Situation des femmes africaines

Agora Pensée libre

 

UGS : 2015023 Catégorie : Étiquette :

Description

Les pays où les femmes ont le plus de droits égaux sont aussi les pays les plus paisibles. Lorsque l’on observe les États-Unis, un pays assez apaisé par rapport au continent africain. Mais il y a quand même pas mal de violence exercée par les États-Unis sur d’autres continents.

Les pays où les femmes – quand on dit les femmes, on entend humain – ont le plus de droits, sont les pays qui sont les plus paisibles et quand on dit paisible et sûr, on parle de l’intérieur de ces pays mêmes. Quand on voit les pays où il y a une certaine stabilité – les pays occidentaux –, la stabilité économique et sociale est « présente » et, pourtant, ces pays sont responsables, de par le monde, de toute une série de dérives. On voit aujourd’hui ce qui se passe avec la Lybie, avec la Syrie, avec le Mali, avec l’Afrique centrale et on voit qu’aujourd’hui la paix en Occident se fait un peu au détriment de la paix ailleurs.

Quand on regarde l’histoire de la planète, les guerres sont, aujourd’hui, délocalisées. Le monde est en guerre, nous ne sommes plus dans une guerre mondiale géographiquement circonscrite, mais le monde est en guerre. La guerre est à nos frontières. Aujourd’hui, en Europe – et l’Europe est une belle construction qui a permis de préserver d’autres guerres, en tout cas pour l’instant –, les pays connaissent une stabilité au détriment d’autres pays du Sud. C’est une constante. C’est pour cela qu’il est important de faire des parallèles. En Europe, on vit dans un ersatz, on vit dans un monde où les droits sont là et ce n’est pas pour rien que les gens sont prêts à traverser les océans et à risquer leur vie pour pouvoir bénéficier des droits qui sont les nôtres. Ces droits qui sont les nôtres ne se sont pas faits tout seul, ils se sont faits au détriment d’autres nations, d’autres pays, d’autres zones du monde où la guerre est exportée. Et il est vrai que l’Amérique, dans ce sens-là, n’est pas un exemple de pacification du monde.

En jouant sur l’argument, à juste titre, que si on impliquait davantage les femmes dans le marché du travail, cela ferait grimper le PIB. Mais n’est-ce pas une argumentation difficile, comme si le droit de la femme était accolé à une croissance économique ? Les femmes sont également préoccupées par l’écologie, ou par les idées de décroissance.

Il est un dangereux d’accoler les droits des femmes à une croissance économique, mais, qu’on le veuille ou non, l’accès à l’autonomie, l’accès à l’indépendance économique et financière est un levier fondamental pour les femmes et sans cette autonomisation des femmes, il est difficile qu’elles soient autonomes. Dans les pays occidentaux, c’est l’accès à l’éducation, l’accès à la formation, l’accès à l’emploi – même s’il y a encore énormément de lacunes –, qui ont permis aux femmes d’être maîtres de leur destin. Alors qu’ailleurs, les femmes n’ont pas accès à la terre, elles n’ont pas accès aux intrants agricoles, elles n’ont pas accès aux microcrédits, alors que les femmes sont les premières au front de l’économie en Afrique. Lorsque les femmes parviennent à s’approprier la croissance économique, elles favorisent une croissance sociale parce que c’est toute la société qui en bénéficie.

Intégrer la force économique des femmes dans une perspective de croissance économique pour la société n’est pas un argument qu’il faut défendre à tout prix, parce qu’un progrès économique ne s’accompagne pas forcément d’un progrès social. Mais si ce progrès économique permet effectivement aux êtres humains d’être libre de leur destin, de pouvoir choisir l’orientation qu’ils souhaitent, alors oui, dans ce sens-là, c’est important.

Au Mali, les femmes travaillent dans les champs, gèrent beaucoup de choses et n’ont pas accès aux éléments importants qui constituent la vie. Y a-t-il, actuellement, venant de Belgique, des Ong qui aident directement ces femmes pour contourner les problèmes des lois qui ne sont pas présentes dans ces pays, qui sont là pour aider les femmes, des groupes de femmes, pour passer au-delà du problème ? Est-ce que cela existe ?

Que ce soit au Mali ou ailleurs, la société civile est très présente. Au niveau financier, la logique des investisseurs est une logique de rentabilité. C’est pour cela que la dimension du genre dans les processus budgétaires est très importante, et également de savoir quelle est la part qui est accordée aux femmes dans ces aides ?

C’est un processus très récent puisque les dirigeants de ces pays sont encore majoritairement masculins ; les gouvernements sont encore majoritairement masculins avec une mainmise très présente du monde patriarcale. L’exemple du Mali est donné, car c’est un des pays où les droits des femmes sont les moins avancés de la planète, et le processus ne va pas en s’améliorant. À l’Assemblée nationale au Mali, sur cent quarante-sept députés, il y a treize femmes. Et lorsque l’on pose la question à savoir s’il y a une commission d’égalité homme-femme, on est regardé comme si on venait d’une autre planète.

Le Mali est un pays de culture musulmane, c’est un pays qui a toujours été tolérant, progressiste, avec une vision patriarcale certes, mais il y avait des avancées qui étaient faites. Ces dernières années, on a assisté à un recul, notamment sous la pression des mouvements islamistes, très présents. On a vu ce qui s’est passé au nord du Mali, il y a deux ans, avec l’avancée djihadiste qui a été stoppée par l’intervention française.

En 2009, l’ancien président du Mali, Amadou Toumani Touré, a voulu changer le Code de la famille pour le rendre conforme au traité que le Mali avait signé. Le président a voulu aller dans le sens de donner plus de droits aux femmes, notamment par rapport à l’âge du mariage, par rapport aux droits de la famille, par rapport à l’héritage, etc. Il y a eu alors une forte pression du monde associatif « musulman ». Il y a eu, pendant des mois, des rassemblements qui ont amené des milliers de personnes de tout le pays, sous la bannière du haut Conseil islamique, de telle sorte que le président a fait marche arrière. Il a dû demander aux députés de revenir sur ce qu’ils avaient voté au nom de la paix nationale. Les islamistes ont donc gagné. Ils ont également été très présents en termes d’influence au niveau des dernières élections, au point que lorsque l’actuel président, Ibrahim Boubacar Keïta, prend la parole, il commence par citer un verset du Coran.

Il y a un recul très important : malgré la mobilisation du monde associatif, malgré la mobilisation du monde international, la « donne » n’a pas vraiment changé. Dans un mouvement général de régression dans cette partie du monde, en général, la seule possibilité, c’est de s’inscrire dans une revendication internationale : c’est pourquoi les mouvements internationaux sont très importants afin de pouvoir influer sur le cours des choses.

Malgré le fait qu’elle soit malienne et en tant que femme militante féministe, Fatoumata Sidibé, députée au Parlement Bruxellois, n’a aucune chance d’être entendue au Mali parce que son discours n’est absolument pas audible. Elle se bat depuis la Belgique pour ces femmes, mais le plus important c’est que les ONG continuent de soutenir les femmes sur place, dans les villages.

Beaucoup d’ONG sont présentes dans les villages, dans les communautés, pour soutenir ces femmes en termes d’alphabétisation, en termes de microcrédit, en termes d’accès à la terre, en termes d’accès à la formation. Là, il y a un travail véritable qui est réalisé et qui se manifeste concrètement dans les faits.

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Informations complémentaires

Année

2015

Auteurs / Invités

Fatoumata Fathy Sidibe

Thématiques

Afrique centrale, Économie, Politique, Questions et options philosophiques, politiques, idéologiques ou religieuses