Bien-pensance ou pensée dominante ?

Agora Pensée libre

 

UGS : 2017018 Catégorie : Étiquette :

Description

La bien-pensance n’est pas du tout une pensée dominante. On repère toujours une pensée dominante, parce qu’on n’est pas d’accord avec elle. Typiquement, les gens qui sont altermondialistes trouvent que la pensée dominante c’est le néolibéralisme. Les gens qui sont néolibéraux vont trouver que le CEGEC  et autres pages des bobos. On est toujours le bobo de quelqu’un d’autre, tout comme on est toujours le bien-pensant de quelqu’un d’autre. D’ailleurs bien-pensant, c’est une insulte, tout comme bobo. On n’est jamais bobo positivement, il ne s’agit jamais de quelqu’un de chouette, de bien : c’est quelqu’un qui, fondamentalement, se trompe quelque part.

Pour certains, la bien-pensance est plus un problème de facilité ou de manque d’exigence, pas envers les autres, mais un manque d’exigence envers soi-même principalement. Une facilité à se conformer à ses arrière-pensées, à une pensée dominante, à une pensée facile, même pas forcément dominante, mais que l’on fréquente. C’est le principe de Facebook où les gens voient sur leur écran les gens qui sont d’accord avec eux.

La bien-pensance ressemble fortement à ce « mur » Facebook qui nous emmure et qui nous fait voir des affiches qu’on a envie de voir. Et donc quelque part, l’idée que la bien-pensance soit forcément une pensée dominante semble fausse.

La bien-pensance, c’est quelque chose qui nous domine plus qu’autre chose.

Actuellement dire quelque chose en faveur de Monsanto est mal perçu, alors que Monsanto est probablement l’organisme qui a sauvé le plus de vies au XXe siècle. C’est quelque chose de difficilement acceptable parce qu’il a sauvé énormément de gens en créant des sortes de blé qui n’existaient pas. Les gens ont été littéralement sortis de la famine grâce à de nouvelles variétés de blé, en Inde notamment. On n’en parle pas, car, évidemment, il est plus facile de critiquer les OGM, qui sont d’ailleurs tout à fait inoffensifs.

Tout comme dire que l’agriculture biologique, c’est peut-être bon pour les sols, mais que cela ne l’est pas pour la santé ; dire qu’un aliment sur deux que l’on mange est « bio », et qu’il est plus nocif que si on ne l’avait pas pris « bio » sont des dires tout à fait inacceptables pour les bien-pensants.

Il faut faire très attention à ne pas confondre la cause et les faits. Et donc ne pas croire que parce qu’on est un peu à la marge, on a d’office raison. Ce n’est pas parce que les gens nous excluent que, forcément, on a raison. Laurent Louis, par exemple, est un modèle pour cela. Il se pose systématiquement en victime, en disant :« Regardez, je suis exclu du parlement, on m’humilie, on me ridiculise. C’est la preuve que j’ai raison. » On entend très souvent des gens dirent qu’ils n’osent pas proclamer ceci ou cela à propos de telle chose et que c’est la preuve que les autres sont bien- pensants et qu’eux ont une libre pensée. En fait, ils confondent la cause et le résultat. Le fait de se faire exclure n’est en aucune manière la preuve d’avoir une pensée ou une réflexion qui vaille la peine d’être considérée.

Cette histoire de bien-pensance se juge à l’aune de ce que cela a été, c’est- à-dire, peut-être à certains moments, la domination d’institutions de type religieux. À l’heure actuelle, c’est quelque chose de beaucoup plus diffus, on est beaucoup plus dans cette espèce de domination de la médiocrité intellectuelle, de la domination du prêt-à-porter intellectuel… On est dans une espèce de Mc Donald : il faut surtout que cela n’ait pas trop de goût. Que ce soit Alain Destexhe en Belgique, ou Éric Zemmour… dire n’importe quoi et être houspillé ne veut pas forcément dire qu’on a raison.

Il y a vraiment une difficulté à penser autrement sans forcément s’opposer à une pensée dominante qu’on croit déceler à gauche ou à droite, ou à gauche et à gauche bien souvent d’ailleurs.

À plus forte raison, si on se place dans le camp des victimes. Le fait d’avoir été victime légitime tout discours. C’est très inquiétant de penser cela et il est très inquiétant de penser que l’on donne un temps de parole absolument inouï à des gens qui ont été victimes de quelque chose. Ce n’est pas un poilu de la Première Guerre mondiale, dans les tranchées, qui voit le plus clair sur ce qui se passe dans les événements de 14-18. Il faut prendre du recul, ce que permet le langage, la maîtrise de l’histoire, la distance afin de mieux comprendre les événements.

Si on est le nez sur un tableau, cela nous empêche de voir le tableau. Il faut s’en reculer. Et si l’on est protagoniste d’un événement historique, on n’en sait pas forcément plus.

Pour tous ceux qui parlent au nom du fait qu’ils ont été mis de côté, il s’agit peut-être d’examiner le cas. Ils ont peut-être été mis de côté parce que ce sont des gens qui méritent tout simplement de l’être…

Informations complémentaires

Année

2017

Auteurs / Invités

Christophe Van Rossom

Thématiques

Bien-pensance, Questions et options philosophiques, politiques, idéologiques ou religieuses, Questions éthiques