repères immédiats. Si un autre enfant vient à lui en prendre un, cette modification constitue une perte de repères déstabilisante. En outre, dès qu’un jouet est mis en mouvement par un tiers, il devient plus attractif, puisqu’il s’anime. Fasciné par le mouvement de l’objet, le bambin n’a plus qu’une envie : le récupérer pour pouvoir jouer lui aussi. Par ailleurs, il ne faut pas oublier qu’une personne d’un très jeune âge a du mal à distinguer l’action de partager de celle de donner. Si je prête un objet auquel je tiens à un camarade, est-il toujours à moi ? Vais-je le récupérer ? Il faut garder à l’esprit que le concept de prêt qui nous semble évident à nous adulte, pour un enfant ne l’est pas nécessairement.

Les étapes dans l’apprentissage du partage de zéro à cinq ans

Jusqu’à neuf mois, le bébé a l’impression de ne faire qu’un avec sa mère.

Âgé de moins de deux ans, l’enfant sait seulement qu’il désire quelque chose et qu’il le veut tout de suite. Pour pouvoir partager, il faut avant tout qu’il prenne conscience de son identité afin de réaliser la différence entre ce qui est à lui et ce qui est à l’autre.

À l’âge de deux ans, il commence à opérer cette distinction, mais il a encore quelques difficultés à définir ce que veut dire « prêter » ou « partager ».

Vers l’âge de trois ans, avec les progrès dans l’acquisition du langage, l’enfant va pouvoir verbaliser. Dorénavant, il devient plus facile pour lui d’exprimer ses envies et d’apprendre à attendre. Cet apprentissage du langage et de la patience lui permet de développer les aptitudes sociales essentielles pour se faire des amis.

Jusqu’à l’âge de quatre ans, l’enfant peut avoir l’impression qu’il est le centre du monde et que tout lui appartient. Jean Piaget nomme cette phase l’égocentrisme. Le sujet voit les choses qui l’entourent comme le prolongement de lui-même. Se séparer de l’un de ses objets familiers revient pour le sujet à donner à autrui une partie de lui-même. Il faut ajouter que jusqu’à cet âge, il n’est pas encore possible pour lui de se mettre à la place d’un autre enfant. En conséquence, il lui est difficile d’imaginer, par exemple, la frustration qu’un de ses camarades peut ressentir s’il refuse de partager avec lui un objet donné.

À partir de quatre ans, l’enfant commence à avoir conscience de son individualité et donc de celle des autres il sera donc plus enclin à partager.

À l’âge de cinq ans, l’enfant comprend mieux ce que l’autre ressent et il peut entendre que si un objet est précieux pour lui, il peut être tout aussi important pour l’autre.

Les éléments pour faciliter l’acquisition du partage.

Les principes éducatifs

Si les parents souhaitent inculquer le concept du partage à leurs enfants, ils peuvent suivre un certain nombre de règles éducatives. La première d’entre elles consiste à leur montrer l’exemple. En effet, les enfants idéalisent leurs parents. Ils apprennent par imitation et ils auront tendance à reproduire tout ce que leurs parents leur montrent. Un adulte peut partager un objet avec un enfant ou même lui apprendre à partager au moyen de petits jeux. Par exemple : « je te donne cet objet, que me donnes-tu en échange ? » L’enfant sera plus enclin, par la suite, à lui-même partager avec ses condisciples. Les parents peuvent également nommer ce qui appartient à l’enfant, ce qui appartient à ses frères et sœurs, ce qui appartient à la famille de manière à lui faire progressivement comprendre la notion de propriété.

L’adulte peut également accompagner l’enfant dans ses relations avec les autres. Il peut lui suggérer des solutions quand un conflit surgit. Lorsque le partage est en jeu dans une dispute, sans nécessairement vouloir régler le conflit à sa place, l’adulte peut, par exemple, proposer à un des enfants de prêter, pendant une durée déterminée, un de ses jouets à l’autre. Au besoin, ce laps de temps peut être contrôlé au moyen d’une minuterie. Une autre solution possible est de proposer une autre occupation à l’enfant afin de le distraire du jouet qui attire son attention. Le responsable peut encore proposer un troc au cours duquel chacun des enfants échange un de ses jouets contre celui de l’autre. En effet, dans un premier temps, le troc est plus acceptable pour le petit que le prêt sans contrepartie. Pour l’enfant qui reçoit quelque chose en échange de ce qu’il a donné, la frustration est moindre. Être privé momentanément de quelque chose génère de la frustration, mais la confrontation à cette privation permet à l’enfant de comprendre qu’il n’est pas seul au monde. Elle invite l’enfant à se mettre à la place de l’autre et lui fait comprendre que son ou sa camarade aimerait aussi jouer un peu avec son jouet. Face à l’insatisfaction de son désir, l’enfant est obligé d’apprendre à exprimer ses émotions. La mise en mots de ses émotions facilite des interactions harmonieuses avec autrui. En cas de besoin, les adultes peuvent donner à l’enfant des exemples de phrases pour rendre encore plus aisé le contact avec les autres.

Dans tous les cas, il est préférable d’utiliser la négociation plutôt que la contrainte. Ne pas imposer d’emblée à l’enfant de partager, lui montre que l’on respecte son ressenti et l’incite à se comporter pareillement avec son condisciple. Les responsables de l’enfant peuvent également le féliciter quand il partage spontanément.

L’environnement

Être entouré d’enfants favorise l’acquisition de la notion de partage. En effet, lorsque l’enfant se trouve en présence d’autres enfants, au sein de la famille, de la crèche ou de l’école, les chances d’interaction sont multipliées et, par conséquent, les situations de partage sont plus susceptibles de survenir et de faire l’objet d’un apprentissage. Pour pouvoir partager, il faut que chaque individu puisse donner à l’autre sans être lésé. Ainsi, se trouver dans un espace suffisamment grand permet que les enfants puissent se sentir à l’aise. Si les enfants ont l’impression de disposer tous d’un espace propre à eux, ils seront plus enclins à partager.

Outils et stratégie

Des outils et des stratégies peuvent être mis en œuvre pour inciter l’enfant à partager. En premier lieu, on peut multiplier les occasions afin que l’enfant rencontre d’autres personnes de son âge, pas forcément chez lui, mais dans des espaces publics neutres : des parcs, des plaines de jeux, la crèche… Pour les plus petits, on peut prévoir plusieurs versions d’un même jouet, de manière à ce que chaque enfant puisse jouer au même jeu. Pour distraire l’enfant, l’adulte ne doit pas hésiter à lui proposer une alternative, un autre jeu ou une autre activité.

L’utilisation d’un chronomètre peut s’avérer utile pour contrôler la durée d’utilisation du jeu et ainsi permettre à chacun des enfants de jouer chacun à leur tour à un même jeu. L’adulte peut aussi proposer des jeux collaboratifs, par exemple la réalisation d’un puzzle où, sous sa supervision, les enfants ajoutent une pièce chacun à leur tour. Lors d’une activité de coloriage, il peut également prévoir un nombre restreint de crayons de couleur pour inciter les enfants à se partager l’objet.

Parfois nous devons être prêts à accepter que l’enfant ne souhaite pas partager un objet auquel il accorde une intense valeur affective. Le cas échéant, ranger avec lui les jouets qu’il ne souhaite pas partager avant l’arrivée de ses camarades. Nous-mêmes, en tant qu’adultes, nous avons tous des objets auxquelles nous tenons particulièrement et que nous refusons de prêter à qui que ce soit.

Conclusion

L’enfant qui partage quelque chose est une personne qui entre en contact avec l’autre. L’échange d’un objet est un moyen de tisser des relations. Cette démarche est essentielle pour amener l’enfant à se rendre compte qu’il n’est pas seul au monde et que nous devons nécessairement vivre avec les autres. L’action de partager est également un apprentissage de la confiance. Lorsque je donne à l’autre, je sais qu’il ne va pas me prendre définitivement cet objet, mais qu’il va me le rendre par la suite. Tout comme moi, dans le futur, je lui rendrai ce qu’il me prêtera. En définitive, nous constatons que, loin d’être banal, l’action de partager est indispensable à toute socialisation.

Dans quelle mesure une meilleure connaissance de l’apprentissage du partage chez le petit enfant peut-elle nous aider à mieux comprendre nos réticences à partager à l’âge adulte ? Même si la capacité à partager se construit principalement pendant l’enfance, comment entretenir celle-ci tout au long de notre vie ?

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Informations complémentaires

Année

2022

Auteurs / Invités

Guillaume Libioulle

Thématiques

Enfance, Enseignement, Qualité de la vie / Bien-être, Solidarité

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