Jésus, un Juif charismatique de Nazareth

Willy DE WINNE

 

UGS : 2011034 Catégorie : Étiquette :

Description

À lire les Évangiles, on s’aperçoit que l’identité de Jésus, ses actes, ses paroles, son destin, sont ceux d’un Juif prêchant une morale d’extrême urgence pour les bons Juifs pratiquants de sa génération afin de les sauver in extremis, car Il annonce « le jugement de la fin des temps » et l’avènement imminent du « royaume de Dieu sur terre » !

Sa prophétie de parousie nous est rapportée par Matthieu (Mt 16, 27 et 28) :

« Car le Fils de l’homme doit venir dans la gloire de son Père, avec ses anges ; et alors il rendra à chacun selon ses œuvres.
Je vous le dis en vérité, quelques-uns de ceux qui sont ici ne mourront point, qu’ils n’aient vu le Fils de l’homme venir dans son règne. »

Et dans Mt 24, 30 à 34 :

« Alors le signe du Fils de l’homme paraîtra dans le ciel, toutes les tribus de la terre se lamenteront, et elles verront le Fils de l’homme venant sur les nuées du ciel avec puissance et une grande gloire.

Il enverra ses anges avec la trompette retentissante, et ils rassembleront ses élus des quatre vents, depuis une extrémité des cieux jusqu’à l’autre.

Instruisez-vous par une comparaison tirée du figuier. Dès que ses branches deviennent tendres, et que les feuilles poussent, vous connaissez que l’été est proche.

De même, quand vous verrez toutes ces choses, sachez que le Fils de l’homme est proche, à la porte.

Je vous le dis en vérité, cette génération ne passera point, que tout cela n’arrive. »

La foi qu’il prêche dans l’urgence, est celle de ses précurseurs-prophètes, auxquels Il se réfère sans cesse. Il l’a dit lui-même avec insistance, qu’Il n’est pas venu pour abolir, mais pour approfondir la loi hébraïque de ses ancêtres.

Son attitude envers les polythéismes ambiants est franchement tolérante. Il ne conteste aucunement les prérogatives matérielles et spirituelles de l’empereur de Rome, qui est le pontifex maximus, celui qui fait le pont entre les hommes et les dieux de l’Olympe. Il est sans ambiguïté sur ce sujet : « Il faut rendre à César ce qui est dû à César et à Dieu ce qui est à Dieu ». À cet égard, c’est bien lui le promoteur de la laïcité. Son ouverture d’esprit et son manque de « patriotisme » et de « zélotisme » lui sera un jour néfaste.

Son entrée triomphale à Jérusalem a été organisée par Lui de façon à correspondre strictement avec la prophétie hébraïque du Messie, en faisant son entrée assis sur un âne que ses disciples sont allés chercher à sa demande et conformément à la prophétie, comme le rapporte Matthieu 21, 1 à 11 :

« Lorsqu’ils approchèrent de Jérusalem, et qu’ils furent arrivés à Bethphagé, vers la montagne des Oliviers, alors Jésus envoya deux disciples en leur disant : ‘Rendez-vous au village qui est en face de vous ; et aussitôt vous trouverez, à l’attache, une ânesse avec son ânon près d’elle ; détachez-la et amenez-les-moi’. Et si quelqu’un vous dit quelque chose, vous direz : ‘Le Seigneur en a besoin, mais aussitôt Il les renverra.’ Or, ceci arriva afin que s’accomplît ce qui avait été annoncé par le prophète : ‘Dites à la fille de Sion : Voici, ton roi vient à toi, Plein de douceur, et monté sur un âne, sur un ânon, le petit d’une ânesse.’ » (cf. également: Luc 19, 38…)

Conforté par l’accueil délirant du peuple de Jérusalem et convaincu d’être appelé à être le nouveau roi, celui qui vient libérer son peuple du joug de l’occupant romain, il va provoquer le scandale au temple contre les échangeurs de monnaie.

Ceux-ci acceptent les monnaies impures des idolâtres romains, grecs et autres, contre de la seule monnaie casher, les shekels, seuls aptes au payement d’un animal de sacrifice.

Ayant ainsi par le scandale au temple, « retourné » l’opinion du peuple contre Lui et indisposé par ses prétentions le clergé, le roi, le procurateur romain et même un de ses disciples, Judas, Il est arrêté et jugé. Son intention d’utiliser la force dans son coup d’état est rapportée par Luc en 22, 36 :

« Et Il leur dit : ‘Mais maintenant, que celui qui a une bourse la prenne, de même que celui qui a une besace, et celui qui n’en a pas vende son manteau pour acheter un glaive.’ »

Sa condamnation à mort est plébiscitée par le peuple de Jérusalem qui préfère sauver le « patriote-zélote » Barrabas, également condamné à mort, plutôt que Jésus, le quasi « collaborateur » qui reconnaît la légitimité de César et qui est reconnu comme tel par Ponce Pilate, lequel par ailleurs prend ses distances avec la condamnation de Jésus. Il entend bien se laver les mains dans l’innocence, tout en regrettant de ne pas avoir pu éliminer Barrabas, le véritable ennemi de Rome, qui a tué des soldats romains. La mort de Jésus est exigée par le peuple juif et par le haut clergé pour avoir profané le temple et pour son blasphème contre l’unicité de Dieu.

Agonisant sur la croix, Il récite en bon juif le psaume 22 :

« Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné… »

Sa prétendue intention de quitter la foi hébraïque, dans le but de fonder une nouvelle religion, n’a jamais existé : Il voulait au contraire y rester et l’approfondir. Sans l’intervention de Saül de Tarse, persécuteur de la nouvelle secte et devenu ensuite par sa conversion saint Paul et beaucoup plus tard, également, sans l’intervention de l’empereur Constantin, Jésus serait probablement devenu un nouveau prophète dans la pure tradition juive selon l’interprétation donnée par l’Arianisme et, plus tard, par l’islam.

En effet Jésus n’a jamais été « chrétien », mais au contraire il a dénoncé lui-même, par sa prophétie, ceux qui allaient trahir et usurper son message.

Quelle meilleure preuve de ceci peut-on trouver que les paroles de Jésus Lui-même, comme rapportées par Matthieu au chapitre 7, versets 22 et 23 :

« Beaucoup me diront en ce jour-là : ‘Seigneur, Seigneur, n’est-ce pas en ton nom que nous avons prophétisé ? En ton nom que nous avons chassé les démons ? En ton nom que nous avons bien fait des miracles ?’ ‘Alors je leur dirai en face : Jamais je ne vous ai connus ; écartez-vous de moi, vous qui commettez l’iniquité.’ »

On peut difficilement être plus clair dans la condamnation des futures Églises chrétiennes, qui, en son nom, trahiront son message.

Tout au plus, a-t-il voulu actualiser la Torah juive en portant plus l’accent sur la sincérité et l’ardeur des sentiments et sur la foi, plutôt que sur les multiples interdits et commandements.

L’exemple du « bon samaritain » est significatif à cet égard. Pour Jésus, il importe de transgresser la loi lorsqu’il s’agit du respect de la vie, comme l’a fait le « bon samaritain », qui en soignant un homme attaqué par des brigands et laissé pour mort (et donc impur) dépasse les prescrits de la loi en suivant la voix de sa conscience, alors qu’un prêtre juif et un lévite sont passés outre. (Luc 10, 33).

Dans la même ligne de pensée, Jésus estime que le shabbat a été fait pour l’homme et non l’inverse. (Mc 2, 27).

Pour Jésus, l’orthopraxie doit par conséquent céder le pas à l’orthodoxie où la bonté envers le prochain doit prévaloir sur les prescrits et sur les rituels et permettre ainsi une simplification de la foi.

Mais ses prétendus successeurs, c’est-à-dire les nouveaux « scribes et pharisiens », que Jésus vouait au feu éternel, n’hésiteront pas à trahir son message en compliquant encore davantage la foi de leur maître en y ajoutant de nouveaux dogmes indus malgré Sa mise en garde (Mt 7, 22- 23).

Ce faisant, ils donneront raison à Alfred Loisy, prêtre excommunié, mais néanmoins professeur d’histoire des religions au Collège de France, et à sa phrase célèbre :

« Jésus a annoncé le Royaume, mais c’est l’Église qui est arrivée. »

Conclusion : Et quid de l’annonce de la fin du monde et de l’instauration du Royaume de Dieu sur terre… ?

Remarquons seulement que, si Jésus avait respecté sa promesse formelle d’établir son royaume sur terre immédiatement après sa mort et sa résurrection, l’idée de créer une Église se réclamant de Son Nom aurait perdu toute signification !

Car en effet et contrairement à ce que Jésus avait annoncé en Mt 24, 34 :

« Sa génération est passée… sans que tout cela n’arrive… »

Et dès lors, Mohamed, tout comme Arius, a reconnu Jésus de Nazareth comme un grand prophète, dont il a loué la sagesse.

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Informations complémentaires

Année

2011

Auteurs / Invités

Willy De Winne

Thématiques

Catholicisme, Foi, Questions et options philosophiques, politiques, idéologiques ou religieuses, Religions