La COP21 a-t-elle eu raison d’éluder le problème de la surpopulation et de la croissance démographique ?

Michel BALIEUS

 

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Description

Un problème « tabou »

Si la COP21 a éludé ce problème, c’est parce qu’il est aujourd’hui « tabou » dans toutes les sociétés. Pourtant, il n’était pas tabou il y a cinquante ans. Dans chaque congrès scientifique international, il se trouvait toujours au moins un orateur pour pointer la croissance démographique comme étant le problème mondial n°1 de l’humanité. Mais lorsque George W. Bush devint président des États-Unis, il annonça, en bon évangéliste qu’il est, qu’il couperait les subsides à tout centre de recherches qui oserait encore dénoncer la croissance démographique. Et tous se turent.

Avec pour conséquence que, partout dans le monde, tant les dirigeants politiques que les experts scientifiques n’arrêtent pas de brandir la croissance démographique comme étant, non pas un problème, mais au contraire la panacée qui assurera demain le bonheur de chaque nation. On l’a encore vu tout récemment en Europe quand a surgi le problème des migrants : de nombreux experts scientifiques ont clamé que « pour résoudre son problème du vieillissement, l’Europe doit ouvrir ses portes à des millions d’immigrés dans les années qui viennent ». En oubliant, bizarrement, que le principal problème économique, c’est le chômage, donc le manque d’emplois et non le manque de demandeurs d’emploi. Quant à la COP21, elle a suivi le même mouvement : ses responsables répétant à foison que « la croissance démographique n’est pas le problème et que la seule solution au problème du climat, c’est de remplacer les énergies fossiles par des énergies propres ». En oubliant que l’énergie propre « miracle » n’existe en réalité toujours pas et que, tant qu’elle ne sera pas découverte, il sera économiquement, politiquement et socialement impossible pour l’humanité d’abandonner ses énergies fossiles. Il n’a pas hésité à se fixer deux degrés (voire même un degré et demi) comme objectif de limitation du réchauffement climatique pour 2100 (et donc aussi pour 2050) alors que les experts, ceux du GIEC en particulier, expliquent depuis un an que trois degrés est devenu le seul objectif atteignable (et encore, avec beaucoup d’efforts). Et en refusant de prendre en compte cette évidence toute simple, qu’un écolier de quinze ans pointerait en n° 1, puisqu’on sait que la population de l’humanité va encore augmenter d’un tiers d’ici 2050, il suffirait de bloquer la croissance démographique pour résoudre gratuitement un tiers du problème « climat » plutôt que de mettre en œuvre des solutions terriblement coûteuses ! Alors, pourquoi laisser de côté cette opportunité ?

« Un tiers de la solution, c’est insuffisant, donc inutile de l’examiner », disent les participants de la COP21. Ont-ils raison ? D’abord, résoudre un tiers du problème, c’est déjà énorme (pour le moment, on en est toujours à zéro tiers, le Protocole de Kyoto ne fait que freiner sans rien résoudre). Ensuite, le principal problème de la COP22 sera de trouver enfin le « déclencheur » qui amènera les dirigeants de tous les pays du monde à accepter d’entrer dans un « plan ». Pour cela, ce « plan » devra être crédible, complet et porteur d’un grand élan. Et ma conclusion montrera que ce déclencheur d’élan, ce sera le « stop à la croissance démographique ».

Aujourd’hui, personne ne croit que les « résolutions » de la COP21 aient une quelconque chance d’éviter le réchauffement climatique : elles ne constituent que des vœux pieux et non des décisions fermes. Elles ne sont accompagnées d’aucune démonstration scientifique montrant qu’elles éviteront le réchauffement climatique. Elles reposent sur de fausses espérances (des découvertes prodigieuses en matière d’énergies propres) et elles évitent de prendre en considération les prévisions les plus vraisemblables en matière de croissance du niveau de vie individuel moyen et en matière de croissance démographique. Et pour cause : si elles le faisaient, chacun se rendrait compte qu’elles sont largement insuffisantes, qu’il faut donc prendre des décisions dix fois plus douloureuses… Et cela, les dirigeants politiques de tous les pays du monde les refuseraient, car ils jugeraient leur coût beaucoup trop élevé par rapport à un bénéfice auquel ils ne croient même pas.

Demain, la seule manière pour la prochaine COP22 de franchir cet obstacle, ce sera de dresser un « plan » qui soit crédible, qui s’attaque donc à fond à chaque problème et rassemble toutes ses solutions dans un plan global cohérent. À ce moment-là, la croissance démographique ne pourra plus être éludée, mais bien examinée sans aucun a priori, pour ou contre, afin de dégager le bon constat et déterminer les mesures nécessaires.

C’est ce que je vais déjà tenter de faire ici, étant entendu que je suis entièrement ouvert à toute critique de chaque lecteur, (je vous propose de les adresser à michel.balieus@onebaby.com). J’irai même jusqu’à dire que je les souhaite, les critiques, puisque mon objectif est de provoquer un débat sur un sujet qui reste actuellement « tabou » dans toutes les sociétés du monde, et non d’imposer ma pensée.

Quels sont les arguments « pour » la croissance démographique ?

1. Laisser le libre choix à chacun(e) de faire le nombre d’enfants qu’il veut

C’est, pour les partisans de la croissance démographique, une liberté fondamentale à laquelle nul n’a le droit de s’opposer. Mais il serait logique de compléter cette phrase par « à condition d’être capable de subvenir à leurs besoins ». C’est bien là la raison pour laquelle les anciens dirigeants de la Chine avaient pris la décision d’interdire de faire plus d’un seul enfant par couple. Ils avaient fait le calcul qu’ils leur seraient à tout jamais impossible de financer les investissements nécessaires au développement de la Chine tant que ses bénéfices seraient engloutis par le coût que représentait son nombre d’enfants. Il semble qu’ils aient eu raison puisque, d’une part, la Chine, qui était alors l’un des pays les plus pauvres du monde, est aujourd’hui devenue le plus riche, et d’autre part puisque les Chinois, qui viennent aujourd’hui d’avoir le droit de faire deux enfants, continuent à n’en faire qu’un en moyenne. « En moyenne », c’est là le mot-clé. Si notre association a pris le nom provocateur de One Baby !, ce n’est évidemment pas pour interdire aux couples d’avoir plus d’un enfant, c’est pour que l’État vise comme objectif d’atteindre « un enfant par couple en moyenne », ce qui se fera tout naturellement dès que ce même État cessera de vouloir favoriser artificiellement la natalité.

Car, actuellement, notre État ne laisse pas la liberté aux gens : il cherche à les encourager à faire toujours plus d’enfants. D’abord avec les allocations familiales (qui augmentent avec le nombre d’enfants, alors que c’est le premier enfant qui coûte le plus cher) ; ensuite par diverses réductions d’impôts (très fortes en France), puis par un discours « politiquement correct » qui incite en permanence les gens à faire plus d’enfants. Et enfin par le recours à l’immigration dès qu’il estime que la population n’augmente plus assez vite. La vérité (on l’a vécue en Italie, en Allemagne, en Russie,…), c’est que, dès que les gens augmentent leur niveau de vie, ils veulent faire moins d’enfants. Alors, que l’État les laisse libres de leur choix ! L’argument « la liberté de choix » se retourne ainsi en faveur des partisans du « stop à la croissance démographique ».

2. Assurer le paiement des pensions futures

L’argument est qu’il faut augmenter le nombre d’enfants afin d’être sûrs que, demain, les futurs travailleurs seront suffisamment nombreux pour pouvoir payer les pensions de leurs aînés. Cela semble logique, mais ne tient pas compte de cinq éléments.

Premier élément : une récente étude américaine a montré que, en raison du progrès technologique, des ordinateurs et des « robots », le nombre d’emplois allait encore être diminué de moitié dans les vingt ans qui viennent. C’est donc à une insuffisance d’emplois que nous serons confrontés, et non à une insuffisance de demandeurs d’emploi.

Deuxième élément : il semblerait assez logique, lorsque la durée de vie augmente, d’augmenter d’abord la durée du travail avant de reporter l’augmentation du coût des pensions sur les enfants ; c’est d’ailleurs ce que les gouvernements ont commencé à faire.

Troisième élément : cela fait trente ans aujourd’hui que l’argument « il faut augmenter le nombre d’enfants » est mis en avant et pourtant le chômage des jeunes, n’a, depuis, jamais cessé d’augmenter, ce qui montre bien qu’il réside une erreur de raisonnement à la base.

Quatrième élément : la charge que représente un jeune avant qu’il ne puisse travailler (vingt à vingt-cinq ans) et après (construction d’un logement supplémentaire, création d’un nouvel emploi, agrandissement des routes, pollution supplémentaire) est considérable et doit donc être prise en compte.

Cinquième élément : ce raisonnement nous fait entrer dans un cercle vicieux dangereux, cat il faudra recommencer la même chose tous les vingt-trente ans alors que cela n’apparaît déjà plus vivable aujourd’hui, ni écologiquement, ni économiquement, vu que la terre n’est pas infinie.

Compte tenu de ces cinq éléments, cet argument est donc irrecevable.

3. Devenir plus forts et assurer le dynamisme de notre pays

C’est un vieil argument, dont il faut bien reconnaître qu’il est d’abord et avant tout essentiellement nationaliste. Et qui prouve qu’il soit vrai ? Ce qui compte, n’est-ce pas d’augmenter le niveau de vie individuel moyen plutôt que le Pnb de la nation ? J’ai même entendu des hommes politiques français « se féliciter du dynamisme démographique de la France, car, grâce à lui, son nombre d’habitants allait enfin dépasser celui de l’Allemagne ! » Une telle vision a-t-elle un sens ? Une autre phrase habituellement utilisée est « réagir contre le vieillissement ». Mais pourquoi ? Faut-il supposer qu’un pays dont la population vieillit va devenir moins dynamique ? Rien ne l’a jamais prouvé. En réalité, c’est un argument totalement fallacieux, qui ne repose sur rien.

4. Permettre la croissance démographique grâce au fait que les gens diminuent spontanément leur niveau de consommation

Il est vrai que si tout le monde diminue son niveau de consommation suffisamment fort, les problèmes de climat seront en partie résolus et le problème de la croissance démographique sera moins aigu. C’est la position des partis Écolo, mais qui peut croire que cela soit possible ? Voyez en Chine, le premier réflexe de tous les Chinois qui s’enrichissent est de dépenser le maximum. C’est la même chose dans tous les pays émergents. Dans le monde occidental, il n’existe pas un seul gouvernement qui fixe comme objectif la réduction de sa croissance économique et donc du sacro-saint Pib. Et dans l’ensemble des pays du tiers-monde, où une bonne partie de la population vit encore sous le seuil de pauvreté, il n’est pas imaginable de bloquer leur déjà trop faible niveau de vie.

Cet argument est donc pure illusion : personne n’est capable de faire adopter une politique qui viserait à diminuer la consommation des sept milliards et demi d’êtres humains. Je suis pourtant entièrement d’accord pour dire que notre « société de consommation » va devoir être freinée, sous risque d’explosion. Et j’évoquerai ce point dans la conclusion. Mais croire que cette seule démarche est susceptible de résoudre les problèmes du climat, c’est croire au Père Noël.

5. Conclusion

La vérité oblige à reconnaître qu’il n’existe aucun argument véritable en faveur de la croissance démographique. Si tant de dirigeants politiques, de journalistes et de scientifiques se prononcent si souvent en ce sens, c’est « par principe » et non suite à une réflexion scientifique. Principe qui tient à la fois à un pur a priori que personne n’a l’idée de remettre en cause, au refus de s’opposer au « politiquement correct », à de vieux réflexes inconscients tenant au nationalisme et peut-être même en partie à une réaction purement naturelle, car le premier réflexe de tout animal est de faire le maximum d’enfants possible.

Il est très important de montrer qu’il n’existe aucun argument véritable, car la première réaction de beaucoup de gens est de partir du principe que la croissance démographique est un élément tellement positif qu’il ne peut même pas être question d’écouter les arguments allant à contre-sens. Notons que ce n’est pas la réaction de tous les gens cependant, contrairement aux responsables cités plus haut. La population, elle-même, compte sans doute aux alentours de vingt-cinq pour cent de gens qui estiment qu’il est temps d’arrêter la croissance démographique. Ce qui me conduit à terminer cette conclusion par une évidence : « Il est clair que la croissance démographique ne peut en aucun cas favoriser la résolution du problème du climat. Si elle ne la favorise pas, ne va-t-elle pas au contraire l’aggraver ? Et n’est-il pas dès lors indispensable d’étudier la question ? »

Quels sont les arguments « contre » la croissance démographique ?

1. Nous  sommes en réalité déjà trop nombreux, car la terre est incapable d’assurer le niveau de vie occidental à sept milliards et demi d’êtres humains (ni donc à dix en 2050)

C’est une réalité toute simple que tout le monde veut ignorer et choisit dès lors de passer sous silence. Or, cette réalité est bien là, étant donné que les pays riches consomment à eux seuls quatre-vingts pour cent des ressources de la terre et ne constituent que vingt pour cent de la population mondiale, il faudrait multiplier par quatre la production terrestre pour assurer le niveau de vie occidental à tous, ce qui est impossible au vu de l’état de la planète. Car comment multiplier par quatre la production d’énergie, la production de produits alimentaires de qualité (y compris la viande), l’extraction de matières premières, les ressources en eau potable, l’espace aussi, et tout cela avec l’obligation de préserver le climat ? C’est irréalisable, et l’humanité n’aura dès lors d’autre choix que de laisser les populations pauvres rester pauvres. Mais même ainsi, cela ne résoudra pas le problème, car, en 2050, la population aura encore augmenté d’un tiers (dix milliards au lieu de sept milliards et demi en arrondissant les chiffres) et une augmentation d’un tiers pour chacun des six problèmes cités, c’est impossible. Donc, si les populations de tous les pays tentent de conserver leur niveau de vie, c’est l’inverse qui va se passer : tous les produits de base vont se raréfier et les difficultés climatiques empirer, avec pour conséquence des hausses des prix qui, d’ici quelques années, deviendront permanentes, appauvriront les populations et déclencheront des crises nationales qui risquent de devenir insoutenables et donc de déboucher sur des guerres. Malheureusement, ce ne sera sans doute que quand ces conséquences seront devenues totalement insoutenables que les politiques se rendront enfin compte que, pour les solutionner, il y a une « condition nécessaire (bien que pas suffisante) » : endiguer la surpopulation.

Il existe bien sûr une solution inverse : diviser le niveau de vie occidental par quatre. Ceci amènerait tout le monde à un niveau de vie identique de un, alors qu’il est actuellement de quatre pour le monde occidental et de un quart pour le reste du monde. C’est très joli d’un point de vue moral, mais c’est évidemment absolument impossible pour 2050 et même sans doute pour 2100 ; car, économiquement, cela mettrait toutes les entreprises en faillite dans le monde occidental ; car, socialement, les populations se rebelleraient et car, politiquement, aucun élu n’oserait le proposer et ne serait capable de le mettre en œuvre. Sans compter que ces calculs et ces estimations ne sont valables que si la population n’augmente plus, ce qui nous ramène à la même « condition nécessaire (bien que pas suffisante) ».

La troisième solution, c’est la solution-miracle : des inventions qui permettent à l’humanité de quadrupler sa production tout en préservant le climat. C’est ce à quoi, au vu de tous les progrès gigantesques qu’a réalisés l’humanité dans son passé, se raccrochent beaucoup de gens, tant dans la population que chez les hommes politiques et les scientifiques. Mais c’est un rêve, car, même si de telles inventions voient le jour avant 2100, elles seront trop coûteuses pour permettre à toute l’humanité d’en profiter. Elles ne résoudront donc le problème que si la population, non seulement arrête de croître, mais même diminue de quelques milliards, ce qui nous ramène à nouveau à la « condition nécessaire (bien que pas suffisante) ».

Aucune de ces trois solutions n’étant réalisable telle quelle, la seule voie possible est celle que l’humanité adopte toujours dans des cas semblables : faire les trois à la fois, en y allant très, très doucement. C’est exactement ce qui est déjà en train de se produire ; les pays dits émergents augmentent peu à peu leur train de vie, tandis que l’ensemble des pays occidentaux a vu, en raison de ce qu’on appelle « la crise économique mondiale », son niveau de vie individuel moyen cesser de croître. Malheureusement, ces efforts, pourtant très pénibles, sont annihilés par la croissance démographique et ne mènent donc à aucun résultat. Les niveaux de vie restent faibles dans les pays pauvres et les consommations nationales totales ne diminuent pas dans les pays riches. Ils ne pourront produire des résultats que si est mise en œuvre la même « condition nécessaire (bien que pas suffisante) ».

2. Idem au niveau du climat

Ce qui est vrai pour l’impossibilité de multiplier la production de la planète par quatre, l’est tout autant pour les conséquences que cela entraînerait sur l’équilibre de la planète. Cela signifierait, en effet, multiplier par quatre les trois grands problèmes qui apparaissent déjà aujourd’hui.

Un, la pollution. Ce qui vient de se passer à Pékin, où l’air est devenu presque irrespirable en raison du charbon, en est la meilleure illustration et montre que, sur ce point, Pékin a déjà atteint le point de non-retour. La seule solution pour l’humanité est donc de retourner en arrière et non d’aller de l’avant en multipliant le problème par quatre.

Deux, le réchauffement climatique. Contrairement à ce que vient d’affirmer la COP21 avec une candeur naïve, assortie de la plus parfaite mauvaise foi, il nous est déjà absolument impossible de limiter le réchauffement à un degré et demi, et même à deux degrés, mais tout au plus à trois degrés (et encore, ce sera très difficile). Il faudra donc réduire la consommation et non la multiplier par quatre.

Trois, la restriction de l’espace. C’est un sujet que personne ne veut aborder, mais il devient chaque jour de plus en plus aigu et se manifeste notamment par les embouteillages dans les villes et sur les autoroutes, par la diminution permanente des terres agricoles, par le rétrécissement de la forêt amazonienne et par la disparition, chaque année, de centaines d’espèces animales.

Pour ce qui concerne plus précisément le climat, croire que l’humanité parviendra à éviter le réchauffement climatique, si elle poursuit son expansion démographique, est une profonde erreur. Le réchauffement climatique provient de l’excès de gaz à effet de serre (dont le CO2). Cet excès est la conséquence de la consommation totale de l’humanité. Il ne faut pas être un devin en mathématiques pour calculer que cette consommation totale est égale à une multiplication, la consommation individuelle moyenne multipliée par le nombre d’êtres humains. Donc que le meilleur moyen de résoudre le problème du climat est, a priori, d’agir sur ces deux facteurs. Bizarrement, la COP21, lui, a décidé de négliger totalement le facteur « nombre d’êtres humains ». Sans la moindre explication. Et pour cause, car l’explication, c’est uniquement le caractère « tabou » que revêt pour presque tout le monde les deux notions de « surpopulation » et de « croissance démographique ».

Qui dit « tabou » dit également « illusion », car la COP21, comme les vingt précédentes, s’est laissée noyer, non seulement par le tabou de la croissance démographique, mais également par l’illusion de l’énergie renouvelable. Il est illusoire de croire en effet que l’humanité serait capable, d’ici à 2050, de remplacer toutes les énergies fossiles par des énergies renouvelables, parce que ces énergies sont à la fois atrocement chères et très limitées (les panneaux solaires par exemple ne fonctionnent pas la nuit et très mal en hiver). Bien sûr, on peut le faire pour un demi-milliard de privilégiés, pour un milliard, peut-être, mais pour sept milliards, certainement pas. Une solution, ce serait l’énergie nucléaire produite par les surgénérateurs, mais l’énergie nucléaire fait peur aujourd’hui, les recherches sont loin d’être abouties et le prix sera extrêmement élevé.

Le meilleur moyen de limiter les dégâts dans l’immédiat s’avère donc être de limiter la croissance démographique. Pour cela, il va falloir d’abord vaincre à la fois le tabou et l’illusion chez les responsables politiques, chez les journalistes, chez les scientifiques, au départ, peut-être, de ce quart de la population qui en est déjà à peu près convaincue.

3. C’est la surpopulation qui a été le déclencheur de la crise économique mondiale

Tout le monde semble considérer aujourd’hui la crise économique mondiale comme une sorte de fatalité, alors qu’en réalité toute crise est toujours due à un facteur de déséquilibre bien précis, devenu trop important. Ce facteur, ce fut la crise des subprimes de 2006-2008. Mais pourquoi cette crise ? Parce que, alors que le président Bush avait espéré relancer l’économie américaine en autorisant une politique bancaire extrêmement risquée, ce fut au contraire le développement de l’économie chinoise qu’il favorisa involontairement. Pourquoi ? Parce que la Chine venait de conquérir le marché occidental dont elle était totalement absente auparavant. Pourquoi ? Parce que ses dirigeants s’étaient rendu compte qu’exporter était le seul moyen d’amener en Chine les capitaux nécessaires pour y vaincre la famine et la pauvreté qu’y entraînait sa surpopulation. C’est donc la surpopulation de la Chine qui est la cause première de la crise économique mondiale que nous subissons.

4. C’est à la fois cette surpopulation et la croissance démographique qui expliquent que la crise économique mondiale n’en finit pas

Primo, la Chine a parfaitement réussi son pari : elle est devenue le premier producteur mondial de tous les biens qui nécessitent beaucoup de main d’œuvre bon marché et elle l’est restée. Ce qui signifie qu’aujourd’hui elle continue à faire payer sa propre surpopulation par le reste du monde au travers de son gigantesque boni commercial. Mais, pour l’Occident, cela signifie un mali commercial qui absorbe une grande partie des efforts faits pour « relancer la croissance ». Ce qui signifie que, si la crise économique mondiale perdure, c’est en partie à cause de l’ancienne croissance démographique de la Chine.

Secundo, au sein de l’Occident, les États-Unis sont le pays qui en souffre le plus, car ils n’ont toujours pas résolu les deux gigantesques problèmes nés de ce déséquilibre : un déficit commercial insupportable (il a atteint six pour cent du Pnb il y a dix ans et n’a toujours pas été renversé) puis, pour financer ce déficit, une dette financière qui est devenue colossale vis-à-vis de la Chine. Cette dette ne pourra plus jamais être remboursée (dixit Michel Rocard, le 15 décembre 2007 déjà) et génère chaque année des intérêts qui plombent l’économie américaine. D’où, pour eux, l’impossibilité de sortir de la crise économique ! Et celle-ci se propage par ricochet à tous les autres pays du monde occidental.

Tertio, ce monde occidental, malgré sa tendance naturelle à diminuer son taux de natalité, est confronté à deux autres problèmes de croissance démographique : l’allongement de la durée de vie et l’énorme déséquilibre migratoire existant entre pays riches et pays pauvres. Le monde occidental est suffisamment riche pour pouvoir gérer le premier, surtout s’il recule l’âge de la retraite, mais le deuxième a, lui, deux conséquences très négatives sur le niveau de vie et sur l’économie.

Première conséquence : les immigrés se retrouvent trop nombreux sur le marché du travail, avec pour effet que tous les salaires minimums restent bas. Si les candidats au travail devenaient trop peu nombreux, les patrons augmenteraient les salaires offerts, en vertu de la loi de l’offre et de la demande. Seule la croissance démographique due à l’immigration explique que, dans des pays aussi riches que les nôtres, les salaires minimums restent aussi bas. Ceci va faire bondir, bien sûr, mais c’est pourtant vrai.

Deuxième conséquence : une partie importante de ces immigrés (et de leurs épouses, et de leurs enfants) ne trouvent jamais d’emploi, ce qui signifie qu’ils se retrouvent indéfiniment à charge des pays d’accueil. Humainement, l’attitude des pays occidentaux est tout à fait louable (regroupement familial, réfugiés politiques, et récemment accueil des « migrants »), mais économiquement, la charge est énorme. Depuis vingt ans, on peut estimer que la Belgique a accueilli en moyenne vingt-cinq mille immigrés par an auxquels elle est incapable de fournir un emploi, ce qui représente pour elle une charge d’un milliard d’euros environ sur l’année, car chaque personne sans emploi lui coûte environ quarante mille euros par an : les dix mille euros par an versés par les Centres publics d’aide sociale (CPAS) ou par le chômage, les sept mille euros environ de coût de la Sécurité sociale, les transports en commun gratuits (vous l’ignoriez ?), les médicaments gratuits, le paiement d’une partie de l’eau, de l’électricité, du gaz et du mazout, les différents services rendus par le CPAS, la pension qui lui sera versée à partir de soixante-cinq ans (soixante-sept dans le futur) jusqu’à la fin de sa vie, ainsi que, de manière indirecte, mais néanmoins bien réelle et très coûteuse, le bénéfice que chaque personne retire de toute la vie de l’État belge (police, armée, enseignement, administration publique, etc.), dont le financement, par habitant, représente le double des quelques vingt mille euros que nous avons comptés ici. Tout ceci nous amène donc au total d’un milliard d’euros par an, mais il ne faut pas oublier que cela dure depuis vingt ans et que les vingt-cinq mille personnes par an sont donc devenues cinq cents mille personnes, ce qui représente un coût total de vingt milliards d’euros chaque année qui sont financés par les impôts et freinent donc toute reprise économique… D’où la crise économique qui n’en finit pas.

Troisième conséquence : ce déséquilibre migratoire inverse la lente évolution naturelle des populations autochtones vers un point proche du one baby. D’abord parce qu’il se traduit immédiatement par une augmentation de la population ; ensuite à cause des habitudes natalistes de la population immigrée (qui va compter trois à quatre enfants par couple durant les deux premières générations, avant peut-être de tendre vers le two babies, mais rarement vers le one baby) et enfin à cause des mariages « au pays » (ils s’élèvent à cinquante pour cent pour la population nord-africaine en Belgique) qui vont amener une population immigrée supplémentaire (laquelle risque, en plus, de repartir de zéro). Le meilleur service que les pays occidentaux puissent rendre à leurs populations immigrées, c’est de les convaincre, de décourager les mariages au pays, car ils sont les premiers à souffrir des salaires trop faibles et du chômage qu’entraîne le déséquilibre démographique ainsi créé. Et le meilleur service qu’ils puissent se rendre à eux-mêmes (contrairement à ce qu’a affirmé Angela Merkel), c’est de ne surtout pas entraver leur évolution naturelle vers le one baby.

Contrairement à ce qu’affirment les hommes politiques et les scientifiques, la croissance démographique coûte cher, très cher, sans doute aux environs de trente pour cent du budget de l’État : d’abord en éducation des enfants pendant vingt à vingt-cinq ans ; ensuite en construction de nouveaux logements, puis en création de nouveaux emplois (ou en paiement d’allocations de chômage s’il est impossible d’en créer plus) et enfin en augmentation des moyens de transport, des embouteillages et de la pollution d’autre part. Le ministre bruxellois, Charles Picqué, vient d’ailleurs lui-même, sur la Première, d’attirer l’attention sur le problème démographique en déclarant : « Pendant les années 1990 et le début des années 2000, il y avait d’autres priorités que les tunnels. En 2011, on a décidé de refinancer les écoles sur des fonds bruxellois. Fallait-il supprimer ce programme qui faisait face au ‘boum’ démographique pour s’occuper de ces tunnels. Je ne sais pas. On n’a pas investi soit parce qu’on n’avait pas les moyens, soit parce qu’on avait d’autres priorités ». C’est une vérité que tout le monde a tendance à oublier. Chaque fois que l’État dépense un euro pour une mission, c’est un euro de moins pour une autre mission.

Quarto, si une partie des populations des pays pauvres veut à tout prix émigrer vers le monde occidental, c’est parce qu’elle se rend compte que, chez elle, elle ne parviendra jamais à sortir du sous-développement. Et la première cause de cette situation, c’est sa croissance démographique. Si ces populations en étaient restées à leurs niveaux démographiques de 1950, les sommes que le monde occidental a investies dans leurs pays en infrastructures auraient été suffisantes pour en faire des pays auto-suffisants et ces populations seraient devenues riches. Par contre, quand la population d’un pays double, il faut tout y recommencer à zéro et cela coûte trop cher. Le Congo en est un bon exemple pour le futur. Il regorge de richesses naturelles, si sa population se stabilise à son niveau d’aujourd’hui, chaque Congolais sera aussi riche qu’un Belge en 2050. Si sa population double ou quadruple, les Congolais resteront pauvres. Le Bengladesh en est un autre exemple. Si les salaires y sont si bas, c’est parce que les demandeurs d’emploi y sont trop nombreux, le jour où ils seront moins nombreux, leurs salaires augmenteront. C’est d’ailleurs exactement ce qui se passe en Chine. Le Mexique est un troisième exemple. S’il avait limité sa population à son niveau de 1950 au lieu de la quadrupler, les Mexicains seraient aujourd’hui aussi riches que les Américains et n’émigreraient plus vers les États-Unis, où ils posent les problèmes économiques analysés dans le point précédent. En conséquence, il est absolument impératif d’arrêter la croissance démographique dans les pays pauvres, tant dans l’intérêt de leurs propres populations que dans l’intérêt de celles des pays riches.

Quinto, le cumul de ces quatre croissances démographiques, celles de la Chine passée, des États-Unis, du reste de l’Occident et du tiers-monde est tel qu’il rend le monde entier incapable de juguler la « crise économique mondiale ». Pourquoi ? Parce que la croissance économique maximale que peut théoriquement développer un pays n’est pas illimitée, les chiffres passés montrent qu’elle ne dépasse guère trois pour cent et que le cumul des effets négatifs de ces quatre croissances démographiques absorbe une trop grande partie de ces trois pour cent. Conséquence : une crise économique mondiale qui ne sera plus jamais jugulée. C’est une réalité que presque tous les spécialistes économiques et tous les responsables politiques refusent de prendre en considération. Elle est pourtant bien réelle, depuis trente ans déjà. Un seul pays a réussi à la contourner : la Chine, précisément parce qu’elle a été le seul pays à réussir à juguler sa croissance démographique. Peut-être serez-vous tenté d’ajouter : « Et surtout en raison de sa politique commerciale internationale ? » Mais précisément, celle-ci n’avait d’autre but que de faire payer par le reste du monde sa croissance démographique passée, ce qui nous ramène au même point.

Conclusion en vue de la prochaine COP22

1. Climat, croissance démographique, écologie: trois problèmes liés

Climat, croissance démographique, écologie, les trois problèmes sont intimement liés et ont d’ailleurs trois points fondamentaux en commun.

Le premier point, c’est que les conséquences négatives de leurs déséquilibres ne se font véritablement sentir que vingt à trente ans après que ceux-ci aient commencé à se développer. Il faut donc avoir l’intelligence de les prendre en compte à l’avance. Par exemple, si nous nous fixons comme objectif d’avoir rétabli ces équilibres pour 2050, c’est aujourd’hui qu’il faut commencer à agir.

Le deuxième point, c’est que, malheureusement, l’homme – et notamment l’homme politique – a pour habitude de ne traiter les problèmes que quand ils éclatent, non quand ils ne font encore que s’annoncer. En parler sur un ton badin est donc accepté, mais proposer des mesures concrètes qui s’avèrent très coûteuses en termes financiers, en termes de soumission à des règles dérangeantes et en termes d’interdits à ne pas franchir, est exclus. Pire, le « politiquement correct » va se jeter avec voracité sur le moindre élément corroborant l’absence de problème. C’est notamment le cas avec la croissance démographique. Comme les « prévisions » officielles de l’Onu montrent que celle-ci va se ralentir d’elle-même puis se stabiliser à dix milliards après 2050, tout le monde croit dur comme fer que ces « prévisions » sont des « projections » et les considère donc comme une certitude qu’il serait indécent et choquant de remettre en cause. Mais en réalité, ce ralentissement et cet arrêt ont été fixés comme « hypothèse » par le Census Bureau et pas du tout comme « résultat d’une évolution naturelle ». Si on prolonge telle quelle la courbe du passé sans faire intervenir aucune autre hypothèse, on aboutit au chiffre de douze milliards en 2050 et de dix-huit milliards en 2100 !  Bien sûr, cela va paraître beaucoup trop alarmiste ! Il est d’ailleurs tout à fait exact que des ralentissements démographiques se sont déjà produits dans un certain nombre de pays. Mais, précisément, et c’est bien là que réside le problème : chaque fois qu’ils se produisent, les gouvernements, dans chacun de ces pays (à la seule exception de la Chine), font tout pour s’y opposer. Et il ne faut pas être un génie en mathématiques pour en déduire que cela aura pour effet, au niveau mondial, de réduire à zéro l’hypothèse du ralentissement spontané sur laquelle se basent les « prévisions » de l’ONU. Ce que corroborent d’ailleurs les chiffres puisque, depuis cinquante ans, le Census Bureau revoit chaque année à la hausse les chiffres prévus dans sa célèbre courbe de 2002, que ses nouveaux chiffres rejoignent la « véritable projection » que nous avons définie ci-dessus et que, si cette nouvelle tendance se poursuit, la population arrivera bien à douze milliards en 2050, et non à dix.

Il est tout aussi aberrant de constater que les écolos eux-mêmes considèrent le problème de la croissance démographique comme « ringard », alors qu’il est pourtant difficilement concevable qu’un être humain puisse être écologiste et nataliste à la fois (mais, en France comme en Belgique, les élus écolos ne sont plus guère écologistes : ils sont devenus de purs « chrétiens humanitaires », des « idéalistes de gauche bobo », qui croient que le plus important, c’est d’encourager les gens à « distribuer leurs biens aux pauvres » et non de tenter de faire en sorte qu’il n’y ait plus de pauvres).

Le troisième point, c’est qu’ils sont tous trois réellement vitaux pour l’humanité. Vitaux au sens propre : c’est sa survie qui est en jeu, car, si elle ne prend pas à temps les mesures nécessaires, ils seront bientôt tellement aigus dans tellement de pays qu’ils déboucheront sur des crises économiques d’une ampleur telle qu’elles entraîneront une troisième guerre mondiale.

La veille du Jeudi Noir de 1929, tout le monde disait que « tout allait bien » et pourtant une crise économique mondiale sans précédent éclata ce jour-là. Voici dix ans à peine, en 2006, tout le monde croyait aussi que « tout allait à peu près bien » et pourtant, l’année suivante, éclata aux États-Unis la « crise des subprimes », qui s’étendit en Europe en 2008 et faillit bien faire exploser tout le système économique mondial. Dans les deux cas, le processus fut le même : des éléments dangereux se mirent en place durant plusieurs années sans que personne ne s’en rendît compte et puis, subitement, la crise éclata. Aujourd’hui, nous sommes au cœur d’un troisième processus identique, marqué par deux dates-clé : 1950 et 2050.

En 1950, tout allait bien, la population terrestre n’était que de deux milliards et demi, le monde était encore écologiquement pur et le climat ne posait aucun problème. Aujourd’hui, entre ces deux dates-pivots, nous nous nous heurtons à un triple problème de déséquilibre sous l’action conjuguée de trois facteurs : le progrès technologique, l’accroissement de la consommation et la croissance démographique. En 2050, si nous ne les avons pas tous les trois rééquilibrés à temps, l’humanité explosera purement et simplement.

2. Progrès technologique, accroissement de la consommation, croissance démographique : quid pour le déséquilibre climatique ?

De ces trois facteurs, le premier pourrait éventuellement nous sauver, le deuxième est en partie directement fonction du troisième et ce troisième se heurte à l’emprise du « politiquement correct ».

Le progrès technologique pourrait en effet peut-être nous sauver. Tout comme ce fut lui déjà – et lui seul – qui permit à l’humanité d’échapper aux prévisions pessimistes établies par Malthus en 1798 dans son Essai sur le principe de population (traduit en français en 1805). Il est intéressant de noter qu’en même temps qu’était publié cet essai éclataient les guerres anglo-napoléoniennes qui furent les premières dans l’histoire de l’humanité à tuer plus de trois millions de soldats et de civils. Est-ce parce que la croissance démographique dénoncée par Malthus mettait à leur disposition une infinité de bouches superflues que les dirigeants des pays européens n’hésitèrent pas à déclencher de telles boucheries ? Il est permis de se poser la question. Pour en revenir à aujourd’hui, il suffirait que les « surgénérateurs nucléaires » deviennent à la fois sûrs, très bon marché et acceptés par le « politiquement correct », et tout cela très, très vite, pour réussir à résoudre le problème du climat, ou que l’énergie solaire puisse être très facilement stockée (pour la nuit et pour l’hiver, actuellement, c’est trop cher) et transportée (du Sahara par exemple : actuellement, c’est trop loin et elle disparaît en trop grande quantité en cours de route), ou que l’énergie géothermique devienne rentable (actuellement, le trajet est trop coûteux).

C’est sur de tels espoirs que la COP21 a dirigé tous ses efforts, mais son choix est-il le bon, ou n’est-ce qu’une illusion ? Car les découvertes « surprise » n’existent plus aujourd’hui : elles sont toutes programmées longtemps à l’avance, dépendant uniquement des moyens financiers et du temps. Or, aucune découverte de taille n’est programmée d’ici à 2050. Ce qui signifie que l’objectif que s’est officiellement fixé la COP21 (un réchauffement d’un degré et demi si possible et de deux degrés maximum) est totalement illusoire et n’a été proclamé que pour des raisons politiques et non scientifiques. C’est pour cela d’ailleurs qu’il a été reporté à 2100 (bien que cela implique qu’il soit déjà atteint en 2050) : 2100, c’est beaucoup plus loin et permet donc de formuler sans crainte toutes les hypothèses souhaitables. Notamment celle qu’il sera possible de ramener l’émission de CO2 à zéro alors que c’est tout simplement impossible à l’horizon 2050 pour des raisons à la fois technologiques et économiques.

Il est donc en réalité très peu vraisemblable que le progrès technologique puisse nous sauver. Tout comme il paraît impossible de diminuer suffisamment la consommation totale de l’humanité. Il faudrait pour cela diminuer la consommation individuelle de sept milliards et demi d’êtres humains (dix en 2050). Qui oserait affirmer que c’est possible ? Le seul facteur que l’humanité puisse donc mettre en œuvre rapidement, c’est de limiter sa croissance démographique.

Attention ! Comme on l’a dit plus haut, ce n’est hélas pas une « condition suffisante », mais c’est en tout cas une « condition nécessaire ». Parce que, sans elle, toutes les autres solutions qu’on puisse mettre en œuvre seront entièrement absorbées par la croissance démographique et ne serviront donc à rien. C’est cela que la COP21 aurait dû pointer. Il ne l’a pas fait. Espérons que le GIEC s’en rendra compte et amènera le débat sur ce point en vue de la COP22 de la fin de cette année 2016.

Ce sera difficile parce que cela signifiera que le GIEC et la COP22 devront pousser l’humanité à rompre avec une vieille tradition : croître. Mais n’est-ce pas déjà ce qu’ont fait les vingt et une premières COP au niveau de la sacro-sainte « consommation », en réclamant une émission nulle de CO2 qui va coûter très cher ? Alors, tant qu’ils y sont, formons le vœu qu’ils oseront s’attaquer de front à la sacro-sainte « croissance démographique ».

3. Rompre avec une tradition ancestrale

Comme la croissance démographique est une tradition ancestrale, tout le monde la considère d’office comme bonne. Mais l’est-elle ? Remontons en arrière.

À quoi a été due la chute de l’empire romain ? À son déséquilibre commercial avec les pays extérieurs tout d’abord, lequel a déséquilibré ses finances ; déséquilibre qui était dû au trop grand nombre de citoyens romains qui achetaient des produits de confort à l’étranger, donc à sa croissance démographique. Aux invasions des barbares ensuite. Mais pourquoi ces peuples qui avaient vécu si longtemps dans leurs pays sans problème, décidèrent-ils tout à coup d’envahir l’empire romain ? À cause de leur croissance démographique.

Au XIe siècle, en Occident, fut inventée la charrue à roue, qui permit d’augmenter considérablement les rendements agricoles. Après cela, tous les paysans auraient pu jouir d’un revenu confortable. Mais c’est le contraire qui se produisit : c’est leur nombre qui augmenta via la croissance démographique et ils restèrent aussi pauvres qu’avant.

Au XIXe siècle, la révolution industrielle aurait pu à nouveau rendre tout le monde riche si l’humanité avait intégré les propos de Malthus. Mais ce fut le contraire qui se passa : les naissances se multiplièrent, la classe ouvrière connut les pires années de son existence et tout cela déboucha sur la Première guerre mondiale (guerre qui n’avait en fait aucune raison d’être et pour laquelle quelques historiens commencent à pointer la croissance démographique du doigt).

Au XXe siècle, en 1950, un nouveau progrès technologique aurait pu rendre heureux les deux milliards et demi d’êtres humains que comptait la terre. Au lieu de cela, ils avoisinent aujourd’hui les sept milliards et demi, dont la majorité ne jouira jamais d’un niveau de vie décent parce que la terre n’est pas infinie.

De tous temps, la première réaction de la majorité de l’humanité a été de se conformer à des traditions rétrogrades, même si elles lui font en réalité du mal. Sa deuxième réaction ne venait que, plus tard, après que quelques hommes éclairés aient réussi à provoquer un changement de mentalité. Ce fut le cas avec le principe de la démocratie, qui ne s’instaura que lentement. La démocratie est pourtant le seul moyen d’éviter les excès horribles auxquels finit toujours par mener une dictature. Ce fut le cas avec la libération sexuelle, qui ne réussit à vaincre les préjugés des bien-pensants qu’en mai 68 ; elle est pourtant essentielle au bonheur de chaque être humain. C’est le cas, aujourd’hui, avec les valeurs de la laïcité, qui n’ont encore été admises que dans quelques pays et qui sont de plus en plus en butte aux attaques de certaines religions ; elles seules sont pourtant capables d’empêcher une religion de déborder de l’espace privé vers l’espace public et de préserver ainsi une liberté essentielle pour chaque homme et chaque femme.

Il en va exactement de même avec la tradition de la croissance démographique. Sauf que la deuxième réaction n’en est encore qu’à ses balbutiements. Or, le temps nous est compté. En 2050, il sera trop tard parce qu’il sera trop tard pour le climat. C’est pourquoi j’ai évoqué plus haut l’idée d’un « plan ». Un « plan » qui aurait comme objectif de résoudre le problème « climat » et qui, parce qu’il serait à la fois global, cohérent et crédible, serait accepté à la fois par les dirigeants de tous les pays du monde et par toutes leurs populations. Je ne vais bien entendu pas commencer ici à établir les détails de ce « plan » – il faudra des experts pour cela –, mais ce que je puis dire, c’est qu’il devra aborder tous les problèmes sans le moindre tabou et ne pas hésiter à proposer des solutions allant à contre-courant de toutes les politiques économiques qui ont été suivies jusqu’aujourd’hui. Par exemple, instaurer au profit de l’ONU une « TVA » sur le carburant utilisée par les avions (le kérosène, légèrement différent de l’essence), ce qui aura pour effet à la fois de financer les futurs plans climat de l’ONU et d’éviter l’explosion de l’utilisation des avions, tant pour le transport des marchandises (manger en Belgique, à Noël, des fraises transportées du Sénégal par avion est aberrant) que pour le transport des passagers (ils pourront toujours aller passer leurs vacances à La Guadeloupe, mais devront en payer le prix). Par exemple interdire la publicité à la télévision, ce qui est le meilleur moyen de diminuer la consommation de manière tout à fait volontaire et, par exemple, décider de vouloir partout stabiliser la population, car ce sera le seul moyen de pouvoir rendre le plan crédible. Sans cela, tous les efforts déployés seraient engloutis par la croissance démographique. La première réaction de toutes les populations sera de hurler, mais sa deuxième réaction sera de juger que ce plan est crédible, précisément parce qu’il ose édicter l’impensable. Sa troisième réaction sera donc de l’accepter.

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Informations complémentaires

Année

2016

Auteurs / Invités

Michel Balieus

Thématiques

Climat, COP21, Démographie, Économie, Économie mondiale, Environnement, Immigrations / Migrations, Questions et options philosophiques, politiques, idéologiques ou religieuses, Surpopulation