La démocratie est-elle malade ? 2

Étienne Pohl

 

UGS : 2013003 Catégorie : Étiquette :

Description

Introduction :

Ce que nous appelons communément « démocratie » doit être compris comme « système démocratique de gestion d’un État ».

Ce système de gestion ne se résume pas uniquement à la pratique des élections ; il fait appel à des notions et à des principes beaucoup plus complexes et exigeants que nous détaillons dans ce travail.

L’ouvrage La démocratie est-elle malade ? poursuit en plus les trois buts suivants :
– mieux faire comprendre ses fondements en retraçant son histoire jusqu’à nos jours pour pouvoir faire un diagnostic de la santé de notre démocratie actuelle ;
– définir les conditions minimales pour que le système de gestion d’un État puisse être qualifié de « démocratique », et ensuite analyser dans quelle mesure ce système est applicable, ou non, à l’ensemble des pays de notre planète ;
– enfin permettre au lecteur d’agir aujourd’hui en toute connaissance de cause, grâce à l’analyse des grandes options qui se présentent à nous en ce début de XXIe siècle.

Le « malade » que nous avons étudié peut encore être guéri si nous prenons la mesure de son mal et que nous, les citoyens, acceptons de suivre un régime adapté !

Histoire des « systèmes démocratiques » jusqu’à nos jours

Selon l’adage : « Un dessin vaut mieux qu’un long discours », il nous a semblé intéressant de résumer cette histoire, sous la forme de sept schémas pour :
– retracer l’évolution générale de la démocratie depuis l’époque grecque
– montrer comment des éléments importants entravent de plus en plus le fonctionnement démocratique de notre société actuelle.

Ces schémas vous permettront de mieux comprendre certaines causes de la maladie.

Afin que chacun puisse déceler un maximum d’idées contenues dans ces dessins, il est utile d’expliquer les symboles utilisés :
– La taille respective des composants donne leur importance relative.
– Les flèches indiquent l’influence d’un composant sur l’autre ; leur épaisseur schématise l’importance de cette influence.
– Le « patatoïde » encerclant tous les autres ensembles représente les limites théoriques d’un État et les limites de l’Europe pour le schéma numéro 7.
– Le « grand » rectangle bordé de noir entourant médias, partis, et organismes financiers représente le « mur » qui sépare les citoyens des gestionnaires de la cité. Dans le dernier schéma 7, on voit un second rectangle sombre bordé de noir : c’est un second « mur ».

Pour l’analyse détaillée de ces schémas, je ne peux que renvoyer le lecteur à la lecture du chapitre 3 de notre ouvrage.

Cependant une analyse très rapide vous permettra d’emblée de constater que l’ensemble des électeurs n’est devenu égal à l’ensemble des citoyens qu’après une longue et lente conquête.

Vous constaterez également que, dès le début du siècle passé, trois nouveaux « acteurs » s’insinuent entre les citoyens et les gestionnaires de la chose publique.

Les médias, les partis et les institutions financières vont prendre une place de plus en plus importante jusqu’à pratiquement empêcher presque tous contacts directs entre citoyens et gouvernants. Ce fait est schématisé par un « mur » (cadre noir) présent dans les schémas 5, 6 et 7.

L’introduction de l’État-providence, destiné à apaiser et rassembler les électeurs, n’a évidemment pas restauré le principe de base des démocraties, à savoir un contact direct entre les électeurs et les gouvernants.

Actuellement, les caisses des États se vidant, le retour des gouvernants vers les citoyens par le biais du système de l’État-providence risque fort de s’amenuiser.

Le schéma 6 montre en plus la « gangrène » du gouvernement par les partis (taches roses).

L’Europe représentée au schéma 7, nous permet de constater que
– uniquement une petite flèche en rouge va des électeurs vers une seule des trois instances européennes : le Parlement. Aucun lien ne relie directement les citoyens au Conseil ni à la Commission.
– Un second « mur » est érigé par : d’une part les membres du Conseil représentant les vingt-sept pays membres et n’ayant aucune cure de l’avis de la population, et d’autre part l’apparition des lobbies économiques et religieux dont la seule préoccupation est de « vendre leur camelote » aux décideurs européens.

Les taches roses représentés au sein du Conseil et du Parlement montrent qu’ils sont également gangrenés par les partis.

L’analyse détaillée de ces schémas permet de comprendre de nombreux autres symptômes de la maladie de nos démocraties, mais pour cela nous renvoyons au texte complet.

Conditions minimales pour que le système de gestion d’un État puisse être qualifié de « démocratique »

Les trois conditions décrites ci-dessous doivent être considérées comme minimales, mais non suffisantes. En effet, les garanties constitutionnelles, les lois et l’indépendance de la justice, ainsi que la garantie des contrôles permanents par les citoyens et les sociétés civiles, sont des éléments essentiels de toute démocratie qui se respecte et ne sont pas reprises dans les conditions ci-après.

Notons enfin en préambule à ce chapitre, l’importance de la séparation totale de l’État et des pouvoirs religieux pour garantir la liberté de pensée des citoyens, mais également la liberté de culte.

En plus des remarques faites en préambule ci-dessus, les trois familles de conditions décrites ci-après sont indispensables :
– Conditions politiques : dans lesquelles on retrouve le régime parlementaire représentatif et proportionnel, les élections libres, le suffrage universel, la garantie d’un espace public de discussion, les sanctions électorales, un cadre institutionnel visant à définir l’intérêt général et enfin l’interdiction de l’usage de la force comme moyen de pression.

– Conditions économiques : dans lesquelles on retrouve une sécurité économique des citoyens et la garantie d’un minimum vital pour tous. Certains ont cru que la « démocratie de marché » allait garantir ces conditions, c’était sans compter les dérives des marchés qui ont échappés au contrôle de l’État.

– Conditions éthiques : Ces conditions, trop souvent oubliées, sont pourtant absolument essentielles. On y retrouve l’alphabétisation, la formation civique, éthique et philosophique des citoyens hommes et femmes, devant leur permettre d’acquérir une maturité politique. On y retrouve également la prise en compte des minorités (les majorités simples ne peuvent suffire), la garantie d’une sécurité physique et last but not least, le refus de toutes décisions, même obtenues à une majorité écrasante, si elles vont à l’encontre du respect des principes éthiques fondateurs définis par la Constitution.

L’analyse des conditions ci-dessus, nous montre que l’extension à tous les pays du système démocratique n’est envisageable que si elle est précédée par une éducation à la maturité politique dans un espace public de discussion libre. Nous ne pourrons valablement apporter notre aide aux pays du Tiers-Monde, que si nous parvenons à nous libérer de toutes arrière-pensées colonialistes d’une manière crédible.

Grandes options qui se présentent à nous en ce début de XXIe siècle

Le schéma donné ci-dessous explique, tout en les plaçant dans leur contexte historique, les quatre grandes options se présentant à nous en ce début du XXIe siècle.

Ce schéma montre que nos systèmes démocratiques actuels sont relativement « jeunes » : un à deux siècles, par rapport aux seize siècles précédents où la population de l’Occident a été soumise aux diktats, soit d’une théocratie soit d’un système aristocratique.

Suite à la redécouverte relativement récente des systèmes démocratiques, il n’est pas étonnant qu’ils présentent quelques « maladies de jeunesse ».

Deux facteurs importants sont à la base de ces « maladies de jeunesse ».

D’une part, la révolution française a permis à la population de passer du statut de « serf » ou de « fidèle », au statut de « citoyen libre » et « responsable » de ses actes. Cette modification fondamentale de statut a eu des répercussions énormes sur le comportement des individus. Il n’est pas étonnant qu’une telle « révolution » dans la position du citoyen au sein de la société entraîne des changements profonds et quelques dérives. Celles-ci se sont évidemment traduites dans nos pratiques de la démocratie et par un individualisme sans limite. Le seul remède à cette fuite en avant de l’individualisme consiste à remettre la solidarité à l’honneur et à restaurer la responsabilité de chaque citoyen vis-à-vis de ses contemporains.

D’autre part, depuis le XIXe siècle, la liberté retrouvée, la créativité remise à l’honneur, la liberté d’entreprendre et de profiter du fruit de son travail ont donné une impulsion sans précédent à la création d’entreprise comme à la recherche. Mais hélas cette nouvelle liberté, symbolisée entre autre par le mouvement Bohème, a été récupérée par les marchés et le mouvement consumériste né aux États-Unis. La liberté d’acheter et de consommer tout et n’importe quoi a été transformée par le marché en assuétude à la consommation. Les nouveaux États démocratiques n’ont pas étés épargnés ni par ce désir de consommer au-delà de leurs capacités financières, et donc d’emprunter pour le plus grand profit des organismes financiers, ni par la dérégulation imposée par les marchés, sous prétexte de la sacro-sainte liberté conquise.

De là une des plus alarmantes maladies de nos démocraties : la perte de pouvoir des États au profit des oligarchies financières et le contournement des lois démocratiques par le biais et au profit de la mondialisation du marché.

Le schéma ci-dessous montre donc d’une manière simple le défi majeur du siècle à venir : corriger les maladies de jeunesse pour arriver à une démocratie adulte qui pourra retrouver toute sa puissance pour réguler les marchés et contrecarrer l’hégémonie galopante des oligarchies financières.

Mais attention de ne pas retourner deux siècles en arrière, car les deux dernières options restent dangereuses. Qui pourrait croire que nos démocraties sont à l’abri d’un retour à une théocratie intégriste et/ou du retour à une dictature populiste. La crainte d’un intégrisme musulman pourrait d’ailleurs leur servir d’alibi.

Notons aussi qu’une oligarchie financière, n’ayant par définition ni foi ni loi, pourrait très facilement s’accommoder d’une théocratie pure et dure, soit d’une dictature pour protéger sa puissance financière.

Mais attention ! Une autre option dangereuse nous guette, car une chute brutale du système financier risque de créer un « chaos » qui lui aussi favorise les solutions extrémistes dictatoriales ou religieuses.

Tout l’art de la reprise en main par les démocraties adultes consistera à opérer avec fermeté, mais progressivement.

Ce schéma nous montre donc d’une manière très simple l’enjeu fondamental qui se présente à nous en ce début de XXIe siècle. Même si les règles démocratiques nous paraissent complexes et difficiles, une démocratie adulte est notre meilleur, probablement le seul, rempart pour garder et renforcer nos libertés fondamentales conquises depuis le début du XIXe siècle. Les démocraties doivent donc être revues et corrigées pour préparer les dix siècles à venir, …une vue à long terme que les citoyens et les élus devront intégrer.

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Informations complémentaires

Année

2013

Auteurs / Invités

Étienne Pohl

Thématiques

Démocratie, Finance mondiale, Lobbies, Lutte contre les extrémismes politiques, Politique belge