La religion et la femme

Agora Pensée libre

 

UGS : 2015024 Catégorie : Étiquette :

Description

Et si les hommes n’avaient pas connu la religion, quelle qu’elle soit, quelle serait l’humanité aujourd’hui ?

Quand on voit ce qu’il se passe, Boko Haram et compagnie, qui enlève les femmes, les jeunes filles parce qu’elles sont à l’école, c’est révoltant. Là-bas, c’est l’islam, mais en Europe, on a eu les religions chrétiennes, et qui n’ont pas non plus de beaux dessous. Ce qu’il s’est passé en Irlande nous le démontre encore et cela ne date pas d’il y a un siècle non plus.

Cette religion des hommes pour les hommes, maintenue par les hommes, comment ce fait-il que les femmes se soient laissé faire et continuent à se laisser faire ? Peut-être un peu moins aujourd’hui, car grâce à l’éducation, notamment, cela nous permet, à chacune, de réagir. On sent qu’il y a un tel poids, un tel passé, que quelles que soient nos intelligences, on ne voit pas par quel bout prendre ce poids de la religion sur nos éducations, sur notre condition de la femme.

Le poids de la religion est important en raison de tout ce que font les femmes, couper du bois, aller chercher de l’eau, s’occuper du marché, vendre, l’éducation des enfants, et tout cela pendant que les hommes sont où ? Au café ? À la brasserie ?

Comment ce fait-il que les femmes n’aient pas accès aux microcrédits ? Il y a un système de freinage, donc il y a une force bloquante, qui doit quand même venir de quelque part. La religion ne devrait-elle pas être prise en compte de manière assez prioritaire dans cette aventure qui ne permet pas le progrès dans certains pays qui ne cessent pas d’enregistrer des phénomènes de recul ?

À la radio, sur France Inter, une jeune femme d’Afrique du Nord francophone disait : « Je n’ose pas faire mon jogging en short parce que dans les deux minutes qui viennent, je reçois des menaces de mort sur mon téléphone portable ». Ces menaces viennent des hommes, mais est-on là pour diaboliser les hommes parce qu’Et si l’avenir…, mais l’avenir, il appartient aux hommes, il appartient aux femmes, il appartient aux enfants, il appartient aux vieillards. À la suite de cette jeune fille qui parlait de short, sur cette même antenne, une autre femme disait : « Je suis féministe, mais j’aime quand même mieux rencontrer un homme qui me dit que je suis jolie plutôt que je suis intelligente ». Comme quoi, tout existe !

Et si on se servait, par exemple, de Carl Gustav Jung peut-être que cela changerait aussi le débat. Entendons par là qu’il n’y a pas que les femmes qui font tout et que les hommes qui vont boire leur thé à la menthe après avoir, parfois, fermé la porte de la maison à clef pour que la femme reste enfermée. Parfois lorsqu’elle peut quand même sortir et qu’elle est dans la rue, on lui met une cage sur la tête, comme ça on est sûr qu’elle est encore enfermée. Interrogeons-nous sur cette religion qui enferme la femme.

On n’a pas dit que c’est uniquement l’islam qui met la femme dans cette condition-là et ce qui est dérangeant lorsqu’on participe à des conférences sur ce genre de thème, et à l’ULB principalement, c’est qu’on n’ose pas le dire.

Il y a quelques années, il y a eu une exposition qui s’appelait Sacrilège ! La religion satirisée, à la salle Allende, sur le campus de l’ULB. Sur l’affiche on voyait sainte Thérèse de Lisieux avec un nez de Pinocchio… Il n’y en avait que pour la religion catholique, il y avait le Christ en tutu, les crucifix avec des tampons hygiéniques, des choses d’un goût très sûrs [sic]. Très peu si ce n’est rien sur les autres religions, rien sur l’islam. Lorsqu’on interrogea une organisatrice de cet événement sur le fait qu’il n’y ait jamais rien sur l’islam ; elle a répondu qu’à l’ULB, on n’ose pas, on a peur. Si l’ULB a peur de citer l’islam, a peur de s’opposer à l’islam, qui le fera ?

Les femmes se sont libérées du joug des religions qui les confinent dans un sentiment d’infériorité, un principe d’infériorité.

La religion qui revient au devant de la scène aujourd’hui, c’est l’islam.

Le patriarcat, c’est le système social de domination des hommes sur les groupes sociaux de femmes. Les religions se sont reposées sur le patriarcat, elles s’en sont servies. Le patriarcat est antérieur aux religions et dans quelles que religions que ce soient, le principe des femmes inférieures est consacré dans tous les textes religieux. Mais il y a aussi moyen d’y trouver des textes plus progressistes. Quand bien même il n’y aurait plus de religions, même chez ceux qui se disent athées, le patriarcat est présent dans les modes de vie et on sait que, dans le quotidien, il est là.

Ce qui est certain aujourd’hui, c’est que l’islam est une religion qui n’entre pas dans la modernité. C’est une religion qui reste figée comme au XIIe siècle, c’est une religion qui n’a ni magistère, ni ministère, ni pape, ce qui veut dire que n’importe qui peut s’autoproclamer « envoyé pour parler au nom de Dieu ». Et quel Dieu ? Il faut rappeler que les textes ont été écrits par les hommes et pour les hommes. L’islam, aujourd’hui, ne fait pas sa réforme et ce n’est pas demain qu’il y aura une réforme de l’islam parce que le monde musulman d’aujourd’hui est tétanisé. Il y a eu l’islam des Lumières, mais, aujourd’hui, on est loin de l’islam des Lumières.

Ce qui est certain, c’est que les islamistes dont on parle partout, ce n’est pas aujourd’hui qu’ils sont apparus. L’Occident a aussi une grande part de responsabilités dans cette montée de l’islamisme dans certaines parties du monde, en Afghanistan, au Pakistan… C’est aussi un problème géostratégique. Ce qui est certain, c’est que Boko Haram, ce n’est pas l’islam, c’est une organisation terroriste qui au nom de l’islam est en train d’imposer un ordre mondial à l’humanité.

Le printemps arabe, de quoi a-t-il accouché ?

Qui aurait imaginé qu’avec ce qu’il s’est passé lors du printemps arabe en Tunisie, en Égypte, en Lybie, aujourd’hui, les islamistes seraient descendus au Mali. Mais ils ne sont plus seulement au Mali, ils sont en Centre Afrique, ils sont en Éthiopie, ils sont au Nigéria et c’est le monde entier qui est gangréné par cette « secte ». Pourquoi dit-on que Boko Haram est une secte, et pas les autres ? Mais il n’y a pas que Boko Haram, il y a Aqmi, il y a Mujao, il y a toute une série de groupuscules islamistes dont on ne parle jamais, mais on parle de la secte Boko Haram, pourquoi ?

Ces mouvements islamistes se renforcent malgré la concurrence qu’ils s’imposent les uns aux autres. Avec la montée de l’extrémisme musulman, l’extrême droite gagne également du terrain, tout comme l’intégrisme catholique a le vent en poupe. Plus les revendications des uns sont présentes et plus les revendications des autres le sont aussi, quel est leur dénominateur commun ? C’est la réduction des droits des femmes.

Aujourd’hui, en Belgique, on est confronté au pouvoir de l’islam. L’islam pose problème aujourd’hui, c’est vrai, il faut dire les choses comme elles le sont. Dans les quartiers, dans les communes, cela fait des années qu’on a fermé les yeux sur ce qu’il s’y passe.

Lorsque dans les années 1990, à Forest, à Saint-Gilles, à Anderlecht, il y a eu des émeutes, qu’a fait le monde politique ? Les politiques se sont contentés de dire : « Vous avez dans vos communautés des chefs religieux, des mosquées et ‘chez vous autres’, c’est comme ça que c’est réglé. On va leur laisser le champ libre pour régler le problème ». On a voulu échanger plus de paix sociale contre plus d’intégrisme. On a voulu, également, sur base de cette communautarisation – très politique aussi, qui aide les politiques et ils s’en servent –, on a laissé les communautés faire concurrence les unes contre les autres et aujourd’hui, à Saint-Gilles, rue de Suède, il y a trois mosquées sur moins de deux kilomètres.

La mosquée El Mouhsinine, qui souhaite s’agrandir, est un centre « cultuel-pédagogique » aujourd’hui, elle brasse une population très nombreuse, de toutes les couleurs. Et qu’y voit-on les mercredis et les samedis après-midis ? On y voit des petites filles de six ans qui sont voilées, parce que ces centres culturels – ce ne sont pas des mosquées – veulent dispenser un enseignement identitaire. Il n’y a aucune raison de s’opposer à l’apprentissage de l’histoire de leurs origines, si ce n’est qu’ils s’en servent pour établir une régression totale. Ces mosquées, ces centres culturels ne sont ni surveillés, ni contrôlés, et leurs financements ne sont pas clairs.

L’islam est devenu un sujet tabou, au niveau politique. On n’en parle pas, au Parlement, on n’en parle surtout pas. Et lorsque l’on finit par en parler, on stigmatise. Fatoumata Sidibé s’est faite qualifiée de membre d’extrême droite pour avoir osé prendre la parole dans les débats de la laïcité contre le port du voile, parce que c’est la seule femme de culture musulmane qui ose aborder cette question au Parlement.

Le drame c’est qu’aujourd’hui, même par rapport au génocide arménien, les politiques se taisent dans toutes les langues. Ils ne veulent pas stigmatiser et surtout ils veulent maintenir l’électorat qui est le leur.

Quand on repense à ce qu’il s’est passé à l’ULB lorsque Caroline Fourest est venue, quand on repense au drame qui a eu lieu pour la liberté d’expression, d’autres pays européens, qui sont proches de nous, ne vivent sans doute pas des choses pareilles. On a laissé un terrain très large à ceux qui crient le plus, qui vocifèrent le plus et qui sont à présent en train d’établir un terrorisme psychologique ; on n’ose plus rien dire sous peine d’être traité de raciste.

Que constate-t-on dans les quartiers ? En vingt ans, les femmes sont de plus en plus voilées, de plus en plus couvertes, à un point tel qu’il y a une espèce d’autocensure qui fait que pour pouvoir se promener tranquillement, il vaut mieux arborer une voilure qui soit assez importante. Voilà la réalité d’aujourd’hui.

Que constate-t-on également dans les écoles ? Une régression totale là aussi. On constate que les jeunes ne se mélangent pas et là on revient à la question des cours philosophiques, où on constate que chacun est dans sa boîte identitaire et que l’on n’a pas encore résolu le problème de savoir ce que l’on veut comme société. Interculturelle ou multiculturelle ? Ne serait-il pas plus que temps de réfléchir à où on veut aller ?

En Belgique, le droit à l’avortement est garanti, mais il n’est pas évident de trouver un médecin qui pratique l’interruption volontaire de grossesse vu le nombre de clauses de conscience qui fleurissent ça et là. Les hôpitaux renvoient vers les plannings familiaux qui eux sont en manque de médecins qui pratiquent l’Ivg. Ce sont des droits qui sont effectivement réels, mais dans la pratique on se rend compte que ce n’est pas si évident que cela.

On reproche souvent à Fatoumata Sidibé de ne pas parler de l’intégrisme juif : elle assure qu’il existe aussi, que l’intégrisme existe dans toutes les communautés, mais qu’aujourd’hui il y a une population qui pratique le prosélytisme, qui veut imposer un mode de vie aux autres, dans les quartiers, dans les écoles… et que ce ne sont pas les Juifs.

Dernièrement, le titre d’une émission télévisée était Faut-il instaurer une diversité culturelle dans l’entreprise ? Mais qu’est-ce que cela veut dire ? Qu’on mange halal ? Les intervenants n’osaient pas dire cela, ils préféraient dire que l’on servait des repas végétariens, des repas végétaliens et qu’il y avait des lieux de silence… Il faut se souvenir, qu’il y a vingt ou trente ans, la viande halal, ça n’existait pas.

Dans un supermarché, une mère et sa fille ; la mère voulait prendre un plat préparé et la fille s’est mise à lui dire que c’était haram et pas halal. La mère ne savait même pas que c’était haram. C’est une adolescente de quinze ans qui dit à sa mère qu’elle ne peut pas prendre un plat préparé. Auparavant, ce n’était pas une préoccupation qu’avaient les musulmans. Il faut savoir que c’est aussi un impératif économique, le halal ça marche très bien de nos jours, ça enrichit certains…

L’impératif économique étant ce qu’il est, dès le moment où on commence à demander des lieux de prières dans les entreprises – les lieux de silence –, il y a un problème.

Aujourd’hui, l’hypocrisie est totale : quand les gens disent qu’il faut comprendre que la liberté est présente, pourquoi sont-ce toujours les mêmes – les seuls – qui revendiquent sous couvert de tolérance mal comprise ?

Le débat est vraiment très important et la question de la femme est centrale par rapport à ce débat.

La Belgique est un des seuls pays d’Europe à avoir autorisé le port du voile au Parlement bruxellois. C’est quand même incroyable ! L’argument avancé est que, par définition, les élus sont des citoyens qui peuvent exprimer leurs convictions de quelque manière qu’ils le souhaitent, et par conséquent arborer un signe convictionnel n’est pas contraire à la loi. Bien sûr que non, mais en même temps comment peut-on autoriser un parti, dès le départ, à mettre sur sa liste électorale quelqu’un de voilé ? On a laissé faire dès le départ : cette candidate siège à Schaerbeek depuis très longtemps et les votes qu’elle reçoit sont des votes identitaires.

Comment notre pays pourrait-il se sortir de cette situation tant que le jeu du communautarisme continuera et qu’on appliquera le « diviser pour mieux régner » ?

Le communautarisme va jusqu’à séparer les enfants dès le plus jeune âge. Les enfants musulmans sont régulièrement invités par d’autres enfants à leur fête d’anniversaire et ils n’y participent pas, ils ne se mélangent pas, ils ne s’intègrent pas. Certaines mamans organisent des goûters pour les mamans afin qu’elles fassent connaissance, toutes y participent sauf les mamans musulmanes. Comment peut-on parvenir à se comprendre, à se connaître si des enfants de deux ans et demi ne parviennent déjà pas à se mélanger alors que, normalement, à cet âge-là, il n’y a pas encore d’a priori ?

L’état des lieux est l’expression d’un superbe discernement, et il faut bien se rendre compte que c’est un bilan qui fait froid dans le dos et qu’il y a, là, un problème. On a envie de dire : « Où est la solution ? »

À ce stade des réflexions, on dirait plutôt : « Et si l’humanité n’allait régresser qu’à cause des lieux de cultes… ».

On a évoqué les difficultés que pose à notre société, par rapport au développement des femmes, la religion musulmane. Si la femme est l’avenir de l’homme, c’est essentiellement possible dans une société laïcisée. Les religions, dans leur ensemble, sans savoir si le patriarcat est antérieur à la religion ou si c’est la religion qui crée le patriarcat, mais en observant les religions, on constate que les porteurs des discours sont des hommes. C’est vrai dans la religion catholique ; c’est presque toujours vrai dans la religion protestante ; c’est toujours vrai dans la religion orthodoxe ; c’est toujours vrai dans la religion juive où on fait même, dans les synagogues, une séparation des hommes et des femmes, les hommes sont au rez-de-chaussée et les femmes sont à l’étage. On ne connaît pas de moniale hindouiste… Il y a des moines hindouistes, mais il n’y a pas de femmes moniales dans la religion hindouiste.

Dieu, normalement, ne devrait pas avoir de sexe puisqu’il n’est pas définissable, mais il est toujours représenté comme un homme, dans la religion chrétienne, tout comme dans la religion juive. Il existe des héroïnes juives, mais les grands personnages du judaïsme sont tous des hommes, David, Abraham, Moïse… La religion perpétue cette image de la primauté ou de la suprématie de l’homme et l’espoir serait qu’une société plus laïcisée, qui prend des distances à l’égard de la religion, permettrait d’accéder à cette vision d’une femme qui est l’avenir de l’homme puisque la religion, elle, ne le propose pas.

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Informations complémentaires

Année

2015

Auteurs / Invités

Fatoumata Fathy Sidibe

Thématiques

Communautarisme, Droits des femmes, Égalite H-F, Islam, Liberté d'expression, Lutte contre les intégrismes, radicalisation, Questions de genre, Questions et options philosophiques, politiques, idéologiques ou religieuses, Religions