Et si l’avenir de l’école demandait un retour à la tradition… Le rôle parental

Agora Pensée libre

 

UGS : 2016045 Catégorie : Étiquette :

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Qu’en est-il des ces enfants qui vivent dans des milieux plus modestes où les parents mésestiment la culture ?

Ces enfants qui viennent de milieux où on ne possède pas les clefs, où on n’est pas allé à l’université, où on ne possède pas les codes, où on n’est pas allé au musée, où on n’a pas de bibliothèque à la maison, vont être laissés sur le côté. Ils vont peut-être réussir leur CE1D (Certificat d’études du 1er degré de l’enseignement secondaire), parce que le niveau permet au plus grand nombre de passer, le cut, comme on dit. Il y a cinquante pour cent de réussite. Ensuite, ils passeront le CE2D, (Certificat d’études du 2e degré de l’enseignement secondaire) qui se profile et puis le CESS (Certificat d’enseignement secondaire) et on aura donc toute une génération d’enfants, d’adolescents, jeunes adultes diplômés de l’école secondaire. Ce sera peut-être l’école de l’excellence, le plus grand nombre aura son diplôme, mais qu’y aura-t-il derrière ?

On risque d’arriver dans une société où on aura deux chemins : ceux qui avaient la chance d’avoir, à la maison, la connaissance qui a été transmise et les autres qui auront un diplôme, mais un diplôme sans grande valeur et ils n’auront pas accès aux études supérieures Il faut se rendre compte que ce n’est pas un problème d’école, mais un problème familial et on veut le faire peser sur l’école. Certains élèves ont pu développer leur culture grâce à des professeurs de morale, de français,… qui prenaient à cœur le sort de leurs étudiants, mais ces professeurs ne peuvent pas s’occuper de la sorte de chaque élève individuellement.

Il y a les enfants qui connaissent des choses et les enfants qui ont plus de mal et qui ont de grosses lacunes dès les petites années. C’est un constat et le gros drame de cette pédagogie par compétence, c’est qu’elle laisse les plus faibles sur le côté.

Les parents enseignants sont davantage attentifs à leurs enfants. Il est évident qu’ils ont les codes, les clefs, qu’ils comprennent les enjeux d’une éducation et d’une instruction de grande qualité et que même si leurs enfants, un jour, doivent se retrouver dans une école de moindre qualité, avec des professeurs moins bien armés, ils pourront pallier les manquements de l’établissement où se trouvent leurs enfants. Ils vont les instruire, car ils savent à quel point c’est important.

Des parents enseignants, alors qu’ils sont dans un jardin, dans un parc ou autre, avec leurs enfants vont expliquer les différences entre, par exemple, un pigeon, un ramier, une tourterelle, une colombe, etc. Évidemment ces parents ont la chance de pouvoir le faire, mais en quoi seraient-ils coupables d’avoir cette chance, et à quoi cela servirait-il de culpabiliser ceux qui ne l’ont pas ? Une famille n’est pas l’autre.

L’école ne peut pas tout faire, les familles ont également leur rôle à jouer. Si on pouvait tout le temps plaider pour un partenariat entre famille et école, ce serait extraordinaire.

L’école doit tirer vers le haut les élèves en enseignant, en transmettant des savoirs qui ne sont pas forcément présents pour tous à la maison. Or, quand on voit certaines séquences de français sur le texte injonctif : « J’apprends à faire une recette de cuisine et bientôt à monter mon meuble Ikea », on constate qu’il n’y a pas de réel contenu.

L’école doit tirer vers le haut, elle ne le fait pas parce qu’il y a une espèce d’interface qui relève d’une imbécillité que l’on devrait tout le temps critiquer – critiquer dans le sens faire fonctionner son esprit critique –, l’inspection. Il ne s’agit pas de démolir, mais d’être esprit critique pour un mieux.

Il faut transmettre aux générations futures afin qu’elles puissent avoir une vie meilleure que la nôtre. Mais il faut transmettre des valeurs qui ont prouvé qu’elles permettaient de créer un monde qui était déjà bien meilleur hier que celui d’avant-hier. C’est aussi à côté du meilleur que la liberté, l’égalité et la fraternité ont permis de fonder le socle des démocraties dans lesquelles nous vivons aujourd’hui.

Ce sont ces valeurs qu’il faut essayer de transmettre, non pas essayer, mais les mettre en avant, ainsi que la valeur que représente le travail, qui est une valeur qui n’existe plus maintenant.

Luc Ferry expliquait, dans les années 1980, que l’enfant était devenu l’« enfant roi », le centre. L’enfant est au centre. Pour Luc Ferry, tout cela était bénéfique parce que l’enfant était devenu amour et il faut qu’il y ait de l’amour dans les familles, mais ce n’était pas aussi sans rappeler qu’au XVIIIe-XIXe siècle, les enfants n’avaient pas du tout la même valeur d’amour. Est-ce Montesquieu ou Montaigne qui disait : « Des enfants, je vais en avoir quatre ou cinq » ? Car à l’époque, ce n’était pas le propos de savoir si l’enfant était une valeur ou pas.

D’ailleurs, au milieu du XIXe siècle, aux États-Unis, si un enfant mourait à cinq ans et que ses parents estimaient qu’il avait été mal soigné, ils portaient plainte au tribunal contre le médecin. Généralement, le juge leur répondait : « Écoutez, je ne peux pas réclamer des indemnités parce votre enfant n’avait pas encore sept ans, il ne pouvait pas encore travailler ».

C’est dire qu’en à peine deux siècles, l’enfant est passé d’une valeur qui était marchande à une valeur d’« enfant-roi », il est important de bien le comprendre. Parce que cet enfant-roi, il a, maintenant, également une fonction, à savoir avoir une place dans la vie économique. C’est-à-dire que l’« enfant-roi » est devenu le consommateur par essence. On ne va pas demander à cet enfant-roi d’apprendre, de comprendre des choses dont il n’aura pas besoin. Il faut lui apprendre d’être à sa place dans une société économique pour qu’il puisse consommer, qu’il fasse tourner la machine.

On nage en plein paradoxe en fait. Le mot élitiste est la pire insulte qui soit et on fait tout pour la renforcer. Parce que si on n’est pas dans une famille avec des parents conscients, pas nécessairement instruits, l’enfant n’a aucune chance. L’école ne va plus beaucoup aider ces enfants à progresser et à se cultiver.

On dit que l’enfant est roi, mais en même temps, on a le pire mépris pour ce que l’on attend de lui, à part être consommateur. L’épanouissement personnel est négligé. On dit que l’on veut développer l’esprit critique des enfants avec toutes les compétences que cela entraîne et on oblige les professeurs à faire de la résistance passive.

On n’est pas loin des critiques que faisaient les opposants à la démocratie athénienne. On nage en plein populisme, c’est le côté pessimiste. Le côté optimiste, c’est que les élèves sont demandeurs de culture. Quand on leur apprend des rudiments de culture, quand on les fait réfléchir sur des choses, ils ne sont pas du tout rebutés, bien au contraire. Bien souvent, ils sont contents d’avoir une surprise positive et ils arrivent même à le dire. Ils prennent conscience qu’on néglige aussi de leur apprendre une langue avec précision. Si on enlève cette précision de langage aux élèves, quand on leur explique qu’ils ont besoin d’un langage précis pour penser, ils parviennent à le comprendre. Lorsque l’on fait faire des choses idiotes aux élèves, ils sont les premiers à s’en rendre compte et quand on leur fait faire des choses difficiles pour approfondir, ils se sentent valorisés. Et ça, c’est merveilleux ! Alors pourquoi nos dirigeants, si ce n’est par facilité, par populisme, par économie, qu’importe les raisons, abaissent-ils sans cesse le niveau de l’éducation ? Cela prive les jeunes de choses qui leur plairaient. La seule difficulté, c’est lorsqu’il faut faire un effort, il est plus difficile de les persuader parce que la valeur de l’effort, le travail, est conçu comme une punition.

Dans notre société, l’idée du travail est perçue comme une corvée. L’idée que c’est le travail qui permet de se dépasser, de s’enrichir, est un peu désuète.

Luc Ferry, qui avait beaucoup d’humour, sortit un jour son téléphone portable et demanda : « Est-ce que je serai beaucoup plus heureux l’année prochaine quand mon I phone aura trente grammes de moins ? » À présent, on vit dans le monde de l’avoir plutôt que dans le monde de l’être.

La loi du marché va dans le sens d’une production et d’une consommation toujours plus grande et il faut que l’« enfant-roi » engendre d’autres enfants-rois qui ne se posent pas de questions, mais qui ne pensent qu’à leur bonheur matériel immédiat. En politique, c’est également le cas, on regarde à court terme, c’est l’immédiateté qui importe, on ne crée plus de programme pour cinq ans ou pour dix ans.

Et pourtant, en se rapprochant du monde de l’entreprise, on serait surpris du nombre de patrons qui aimeraient avoir un staff éduqué, un staff qui aurait une certaine culture.

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Informations complémentaires

Année

2016

Auteurs / Invités

André Possot

Thématiques

École / Enseignement, Éducation, Parentalité, Philosophie, Vie familiale