Le politiquement correct et le racisme

Agora Pensée libre

 

UGS : 2017031 Catégorie : Étiquette :

Description

On se rappelle l’histoire d’un animateur qui occupait une position dans l’espace médiatique en tenant des propos très politiquement corrects, et dont on s’est aperçu qu’il avait un pseudonyme et qu’il tenait, sous ce nom caché, des propos d’un racisme ordurier. Il s’agit là, vraiment, du double niveau, tandis que, par exemple, dans l’argumentation de Tariq Ramadan, il dit ce qu’il dit. Simplement, dans ce qu’il dit, il y a une façon de ne pas faire la différence entre, notamment, un espace public, comme un métro où le public est captif, et un espace ouvert où le public est volontaire. À partir du moment où le public est volontaire, l’argument de Tariq Ramadan tombe. Il faut déconstruire ses sophismes.

Dans toute l’évolution du Front national, cela fonctionne ainsi. Il est devenu beaucoup plus politiquement correct au moment où il a essayé de capter le vote ouvrier. Son discours, qui, au départ, était un discours de rejet, très raciste chez Jean-Marie Le Pen – encore que Jean-Marie Le Pen fût déjà plus politiquement correct qu’auparavant et qu’il n’était politiquement incorrect que dans ses dérapages « contrôlés » sur « les détails de l’histoire », sur les fours crématoires, etc. Cela s’est accentué chez Marine Le Pen. Pense-t-elle pense toujours la même chose aujourd’hui ? Lorsqu’elle a elle a voulu céder la présidence du parti, en disant qu’elle ne voulait pas être la présidente du parti jusqu’au deuxième tour de l’élection présidentielle, elle a choisi quelqu’un pour exercer cette présidence temporaire, sans vraiment avoir de pouvoirs. On a découvert que cet homme a tenu des propos négationnistes, quelques années auparavant… On le sait maintenant. On critique souvent Le Canard enchaîné pour ses articles, mais s’il ne le disait pas… Et c’est pareil pour le Samu social de Bruxelles, et d’autres affaires dans le même genre… Mais si on n’en parlait pas ?

Un débat avait été organisé à l’ULB avec Hervé Hasquin  et Caroline Fourest autour du livre qu’elle venait d’écrire sur Marine Le Pen. Le débat portait, parce qu’ils n’étaient pas d’accord, sur le fait de savoir s’il s’agissait d’une vraie transformation ou bien s’il s’agissait d’une transformation de surface, dans le genre du « loup dans la bergerie ». Le débat n’a pas pu avoir lieu, car, au bout d’une demi-heure, des personnes ont commencé à chahuter et ont empêché que le débat puisse avoir lieu. Or, ce n’était pas un débat sur l’islam, mais, indirectement, avec Marine Le Pen, on ne peut pas ne pas parler d’islam.

Il faut imaginer que si Marine Le Pen tenait les discours identitaires de ceux qui sont encore à sa droite –, Soral, Dieudonné, etc. –, elle n’aurait pas autant d’électeurs. Ceux-là feraient un demi pour cent, ou vont arriver aux deux ou trois pour cent de l’extrême droite. Elle, elle éclate la chose, même si elle n’a pas fait de très bons résultats ces derniers temps : elle est quand même parvenue à faire vingt-cinq, trente pour cent. Par conséquent, il faut se demander ce que les gens pensent, comment les gens adhèrent, souvent ce ne sont pas de vrais racistes.

On a vu le mauvais environnement de Marine Le Pen lorsqu’elle a nommé cet homme à la vice-présidence, quelle gaffe ! Elle a essayé d’avoir une position lisse, en se débarrassant de son père. Ensuite, elle trouve intelligent de placer un homme à la présidence du parti, qui n’a aucun pouvoir, parce qu’avant le deuxième tour, il n’y a pas de réunions de parti. Et il s’avère que cet homme n’est pas du tout politiquement correct, puisqu’il a tenu des propos négationnistes, ce qui l’a obligé à démissionner. C’est intéressant de le voir à chaque fois, parce que cela fait partie de la lutte contre le Front national.

De ce point de vue, Emmanuel Macron, dans le débat, a fait ce qu’il fallait faire, non seulement sur l’euro – où elle s’est complètement plantée –, mais sur la dimension d’agressivité, car, comme il ne réagissait pas, elle est montée en injures et a dû révéler son vrai visage. Certains ont écrit qu’elle avait perdu des années de polissage, de politiquement correct, de loup dans la bergerie, en remontrant les dents. C’était un très mauvais débat et les adeptes du Front national lui en veulent encore aujourd’hui.

Il y a une explosion de violence, dont on n’a absolument pas conscience actuellement et qui est horrifiante. Autour de Liège, autour de Charleroi et de Gosselies, dans certains quartiers de Bruxelles, des gens commencent à s’armer. Ils sont constamment attaqués par l’islam qui les traite de tous les noms, qui insulte les femmes, qui leur interdit d’aller dans certains quartiers, etc. Dans certains quartiers, on ne trouve plus que de la nourriture halal, cela paraît idiot, mais pour être « politiquement corrects », ces personnes ne disent rien… Mais derrière cela, il y a cette montée de violence, en cinq ans, qui est affolante, et ce chez des gens éduqués. Philosopher, c’est très bien, mais on est au bord d’une catastrophe. Les personnes bien-pensantes, gâtées par la vie, qui ont été à l’Université, ou qui vivent dans un milieu social favorisé, ont-elles conscience de ce qu’il se passe ? Certains sont prêts à toutes les exactions, tant ils sont en guerre dans leur propre village. Certains élèvent des chiens pour protéger leur jardin ou pour protéger leur femme. Les médecins ne peuvent plus examiner les femmes musulmanes : on les enferme à clef et on confie la clef au père de famille. Les gens qui vivent dans les quartiers privilégiés n’ont aucune conscience de ce qui se passe. Le politiquement correct a fait de tels dégâts que les gens n’en peuvent plus et, à présent, on est déjà bien plus loin que le danger que représente le politiquement correct.

Il s’agit d’un diagnostic bien réel, mais penser que l’inconscience est générale, n’est pas une réalité. À La Pensée les Hommes, on passe son temps à essayer de dénoncer cela. Il existe des gens qui ne veulent pas le voir, mais il y a toute une partie de la population qui le voit et qui le sait. Il y a eu l’ouvrage Les Territoires perdus de la République, etc. Il y a des gens qui en sont conscients. Maintenant, il est vrai que certains vont dans le mauvais sens. On est conscient qu’il y a ces tendances très nettes du côté de l’islam, que les filles ne peuvent plus s’asseoir dans les rues, etc. On est conscient du danger, mais que faut-il faire ? Aller dans la rue et gesticuler ? Il faut pouvoir réfléchir, et les philosophes nous apportent les outils afin de penser correctement. Il ne faut pas que cela aboutisse à une sorte d’anti- intellectualisme. Il ne faut pas être apocalyptique, mais il faut vraiment faire très attention.

Il faut enseigner aux enfants l’écoute, le partage, la fraternité, etc., mais en quoi est-ce compatible avec un monde qui devient de plus en plus brutal, où les injures fusent… Et cela mêmes sur les plateaux de télévision, entre des gens qui devraient, normalement, organiser entre eux un débat contradictoire et argumenter. Cela ne fonctionne plus. On est dans un monde américanisé. Régis Debray5parle de l’américanisation de la France en disant que la France, ce n’est plus la France,… On ne niera pas qu’aux États-Unis, bon nombre d’Américains sont armés.

Le problème de conscientisation est que l’on est allé dans le mauvais sens, non pas que l’on n’ait pas suffisamment pris connaissance du problème, mais l’on a choisi les mauvais interlocuteurs. Premièrement, les partis politiques ont flatté et essayé d’avoir sur leurs listes électorales des gens qui sont totalement en contradiction avec nos valeurs. Ils utilisent ces systèmes de recrutement, parce que cela fait des voix :  le parti socialiste a fait cela à Bruxelles, notamment. Deuxièmement, dans les écoles et ailleurs, on favorise les accommodements raisonnables qui sont, de nouveau, des demandes, pas du tout de ceux qui sont les plus ouverts et plus libéraux, mais de ceux qui formulent des demandes relatives au halal, aux hôpitaux, à la multiplication des mosquées, etc.

Le tout est de savoir si, dans notre société, on veut une intégration des minorités, ou si l’on accepte un multicommunautarisme. Il s’agit d’une volonté de la société de définir sa position. Tout comme En marche, on peut dire que l’on veut une intégration positive et heureuse des minorités musulmanes. Cela peut être présenté positivement, mais c’est néanmoins une action politique qui doit être ferme.

On pourrait adopter, refuser ou trouver des accommodements raisonnables. On peut faire un gentleman agreement entre les partis, en leur disant de ne pas mettre, sur les listes électorales, des gens qui n’ont rien à voir avec les valeurs défendues par notre pays, simplement parce que cela fait gagner des voix, mais qu’ils s’arrangent entre eux, étant donné l’urgence du problème. Il y a un ensemble de choses qui peuvent être faites. Mais ce n’est pas toujours facile, dans la mesure où l’on répond avec des mesures nationales ou locales, à un phénomène qui est un phénomène mondialisé.

Il faut prendre la mesure de la difficulté du problème, d’autant plus que l’on est allé dans le mauvais sens pendant trop longtemps.

Informations complémentaires

Année

2017

Auteurs / Invités

Guy Haarscher

Thématiques

École / Enseignement, Éducation, Lutte contre le racisme, Lutte contre les fausses croyances et les fausses sciences, Questions et options philosophiques, politiques, idéologiques ou religieuses