La Sainte Vierge Marie

Willy De Winne

 

UGS : 2012037 Catégorie : Étiquette :

Description

Selon le mythe chrétien, l’histoire sainte de la Vierge Marie commence au moment où le dieu de Moïse décide de donner une deuxième chance aux hommes, frappés de malédiction divine et chassés du paradis terrestre depuis la chute d’Ève et d’Adam. Après des millénaires d’opprobre et de punitions, telles que le péché originel, le déluge, la destruction de Sodome et Gomorrhe, l’esclavage en Égypte du peuple élu, etc., voici que Dieu décide brusquement de revenir sur sa décision et d’accorder aux hommes une nouvelle chance de salut éternel en se souvenant sans doute qu’il ne les avait pas traités fort équitablement, eu égard à leur création selon son image et en sachant qu’il leur avait bassement tendu le piège du fruit défendu. Piège, dont il connaissait évidemment d’avance le résultat. Auparavant déjà, à la suite d’une brouille semblable avec certaines de ses créatures angéliques, Il avait déjà dû en chasser quelques-uns : Satan, Lucifer, Belzébuth et consorts. Mais sa malédiction à leur égard n’avait pas impliqué la suppression de leur statut d’immortalité. Par comparaison à ces anges déchus, le sort des hommes, rendus héréditairement mortels, était donc infiniment plus malheureux. Et en plus, il y avait le problème de la surpopulation en enfer. Car, imaginez Satan et son staff, débordés par l’arrivée ininterrompue d’âmes damnées à la suite du péché originel et dont le nombre était en croissance exponentielle !

Mais comment faire sans trop y perdre la face ? Dieu cogite donc et élabore un plan ingénieux pour réaliser cette rédemption des hommes, dont l’exécution exigera la participation d’une mortelle. (Les dieux de l’Olympe en avaient fait de même.) C’est ici que Marie va entrer en scène pour jouer un rôle majeur dans la réalisation du plan divin.

Voyez plutôt.

Dieu commence par envoyer l’ange Gabriel sur terre pour annoncer à une jeune fille mariée, mais restée vierge, appelée Marie, épouse de Joseph, qu’elle est l’« élue parmi toutes les femmes », qu’elle deviendra enceinte et enfantera un fils qui s’appellera Jésus, fils du Très-Haut.

Ensuite, il envoie une part de lui-même, l’« Esprit Saint », sur terre pour « connaître » cette Marie, qui, à terme, enfantera un enfant mâle, du nom de Jésus, comme l’ange l’avait dit avant qu’Il fut conçu dans le sein de sa mère. (Luc 2, 21)

Jésus, l’enfant de Marie, étant une autre part de lui-même, s’appellera par conséquent Dieu-le-Fils. Luc le rapporte ainsi en 1, 35 :

« Le Saint-Esprit viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te couvrira de son ombre. C’est pourquoi le saint enfant qui naîtra de toi sera appelé Fils de Dieu. »

Lui-même, le concepteur du plan de la rédemption, se fera désormais désigner comme Dieu-le-Père, plutôt que le Saint-Esprit qui avait pourtant été spécialement dépêché sur terre pour « connaître » plus « intimement » Marie.

Quant à Marie, elle restera éternellement vierge, même après son accouchement. Elle aura pourtant, selon le Livre, plusieurs fils.

Jésus, son fils ainé, sera éduqué conformément à la Torah. Il sera circoncis le huitième jour. Comme son père « adoptif », il deviendra charpentier et très tôt déjà il discutera religion au temple avec les rabbins et les pharisiens, qu’il qualifiera plus tard de « race de vipères » et de « sépulcres blanchis ». Concernant le rôle de Marie, les évangiles canoniques et apocryphes ne nous apprennent pas grand-chose. Jésus ne fait d’ailleurs pas grand cas de ses parents, car il estime que son vrai père est dans les cieux (Luc 8, 19 à 21). En revanche, au début de sa prédication dans son village de Nazareth, Jésus n’obtient pas l’assentiment de ses parents qui ont de sérieux doutes sur sa santé mentale, comme nous le rapporte Marc dans son Évangile (3, 21) : « Les parents de Jésus, ayant appris ce qui se passait, vinrent pour se saisir de lui ; car ils disaient : « Il est hors de sens ». Accusant le coup, Jésus reconnaît d’ailleurs que personne n’est prophète en son pays ! Il fera nettement mieux ailleurs, par la suite.

Nous ne savons pratiquement rien de la vie de Marie. Pendant des siècles, son statut est resté mystérieux. Mais n’oublions pas qu’au temps de Jésus et encore très longtemps après, la femme était considérée comme une créature vraiment très inférieure au mâle. Ce n’est qu’au concile de Trente (1545) et après de longues tergiversations, que l’église de Rome lui a enfin reconnu et attribué une âme, ce qui relativise donc fortement le statut de Marie, même étant l’« élue parmi toutes les femmes ».

Saviez-vous qu’il a fallu attendre cette année 2012 pour que l’Église catholique romaine fête le soixante-deuxième anniversaire de la proclamation par le pape Pie XII, en 1950, du « dogme de l’assomption de Marie », la mère de Jésus. Alors que les Évangiles canoniques et apocryphes sont absolument muets concernant le sort de la Vierge Marie après la crucifixion de son fils à Golgotha, le début assez vague d’une croyance en l’hypothèse de son assomption céleste, se situe aux environs du cinquième siècle, dans le chef de quelques pères de l’Église qui se sont interrogés au sujet de son sort après la crucifixion et la résurrection de Jésus. Comme par ailleurs aucun document historique, ni aucun texte chrétien ne parle ni de sa vieillesse, ni de son décès, certains pères de l’Église en ont déduit que Marie n’a sans doute pas connu la mort naturelle, mais qu’elle s’est trouvée à un moment donné dans un état qualifié par l’Église primitive et actuelle de « dormition » pendant un temps indéterminé et sans présomption ni croyance précise de son avenir eschatologique. Déjà sa qualification de « theotokos, ou mère de dieu » avait suscité mainte controverse.

Il aura fallu attendre 1950 pour qu’enfin le magistère romain, par la voix du pape Pie XII, fort de son infaillibilité doctrinale, tranche le mystère de la fin de cette hypothétique « dormition » par la promulgation de la constitution apostolique Munificentissimus Deus. Ce n’est qu’après avoir consulté les évêques du monde entier que le pape s’est décidé à lever le voile sur ce mystère déjà vieux de deux millénaires. Son encyclique décrète que la Vierge Marie a été élevée corps et âme à la gloire céleste. Vous aurez sans doute remarqué que cette « assomption de la Vierge Marie » ne figure même pas dans le crédo chrétien, puisque celui-ci n’a pas été « remis à jour » après la proclamation de ce nouveau dogme en 1950 !

Comment faut-il comprendre ce « rattrapage » dogmatique de l’Église de Rome ?

La formule dogmatique adoptée est assez vague pour qu’il soit loisible aux fidèles de croire que Marie a, oui ou non, connu la mort. Certains parlent de « dormition », d’autres pensent qu’après son décès elle a été mise au tombeau à Éphèse (l’actuelle Izmir, où elle aurait habité une maison indiquée par le tourisme local) ou à Jérusalem, et que c’est ensuite seulement qu’elle aurait été ressuscitée par Dieu et élevée au ciel avec son corps et son âme. Mais ces deux interprétations, sur lesquelles Pie XII ne se prononce pas, ne changent rien au fond de la question. Pour le magistère romain la mère de Jésus est, comme son fils, présente au ciel dans son intégrité physique et psychique, privilège unique et considérable. Et par conséquent, ce dogme est résolument repoussé par les protestants, qui reprochent à Rome d’avoir laissé croître et embellir indûment le culte de Marie, au point que celui-ci obscurcit le culte divin de Jésus-Christ, seul médiateur et seul rédempteur des péchés des hommes. Cette critique se trouve sans doute quelque peu avérée par la constatation que, dans la plupart des églises, l’autel de la Vierge a pris une telle importance médiatique et cultuelle que le tabernacle divin passe presque inaperçu en regard des grappes de fleurs et de buissons ardents de cierges et d’ex-voto de toutes sortes dédiés à la mère de Dieu.

Ne dirait-on pas que celle qui enfanta sans le secours d’un homme, celle qui fut exempte du péché originel (dogme de l’immaculée conception proclamé un siècle auparavant par Pie IX en 1854) et celle qui « ressuscita » corporellement et psychiquement, est devenue une sorte de pseudo-déesse, dont l’amour miraculeux surpasse celui de Dieu, lui-même ? C’est en effet après cette première « promotion dogmatique » de Marie en 1854 qu’elle entame une longue série d’apparitions à des enfants, un peu partout dans nos pays catholiques, comme par exemple en 1858, à Lourdes, où elle apparaît plusieurs fois de suite à la jeune Bernadette Soubirous.

Et très vite, la renommée de ses apparitions et de ses guérisons miraculeuses fera le tour du monde des croyants et des sceptiques. Son culte permettra grandement de revigorer la foi catholique tombée un peu en désuétude et de redorer le blason du magistère romain qui en avait bien besoin et qui s’est aussitôt empressé d’organiser des pèlerinages vers les lieux devenus saints du jour au lendemain et à mettre sur pieds des organes médicaux de contrôle afin d’authentifier la nature miraculeuse des guérisons.

Sa deuxième « promotion dogmatique » en 1950 viendra avantageusement renforcer encore davantage son rayonnement et son pouvoir miraculeusement guérisseur. L’assomption de Marie est même décrétée par nos États – dits laïques – comme une des quatre fêtes d’obligation de l’année et donc considérée comme un jour férié. En effet, à l’inspiration de Richelieu et du père Joseph, capucin et éminence grise de Louis XIII, ce grand roi fit publier le 10 février 1638, une déclaration royale, attribuant à la Providence et à l’intercession de Marie, les succès intérieurs et extérieurs du royaume de France. Le roi promettait également de faire reconstruire le grand autel de Notre-Dame de Paris, assorti de l’image de la Pietà de Michel-Ange.

À chaque jour anniversaire de sa montée au ciel, le 15 août, des processions grandioses devaient solenniser cet événement. Interrompues à la Révolution, ces processions furent rétablies durant le premier Empire par Bonaparte, qui profita de la forte popularité de cette fête pour y accoler celle de saint Napoléon !

Plus tard, le 21 mars 1922, le pape Benoît XV décerna à la Vierge Marie, le titre officiel de patronne principale de la France. Les processions mariales perdureront encore quelque temps, avant de tomber en désuétude à partir de la Deuxième guerre mondiale, mais le rayonnement du pouvoir miraculeux et guérisseur de la Vierge Marie a gardé toute sa force et sa vigueur dans les sites de son apparition visités annuellement par des milliers de pèlerins, grâce à un support logistique très fructueux.

 Actuellement peu de catholiques s’intéressent encore aux privilèges doctrinaux de Marie. Ils confondent couramment l’immaculée conception avec la naissance virginale de Jésus. Certains, dont surtout les féministes, sont même d’avis que l’idéalisation exagérée de Marie, dévalorise le statut ordinaire de la femme dans sa qualité de mère des hommes. Entre Marie, « humble servante et mère porteuse du Seigneur », et les exaltations superlatives dont les hommes de l’Église de Rome la gratifient – alors que dans les Évangiles, Jésus parle à peine de sa mère, et en tout cas nettement moins souvent que le prophète Mahomet ne parle d’elle dans le saint Coran – il existe à cet égard un fossé difficile à franchir.

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Informations complémentaires

Année

2012

Auteurs / Invités

Willy De Winne

Thématiques

Mythes, rites et traditions, Questions et options philosophiques, politiques, idéologiques ou religieuses, Religions