La laïcité dans la vie sociale

Philippe GROLLET

 

UGS : 2006014 Catégorie : Étiquette :

Description

La laïcité n’est pas seulement une attitude philosophique ou une prise de position politique.

Expression des revendications relatives à la liberté de penser et au respect de la dignité humaine, elle s’insère dans de nombreuses circonstances de la vie sociale.

En voici une vue synthétique.

La laïcité politique, définie en Belgique comme le devoir d’impartialité des pouvoirs publics à l’égard des conceptions philosophiques et religieuses des citoyens, demeure une exigence de toute démocratie.

Un État démocratique, c’est-à-dire un État laïque, garantit à l’ensemble de ses citoyens une absolue liberté de conscience et une citoyenneté pleine et entière, de sorte que l’appartenance à telle religion, à telle autre ou à aucune, ne modifie rien aux droits et aux obligations de quiconque.

Le fait que l’État ne puisse puiser dans la foi d’une partie des citoyens la légitimité des décisions qu’il prend, ne veut pas dire que cet État ne peut se référer à des valeurs pour trancher notamment les grandes questions auxquelles il est confronté, notamment en matière éthique, avec le progrès des techniques biologiques (contraception, interruption volontaire de grossesse, recherche sur embryons, clonage thérapeutique, euthanasie, assistance au suicide, etc.) Mais les valeurs, auxquelles l’État peut et doit se référer, sont celles communes à la société, qui transcendent les communautés philosophiques.

Les associations constitutives du Cal ont joué un rôle essentiel dans l’évolution de nombreuses questions de société, autour de l’école, la contraception, l’avortement, l’euthanasie…

Leur combat n’a jamais eu pour objet d’arracher aux pouvoirs publics des privilèges, mais bien d’étendre au bénéfice de tous une contraception efficace, un accès à l’interruption volontaire de grossesse, une mort digne dans les conditions définies par la loi, un enseignement public dégagé d’interdits dogmatiques ou des tabous religieux.

Les valeurs

L’école

Pour les laïques, l’école a une vocation initiatrice et formatrice. Elle doit non seulement transmettre du savoir, ou du savoir-faire, mais aussi apprendre à apprendre et apprendre à penser. Elle doit développer les capacités d’analyse, d’esprit critique et transmettre des valeurs. L’école officielle, ni missionnaire ni instrument d’évangélisation ou de propagation idéologique, se doit de transmettre des valeurs démocratiques, citoyennes, humanistes…, et assurément ne pas être un lieu de propagande, une officine de parti, d’église ou de secte.

À travers tous les enseignements, l’école doit accomplir cette mission. Elle se doit d’être complétée par un cours spécifique, dont l’objet explicite serait d’aborder la problématique de la recherche du sens, la rencontre des autres et les mécanismes de la citoyenneté. Ceci est le fondement du cours de morale laïque.

Libre examen

Avant d’être l’affirmation d’un droit, celui de la liberté de conscience, de la mise en doute, de la critique et de l’examen de toute proposition et affirmation, avant d’être l’affirmation de ce droit à l’autonomie de la pensée, de la critique intellectuelle, le libre examen est d’abord l’acceptation d’un devoir : celui d’une remise en question constante de ses préjugés, son conformisme, ses habitudes mentales.

Autonomie, liberté et responsabilité

Au même titre que la liberté d’examen, la quête d’autonomie reste un idéal vers lequel tendre.

Le droit à l’autodétermination, le droit à disposer pour soi-même, dans les limites des droits d’autrui, et, en dernière analyse, le droit de disposer de soi-même (le cas échéant, jusqu’au suicide) est une conséquence de la reconnaissance de l’autonomie au rang de valeur.

Conquête de la citoyenneté

La conquête de la citoyenneté est au social ce que la conquête de l’autonomie est à l’individu. L’exercice de la citoyenneté est une affaire de démocratie politique, mais également un engagement personnel et une prise de responsabilité dans la chose publique, tant à l’échelle microsociale –couple, noyau familial, cercle amical, entreprise – qu’à l’échelle des communautés sociales ou politiques. Au même titre que le libre examen, la citoyenneté est plus une discipline qu’une revendication : c’est un engagement et une prise de responsabilité.

Les conquêtes de la laïcité

L’existence d’une assistance morale laïque est la garantie qu’en toutes circonstances, le demandeur sera reçu et entendu précisément sans crainte d’embrigadement religieux ou politique.

La laïcité est assurément le choix de l’indépendance de la pensée, celui du miroir de la conscience. Être laïque, c’est un état d’esprit.

Concrétiser l’idéal laïque en actes, dans un service de solidarité, d’assistance morale, dans une association locale ou un cercle de réflexion, c’est le choix volontaire et spontané de celles et ceux qui ont créé, animé et qui continuent à développer les associations laïques. Ils ne peuvent se contenter de simplement rêver la laïcité et d’espérer le libre examen.

Funérailles

De plus en plus de familles non religieuses sont très dépourvues, quand survient la disparition d’un proche, pour organiser dignement une cérémonie funèbre qui ne se limite pas à la simple inhumation ou à l’incinération en silence. Des associations laïques sont à l’écoute de ces familles.

Interruption volontaire de grossesse – IVG

La loi de dépénalisation de l’avortement en Belgique est le constat qu’il n’existe plus le moindre consensus social pour considérer que le principe abstrait de la vie d’un embryon (une personne potentielle, mais point encore une personne) est supérieur à la liberté de la femme de décider de mettre un enfant au monde, avec toutes les responsabilités que cela implique pour offrir à l’enfant à naître les meilleures conditions d’épanouissement avec, pour commencer, la reconnaissance de son statut d’enfant désiré.

Euthanasie

Ces vingt-cinq dernières années, les esprits ont beaucoup évolué, y compris dans les milieux conservateurs, en ce qui concerne la prise en considération du désir du patient d’être libéré de l’emprise de la douleur.

Les spectaculaires progrès de la médecine ne permettent plus aujourd’hui de négliger le fait que, dans un certain nombre de situations, le médecin, le personnel hospitalier, voire l’entourage du mourant, à défaut de pouvoir vaincre la mort, peuvent en tout cas en aménager les modalités. Ce qui implique non seulement de la préparer, de l’accompagner, mais aussi quelquefois d’en conclure le processus. Il ne saurait être question de régler un problème aussi délicat que l’accompagnement de la fin de vie par une vision abstraite, dogmatique, théologique de « la vie ». Le seul critère acceptable est celui de la dignité de la personne en fin de vie et celui de sa liberté. C’est bien l’esprit de la loi belge de dépénalisation partielle de l’euthanasie promulguée le 28 mai 2002.

La famille

S’il y a un domaine où les mentalités et les pratiques ont fort évolué, c’est bien celui de la famille. Les rapports hommes-femmes, les réalités économiques et sociales (indépendance économique relative des époux, évanouissement de la notion d’indissolubilité du couple) ainsi que les rapports intergénérationnels ont considérablement changé.

Instituée par la religion et par la loi comme la cellule de base, la famille a pris aujourd’hui des visages très diversifiés, avec ou sans l’institution légale du mariage. Coexistent ainsi les couples hétérosexuels et homosexuels, des couples avec ou sans enfants, des familles monoparentales, des familles recomposées… La manière d’appréhender la reproduction, le désir et le non-désir d’enfants et la planification des naissances, la perception des droits de l’homme… tout cela a bousculé bien des schémas et bien des certitudes.

Au niveau du droit, beaucoup d’adaptations restent pourtant encore à accomplir pour une stricte égalité des sexes et des personnes, via l’individualisation des droits à la sécurité sociale.

Mariage « laïque », reconnaissance conjugale et parrainage

La laïcisation de l’état civil, et tout d’abord du mariage, est une conquête majeure de la démocratie. Pour les « laïques », attachés au mariage civil, seul encore susceptible de porter des effets juridiques, il importe que la cérémonie civile bénéficie d’un minimum de solennité. La première revendication laïque à propos du mariage tient par conséquent à la valorisation du mariage civil.

À la demande de couples qui souhaitent personnaliser davantage leur union (sanctionnée ou non par le mariage civil, aussi ouvert en Belgique aux couples homosexuels depuis juin 2003) des cérémonies personnalisées sont organisées depuis quelques années. On les appelle des « mariages laïques » ou plus justement « cérémonies laïques de reconnaissance conjugale », formulation qui convient aussi bien aux mariages proprement dits, aux couples en cohabitation légale (Pacs) ou à ceux qui souhaitent une reconnaissance sociale de leur union sans le recours à aucune institution juridique.

Face à l’exclusion, à l’égoïsme, au repli sur soi, à l’abrutissement mental, à tout ce qui menace la dignité humaine, face au formidable défi de construire une société qui demain échappe à la barbarie, une chose est en tout cas certaine : seuls nous ne pouvons rien. Ensemble, nous pouvons beaucoup. Et beaucoup reste à faire !

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Informations complémentaires

Année

2006

Auteurs / Invités

Philippe Grollet

Thématiques

Ambitions de la laïcité, Euthanasie, Fin de vie, IVG, Laïcité, Participation citoyenne / Démocratie, Qualité de la vie / Bien-être

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