Des idoles en héritage

Willy De Winne

 

UGS : 2015040 Catégorie : Étiquette :

Description

Il m’est arrivé quelquefois d’assister à des funérailles religieuses catholiques de quelques-uns de mes amis décédés, comme par exemple dernièrement, cette année (mai 2015), lors du service funèbre catholique, rendu à mon ami Albert H. que je connaissais depuis l’école primaire à la Provinciale Normaal School à Tienen. Après nos humanités gréco-latines à l’Athénée royale de Tirlemont – pendant la guerre, les cours étaient donnés exclusivement en flamand, car l’usage du français avait été supprimé à Tienen sur ordre de l’occupant allemand – nous sommes allés à la Katholieke Universiteit Leuven. Geert est devenu licencié et professeur en langues germaniques. Il est mort à l’âge de quatre-vingt-cinq ans.

Au moment de la communion, je n’ai pas eu le courage de mes convictions athées pour y renoncer, ce qui aurait certainement choqué sa veuve éplorée et les enfants de mon ami Albert. Comme Henri IV avant moi, j’ai donc fait acte de tolérance en suivant la rangée de ceux qui sont allés communier et j’ai accepté le corpus Christi que le prêtre m’a mis dans la main et que j’aurais en bon catholique dû mettre en bouche pour la (ou le) manger. Je l’ai plutôt mis(e) dans ma poche. Je l’ai retrouvée plus tard en vidant mes poches au moment de remettre ma veste au nettoyage à sec, et à présent elle se trouve dans une de mes chopes-souvenir de la Force aérienne, dans ma chambre à coucher (ma longévité relative a fait que j’en ai plusieurs et je compte bien persévérer !).

Voici donc qu’en ce XXIe siècle, une majorité de Belges se livrent encore à l’idolâtrie d’un bout de pain consacré qui, selon l’Église, a cessé d’être du pain pour devenir réellement le corps de Dieu-le-Fils. En consommant cette hostie consacrée, les fidèles se livrent ensuite à l’anthropo-théo-phagie, c’est-à-dire qu’ils mangent l’homme-Dieu, et celui-ci est réduit ensuite à l’état d’excrément après le transit intestinal (cela ne devrait par conséquent n’ être que symbolique, et d’autant plus que du temps de Jésus, il était inconcevable que des Juifs pratiquants, comme les Treize, boivent du vrai sang plutôt que du vin symboliquement consacré, car cela aurait constitué une abomination contre les prescrits alimentaires) !

Les églises chrétiennes réformées n’adhèrent pas à ce dogme de la transsubstantiation proclamé par le concile de Trente eu en guise de pure radicalisation contre la Réforme. Martin Luther n’a eu la vie sauve que grâce à la protection du prince électeur Frédérique III de Saxe, après avoir dénoncé cette idolâtrie d’une hostie consacrée.

Combattre l’idolâtrie a été la mission divine imposée par Yahvé – alias Allah – à Abraham alias Ibrahim. Moïse a pris le relais pour détruire le veau d’or que les Hébreux avaient confectionné au pied du mont Sinaï. Et depuis lors, la guerre entre les adorateurs d’icônes, de saintes reliques et autres idoles et d’autre part les iconoclastes, n’a pas cessé. L’iconoclasme musulman en est la seule exception pérenne par rapport à l’histoire judéo-chrétienne en la matière qui est parsemée de mouvements de flux et de reflux dans l’obsession d’adorer et de détruire des reliques, des icônes et autres idoles.

L’idolâtrie n’est donc certainement pas le monopole des catholiques : ils sont seulement les champions du monde de la production de masse du plus grand nombre d’idoles sous la forme d’hosties consacrées ! Notre prestigieuse cathédrale de Saint-Michel et Sainte-Gudule nous montre, encore de nos jours, par ses magnifiques vitraux, comment des hosties ont été subtilisées pour être poignardées dans une synagogue bruxelloise. Des Juifs, dénoncés anonymement, ont été exécutés à la Grand-Place et le prétendu « miracle du Saint Sacrement » et son culte par les Bruxellois a longtemps été considéré comme le rempart contre la peste.

Les Juifs ont leur « terre promise », leur Mur des Lamentations et ils recherchent encore toujours la sainte Arche de l’alliance qui a disparu du temple de Jérusalem, détruit par les troupes de Titus en l’an 70. Les musulmans ont leur Kaaba, l’idole autour de laquelle les pèlerins du djihad doivent tourner sept fois à La Mecque et leur dôme du rocher. Les catholiques sont également à la recherche du saint Graal ! Mais ni le Graal, ni l’Arche, ni la Kaaba ne sont considérées comme étant de nature divine : ils ne sont donc pas véritablement des idoles parfaites, à la différence des hosties consacrées des catholiques.

Le catholicisme romain est également la seule religion ou la seule idéologie au monde à oser prétendre que le péché originel soit héréditaire. Les églises réformées n’adhèrent pas à ces deux dogmes, à savoir la transsubstantiation du pain et du vin en corps et sang du Christ, et le sacrement catholique du baptême permettant la rémission d’un péché inexistant, le péché d’Adam et Ève prétendument rendu héréditaire selon ce dogme.

À mes héritiers je laisse le soin de me débarrasser post mortem de ces hosties-idoles.

Si vous êtes croyant, mangez-les et si vous êtes mécréant, comme moi, jetez-les à la poubelle : ainsi vous éviterez qu’elles ne deviennent votre caca !

Et voici la leçon de tolérance que je vous laisse en héritage avec ces hosties. Si vous n’avez pas le courage de résister au conformisme social, alors continuez à faire comme tout le monde en laissant baptiser vos enfants, mais préservez-les au moins de tout endoctrinement aveugle qui peut devenir criminel et rendez-les vigilants contre toute arnaque et contre toute tentation de violence.

Pensez à la Saint-Barthélémy, à l’autodafé de Giordano Bruno et de Michel Servet, au dynamitage des Bouddhas de Bamyan, à la destruction des idoles à Palmyre et, plus récemment, au massacre terroriste de Charlie-Hebdo et du Bataclan à Paris.

PS : J’ai une pensée très amicale pour le pape François pour qui « rétropédaler » est beaucoup plus difficile que pour François Hollande ! N’oubliez pas que le pape est obligé de se dire dogmatiquement infaillible, etc., mais il a quand même déjà osé dire que nous ne sommes plus obligés de copuler comme des lapins.

Renvoi :

L’acceptation de cette conversion forcée a valu à Henri IV d’être reçu « chanoine d’honneur de l’église de Saint-Jean-du-Latran » à Rome par le magistère romain. Cet honneur s’est perpétué pour les rois de France et ensuite pour l’empire et pour la présidence de la République française (laïque) qui l’ont accepté incognito et sans cérémonie.

Seul Nicolas Sarkosy, élu président de France, s’est spécialement déplacé à Rome pour recevoir avec éclat son titre de chanoine à Saint-Jean -du-Latran. Il y a fait un discours retentissant où il a entre autres déclaré que « l’instituteur ne pourra jamais remplacer le curé ou le pasteur, même s’il est important qu’il s’en approche, parce qu’il lui manquera toujours la radicalité du sacrifice de sa vie et le charisme d’un engagement porté par l’espérance. » (sic !)

N’a-t-il pas oublié le rabbin, le moine bouddhiste et les autres gourous de tous bords ?

Et en cas de réélection, va-t-il congédier les instituteurs et engager de nouveaux clercs ?

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Informations complémentaires

Année

2015

Auteurs / Invités

Willy De Winne

Thématiques

Mythes, rites et traditions, Questions et options philosophiques, politiques, idéologiques ou religieuses, Religions