Entre islam libéral et islam conservateur : où se situent les musulmans belges ? Introduction

Hamza BELAKBIR

 

D’après une conférence organisée par le Cercle du libre examen de l’ULB

UGS : 2015001 Catégorie : Étiquette :

Description

Au nom du Cercle du Libre Examen, de l’Université libre de Bruxelles, de la Faculté des Sciences politiques, du Cercle des Étudiants arabo-européens et de La Turquoise, je vous remercie d’être si nombreux et nombreuses ce soir.

Nous sommes très fiers du nombre de participants ce soir. Les dernières fois que des conférences avaient rassemblé autant de monde dans ce mythique auditoire remonte à, si ma mémoire est bonne, à Noam Chomsky et à feu Stéphane Hessel qui sont venus ici.

Il y a un point important, très important, que j’aimerai aborder, c’est que le débat que nous proposons aujourd’hui a été planifié avant l’« horreur » du 7 janvier dernier. Il ne s’agit aucunement d’une récupération opportuniste de la tuerie de Charlie Hebdo et de l’Hyper Casher.

Ces événements nous confortent dans l’idée que notre démarche consiste à mettre l’islam belge au centre des questionnements et de l’exercice libre exaministe, car manifestement la curiosité des gens quant à la religion islamique a été nourrie par ces événements. Beaucoup se demandent : « Comment est-il possible que des personnes se revendiquant d’une même foi, d’une même religion, puissent être capable d’avoir des approches tellement différentes de leurs pratiques religieuses ? » Pratiques souvent paisibles, certes, mais, parfois, osons le dire, meurtrières.

Dans le débat d’aujourd’hui, nous avons tenté de vous proposer des points de vue qui sortent du cadre manichéen proposé par les médias, voire même parfois dans les couloirs de notre université. À savoir, d’un côté l’exercice de rhétorique pratiqué par un Tariq Ramadan ou celui de la figuration simplette d’un Chad Gomis, de l’autre côté, une vision stigmatisante d’un Alain Destexhe ou d’une vision naïve d’un Philippe Moureaux.

Notre but est de montrer que sur le paysage intellectuel d’un islam européen, il existe, comme l’a titré Rachid Benzine dans son premier ouvrage, des « nouveaux penseurs » qui sont tout aussi intéressants que ceux qui sont médiatisés. À cet égard, je me dois de préciser que le choix des intervenants de ce soir n’est dû qu’à leur production intellectuelle sur la question traitée, et non à leur éventuelle appartenance à une communauté, comme cela nous a été souligné notamment par le président de l’Union des Anciens Étudiants. Ils ne se veulent représentants d’aucune communauté. D’ailleurs existe-t-elle seulement cette communauté ?

Cette remarque, aussi pertinente et intéressante soit-elle, reste révélatrice de quelque chose de plus ancré dans notre société occidentale, à savoir l’assignation identitaire des minorités. Cette assignation identitaire, certes involontaire et pas du tout méchante, pousserait à considérer nos invités de ce soir d’abord à travers leurs origines et ensuite, seulement, à travers leurs apports sur la question que nous allons traiter. Cette annonce est interpellante, puisque les autorités belges qui, après l’horreur du 7 janvier ont eu le réflexe de convoquer les représentants des cultes pour apaiser les tensions communautaires.

Comment voulons-nous aujourd’hui que des citoyens belges, appartenant à des minorités, certes, s’identifient dans le pays dans lequel ils vivent, si nous continuons à avoir un regard biaisé, en ne les considérant qu’au travers des représentants de culte et non comme tout autre citoyen, au travers les élus parlementaires ? Car si l’islam a besoin d’être réformé, d’être réfléchi, notre regard doit l’être tout autant.

L’approche que nous vous proposons a la particularité de parler d’islam sans théologiens : c’est un choix délibéré, car il est temps que ces derniers laissent un peu de place à une lecture anthropologique et scientifique du fait religieux afin de permettre au citoyen belge de confession abrahamique de s’approprier sa religion dans une démarche dénuée de toute autorité morale et d’une façon strictement horizontale.

Je vais maintenant vous présenter nos invités. Pour parler d’islam belge, nous avons invité des spécialistes du paysage national.

Malika Hamidi, directrice générale du Réseau musulman européen, bientôt docteur en sociologie de la prestigieuse école en Sciences sociales de Paris. Malika qui, bien que Française, vit en Belgique depuis dix-sept ans et étudie le phénomène sur le territoire belge. Elle est co-auteure de Féminisme islamique sorti aux Éditions La Fabrique en 2012.

Chemsi Chéref-Khan, licencié en sciences sociales et docteur en droit de notre alma mater, à l’origine de nombreux colloques sur les questions liées de près ou de loin à l’islam dans le contexte européen et co-auteur de réflexions sur la montée de l’islamisme au sein de La Pensée et les Hommes.

Pour avoir une approche que je qualifierai de libre exaministe, ce qui ne veut pas dire que les précédents ne le sont pas, rationaliste et truffée d’esprit critique dans la lecture des textes coraniques, un des « nouveaux penseurs » de l’islam contemporain dont l’intervention, et je précise, ne sera pas conditionné par la dimension nationale de notre question d’aujourd’hui : Rachid Benzine, islamologue, enseignant en sciences politiques à Aix-en-Provence et à la Faculté protestante de Paris, chercheur associé à l’Observatoire du religieux à l’Iep et auteur des Nouveaux penseurs de l’islam, sorti aux Éditions Albin Michel en 2004 et dernièrement, Le Coran expliqué aux jeunes, sorti aux Éditions du Seuil en 2013.

En 2014, et c’est d’ailleurs ce qui m’a poussé a organisé cette conférence, les questionnements qui sont passés au sein de différentes réunions au Cercle du Libre Examen, la Belgique a fêté les cinquante ans de l’immigration marocaine et turque, mais malheureusement le quarantième anniversaire de la reconnaissance institutionnelle de l’islam est passé relativement inaperçu dans le royaume.

Je vais introduire les questions des premiers exposés des intervenants :
– Que signifient le libéralisme et le conservatisme dans l’islam ?
– Quelles sont les différentes approches qu’ont les musulmans et les musulmanes belges de leur religion ?
– Comment s’esquisse l’articulation de la foi, de la pratique et des valeurs islamiques dans leur quotidien ?
– Est-ce que les canaux d’apprentissage de l’islam, en Belgique entre autres, sont plutôt de tendances libérales ou au contraire de tendances conservatrices ?

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Informations complémentaires

Année

2015

Auteurs / Invités

Hamza Belakbir

Thématiques

Islam, Libre examen, Questions et options philosophiques, politiques, idéologiques ou religieuses, Terrorisme