Et si l’humanité n’allait progresser que grâce aux femmes… Les droits des femmes

Agora Pensée libre

 

UGS : 2015012 Catégorie : Étiquette :

Description

La femme est en effet un « homme » comme un autre et l’humanité est un nom féminin, ce qui n’est quand même pas anodin. Et comme le disait Aragon, « … la femme est l’avenir de l’homme ». L’avenir de l’homme se comprend comme étant l’avenir de l’humanité.

Avec des « et si » on peut refaire le monde, et qui dit « refaire le monde » dit « rêver », et comme disait Lamartine : « Les utopies ne sont souvent que des vérités prématurées ». L’humanité désignée comme est l’ensemble des individus appartenant à l’espèce humaine et également toute une série de caractéristiques qui les définissent.

Et le progrès, on y reviendra plus tard. Puisqu’on parle du progrès de l’humanité, l’action d’aller en avant, l’action d’être meilleur, de s’accroître, d’aller vers une meilleure connaissance et également vers le bonheur de la connaissance.

Puisqu’on parle des femmes… les femmes représentent la moitié de l’humanité.

Lucy, l’australopithèque, a été découverte en Éthiopie en 1974, par un groupe de chercheurs internationaux. C’est un petit fossile d’à peine un mètre dix, complet à quarante pour cent, qui date de 3,2 millions d’années, et on en parle… La première femme de l’histoire dont on parle. On en parle comme étant la mère de l’humanité, et ce n’est pas anodin… Ce n’est pas anodin parce qu’une constante dans l’histoire de l’humanité, c’est l’invisibilité des femmes dans les récits historiques, mais également dans la plupart des textes de sciences sociales, et également leur occultation par rapport au développement et à l’évolution des sociétés.

De ce qu’on sait de la préhistoire : on sait que les hommes se livraient à la chasse, on sait qu’ils ont découvert le feu, on sait qu’ils ont taillé des outils, on sait qu’ils ont décoré des cavernes. Et les femmes dans tout ça… ? N’ont-elles pas également œuvré à cette époque-là, n’ont-elles pas chassé également, n’ont-elles pas découvert le feu, n’ont-elles pas taillé des os et des silex, peint dans les grottes,… ? On peut imaginer que oui, bien sûr. Mais la seule certitude que nous ayons, et qu’on a aujourd’hui, c’est que la femme était reconnue dans son rôle reproducteur. Comme aujourd’hui, elle mettait les enfants au monde… et Lucy est présentée comme la mère de l’humanité.

L’histoire de l’humanité est un peu celle d’une montagne russe où on monte, on descend, on remonte, on redescend, on se stabilise. Durant plusieurs siècles, les femmes ont gagné des batailles pour leurs droits, un combat pour s’extraire des carcans et des rôles dans lesquels la division patriarcale et sexuelle les avait confinées, mais également un combat pour lutter contre une idéologie dominante qui sous l’égide, sous la houlette des religions, avait posé a priori un constat : c’est le principe de leur infériorité.

C’est également un combat pour avoir des droits, des droits humains, car l’humanité inclut les femmes, et comme les femmes sont le deuxième pied de l’humanité. Si l’humanité n’avance pas les femmes n’avancent pas non plus. Et comme dirait Gandhi : « Ce qui sera fait sans nous, sera fait contre nous ». Je vais reprendre une citation de Gisèle Halimi qui disait : « Les hommes et les femmes, nous sommes les deux moitiés de l’humanité et par conséquent, la seule loi juste serait d’instaurer, entre nous, la parité dans les rouages décisifs, la démocratie, parce qu’elle répond à la loi naturelle qui perpétue le monde. Le monde deviendra tout à coup meilleur, simplement, le changement quantitatif provoquera forcément un changement qualitatif. »

Que voulons-nous dire quand on dit que tel changement est un progrès ? Et qu’est-ce que le progrès de l’humanité ? Ce qui est un progrès pour les uns, n’est pas forcément un progrès pour les autres. Là, on entre effectivement dans un débat intéressant, puisque le progrès est un enjeu, l’enjeu de se rapprocher d’un monde idéal, d’une civilisation parfaite. Cette pensée positionniste imagine un continuum littéraire qui exprime l’histoire sur laquelle se représentent des groupes culturels, que ce soient les États ou que ce soient les individus. Des barrières sont mises de manière à montrer que les individus qui appartiennent à des groupes différents sont moins civilisés ou moins développés que d’autres. Cette attitude ethnocentrique consiste à juger la culture des autres d’après des standards culturels qui sont les nôtres. Ce qui est un progrès pour nous n’est pas forcément un progrès pour l’autre moitié de l’humanité, puisque l’humanité est un vaste continuum géographique, culturel, religieux, ethnique.

Ceci nous amène à la notion de progrès qui pour certains est relativiste, à la pensée relativiste qui juge chaque culture par rapport à ses propres valeurs plutôt que par rapport à celles des autres. Chaque culture est un monde en soi, et les valeurs, et le sens qu’elles produisent ne peuvent être compréhensibles que par rapport à l’histoire de chaque culture. Mais que veut dire ce relativisme culturel qui en fait est une thèse postulant que les croyances individuelles sont effectivement relatives à une culture ? Nous sommes d’accord pour dire que les croyances ou les non-croyances, les coutumes, l’alimentation, l’habillement, la manière de vivre sont profondément liés à une culture, et nous sommes également d’accord pour dire que l’on ne devrait pas, que l’on ne peut pas classer les cultures selon des règles – certaines seraient meilleures que d’autres –, en fonction d’un degré d’avancement.

Le relativisme, qui veut que toutes les cultures se valent, est dangereux. Premièrement, il met en avant la primauté : la primauté des droits collectifs, des droits individuels. Pourrait-on au nom des droits culturels, par exemple, juger différemment des faits similaires ? Peut-on admettre que des mariages forcés, l’excision, la polygamie soient des valeurs acceptables à l’aune des cultures d’autrui ?

Un deuxième danger repose sur le fait d’essentialiser les cultures, les individus, puisque les cultures seraient différentes par nature. On est alors dans une vision figée, où les hommes sont essentialisés – avec un grand « H » bien sûr –. On parle de culture européenne, de culture africaine, de culture musulmane, de culture juive ; on dit les musulmans, les Juifs, les chrétiens comme si chacun était un corps monolithique et que chacun était unique et figé dans un bloc uni.

Un troisième danger de ce relativisme culturel, c’est ce que ce déterminisme culturel impose aux femmes. Les femmes sont les grandes perdantes de ce relativisme culturel, puisque l’on parle de progrès. La liberté des hommes et des femmes peut être considérée tout au plus comme une valeur parmi tant d’autres et qui doit être vue, pondérée, jugée à l’aune de la loi du groupe.

Dans une vision universaliste, les cultures ne sont pas figées, mais en constante évolution et elles peuvent évoluer de manières objectives en fonction des époques et des civilisations.

Quand on parle de progrès de l’humanité, on ne peut pas occulter ce débat, cette vision différente du progrès en fonction du lieu géographique, de l’appartenance culturelle et religieuse, philosophique ou ethnique. La mesure du progrès de l’humanité, en termes de droit universel, en tout cas à vocation universelle, est l’angle d’abordage.

Comment parler de progrès sans citer Olympe de Gouges, auteure de la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, un texte juridique français qui exigeait la pleine assimilation légale, sociale et politique des femmes, qui a été rédigé en 1791 sur le modèle de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, proclamé en 1789. C’est le premier document à évoquer l’égalité juridique et l’égalité des femmes par rapport aux hommes, ce qui était quand même une avancée extraordinaire. Cette déclaration est aussi une critique de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, qui énumère les droits qui ne s’appliquaient qu’aux hommes alors que les femmes n’avaient pas le droit de vote, ni l’accès aux institutions publiques, ni les libertés fondamentales et professionnelles, ni l’accès à la propriété. Évidemment, Olympe de Gouges y défend avec opiniâtreté ce combat pour la cause des femmes, écrivant que la femme naît libre et demeure égale en droit à l’homme. Cela revenait à énoncer, pour la première fois, le fait que la Révolution française oubliait les femmes dans son projet d’égalité-liberté. La proposition d’Olympe de Gouges a été refusé, jusqu’au bout, elle a pensé que les mots justes allaient changer la face du monde, jusqu’au bout… jusqu’à la guillotine.

De tous temps, les femmes ont été de toutes les révolutions, de toutes les guerres, et de toutes les paix pour amener du pain à leurs enfants. Durant les guerres, les femmes ont assumé tous les rôles dans les villes, dans les campagnes, dans les foyers, sur le front : infirmières, militaires, espionnes, ambulancières, munitionnettes, résistantes, agents, pères de famille, mères de famille, chefs d’équipe, menuisières, laboureurs, mais également messagères d’espoir. Elles ont dû se battre sur plusieurs fronts, en tout cas sur deux fronts : le front de l’ennemi d’abord, et contre la machine de l’État, l’État qui exerçait une surveillance accrue sur le corps féminin. Et, la guerre finie, les femmes s’en sont souvenues et elles ont été pour la plupart plongées dans l’invisible, mais elles ont été les instigatrices de l’émancipation féminine, et donc du progrès de l’humanité.

La Déclaration universelle des droits de l’homme, adoptée le 10 décembre 1948 par l’Assemblée générale des Nations unies, est la première étape d’un processus appelé à se poursuivre et à s’amplifier, avec l’adoption d’instruments internationaux de plus en plus nombreux qui impliquent un nombre croissant d’États. J’ignore les péripéties de cette déclaration, toujours est-il qu’au départ, l’homme s’écrivait avec un petit « h », et qu’aujourd’hui, on parle des droits de l’Homme avec grand « H », mais surtout, aujourd’hui, l’appellation la plus usitée, la plus consacrée, ce sont les « droits humains ».

On parle de droits universels, mais l’universalité des droits de l’homme est une réalité, non pas au sens où ils sont désormais universellement reconnus et respectés, puisqu’ils sont remis en question ailleurs et dans d’autres lieux, mais au sens où la revendication des droits serait diffusée à l’ensemble de la planète. Donc, cette universalité, aujourd’hui, est reconnue.

Parler de l’humanité, de progrès, des femmes, on peut difficilement le faire sans parler également du « deuxième sexe ». Le Deuxième sexe de Simone de Beauvoir, livre qui n’est pas seulement un constat philosophique, mais qui est vraiment un manifeste politique, un livre qui va inspirer des générations de femmes, là où les mouvements de femmes ont fleuri, et c’est une révolution puisqu’elle affirme que la femme est culturellement construite et non naturellement. C’est parce que la femme est l’égale de l’homme, à la fois physiquement et intellectuellement, et que c’est parce que l’homme prône l’idéologie dominante qu’il a asservi la femme. Et Simone de Beauvoir, qui a inspiré des générations entières, défend la thèse suivante : « Les femmes doivent prendre possession de leur destin, non en tant que femmes, mais en tant qu’‘hommes’ comme les autres ».

Ainsi donc, on ne naît pas femme, on le devient. Mais oui, l’homme est aussi une « femme » comme un autre. « La femme moderne, dit-elle, se targue de penser, d’agir, de travailler, de créer dans les mêmes conditions que les hommes. » Afin d’assurer l’égalité de la femme, Simone de Beauvoir préconise des changements tels que la légalisation de la contraception – un long combat qui n’est pas complètement gagné puisqu’il est menacé –, le droit à l’avortement, la liberté économique, l’autonomie des femmes.

Le statut des femmes dans le monde, ce n’est pas seulement une question de justice, c’est également un impératif politique, social et économique, parce que l’humanité ne pourra pas faire une économie du progrès durable si les droits des femmes et des filles sont bafoués et si elles sont à la traîne. La place que l’humanité réserve aux femmes est un baromètre des mentalités des modes de pouvoir.

Il y a un siècle, seuls deux pays autorisaient les femmes à voter. Aujourd’hui, ce droit est presque universel, et plus d’un parlementaire sur cinq est une femme. Aujourd’hui, les femmes ont fait tomber quelques murs : plus de cent vingt-cinq pays ont interdit les violences faites aux femmes et les constitutions de plus de cent trente-neuf pays garantissent les droits des femmes.

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Informations complémentaires

Année

2015

Auteurs / Invités

Fatoumata Fathy Sidibe

Thématiques

Droits de l'homme, Droits des femmes, Égalite H-F, Questions de genre