Effets pervers de la morale chrétienne

Bernard Milhaud

 

UGS : 2010024 Catégorie : Étiquette :

Description

Le pouvoir religieux

Les religions utilisent en commun des concepts qui ont la caractéristique suivante « leur existence ne peut ni être prouvée ni être démentie » ; ce sont des concepts tels que Dieu, l’âme, le paradis, l’enfer, le péché, la repentance, la rédemption, le miracle, la bénédiction, la béatitude, la sainteté. Ces concepts dits « spirituels » pour les croyants, « imaginaires » pour les athées, sont ritualisés dans une gestuelle symbolique pour leur donner plus de visibilité. À la question métaphysique « que devient-on après la mort ? », les religions offrent à leurs fidèles une réponse spirituelle « le bonheur éternel » pour les élus méritants affiliés à la bonne religion. Et Pascal d’affirmer qu’il y a tout à gagner et rien à perdre à être croyant. Encore faut-il choisir le « bon » Dieu. La question comment définit-on « l’élu méritant » déborde sur l’élaboration d’une morale religieuse dogmatique qui valorise l’obéissance et qui entre en conflit avec une nouvelle éthique rationnelle qui valorise la responsabilité.

Être tolérant ne peut se concevoir sans le respect de la liberté d’autrui à concevoir un modèle moral personnel compatible avec son propre modèle. Cela implique la conviction d’une coexistence possible des valeurs d’autrui et de ses propres valeurs. La hiérarchie religieuse est intolérante par nature, car étant persuadée de suivre la loi divine, elle disqualifie automatiquement les modèles profanes originaux même les plus altruistes tels, par exemple, l’interdiction d’encadrer certaines morts ou le refus d’accepter l’avortement, quel qu’en soit le motif ou encore le refus d’envisager le suicide volontaire des personnes gravement malades en phase terminale.

Le message principal des chrétiens « aimez-vous les uns les autres » est pacificateur, mais il existe dans le « pacquage » religieux culturel des valeurs moins inoffensives que nous détaillerons dans cet essai. On cherchera à comprendre pourquoi d’une manière générale les religions méditerranéennes cultivent la culpabilité, préfèrent l’ascétisme à l’épicurisme et font preuve d’une attitude conservatrice envers les femmes.

Pourquoi les saintes Écritures ignorent l’écologie, sont-elles réfractaires à la nécessité d’une maîtrise de la démographie, pourquoi refusent-elles de considérer l’acte sexuel comme indépendant de la volonté de procréer, donc de valoriser les familles nombreuses, de préférer l’abstinence au préservatif, de considérer l’homosexualité comme une abomination ?

Croire que Dieu existe ou croire que l’univers est vivant ou être athée n’est pas le vrai problème. Les croyants forment une masse de pression politique que l’on ne peut ignorer. À la limite que Dieu soit réel ou fictif a des conséquences pratiques sur le comportement de milliers de personnes. Paradoxalement, Dieu pouvant être considéré par les athées comme un ensemble vide, devient politiquement actif, car les valeurs religieuses sont défendues par ses fidèles. C’est un miracle indiscutable de la foi.

Concept empoisonné du péché. La culpabilité et le pardon

Le bien ou le mal est un préjugé s’il n’est pas accompagné d’une démonstration logique argumentée complète. Les religions justifient leurs dogmes moraux par des raccourcis spirituels indiscutables du type « c’est la volonté de Dieu » ou « c’est écrit dans le livre saint ». Le conservatisme prend la place du rationnel. L’obéissance aveugle devient une vertu.

La morale religieuse manque de nuances. Le péché s’avère être un concept empoisonné, car il sous-entend que les actes de désobéissance aux dogmes religieux sont une offense à Dieu et place le fautif hors de la protection divine. La crainte d’être abandonné par Dieu est un puissant chantage affectif. L’angoisse liée à la culpabilité est le rappel inconscient du risque de punition, voire d’abandon, que l’on court en désobéissant à ses parents. Le concept de péché rejeton du concept biblique du péché originel dichotomise l’action en bien ou mal et supprime l’élaboration rationnelle d’une éthique libérale qui analyserait en nuançant les choix de comportement en terme de bénéfique et/ou dommageable. Le fidèle a le choix entre la conformité et la culpabilité. La culpabilité est cultivée. Pour preuve la confession qui implique la reconnaissance d’une erreur de conduite passée est passible d’une punition de pénitence. Cette même confession exprimant l’abandon d’une mauvaise conduite est un signe positif qui devra être récompensé au lieu d’être puni.

Absoudre ou pardonner est une stratégie laxiste ou intolérante, mais toujours irresponsable. C’est une approche primitive que d’interpréter l’action en termes d’offense, de vengeance ou de pardon. Le pardon automatique est un signe de paresse. Un esprit intelligent ne pardonne pas plus qu’il ne juge une attitude sans chercher à la comprendre. Il doit s’intéresser au comportement étranger, prendre conscience de la logique ou de l’ordre particulier des valeurs d’autrui qui ont provoqué la différence de conduite, et naturellement comparer les deux modèles, le sien et l’autre, anticiper une évolution possible, puis en tenir compte dans l’élaboration des futures relations.

Le péché place le pécheur sous la domination de celui qui a le pouvoir d’absoudre. Le confesseur d’un noble s’appelait directeur de conscience. La pénitence est un acte improductif qui relève du masochisme. Il est socialement plus utile que le fautif assume sa responsabilité en essayant de réparer les conséquences négatives de son erreur passée qu’entamer un rituel de repentance. En cas de prise de conscience des inconvénients de la gourmandise, le suivi d’un régime alimentaire correctif équilibré est supérieur à tout comportement expiatoire. Le fidèle peut considérer aisément qu’une maladie est une punition divine et à la limite pourra s’en créer une de nature psychosomatique lui permettant d’obtenir le pardon divin.

Les malsaines Écritures. Le mythe du péché originel

La Bible a été créée en l’année 360 au concile de Laodicée en acceptant ou en refusant des textes anciens sans en appréhender les effets pervers. Les chrétiens ainsi que les musulmans ont accepté aveuglément l’héritage culturel des Hébreux. Accepter la Genèse, c’est accepter l’irrationnel. La perte du paradis est une méchante fable dont la croyance provoque des conséquences psychologiques infantilisantes.

Ne pas mettre en doute une telle histoire engendre cinq implications dangereuses.

Dieu […] dit à Adam :

« Parce que tu as écouté la voix de ta femme et que tu as mangé le fruit de l’arbre dont je t’avais formellement prescrit de ne pas manger, le sol sera maudit à cause de toi. C’est dans la peine que tu t’en nourriras tous les jours de ta vie ».

La première est qu’il est fortement dommageable de désobéir à Dieu, plus exactement à ses porte-parole que sont, par évidence, les professionnels religieux.

« Si vous ne m’écoutez pas et ne mettez pas tous mes commandements en pratique, si vous rejetez mes lois, si vous prenez mes coutumes en aversion au point de ne pas mettre tout mon commandement en pratique, rompant ainsi mon alliance, voici ce que moi je vous ferais :

Je mobiliserais contre vous, pour vous épouvanter, la consomption et la fièvre, qui épuisent les regards et grignotent la vie ; vous ferez en vain vos semailles, ce sont vos ennemis qui s’en nourriront. Je tournerais ma face contre vous et vous serez battus par vos ennemis ; ceux qui vous haïssent domineront sur vous, et vous fuirez sans même qu’on vous poursuive.

Si vous ne m’écoutez pas davantage, je vous infligerais pour vos péchés une correction sept fois plus forte. Je briserais votre orgueilleuse puissance, je rendrais votre ciel dur comme fer et votre terre dure comme bronze ; vous épuiserez vos forces en vain, la terre ne donnera plus ses produits et les arbres du pays ne donneront plus leurs fruits (Lévitique vingt-six, Malédictions) ».

Il n’est donc pas étonnant de voir figurer l’obéissance comme un des trois vœux du prêtre catholique. Dans la culture chrétienne, le prêtre est un berger ; c’est au berger et pas aux moutons de décider de leur conduite. L’appellation enfants de Dieu, le titre de directeur de conscience, de pasteur ou de père, attribué innocemment par le fidèle envers un prêtre chrétien, sont des techniques symboliques qui évitent les remises en cause et maintiennent l’assujettissement des fidèles.

La deuxième implication dangereuse du mythe du paradis perdu est que nous avons hérité de la faute d’Adam qu’il nous faut racheter. L’axiome du péché originel qui affirme que l’on est coupable de naissance, donc que l’on est sur terre pour expier, non pour jouir des plaisirs de la vie, fausse les bases du modèle moral chrétien et le pervertit. L’ascétisme devient une vertu et l’épicurisme une dépravation. L’ordre religieux des Carmélites sacrifie la vie des siens pour la même fausse raison. Selon la Bible, le vrai bonheur ne peut s’acquérir sur terre. Cette infime partie de l’éternité est au mieux une épreuve qu’il faut accepter. Ce concept ne peut qu’orienter une attitude fataliste envers les malheurs de la vie. Par exemple, il nuira à une attitude positive d’insoumission à la douleur. Il n’y a pas si longtemps, on refusait la morphine à des malades souffrant intensément prétextant les vertus rédemptrices de la douleur.

Que Dieu omniscient, qui n’ignorait pas la future faiblesse d’Adam, l’a volontairement créé libre et inconscient pour mieux le punir, et plutôt férocement, d’une faute prévisible, démontre un tempérament sadique. Dieu piégeant son imparfaite création est incompatible avec les valeurs fondamentales que sont l’amour et le pardon dans l’univers chrétien. Le manque de réalisme des autres affirmations de la Genèse devra interpeller le fidèle. Il est probable que cette fable du jardin d’Éden soit une tentative maladroite d’un auteur primitif pour justifier les difficultés de la vie. D’un autre côté, la tentative s’avère une entière réussite si le but final de l’auteur est le contrôle de l’autorité morale d’un groupe de personnes.

La troisième implication dangereuse est que si la douleur est salvatrice, son opposé – le plaisir – est suspect. La vie sur terre est une épreuve pour regagner le paradis perdu. Le plaisir peut être considéré comme un avantage secondaire à une action quelconque, mais pas la motivation principale. La gestion de la sexualité en est l’exemple le plus marquant. La morale chrétienne n’autorise l’acte sexuel que dans le cadre de la procréation entre époux, sinon il s’agit de fornication. La luxure fait partie des sept péchés capitaux. Les vœux de chasteté du prêtre catholique montrent l’importance que lui accorde la hiérarchie romaine. Satisfaire pour le plaisir le simple désir de chair est un péché. Les fantasmes sexuels naturels sont réprimés par les chrétiens ou par les païens non libérés de la culture chrétienne, générant des troubles mentaux qui sont le fonds de commerce du psychanalyste freudien.

La quatrième implication dangereuse est de croire que Dieu nous avait créés volontairement inconscient, donc que nos malheurs sont liés à notre soif de connaissance. La science a un goût de soufre. Il est significatif de se rappeler que, dans la Bible, c’est le malin qui suggéra à Ève de manger le fruit de la connaissance. Elle prit un fruit dont elle mangea, elle en donna aussi à son mari qui était avec elle et il en mangea. Leurs yeux à tous deux s’ouvrirent et ils surent qu’ils étaient nus.

La cinquième implication est que Dieu désire que la femme soit soumise à l’homme et les animaux soumis aussi.

« Dieu transforma la côte qu’il avait prise à l’homme en une femme […] » (Genèse deux, Le jardin d’Éden). […] Dieu dit à la femme : « Je ferai qu’enceinte tu sois dans de grandes souffrances ; c’est péniblement que tu enfanteras des fils. Tu seras avide de ton homme et lui te dominera »…

Il ne semble pas que le Dieu de la Genèse soit pour l’égalité des sexes.

Accoucher sous péridurale contrarie la volonté divine de « Tu enfanteras dans la douleur ».

Rien ne prouve l’antériorité de l’être masculin sur le féminin. Certaines espèces animales femelles, dont une espèce de lézard et de requin, en l’absence de mâles se reproduisent (autoclône) par parthénogenèse.

Dieu dit :

« Faisons l’homme à notre image […] et qu’il soumette les poissons de la mer, les oiseaux du ciel, les bestiaux et toutes les petites bêtes ».

Le rapport de l’homme avec les autres êtres vivants est un rapport de force. L’homme obéit à Dieu et domine les animaux. On est très loin du bouddhisme, pour qui la finalité de l’homme est de vivre en harmonie avec les autres êtres vivants et d’être le plus performant possible dans la recherche du bonheur. Nous ne sommes pas le nombril du monde. La terre ne fut pas créée avant les étoiles, n’est pas le centre de l’univers, et le soleil ne tourne pas autour de la terre. Rappelez-vous Galilée. Le principe de Dieu créant directement Adam à partir de poussière dénie l’évolution des espèces et la théorie de Darwin confirmée par la science paléontologique moderne. Seul l’homme est fait à l’image de Dieu ? Certaines espèces de grands singes ont un langage, utilisent et fabriquent des outils, ont des comportements sociaux, sont capables de mensonge, de compassion. Ils ont les mêmes groupes sanguins que nous et possèdent plus de nonante-huit pour cent de gènes communs avec l’être humain. Le fossé qui nous sépare des animaux n’est pas si large que le suggère cette affirmation. Les animaux n’ont pas d’âme ?

Le rituel religieux chrétien

Pour la majorité des fidèles, la pratique religieuse se résume à être présente avec plus ou moins de participation aux cérémonies de la messe, du baptême, de la première communion, du mariage et du décès. Or, plus de nonante pour cent du rituel chrétien est irrationnel et ne sert que de support magique à des concepts spirituels.

La messe, « rituel chrétien basique », n’implique aucunement une interaction fraternelle des fidèles : la participation est tellement encadrée, afin que le fidèle se noie dans un automatisme débilitant (assis, debout, à genoux, alléluia, amen). Très adapté à la manipulation d’une masse débile, le rituel évite la libre pensée et renforce un comportement communautaire, voire sectaire ; à savoir l’appartenance à un groupe limité d’élus (les baptisés) qui obtiendra sa récompense (la vie éternelle) par sa soumission aux valeurs des directeurs de pensée (les prêtres) dont la compétence n’est pas discutable (infaillibilité du pape et sainteté des Écritures).

La pratique chrétienne est majoritairement du rituel symbolique, mais si on retire le rituel, que reste-t-il ?

Il reste « Aimez-vous les uns les autres » et dans cette optique, il est plus utile de montrer en public ses bonnes actions que de confesser en privé ses mauvaises.

Comme si les non baptisés n’étaient pas des enfants de Dieu.

Comme si se mettre à genoux pour prier était justifié.

Comme si le Christ avait préféré la cérémonie de la communion dans une église à l’invitation à partager son repas avec autrui.

Comme si le fait d’assister à une messe sans communiquer avec son voisin était normal.

Comme si bénir un navire (de guerre ou non) était efficace.

Comme si recevoir les saints sacrements améliorait l’avenir du mourant.

Comme si le pape était infaillible, devait porter une tiare et les évêques une bague.

Comme si Dieu avait besoin d’être glorifié pour être rassuré sur sa toute-puissance.

Comme si la dédicace d’une messe à un défunt ne ressemble pas à une vente d’indulgence. Cette tentative de corruption ne profite qu’au clergé.

Comme si toucher une relique de saint provoquait des miracles autres que psychosomatiques.

Comme si interdire le mariage des prêtres catholiques les rendait plus performants.

Comme si de vendre des cierges, sous la statue de saint Antoine de Padoue, à des fidèles ayant égaré leurs clefs, bien que commercialement rentables, n’était pas moralement douteux.

 Comme si l’effigie de saint Christophe protégeait des accidents d’automobile.

Comme si saint Hubert était le patron des chasseurs et saint Michel celui des parachutistes.

La pratique chrétienne ne devrait contenir que l’étude par l’ensemble des fidèles de la réalisation individuellement ou en commun d’une ou plusieurs actions altruistes, peut-être même une controverse sur un problème d’éthique dans laquelle les défenseurs du pour et du contre seraient tirés au sort (cette technique aide à dissoudre les préjugés). Tout le reste n’est que remplissage irrationnel.

Le respect de la vie ou le devoir de tuer

« Tu ne commettras pas de meurtre […] »

Tel double zéro sept Dieu a seul le droit de tuer. Il ne s’en prive pas.

On se rappellera que Dieu a demandé à Abraham de lui sacrifier son fils. Il s’agit là d’un infanticide exigé par Dieu. Est-ce un abus de pouvoir ?

Dieu tue les premiers-nés des Égyptiens pour inciter le pharaon à laisser sortir les Hébreux d’Égypte.

Rappelez-vous le déluge qui décima l’humanité.

À l’origine, cette interdiction de tuer s’appliquait à la conduite individuelle, les guerres étant autorisées. La punition de mise à mort était un acte social courant et normal en cas de désobéissance aux lois de Dieu exprimé dans l’Ancien Testament. La mort était recommandée pour des fautes telles que l’irrespect aux parents, l’adultère, l’homosexualité (exécution par lapidation).

La hiérarchie chrétienne a viré de cap et a fait pression pour la généralisation de l’abolition de la peine de mort.

L’avortement est interdit sans exception par les autorités religieuses. Quelle logique sournoise amène à penser que Dieu impose la naissance d’un débile profond qui, adulte, sera incapable de survivre sans aide ? Et si réussir cette épreuve était d’avorter ? La nature n’est pas avare des vies éliminées ! Avorter un embryon sain et viable peut être assimilé à du gaspillage par des couples stériles qui désirent adopter des enfants. C’est un argument raisonnable, mais il est ignoré au profit du dogme.

« seul Dieu a le droit de disposer de la vie ».

Décider l’heure de sa mort, pour un individu responsable, est la dernière liberté exigible, et seul un esprit intolérant lui refuse ce droit. Pourtant l’Église refuse un enterrement religieux aux suicidés. L’assistance au suicide d’adulte en phase terminale de maladie incurable, alors que personne n’est lésé, que le préjudice s’avère nul, est souhaité par la majorité de l’opinion publique et refusé par la justice française qui sanctionne un acte altruiste de pure compassion. Le poids de la culture chrétienne est quelquefois pesant.

Paradoxalement la hiérarchie chrétienne bénit les bateaux de guerre. Les nazis avaient même « Dieu avec nous » sur leurs ceinturons.

Le plaisir, le sexe et la luxure. L’adultère et le divorce

Nous avons été chassés du paradis, la norme biblique étant

« Croissez et multipliez »

se traduit par

« Faites des enfants, beaucoup d’enfants ».

Il y a deux mille ans, la naissance d’un enfant mâle était un investissement, un futur ouvrier agricole. La prise en compte d’un contrôle démographique était exclue. Avec la surpopulation actuelle, le message est à revoir.

Le naturisme n’est pas encouragé par l’Église Adam et Ève ont su qu’ils étaient nus en mangeant le fruit de la connaissance et, depuis, la pudeur est une vertu chrétienne et son application moins contraignante que la version musulmane.

Les progrès récents des techniques de contraception ont permis de séparer la sexualité de la reproduction et d’ouvrir la possibilité d’une relation sexuelle affectueusement libérée, énoncé par le message sulfureux, car trop épicurien pour les religieux :

« Faites l’amour, pas la guerre ».

Le puritanisme est une vertu chrétienne. Les coutumes occidentales sont un héritage culturel judéo-chrétien et le mariage associe fidélité, sexualité et procréation. Le pape prône la chasteté avant le mariage et après le mariage comme seule méthode contraceptive. De là à considérer le sida comme la punition divine à une conduite lubrique, il n’y a qu’un pas franchi par des fondamentalistes extrémistes.

Le mariage est indissoluble et le divorce interdit, mais la bigamie de l’homme est tolérée dans la Bible. Les autres constructions sociales telle la polyandrie (symétrique de la polygamie, la femme mariée a plusieurs hommes) ou le collectif hippie sont interdites.

« Tu ne commettras pas d’adultère ».

Ce commandement est inclus dans le chapitre « relations sexuelles interdites ».

Quand un homme commet l’adultère avec la femme de son prochain, ils seront mis à mort (Lévitique 20), l’homme adultère aussi bien que la femme (par lapidation).

Idem quand un homme couche avec une femme de son père.

Idem quand un homme couche avec sa belle-fille.

Dans ce commandement, il apparaît que ce n’est pas l’infidélité en soi qui est désavouée ni la polygamie, mais les relations avec une femme déjà mariée (il s’agit d’une atteinte à la propriété d’autrui).

La relation incestueuse est interdite.

L’homosexualité qui est une abomination au regard de la Bible, est punissable de mort. Sa participation au contrôle des naissances est une circonstance aggravante.

L’homme fait Dieu à son image

Dieu de la Bible a créé le monde en six jours et se reposa le septième. Or, le jour et la nuit dépendent de la position du soleil et de la terre et n’existe qu’après leur création. Cherchez la logique.

Dieu le Père, le Fils, le Saint-Esprit, trois en un, c’est un mystère.

Le rationnel n’est pas une vertu chrétienne. Comment justifier que Dieu se soit fait crucifier pour racheter une faute qu’il n’a pas commise et qu’il a lui-même décidé de punir ?

Les musulmans considèrent le Christ comme un prophète, c’est-à-dire un homme convaincu de ressentir et de savoir exprimer mieux que les autres les vérités morales et spirituelles fondamentales, un prophète ayant fait école, mais malgré cela, un homme qui est mort pour avoir aux yeux des Romains, troublé l’ordre public. Il est même probable que les occupants romains aient reçu des plaintes de la part des autorités religieuses juives en place qui le trouvaient dérangeant. Les Romains de l’Antiquité devaient trouver dans les convictions monothéistes chrétiennes une forme d’intolérance vis-à-vis des autres religions ayant de nombreux dieux.

Croire en l’humanité du Christ (fils adoptif spirituel de Dieu ou enfant naturel de Marie), ne peut que faciliter la fusion mondiale des religions monothéistes et ne nuit aucunement au contenu de son message d’amour. Les catholiques sont pour le moins naïfs lorsqu’ils glorifient l’Immaculée Conception. Toujours dans l’hypothèse d’un Christ plus humain, une dérive plus provocatrice est de considérer Marie comme une fille-mère que le vieux Joseph sauva de la lapidation en l’épousant. Le père biologique du Christ est peut-être grec ou romain. Le désir du Christ d’exporter la religion juive aux Gentils s’harmonisera avec cette hypothèse.

Le Dieu de la Bible est décrit comme un juge vengeur qui punit sévèrement la désobéissance. Les catastrophes sont des épreuves divines. Le paradis est réservé aux fidèles obéissants et pratiquants. Pour les Juifs par exemple, savez-vous qu’il existe une seconde entrée au paradis pour les « justes » ? Croyants hérétiques, ou athées mécréants, mais honnêtes hommes, qui ont vécu avec élégance et courage selon leur intime conviction sont toutefois des « justes ».

Si l’univers était une expérience ?

L’homme primitif subit les éléments, il trouve une explication spirituelle (épreuve, punition divine) et une solution magique (le sacrifice, la prière, le miracle).

Suite aux progrès scientifiques, la part du magique a régressé, les problèmes ont remplacé les épreuves. Le proverbe

« aide-toi, le ciel t’aidera »

exprime un doute sur l’efficacité de la technique « spirituelle ».

À la question qui a créé le monde, c’est Dieu ; suit la question, mais qui a créé Dieu ?

Le portrait de Dieu, image de l’homme, se modernise, change. Il est un mélange de grand ingénieur, de grand architecte, de grand artiste. Il est observateur de l’évolution de l’univers qu’il a créé.

Il a imprimé au plus profond de nous-mêmes des schémas-directeurs (tel que l’instinct de conservation, le sens du beau).

Des schémas-directeurs variés vont s’affronter.

Ils ne sont pas toujours compatibles.

(La gazelle se doit d’échapper au lion et ce dernier doit la manger).

Notre avenir est inclus dans une expérience à laquelle nous participons.

Notre rôle est de vivre harmonieusement selon notre intime perception de nos schémas-directeurs. En fin d’expérience, après le bilan final, va-t-il effacer sa création, récompenser l’honnête homme, punir ou anéantir le mauvais ? Je vous laisse spéculer sur l’existence du paradis.

Une version écologique presque athée est de considérer que l’univers est vivant.

Son niveau de conscience supérieur est Dieu pour l’homme ; comme l’homme est peut être Dieu pour un globule blanc qui, entre parenthèses, se déplace vit et meurt. Nous attendons d’un globule blanc de notre sang, non pas qu’il nous vénère, nous qui sommes peut être son Dieu, mais qu’il joue son rôle de garde du corps. De même l’univers attend de nous que nous soyons sensibles à son avenir.

Chapitres obsolètes de la Bible

Diététique

Parmi tous les animaux terrestres, voici ceux que vous pouvez manger ; ceux qui ont le sabot fendu et qui ruminent.

Vous ne devez pas manger… le lièvre, car il rumine, mais n’a pas de sabots ; pour vous il est impur ;

Le porc, car il a le sabot fendu, mais ne rumine pas ; pour vous il est impur…

Parmi tous les animaux aquatiques, voici ceux que vous pouvez manger… Ceux qui ont des nageoires et des écailles… Tout animal aquatique sans nageoires ni écailles vous est interdit… Animaux purs et impurs (Lévitique 11)

À la différence des Juifs et des musulmans, les chrétiens ont abandonnés ces interdictions alimentaires et leur espérance de vie ou leur taux de maladie n’est pas supérieur à ceux qui ont conservé leur interdiction, et cela prouve que certains textes sacrés méritent d’être à nouveau suspectés avant d’être abandonnés. Une raison suggérée par un rabbin est que la nourriture interdite est mauvaise pour l’âme. Difficile de prouver le contraire.

Les crustacés, conseillés par la diététique moderne, sont aussi interdits, ceci sans aucune raison médicale. Vous ne consommerez le sang d’aucune créature, car la vie de toute créature, c’est son sang ; celui qui en consomme doit être retranché.

Les témoins de Jéhovah appliquent scrupuleusement cette règle jusqu’à interdire la transfusion sanguine.

L’esclavage

L’Église actuelle a aboli l’esclavage, mais ce ne fut pas toujours le cas.

Dans la Bible, il était conseillé de libérer le frère hébreu, esclave la septième année de son service :

« Tu ne le laisseras pas partir les mains vides ; tu le couvriras de cadeaux […] Ne trouve pas trop dur de le laisser partir libre de chez toi, car en te servant six ans, il t’a rapporté deux fois plus que ce que gagne un salarié, et le seigneur, ton Dieu, te bénira dans tout ce que tu feras ». (Deutéronome 15, Libérer les esclaves hébreux)

Bases religieuses des coutumes occidentales dans la justice profane

Les prêtres et les juges sont habillés d’une robe noire, ont le goût du pouvoir moral et sont plutôt conservateurs et ritualistes. La forme primant le fond, un vice de forme annule une procédure, les juges sont des hommes de loi avant d’être de l’arbitre de justice. Nul ne peut ignorer la loi. Le justiciable américain jure sur la Bible. Jurer est un acte « spirituel », un rituel magique qui n’empêche pas la crapule de mentir, ni le brave homme de dire la vérité, sans avoir le besoin de jurer.

La civilisation occidentale est née dans un environnement religieux chrétien et la culpabilité prime sur la responsabilité « plaidez-vous coupable ? ».

On ne peut plaider « responsable » d’un non-respect volontaire à la loi.

La loi profane a remplacé les commandements religieux. Pour la justice profane, reconnaître être coupable veut dire admettre ne pas respecter la loi, l’insoumission remplace l’hérésie. Si la loi est juste ou injuste, la société s’efforcera par la menace ou la sanction d’obliger l’individu à un comportement social plus statistiquement normal. Cette normalisation est conforme aux valeurs du pouvoir juridique qui, pour un pays démocratique, correspond à l’opinion majoritaire. Les valeurs marginales des minorités sont démocratiquement oubliées. Dans un système de justice ouvert, on pourra imaginer le coupable imposant un arbitrage à l’éthique. On peut aussi imaginer une procédure de mise à jour de la loi par initiative populaire ou demande de dérogation anticipative à une action généralement interdite.

Trop rarement, la sanction est éducative. Il est manifestement plus utile de faire prendre conscience à un conducteur ivre des risques dramatiques induits par son comportement grâce à un stage approprié dans un milieu d’urgence hospitalier, que de lui faire payer une amende, ou de lui faire réciter trois « notre Père » pour l’absoudre de son alcoolisme accidentel sans responsabiliser sa conduite.

« L’absence de réflexion, voire la folie, est une circonstance atténuante. Qu’une femme battue tue avec préméditation son mari, ou inversement, est préjudiciable au seul conjoint, tandis que le violeur, le terroriste, l’alcoolique au volant menace de nuire à plusieurs cibles aléatoires innocentes. La justice sera plus indulgente avec l’ivrogne qui a évité un accident par miracle, qu’avec l’individu qui a euthanasié son conjoint avec ‘préméditation’. C’est le monde à l’envers : l’irresponsabilité est favorisée, la gestion des conséquences passe après. »

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Informations complémentaires

Année

2010

Auteurs / Invités

Bernard Milhaud

Thématiques

Christianisme, Questions et options philosophiques, politiques, idéologiques ou religieuses, Religions