La grande intelligence, une illusion ?

Pierre J. Mainil

 

UGS : 2010006 Catégorie : Étiquette :

Description

L’article Le hasard, une illusion ? est un pamphlet. Julien Severy vilipende vigoureusement l’intervention du hasard pour expliquer l’inexplicable. Le « bête hasard » comme il l’appelle « qui n’est qu’une commodité verbale et n’explique rien ». Par sa composition, son style, ce texte fait plus penser à un « coup de gueule » qu’à une thèse longuement réfléchie, avec une pesée patiente des arguments de l’un et de l’autre, avec un net partage de ce qui est connu, de cet inconnu qui reste à découvrir, et de l’inconnaissable qui le restera à jamais.

J’y ai trouvé des affirmations péremptoires plus propres à assommer l’adversaire qu’à le convaincre, des phrases qui seraient plus à leur place dans la bouche d’un tribun qui cherche à galvaniser ses troupes, des propos si définitifs que se permettre de les critiquer risque de vous faire taxer d’être de mauvaise foi. Ainsi par exemple : « Il y a en toutes choses une logique, une cohérence, mais oui, utilisons le mot une intelligence qui vous laisse perplexe le plus sceptique des sceptiques, pour autant qu’il abandonne au vestiaire ses préjugés et sa superbe »
ou : « En effet, pour peu que nous donnions la peine d’ouvrir les yeux et de regarder les choses en homme neuf, tout ce qui existe est source d’émerveillement… »
ou : « Rien n’échappe à cette constatation… ».

L’opposant à sa thèse n’a qu’à bien se tenir, à prendre ses précautions s’il ne veut pas être assimilé à un scientiste attardé et borné. Sous le couvert d’une fausse modestie, « Admettons que nous sommes des ignorants », l’adversaire est brutalement accablé « ne cherchons pas à établir à la va-vite n’importe quelle théorie dont nous nous satisferions en vue de l’obtention d’une gloire dérisoire ».

Cela me fait aussi penser à un texte rédigé à la dictée avec ses imprécisions, ses « à peu près ». Des citations sont données de mémoire. On trouve ainsi : « comme disait je ne sais plus qui… » ou « un éminent penseur qui nous a quitté récemment disait… », ou encore « Comme le disait un célèbre auteur… ».

Severy voit dans le monde vivant des réalisations qui l’émerveillent. Qui ne le serait pas ! Devant elles, il sent que l’homme, avec toutes ses connaissances, est petit. Incapable de reproduire artificiellement ces prodiges, le mot n’est pas trop fort. J’éprouve le même sentiment. Comme par ailleurs lorsque je visite par exemple une centrale nucléaire. Je me sens faible, désarmé devant toute ingéniosité.

Et je ne peux qu’admirer l’intelligence de cette multitude de créateurs dont l’entremêlement des compétences a permis d’accomplir une telle œuvre. Devant les merveilles du cosmos, Severy se dit qu’elles aussi doivent avoir une cause qui a procédé à leur mise en œuvre. S’il n’utilise jamais le mot « créateur », il ne peut s’empêcher de penser sans le citer au Grand Horloger de Voltaire ou au Grand Architecte de l’Univers. Il les remplace par un nouveau concept auquel il accole le patronyme de la Grande Intelligence.

Ce faisant, il adopte une démarche fondamentalement déterministe. Aucune place pour des lois probabilistes. Ne dit-il pas : « Ne tournons pas autour du pot. Tout, mais absolument tout, est régi par une intelligence prodigieuse et universelle. Nous l’appellerons la Grande Intelligence. »

Comme toute position déterministe, elle a pour conséquence la négation de toute possibilité de liberté. Notamment celle de l’esprit. Si jamais aucun processus aléatoire ne pouvait pas être supputé, en face du dilemme je serais toujours amené à adopter la vraie solution, celle que les lois de la nature m’obligeraient à suivre à mon insu, celle de cette intelligence suprême dont il affirme sans hésiter l’existence.

Bien sûr, le « hasard » n’est qu’un concept. Comme pour tous les concepts, la prudence est de rigueur dans son emploi et dans son interprétation. Aussi, pour éviter tout mécompte, convient-il d’être particulièrement précis dans sa définition. Afin de comprendre le mécanisme de sa pensée, voyons celle qu’il en donne. Severy en dit : «  Ce que nous appelons hasard est notre ignorance de mécanismes dont l’essence ou la succession nous échappent ».

Cette définition est insatisfaisante. Elle est limitée. En plus, elle fait appel à un jugement de valeur en parlant d’ignorance, ce qui induit à penser que la disparition de cette ignorance abolirait la notion même de hasard. Est-ce si sûr ? N’existe-t-il pas des phénomènes dont rien ne permet de fixer tout ou partie de la démarche ? Serait-il possible que toi lecteur, en décidant de lire ce texte, tu n’aies fait que te conformer à un processus prévu au début des temps par cette Grande Intelligence qui aurait tout inscrit dans le Grand Livre du Déroulement du Monde ? Parce qu’il faut être conscient que si « tout, absolument tout est régi par une intelligence prodigieuse et universelle », ta marge de liberté est nulle. Je pense que Severy n’a pas saisi les conséquences de sa prise de position.

Essayons d’analyser le concept de « hasard ». Il est lié au processus aléatoire. On l’évoque lorsqu’une action peut se produire selon deux processus distincts et que chacun d’eux à la même probabilité de survenir. Ce qui se produit est dès lors imprévisible. Le résultat est indéterminé de par la nature propre du processus.

Un exemple doit permettre de mieux situer la problématique. Dans une urne se trouvent une boule noire et une boule blanche. Je plonge ma main dans l’urne. J’en retire une boule. Elle est blanche. Je remets cette boule dans l’urne. Je veux en retirer une à nouveau. Elle pourra aussi bien être blanche que noire.

Le mécanisme du tirage est bien connu. Si aucune loi précise ne détermine la motivation qui préside au déplacement de la main dans l’urne, en d’autres termes si tous mes actes ne sont pas prédéterminés, ou mieux encore si ma personne dispose de certains degrés de liberté, il ne sera pas possible que quelqu’un puisse connaître par avance le résultat. Le phénomène est strictement aléatoire. Le résultat fait partie de l’ensemble des actes caractérisés par ce concept du « hasard ».

Il est évident que le fait que le résultat d’une opération ne soit pas connu ou ne soit pas prévisible, n’implique pas nécessairement qu’il soit à ranger dans la catégorie des actions régies par le « hasard ». Rien ne nous autorise en effet de dire qu’il est aléatoire. Il est possible que cette « imprévisibilité » soit simplement causée par notre méconnaissance actuelle des lois qui régissent le phénomène. Acte à classer dans ce qui est dénommé le « chaos déterministe ».

A contrario, rien non plus n’autorise à prétendre démontré que tous les phénomènes de l’Univers obéissent à un déterminisme non encore perçu, mais existant objectivement, qu’aucun phénomène n’est aléatoire, qu’aucun n’obéit à des lois probabilistes.

La définition donnée du hasard par Severy est on ne peut plus réductrice. Elle implique l’affirmation d’un déterminisme presque absolu. Une toute petite réserve qu’il se ménage en s’affirmant « bon prince » : il admet que « le hasard, comme on l’entend généralement, peut être invoqué dans un nombre très restreint de cas. Mais il ne peut l’être en tant que règle universelle ». Quel est d’ailleurs le scientifique digne de cette appellation qui prétendrait que tout dans le cosmos n’est régi par aucune loi ?

Lorsque Severy aborde le monde de la matière « inerte », il se borne à estimer que les propriétés de l’atome d’hydrogène et des cristaux sont analogues de par le monde. Il enfonce une porte ouverte. Le monde macroscopique semble être bien déterministe. Je ne connais aucun scientifique qui prétendra le contraire. Mais peut-on être tellement affirmatif avec le monde de l’infiniment petit ? Je pense que non. Il ne s’aventure pas.

Severy veut convaincre avec des exemples tirés du monde de la vie. On pourrait les « multiplier à l’infini », dit-il. Il se bornera à en évoquer quatre. Il cite la synthèse chlorophyllienne, la fécondation d’une orchidée amazonienne, le ramollissement par des sucs gastriques de la coque d’une graine et le mécanisme de travail de l’insuline.

Il signale que les processus physico-chimiques de la synthèse chlorophyllienne sont d’une économicité incomparable et inégalable par les processus artificiels imaginés par l’homme. En disant que « la plus bête petite algue bleue réussit » ce que « aucun laboratoire, aussi bien équipé qu’il soit, ne réussit à imiter », il postule que l’avancée des processus industriels de notre temps est arrivée à son niveau absolu, et que jamais plus de progrès ne pourrait être accompli. Il ne semble pourtant pas estimer que les sciences soient arrivées à la limite de leurs progrès. Il croit en effet que « … si nous comparons ce que nous avons élucidé avec ce qui reste à découvrir, nous sommes encore loin du but ».

Est-il conscient que c’est avec une argumentation de ce genre qu’en début du siècle dernier on en était encore à nier de pouvoir synthétiser de la matière organique pour la création de laquelle « la force vitale » était indispensable. Que n’a-t-on réalisé depuis !

Il réfute la réponse faisant intervenir le programme génétique par une double question : « Oui, bien sûr. Mais qui a rédigé le programme et qui en surveille l’exécution ? » Il semble ignorer que le programme est autocontrôlé. Ensuite, il entame la danse circulaire autour du totem. Que fait-il d’autre sinon de demander qu’on lui apporte la preuve de la non-existence d’un créateur. Ce qui est impossible, tout comme l’est la preuve de son existence. Et ce à jamais ! Car si un jour, on arrive à fabriquer artificiellement un organite capable de faire cette synthèse chlorophyllienne – ce n’est pas à exclure – rien ne sera résolu. Un nouveau problème surgira. Car chaque fois, une avancée scientifique suscite de nouvelles interrogations. Et ce sera sans fin !

Qui ne serait pas aussi rempli d’étonnement devant l’exemple donné de l’orchidée d’Amazonie qui se fait féconder par le truchement d’un insecte dont elle a vaguement pris la forme. Certes oui. Et après ? Qu’est-ce que cela prouve ? Si ce subterfuge n’existait pas, ce type d’orchidée aurait disparu, faute de fécondation de la fleur femelle. Quelle complication ? Cette « Grande Intelligence » tellement soucieuse du rapport qualité/prix, du rendement des opérations, n’aurait-elle pas pu arriver à cette fécondation par des procédés plus simples ?

Il suit le même type de raisonnement avec la graine à la coque dure qui doit passer par l’estomac d’un ruminant pour pouvoir germer. Mais comment ne pas comprendre que, si cette variété de graine obtenue par mutation n’avait pas été avalée par ce ruminant, sa postérité aurait été nulle. Sa coque dure, qui était un élément totalement défavorable, a eu son rôle négatif annihilé. Cette mutation nocive en soi est apparue dans un environnement où l’antidote existait. Heureusement ! Tout simplement. Et pas le moindre mystère à susciter en témoignage !

Enfin, l’exemple de l’insuline doit-il nous faire pâmer ? Si ce mécanisme apparu après de multiples bricolages testés, adoptés ou rejetés au cours de l’évolution, n’avait pas existé, nous n’aurions pas survécu. Pour que notre espèce vive, il fallait que cela existe. Le phénomène de rétroaction décrit n’a rien de particulier. Je ne comprends pas que l’on puisse s’extasier devant cela parce que l’insuline  « fait son travail toute seule, sans que nous ayons à nous en occuper, sans usine, à un prix de revient quasi nul ».

Constatant que « tout ce qui existe est source d’émerveillement du fait de sa conception, de son agencement et de sa cohérence avec sa finalité » Severy sombre, sans s’en rendre compte, dans le finalisme et cède devant l’étonnement que procure tout phénomène allant dans un sens bien déterminé.

Mais l’apparition d’une convergence n’implique pas la présence d’une finalité dans le phénomène où elle se présente. Elle peut être un leurre. Un jeu du hasard doit permettre d’éclairer cela. Prenons une urne. On y place une boule rouge et une boule noire. On procède à un tirage. Supposons avoir en main une boule rouge. La probabilité d’avoir à ce moment une boule rouge est à ce moment de 1/2. L’opération suivante consistera à remettre dans l’urne la boule rouge retirée et une boule de la même couleur. La probabilité d’avoir à nouveau une boule rouge est de 2/3, puisqu’il y a maintenant deux boules rouges et une boule blanche dans l’urne.

Refaisons la même opération. On tire à nouveau une boule rouge. En replaçant dans l’urne deux boules rouges, la probabilité d’en tirer à nouveau une, monte à 3/4. Un nouveau tirage donne une boule blanche. On remet deux boules blanches dans l’urne. La probabilité précédente devient alors 3/5.

On poursuit une cinquantaine de fois cette opération. L’urne contient à ce moment-là, tout à fait aléatoirement, par exemple trente-six boules rouges pour seize boules blanches. La probabilité d’avoir une boule rouge au prochain tirage est de 36/52. Poursuivons les tirages avec les mêmes processus de replacement des boules. On constate que la probabilité de tirer une boule rouge change de moins en moins et s’oriente vers une valeur bien déterminée : il y a convergence.

Va-t-on en tirer une preuve de finalité et prétendre que ce résultat devait nécessairement être atteint ? Non, certainement pas, car si l’on recommence toute l’opération, on constate à nouveau le même phénomène de convergence, mais pour une autre valeur de probabilité. Et un troisième tirage montrera aussi le phénomène de convergence, mais pour une troisième valeur.

Cette convergence est constatée dans le phénomène de l’évolution. Est-ce à dire qu’elle induise une finalité, qu’il existe un point oméga vers laquelle elle se dirige, qui serait sa justification ? Nullement. Il faut comprendre que le réel est de par son existence détenteur d’un potentiel phénoménal de réalisations, de la même manière qu’existe un ensemble important de valeurs différentes des convergences des tirages de boules.

De la même manière que je n’effectuerai pas tous ces tirages, le monde vivant de notre planète n’a pas exploré toute cette potentialité. De la même manière que lorsqu’on a tiré une vingtaine de boules, la convergence se manifeste, de la même façon les convergences apparaissent dans la genèse des espèces déjà dans les temps géologiques. Mais ces convergences ne permettent pas d’affirmer l’existence de la finalité voulue, d’une progression inéluctable vers un type d’animal, de l’animal humain en l’occurrence.

Une autre forme animale douée du même esprit que le nôtre aurait pu exister. Elle n’est pas apparue parce que les formes de vie ne se sont pas engagées dans la voie qui aurait pu lui donner naissance ou se sont interrompues brutalement avant terme. Si la vie existe dans le cosmos ailleurs que sur la terre, des formes douées d’intelligence n’auront pas nécessairement le même aspect que le nôtre.

Ce petit parcours critique des prétendues preuves de l’existence de la « Grande Intelligence », basées sur les qualités de produits vitaux, montre qu’elles ne sont pas concluantes. Pourquoi se risquer à imaginer une volonté supérieure qui aurait décidé de la création de ces phénomènes particuliers. Pourquoi ne pas se contenter de dire « Je constate, mais je ne sais pas ». Serait-ce infamant ?

On peut être émerveillé de ce qui se passe sous nos yeux. Même plus, on doit l’être. Mais en même temps il faut s’arrêter là. Et admettre l’existence de l’inconnu. Et aussi de l’inconnaissable, de ce que jamais, même à la fin des temps, l’homme ne sera à même de connaître. Poursuivre inlassablement sa quête du savoir. Et ne tirer aucune conclusion hâtive. Rester dans la modestie. Mais refuser de stagner dans l’ignorance.

Et surtout ne pas adopter le même processus d’explication que celui à qui Severy reproche de se réfugier derrière ce « hasard » qui « a bon dos ». Pourquoi tombe-t-il, lui aussi, dans le travers qu’il dénonce en ces termes : « Comme la nature a horreur du vide, disait-on jadis, l’esprit humain a horreur de l’inexpliqué. Et lorsque la raison lui fait défaut, il établit des constructions idéatives qui échappent totalement au discours logique, émet alors « des vérités » qu’il érige en règle absolue et s’arroge des délégations de pouvoir qu’il ne tient que de lui-même. Il a beau jeu d’accuser les autres de sorcellerie, alors que sa propre attitude relève du même modus operandi ».

Severy n’a fait que remplacer le concept « hasard » par un autre concept, celui de la « Grande Intelligence ». C’est son droit d’y croire. Non pas de l’affirmer comme une évidence. Pourquoi alors ne fait-il pas le tout petit pas supplémentaire ? Pourquoi ne se range-t-il pas sous la bannière des théistes ? Il en est pourtant conscient. Il concède même : « Certains l’appelleront Dieu. Je veux bien. »

Mais pas pour lui ! Il s’en défend. Mais pourquoi cette argumentation terre à terre qu’il développe pour contester la prise en considération du concept de « Dieu » ? Contrairement à ce qu’il dit, ce terme n’est pas nécessairement sous-tendu « par un anthropomorphisme » qui « le fasse dévier de son sens par une acceptation restrictive et surtout une aura affective superfétatoire. » Les mystiques, ceux qui sont arrivés à décharner le concept, sont bien au-delà de cela. Une démarche symboliste existe aussi dans la pensée religieuse. L’ignore-t-il ?

Mais Severy fait tout de suite marche arrière. Dans une phrase nébuleuse, il se met à affirmer avoir de « solides raisons de croire » que « la classique dichotomie esprit-matière est artificielle », que « …intelligence et matière sont consubstantielles, émanations différentes d’une même nature ». De solides raisons ? Ou la conviction intime ? Alors, pourquoi venir évoquer une « Grande Intelligence » alors qu’il ne s’agit en fait que du complexe matière/énergie et de ses lois causales linéaires et probabilistes…

Après ce travail destructif, je me dois de construire, de préciser le paradigme actuel de ma philosophie. Paradigme, c’est-à-dire un ensemble de présupposés que je ne remets pas en question. Actuel parce qu’il est toujours susceptible d’évolution. Car aucun raisonnement n’est possible si l’on ne pose pas comme fondés quelques a priori invérifiables dont on admet la cohérence sans toutefois pouvoir apporter la preuve de leur véracité. Comment construire si l’on n’installe pas ses bases ? Quels sont donc ces postulats ?

  • Le premier est que le réel existe indépendamment de la conscience que j’en ai. Le réel est objectif, mais je n’en perçois que subjectivement certaines, pas encore toutes les caractéristiques, uniquement celles qui sont fonction de ce que mes sens permettent d’appréhender ;
  • ce réel se ramène à ce que l’on définit comme étant l’énergie, la matière n’en étant qu’une forme particulière – mais je déclare immédiatement que je ne sais pas ce qu’est l’énergie – je n’en perçois que les effets ;
  • ce réel obéit à un ensemble de lois qui conditionnent potentiellement l’existence de ses multiples formes, même si elles ne sont pas toutes présentes à mon entendement en ce temps, soit parce qu’elles ne sont pas encore nées, soit que ma perception de ces formes est impossible ou limitée ;
  • parmi ces lois, certaines laissent à certains phénomènes, de l’infiniment petit notamment, certains degrés de liberté dans la réalisation qui ne sera dès lors strictement déterministe que pour des ensembles et non pour les individualités comme pour les phénomènes macroscopiques.

L’examen de ce paradigme permet déjà de dire que ma philosophie est matérialiste et athée, que je considère que le phénomène vital n’est qu’une facette de cette énergie présente sous forme de matière, que je suis déterministe pour les phénomènes macroscopiques et que j’admets l’existence de réponses aléatoires à des stimuli pour certains types de phénomènes, de manière à pouvoir affirmer que la liberté de choix de l’homme existe dans certains canaux.

J’admets l’existence d’un inconnaissable. Je ne suis jamais saisi par l’angoisse de ne pas pouvoir tout expliquer sachant que la quête de la connaissance est sans fin, qu’elle n’aura jamais de limite. L’absence d’angoisse permet de reconnaître l’imperfection du savoir. Je n’hésite jamais à dire « Je ne sais pas, mais je crois que… » Ce qui évite de tomber dans le piège des fausses explications, faisant appel à des concepts vides de sens qui, à force d’être proclamés, apparaissent parfois comme plus réels que la réalité elle-même.

L’univers est régi par des lois. Tant que l’approche de l’infiniment petit était rudimentaire, on a pu croire à la linéarité de ces lois. Le bouillonnement des idées au cours de ce XXe siècle bat en brèche cette conviction. La conception probabiliste s’est introduite. Et puis sachons que la pensée scientifique ne fait que construire des modèles. Qu’adviendra-t-il de ceux de notre temps ? Ils ne font que supputer que « Tout se passe comme si… » Sans plus ! Et cela n’est déjà pas si mal !

La démarche actuelle ne peut qu’être didactique, non plus cartésienne. Elle est ternaire et non plus binaire. La synthèse de la thèse et de l’antithèse, devient la thèse qui suscitera son antithèse, et une nouvelle synthèse qui… Dès lors toute réponse n’est jamais qu’une étape dans la conquête du vraisemblable.

Mais jamais la Vérité qui sera pour moi toujours inaccessible.

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Informations complémentaires

Année

2010

Auteurs / Invités

Pierre J. Mainil

Thématiques

Questions et options philosophiques, politiques, idéologiques ou religieuses