Les femmes et la croissance économique

Agora Pensée libre

 

UGS : 2015021 Catégorie : Étiquette :

Description

Puisqu’on parle de la thématique Et si l’humanité ne progressait que grâce aux hommes, en 2014, la Journée mondiale des femmes, le 8 mars, était intitulée L’égalité pour les femmes, c’est le progrès pour toutes et tous. Et en 2015, le 8 mars a mis l’accent sur la déclaration du programme de Beijing, une feuille de route historique qui a été signée il y a vingt ans par cent trente-neuf gouvernements, dont la Belgique, et qui établit un programme d’actions pour les droits des femmes. Et donc, en 2015, le cadre était : « Autonomisation des femmes, autonomisation de l’humanité ».

C’est vous dire à quel point l’humanité, aujourd’hui, ne peut se concevoir sans la participation pleine et entière des femmes, et un des lieux dans lesquels cette participation des femmes est la plus concrète, ce sont les pays du Sud, ces pays du Sud où les femmes sont des vecteurs de l’économie.

Il y a beaucoup de choses à faire dans l’éducation, car elle est le fondement du progrès. C’est grâce aux femmes éduquées que l’humanité va progresser. Chaque année où le taux de femmes scolarisées augmente a pour effet de réduire de cinq à dix pour cent à la fois le taux de fécondité et le taux de mortalité infantile. De plus, les mères instruites sont plus enclines à envoyer leurs filles à l’école et donc à briser le cercle vicieux de la pauvreté.

Comme le disait la Banque mondiale dans une perspective d’analyse de coûts-avantages : « De tous les types d’investissements possibles dans les pays en développement, investir dans l’éducation des filles donne le rendement le plus élevé, et ce n’est pas seulement en termes de développement, mais aussi en termes de droit fondamental ». Dans les pays pauvres, effectivement, les femmes sont les plus pauvres et les plus analphabètes. Si rien ne change, les filles d’Afrique sub-saharienne ne jouiront pas de l’accès à l’enseignement primaire avant 2086. Donc il y a encore du chemin à faire.

Il y a un proverbe qui dit : « Si vous éduquez un garçon, vous éduquez une personne ; si vous éduquez une fille, c’est toute une famille, une nation que vous éduquez. »

La croissance et le progrès économique, qui ne sont pas le progrès social, forcément, passent aussi par l’égalité homme-femme. L’OCDE – l’Organisation de coopération et de développement économique – a fait un constat qui dit que près de soixante pour cent des universitaires diplômés en 2009 dans les pays de l’OCDE étaient des femmes. Or, la hausse du niveau d’études est responsable de la moitié de la croissance du PIB de la zone OCDE, ces cinquante dernières années. Chaque année supplémentaire passée à étudier suscite une hausse moyenne de neuf pour cent du PIB par habitant. Il n’y a pas, donc, de doute que l’accès pour toutes les femmes à l’éducation est une preuve de croissance économique.

Au sujet de la formation, il y a encore beaucoup de chemin à faire, puisque plus de septante-cinq pour cent des diplômés en sciences sanitaires et sociales sont des femmes, alors qu’au niveau des diplômes en sciences, ingénieurs, assistants en production, en sciences du bâtiment, ce sont pour septante pour cent des hommes. Il y a donc un travail à accomplir pour améliorer la perception, pour anéantir les préjugés et pour inciter davantage les femmes à se lancer dans des carrières à dominance masculine.

En Europe, la crise est présente depuis très longtemps. C’est une crise d’austérité, et l’Europe, qui en est consciente, avance qu’il est temps de relancer l’économie et la croissance pour qu’elle devienne, comme le veut la stratégie 2020, une économie intelligente, durable et inclusive. Et pour cela, les spécialistes disent qu’il est important de prendre en compte la dimension du genre dans la politique de développement, également au niveau budgétaire.

Il faut savoir que, malgré les efforts de la Commission européenne dans les États membres, le taux d’emploi est très faible chez les femmes : depuis 2002, il est passé de 58,1 pour cent à 62,8 pour cent. C’est vraiment un taux d’emploi très faible. Et, selon l’OCDE, l’Union européenne pourrait voir son Pib augmenter de douze pour cent s’il existait une réelle égalité entre les hommes et les femmes sur le marché du travail, mais ce sont des chiffres qui s’appliquent à l’Europe et on sait à quel point, quand l’austérité est présente, les femmes sont souvent à la traîne.

C’est surtout dans les pays du Sud que la tension est la plus visible, parce que ce sont des pays d’économie agricole. Les champs, ce sont les femmes qui les cultivent, ce sont les femmes qui font la récolte. Sur les marchés, ce sont les femmes qui vendent et qui achètent, ce sont elles qui créent des entreprises, qui vont chercher l’eau, qui ramassent le bois, qui sont dans les usines, qui gèrent les commerces. Et pourtant, ce sont les femmes qui ont le moins accès au crédit. Ce sont elles qui sont le moteur de la formation, de l’économie, et elles ne perçoivent que dix pour cent des prêts accordés pour l’agriculture, et moins d’un pour cent de l’ensemble des prêts accordés au monde agricole, alors qu’elles sont pour quatre-vingts pour cent les responsables des cultures du continent. C’est incroyable comme chiffres !

La coutume faisant que la terre et les biens sont légués de père en fils, d’homme à homme, continue de cantonner les femmes dans une position inférieure.

Le manque d’argent, le manque de formation font que les femmes, malgré le peu d’aide qu’elles reçoivent, sont très présentes dans le domaine économique. Et c’est pour ça qu’il est important que le monde financier supprime certaines barrières, de telle sorte que les femmes aient, de manière équitable, accès aux services et aux implants agricoles, parce que c’est de cette manière-là qu’on pourra faire avancer la cause du développement.

On sait que les femmes, lorsqu’elles empruntent, sont plus enclines à rembourser que les hommes, et il faut donc se battre pour qu’elles aient accès au crédit.

Plus de cent ans après la Journée mondiale des femmes, près de vingt ans après Pékin et quatorze ans après le début de la crise du millénaire, le développement est à un carrefour important, parce qu’il y a des preuves irréfutables que l’égalité pour les femmes est un progrès pour tous. Cela conduit à une croissance inclusive, et la pauvreté est réduite. Et cela contribue également à la paix et à la sécurité. La paix, la sécurité dans le monde actuel sont des éléments importants.

Ce XXIe siècle nous donne donc l’occasion de faire un bond en avant et pas seulement des petits pas. On sait que les accords de paix qui réussissent mieux dans les pays en crise sont ceux qui impliquent les femmes. Les Parlements qui ont le plus grand nombre de femmes traitent davantage de sujets comme la santé, l’éducation, les pensions alimentaires, la cause des femmes. Et pourtant, les avancées restent encore longues, aujourd’hui, à s’imposer.

Il est donc important, si l’humanité veut progresser, qu’on s’engage à respecter les droits des femmes à vivre libres de toute violence, des violences qui touchent aujourd’hui une femme sur trois dans le monde. Qu’elles puissent toucher le même salaire que les hommes pour un même travail, être mises sur un pied d’égalité avec les hommes quant aux décisions qui touchent leur vie, le droit fondamental de décider d’elles-mêmes si elles veulent des enfants, quand, et à quel rythme, c’est-à-dire le droit sexuel reproductif.

Aujourd’hui, dans les villes, les campagnes, au Nord, au Sud, les femmes sont présentes et œuvrent sans fanfare, sans remerciements, avec beaucoup d’invisibilité, et souvent sans trouver d’appui. Elles s’emploient à améliorer les conditions de vie d’autrui.

Et donc –, ces faits sont irréfutables –, lorsque les femmes ont la liberté de développer leurs talents et de contribuer concrètement, pleinement à la société, toute l’humanité en profite.

Les sociétés où les femmes ont le plus d’égalité de droits sont les plus stables, les plus sûres, les plus paisibles. L’histoire du monde le prouve. L’autonomisation des femmes est d’autant plus importante à la lumière du rôle qu’elles ont en termes de résolution de conflits, leur rôle de promotrices de la paix. On vit dans un monde où la guerre est partout, à un moment où les guerres sont violentes, où les premières victimes sont les femmes. La résolution 1325 du Conseil de l’Onu revendique justement la place des femmes dans la prévention des conflits, mais également le fait qu’elles soient parties prenantes au niveau des résolutions et des décisions qui touchent l’après-guerre.

L’égalité entre les hommes et les femmes est donc un impératif de progrès social, et les femmes – cinquante pour cent de l’humanité – ce n’est pas du tout une minorité. Si on s’attaque aux inégalités qui les touchent, cela signifie qu’on s’attaque en même temps au système de domination patriarcale, et à tous les systèmes de domination capitaliste, économique, etc.

La lutte pour l’émancipation des femmes, c’est un progrès pour l’humanité et c’est également un combat important pour un monde plus solidaire.

Aujourd’hui, les progrès accomplis par les femmes représentent forcément un progrès pour l’humanité entière. C’est pour cela que ce combat est actuel et qu’il ne peut se faire qu’en parité avec l’autre moitié que sont les hommes.

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Informations complémentaires

Année

2015

Auteurs / Invités

Fatoumata Fathy Sidibe

Thématiques

Crise, Droits des femmes, Économie, Égalite H-F, Questions de genre, Travail / Emploi / Chômage