Citoyenneté et démocratie : un défi essentiel pour l’Alpha

Sylvie Pinchart

 

UGS : 2014002 Catégorie : Étiquette :

Description

L’exercice de la citoyenneté réclame des moyens intellectuels et moraux. C’est pourquoi la lutte contre l’analphabétisme constitue une condition fondamentale au développement du corps social.

En posant le choix de l’alphabétisation populaire, Lire et Écrire a inscrit, au cœur de sa mission, un projet politique et démocratique fort, celui du changement social pour plus d’égalité.

Selon une formule bien connue qui fonde la citoyenneté, si « tous les êtres humains naissent libres et égaux », certains le sont cependant plus que d’autres… Et parmi « ces autres qui le sont moins », il y a les personnes analphabètes.

L’analphabétisme persistant est une résultante d’un fonctionnement de notre société basé sur l’exclusion de certaines catégories de personnes. La majorité des personnes analphabètes sont issues des milieux socio-économiques les plus défavorisés. Agir pour un droit effectif à l’alphabétisation pour tous, c’est donc bien à la fois permettre aux personnes de renforcer leurs compétences de base – s’exprimer, lire, écrire et calculer –, mais c’est aussi – ou surtout – agir sur le regard que nous posons tous sur les personnes qui vivent ces situations d’exclusion, sur la prise en compte de l’analphabétisme. Et, à partir de là, réinterroger le fonctionnement de l’ensemble du corps social.

L’actualité législative récente, autour des projets de décrets d’accueil des primo arrivants et du nouveau code de la nationalité, réinterroge les liens entre citoyenneté et maîtrise des compétences de base. La citoyenneté peut-elle, doit-elle être conditionnée à un certain niveau de maîtrise de la langue ? Quelles sont les connaissances minimales pour être citoyen ? Sur quoi doivent-elles porter ? Et qu’en est-il de ces mêmes connaissances minimales pour les « Belgo-belges » ? Si ces dernières sont les conditions indispensables pour pouvoir exercer sa citoyenneté, être analphabète serait-ce être un citoyen différent des autres ? un « sous-citoyen » ? un « presque citoyen » ?

Les politiques de l’État social actif peuvent se montrer prolixes et créatives en matière de production de conditions à l’obtention de ce qui relevait encore, il y a peu, de droits acquis. Et avoir une propension à multiplier les règles et les contrôles sur les personnes des catégories sociales les plus touchées par l’exclusion et la relégation.

En posant le choix de l’alphabétisation populaire, en filiation directe avec ses mouvements ouvriers porteurs et le secteur de l’Éducation permanente, Lire et Écrire a inscrit dans son principe d’action l’émancipation de tous, la conviction que le changement ne peut se faire que par et avec les personnes subissant des rapports de domination sociale. Dans ce processus, la question pédagogique – dans le sens des théories et des méthodes appliquées – est centrale, car nous sommes là au croisement du discours et des pratiques. Et nos pratiques sont elles-mêmes traversées par les tensions et les opportunités qui traversent le débat politique.

Comment les personnes analphabètes vivent-elles leur citoyenneté ? Quels regards et quelles analyses posent-elles sur le fonctionnement démocratique ? Quels sont pour elles les enjeux politiques importants ? Comment pèsent-elles sur la décision politique ?

Comment les acteurs politiques et publics se positionnent-ils par rapport au défi de l’analphabétisme ? Quelle écoute développent-ils ? Quelles pratiques soutiennent-ils ? Pour quelle prise en compte des réalités des personnes en difficulté de lecture et d’écriture qui représentent aujourd’hui encore dix pour cent de la population ?

Le projet d’éduquer des adultes à la citoyenneté porte en lui des défis importants. Dans le contexte actuel, celui de ne pas transformer un acte émancipateur d’apprentissage en un acte d’injonction normative – implicite ou explicite – est particulièrement présent. Il se joue à différents niveaux : dans la contrainte ou le respect du désir des personnes à renforcer leur participation citoyenne, dans l’identification des connaissances minimales nécessaires à acquérir. Où et comment mettons-nous l’étalon ? Quelles sont les conditions pour qu’un savoir soit émancipateur plutôt qu’un instrument de renforcement de la domination ? S’agit-il d’apprendre pour mieux comprendre et agir ou pour justifier de son droit de participation à l’espace citoyen ?

La complexité de notre organisation institutionnelle et le déficit de lisibilité des débats politiques sur les enjeux qui font sens et importance pour les personnes les plus exclues ont un caractère antidémocratique dans la mesure où ils freinent la participation de tous à la ‘ chose publique ’.

Le pédagogique est politique – ce n’est pas neuf –, mais encore concrètement, aujourd’hui, qu’est ce qui freine, qu’est-ce qui porte l’émancipation ? Comment les équipes, les apprenants s’emparent-ils de cette question de la citoyenneté ? Ce numéro du Journal de l’alpha présente différentes pratiques, comment elles se sont construites dans les équipes, dans les interactions pédagogiques, dans les espaces de débat ou d’interpellation investis par les apprenants… Ce ne sont pas des modèles, mais des expériences vécues qui s’insèrent dans la longue chaine de ce qui nourrit et réinterroge les convictions et expériences citoyennes associatives.

Merci aux contributeurs !

L’analphabétisme ne concerne pas seulement les nouveaux immigrants. Il touche aussi un certain pourcentage de la population autochtone et sa disparition permettra d’engendrer une reconnaissance citoyenne plus effective.

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Informations complémentaires

Année

2014

Auteurs / Invités

Sylvie Pinchart

Thématiques

Analphabétisme / Alphabétisation, Éducation tout au long de la vie / Éducation des adultes, Lutte contre les exclusions / Solidarité, Monde associatif