Et le baptême dans tout ça ? (ou l’arnaque au recrutement)

Willy De Winne

 

UGS : 2014017 Catégorie : Étiquette :

Description

Sacrement chrétien, le baptême est censé protéger le fidèle des effets du péché originel. Les textes de l’Église apparaissent souvent comme une manière de chantage imposé aux fidèles.

Notre espèce d’homo sapiens demens, (et non pas sapiens sapiens !) possède une forte propension à devenir la victime consentante de toutes sortes d’arnaques. L’histoire de l’humanité en fournit maints exemples, où par exemple le nationalisme exacerbé conduit des États à commettre des génocides pilotés par un dictateur charismatique et mégalomane, entraînant des peuples entiers dans une ruine extrême. Mais il existe également des arnaques plus discrètes et rapportant de gros bénéfices comme par exemple les arnaques organisées par des sectes ou par des religions.

Voici l’exemple d’une arnaque particulièrement astucieuse et profitable.

La sainteté des nouveaux-nés

Selon Jésus-Christ, ce sont les enfants qui, par leur innocence, occupent la plus haute place au paradis céleste. Matthieu nous rapporte la parole du seigneur :

« En ce moment, les disciples s’approchèrent de Jésus, et dirent : Qui donc est le plus grand dans le royaume des cieux ? Jésus, ayant appelé un petit enfant, le plaça au milieu d’eux, et dit : Je vous le dis en vérité, si vous ne vous convertissez et si vous ne devenez comme les petits enfants, vous n’entrerez pas dans le royaume des cieux. C’est pourquoi, quiconque se rendra humble comme ce petit enfant sera le plus grand dans le royaume des cieux. Et quiconque reçoit en mon nom un petit enfant comme celui-ci, me reçoit moi-même. Mais, si quelqu’un scandalisait un de ces petits qui croient en moi, il vaudrait mieux pour lui qu’on suspendît à son cou une meule de moulin, et qu’on le jetât au fond de la mer. Malheur au monde à cause des scandales ! Car il est nécessaire qu’il arrive des scandales ; mais malheur à l’homme par qui le scandale arrive ! » (Matthieu 18/1 à 7)

Les Évangiles sont d’une extrême clarté au sujet de l’innocence et de la primauté des enfants dans la sainteté au paradis céleste.

Nos enfants infectés par une tare héréditaire ?

Un tout autre son de cloche à l’égard de nos enfants nous est adressé par Rome. Selon le catéchisme de l’Église catholique, les enfants du monde entier, naissent, au contraire, en état de péché mortel, hérité du péché de désobéissance commis par notre premier couple, Adam et Ève. Pour comprendre l’importance que le magistère romain accorde à ce dogme de la transmissibilité du péché d’Adam et Ève à toute leur progéniture, il convient de jeter un regard en arrière. Jusqu’au XVIe siècle le credo catholique codifié au concile de Nicée en 325 n’avait pas suscité de grands problèmes de crédibilité.

C’est sous la pression de la contestation protestante et de l’exégèse biblique issue de la Renaissance et des Lumières, que la papauté se verra obligée ensuite de préciser la phase préparatoire à l’incarnation divine et en particulier, le statut de Marie, la mère de Jésus. La question était d’importance capitale. Était-elle simple mortelle et par conséquent « infectée par la tare héréditaire » ou fallait-il au contraire croire qu’elle en eût été préservée par une intervention préventive divine ? À moins, pour Rome de faire marche arrière en renonçant dogmatiquement au caractère héréditaire du fameux « péché originel » à l’instar des Juifs, rejoints entre temps, par les musulmans et ceci dans le respect de l’Évangile selon Matthieu cité ? Voilà la question posée, entre autres par Voltaire, qui a suscité tant de questionnements et d’émois aux docteurs de la doctrine de la foi chrétienne. Le concile de Trente ne fera que confirmer et radicaliser la doctrine du péché héréditaire.

Il faudra ensuite attendre l’année 1854 pour que le pape Pie XI, proclame ex cathedra que lors de la conception du fœtus qui deviendra à terme « la Vierge Marie », la sainte Trinité fût intervenue pour préserver ce fœtus de la tare héréditaire du péché originel, comme en atteste  le nouveau dogme de « l’immaculée conception » proclamée par la bulle papale Ineffabilis Deus.

Et un siècle plus tard, en 1950, voilà que le magistère romain veut bien donner une explication à ce fantasme imprécis de « la dormition de la Vierge Marie » signifiant que la sainte Marie n’a jamais connu la mort et qu’elle n’avait par conséquent jamais été enterrée. C’est le pape Pie XII, fort de « l’infaillibilité papale autoproclamée » par son prédécesseur Pie IX en 1870, qui a tranché le mystère de la fin de cette hypothétique dormition par la promulgation de la constitution apostolique Munificentissimus Deus en 1950. Ce n’est qu’après avoir consulté les évêques du monde entier, que le pape s’est décidé à lever le voile sur ce mystère déjà vieux de deux millénaires. Son encyclique décrète que « la Vierge Marie a été élevée corps et âme à la gloire céleste ». Vous aurez sans doute remarqué que cette « conception immaculée » et cette « assomption de la Vierge Marie », ne figurent même pas dans le crédo chrétien, puisque celui-ci n’a pas été « remis à jour » après la proclamation de ces deux nouveaux dogmes en 1854 et en 1950 ! En tout cas, ce que ces dogmes permettent au magistère romain, c’est d’insister avec détermination sur la réalité affirmée que le péché d’Ève et d’Adam est vraiment transmis en héritage à tous les hommes, au moment même de leur conception dans le ventre de leur mère. Le dogme de l’immaculée conception confirme a contrario que pour le magistère romain tous les enfants naissent en état de péché mortel à l’exception unique de la mère de Dieu et que par conséquent les futurs parents doivent impérieusement les faire baptiser s’ils veulent être assurés par ce sacrement-antidote, que leur bébé ne courra plus le risque de brûler éternellement en cas de mort inopinée. Les deux nouveaux dogmes ont par ailleurs permis à l’Église catholique de bénéficier d’une énorme vague de renouveau par l’adoration de la Vierge, qui de son côté n’y est pas restée insensible en entamant à son tour, toute une série de miraculeuses apparitions partout en Occident. Son culte a permis de donner une nouvelle vie au catholicisme, affaibli par sa sortie forcée de l’Ancien Régime, à tel point même que le culte marial a quelque peu jeté de l’ombre sur celui de son fils, comme si elle n’était pas seulement née simple mortelle immaculée, mais également de la même nature divine que celle de son fils. Cette rétrospective illustre avec quel acharnement l’Église a tenté dans le passé d’imposer le baptême au monde entier, urbi et orbi. Ce n’est que depuis Vatican II qu’elle est parvenue à modérer ses ostracismes à l’égard des autres religions, en reconnaissant désormais qu’hors de l’Église et donc sans baptême, l’homme peut aussi trouver le salut.

Personne au monde, à la seule exception de Rome, ne croit à la transmissibilité sans fin, d’un péché commis par des parents à leur progéniture.

L’oxymore

Cette contradiction flagrante et fondamentale entre la parole du Christ et celle du magistère romain, constitue d’évidence un réel oxymore. Car en effet, selon l’Église de Rome, le sort eschatologique des enfants morts sans baptême leur interdit l’accès au paradis alors que Jésus a dit exactement le contraire ! À lire l’Évangile de Matthieu, quel exégète sérieux oserait affirmer que la sainteté des enfants fût conciliable de quelque façon avec le dogme chrétien du péché originel ? Ce n’est donc pas étonnant que ce dogme catholique ait rencontré tellement d’hésitations et de tentatives d’ajustements au cours des siècles au sujet de la destination précise des âmes d’enfants morts sans baptême. Une espèce de « salle d’attente ad hoc », appelée « les limbes » a été évoquée, où elles étaient supposées attendre le jugement divin définitif de leur destination eschatologique céleste ou infernale, ou même d’un « purgatoire » à usage plus général et à tout âge.

Actuellement, ce fantasme eschatologique semble avoir été abandonné par le magistère romain, qui invoque désormais de plus en plus souvent l’immense miséricorde de Dieu en vue d’une rédemption souhaitée pour tous, mais sans toutefois abandonner totalement le dogme du péché héréditaire, puisqu’en attendant le sacrement du baptême continue d’être recommandé et administré avec insistance. Des esprits d’inspiration janséniste pourraient à ce stade imaginer que l’immense miséricorde et la grâce divines suffisent amplement pour assurer aux âmes des enfants, leur entrée « quasi automatique » au paradis céleste. Actuellement il n’en est rien pour Rome, qui entend bien maintenir entière la menace eschatologique du feu éternel et corrélativement son prétendu antidote.

L’arnaque au recrutement

De nos jours, des arnaques de toute sorte nous guettent. Abonnés à l’Internet, nous recevons régulièrement des messages annonçant avec fracas, le blocage imminent de notre ordinateur par un virus, pouvant provoquer la perte de nos documents enregistrés. Et, en même temps, on nous propose contre rétribution préalable, un dépannage immédiat. Ce genre d’arnaque qui génère de gros profits, se généralise de plus en plus sur la toile informatique. L’idée est simple : il s’agit de simuler un problème et ensuite d’en proposer la solution.

Il en va de même avec l’arnaque chrétienne. Faisant mine d’ignorer la parole de Jésus, et pour obtenir l’adhésion des foules, l’Église catholique combine avec habilité la menace de l’enfer et la promesse de salut éternel.    Le message qu’elle adresse aux futurs parents est à peu près celui-ci :

« Votre enfant qui va naître est porteur d’une tare héritée du péché de désobéissance d’Adam et Ève qui lui interdit d’approcher Dieu. Heureusement, par son immense amour pour les hommes et par sa mort sur la croix, le fils de Dieu nous a délégué son pouvoir pour annuler et effacer ce péché originel dont votre enfant est porteur. Et ainsi, nous pouvons, grâce au sacrement du baptême prodigué à votre nouveau né adoré, vous donner l’assurance qu’il sera lavé de toute tare originelle et, dés lors, réconcilié avec son créateur. Le baptême lui ouvrira les portes du paradis céleste en l’introduisant dans la communauté des chrétiens, où il bénéficiera ensuite de toutes les grâces divines que le Seigneur lui offre par l’intermédiaire de son Église catholique et apostolique romaine et en particulier par la voie de ses sacrements. »

 Face à cette menace claire et grave, les futurs parents acceptent évidemment avec reconnaissance que leur nouveau-né adoré soit baptisé et prétendument protégé. C’est grâce à cette arnaque au recrutement, que l’Église catholique apostolique romaine est devenue si puissante et immensément riche jusqu’à ce jour. Car une fois amorcé, ce cercle vicieux du bâton de la culpabilisation et de la carotte de la rédemption sans causes, ne demande qu’à se pérenniser, ce qu’il a fait admirablement bien depuis deux millénaires.

Faut-il s’attendre à une prochaine évolution du dogme ?

Une récente boutade du nouveau pape François pourrait laisser croire à une évolution du dogme du péché originel, lorsqu’il a récemment déclaré être prêt à baptiser même les martiens ! (selon un compte rendu de presse)

Il importerait sans doute dans ce cas de savoir si les martiens naissent également tarés ! À moins que dans l’esprit du pape la nécessité de recruter même dans le cas contraire, garde toujours une haute priorité dans le sillage historique du fameux compelle intrare ou de quelques affaires pénibles, telles que par exemple l’affaire Mortara, provoquée par l’obsession du baptême forcé, qui était de mise, sous l’égide du pape Pie IX ! Cette rage de baptiser à tout prix, dans le monde entier, a longtemps été une priorité romaine qui continue de mettre tout en œuvre pour garder jalousement toutes ses brebis rassemblées dans le troupeau. Aujourd’hui, dans nos pays, il est encore très difficile d’obtenir de la hiérarchie cléricale catholique, la reconnaissance officielle de son apostasie malgré les dispositions légales de la Déclaration universelle des droits garantissant la liberté de croyance.

Il est vrai que pour une religion dogmatique, il reste par essence très difficile, sinon impossible, d’abandonner l’une ou l’autre de ses vérités affirmées ou dogmes, car en retirant une carte du château de cartes, celui-ci risque fort de s’écrouler entièrement. Il faudra beaucoup d’adresse pour éventuellement modifier le dogme du péché originel, sans mettre en danger le message et la doctrine du magistère romain. Il est à espérer que des forces progressistes au sein de cette Église catholique et apostolique romaine parviennent à adapter le dogme du péché originel et son prétendu antidote à l’évolution des mœurs et des lois dans nos démocraties. Souhaitons qu’à terme le baptême chrétien devienne un simple rite d’initiation, où, comme chez les Juifs et chez les musulmans, toute idée de rédemption aura disparu, car il est absolument non indispensable à la foi en Christ comme nous l’a annoncé l’Évangile selon Matthieu. En attendant cette évolution, le magistère romain serait bien avisé de tenir compte de l’avertissement brandi par le Seigneur : « Malheur à celui par qui le scandale arrive aux enfants en les forçant à subir des dépravations, telles que par exemple la pédophilie directe ou complice, ou tout autre scandale mettant en cause leur parfaite innocence et intégrité et qui ainsi, n’hésite pas à se dresser contre le Seigneur qui leur a, au contraire, attribué la plus haute sainteté au royaume des cieux, sainteté suprême, que jamais aucun pape n’atteindra ! »

Plutôt qu’un signe imposé à un enfant en bas âge (qui ne peut comprendre ce qui lui arrive), le baptême ne devrait-il pas être reçu, à la suite d’un choix réfléchi, à l’âge adulte, quand tout individu possède les moyens intellectuels de faire le choix de sa destinée spirituelle ?

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Informations complémentaires

Année

2014

Auteurs / Invités

Willy De Winne

Thématiques

Baptême, Église, Foi, Questions et options philosophiques, politiques, idéologiques ou religieuses