Cannabis, réglementons ! Relation au produit et parallèle avec l’alcool

Raymond GUEIBE

 

UGS : 2018027 Catégorie : Étiquette :

Description

On peut remarquer que la classification des différentes drogues ne repose absolument pas sur la chimie ou la pharmacologie, elle repose sur une idée tout à fait irrationnelle et même émotionnelle.

En France, par exemple, en 1970, lorsqu’ils ont promulgué une loi concernant les drogues, ils ont distingué les substances qui constituent un mal « relatif ». Et le mal relatif, c’est l’alcool et le tabac. Ensuite, il y a le mal « absolu » et, dans le mal absolu, on met globalement toutes les autres drogues que l’on qualifie de « stupéfiants ». Je trouve que lorsque l’on dit « stupéfiant », on est stupéfait. Par contre, lorsque l’on parle de « mal relatif », on voit qu’il y a un regard « bienveillant » sur une partie des drogues et un regard extrêmement moralisateur vis-à-vis des autres drogues que l’on va même qualifier de « la » drogue. On s’aperçoit que si on a le regard bienveillant, cela ne veut pas dire que la drogue sur laquelle on porte ce regard, serait une « bonne » drogue. Mais simplement, culturellement, on incite à la considérer, peut-être, comme moins grave. Cela démontre qu’il y a une réaction émotionnelle vis-à-vis de l’ensemble des autres drogues.

Lorsque je m’adresse à des auditoires et que je pose la question : « D’après vous, est-ce que l’alcool est une drogue ? », parmi des jeunes qui sont à l’athénée ou au collège, il y a de temps en temps quelqu’un qui lève la main, mais lorsque je demande s’ils considèrent que l’alcool est une drogue dure, il n’y a plus personne qui lève la main. Lorsque je pose la même question à un public composé de jeunes accompagnés de leurs parents : deux ou trois naïfs lèvent la main. Un jour, devant un auditoire de médecins, j’ai posé la question : « Est-ce que vous pensez que l’alcool est une drogue ? », aucun médecin n’a levé la main.

Il est vrai que parmi la population, les médecins ont un taux d’alcoolisme supérieur à la moyenne. Donc, faites bien attention, car pour votre médecin traitant, est alcoolique celui qui boit plus que lui, globalement.

Cet exemple permet de souligner l’importance de l’information que l’on va donner, y compris auprès des soignants.

J’ai participé à l’opération « Boule de neige » avec le Centre d’Action laïque du Luxembourg où j’ai pu rencontrer des confrères dans des Glems, ce qui était très intéressant. En fin de soirée, souvent, des confrères me disaient que c’était une information qu’ils n’avaient pas reçue.

Au niveau sociologique, généralement, on parle de « la drogue » d’une manière générale et on n’y met plus l’alcool, ni même le tabac. C’est un peu comme si toutes les drogues se valaient et que toutes les drogues étaient néfastes. J’insiste sur le fait qu’au niveau sociologique dans « notre » culture, l’alcool ne fait pas partie de la drogue, mais qu’avec toutes les campagnes qui sont faites autour du tabac, il pourrait, peut-être, être considéré comme une drogue.

Lors d’une commission au niveau parlementaire, où Laurette Onkelinx voulait modifier la loi et où les représentants des alcooliers étaient présents, le président du syndicat des vins et spiritueux a prétendu que si l’on empêchait les jeunes de boire de l’alcool, ils se tourneraient vers la drogue. Certains parlementaires présents ont pris une mine attristée.

Devant les drogues, d’abord et avant tout et d’une manière générale, on a une attitude extrêmement irrationnelle. C’est pourquoi il est important de s’interroger sur le « pourquoi il y a une drogue dans toutes les cultures » et là, c’est la démarche psychanalytique qui nous donnera une réponse.

Le petit de l’homme est le seul animal qui, lorsqu’il vient au monde, prend conscience, très vite, de sa finitude. Il prend conscience, très vite, qu’il est destiné à mourir, et sa vie durant, il va essayer d’oublier cette pensée, cette vérité qui est, d’ailleurs, la seule vérité. C’est une vérité absolue : nous sommes, tous et toutes, destinés à mourir. On va essayer tout au long de sa vie de s’en distraire et la psychanalyse nous apprend que notre comportement –, nos petites phobies, nos pensées obsessionnelles… –, est destiné à éloigner ce que l’on appelle « l’angoisse de mort ». Dans les possibilités de modifier notre psychologie, de modifier, peut-être, notre pensée, il se fait que les drogues sont destinées à nous distraire de cette condition humaine qui est la finitude. Nous distraire, c’est-à-dire que, momentanément, on va essayer de modifier notre état psychologique pour ne plus vivre tout le temps avec, sur les épaules, cette idée épouvantable : « Je suis destiné à mourir ».

Toutes les drogues vont entraîner ce petit moment de distraction et en tant que psychiatre, de référence analytique, j’aime la définition suivante : « Une drogue doit d’abord être une substance qui est capable de modifier la psychologie, c’est-à-dire capable de distraire à un moment donné ». Ce n’est pas tellement la question de la dépendance physique ou psychique au produit qui intéresse.

Certains se souviennent peut-être, qu’en France, lorsqu’il y a eu le débat sur ce que l’on a appelé la « loi Kouchner», le président François Mitterrand avait demandé à Bernard Kouchner de faire un répertoire pour identifier la drogue la plus dangereuse en France. Bernard Kouchner a répondu que c’était l’alcool, alors que l’on s’attendait à ce que ce soit l’héroïne et il y a eu un débat à propos du tabac [sic].

Peut-on dire que le tabac est une drogue ? Oui, car il crée une dépendance psychologique, il ne crée pas une dépendance physique très grande, mais le tabac ne modifie en rien le comportement. La preuve en est que l’on peut fumer au volant de sa voiture, on déconseille de fumer en lâchant le volant, mais si vous fumez une pipe, on ne peut pas vous l’interdire. Dès lors ce qui devient intéressant, c’est de savoir que le tabac ne va pas distraire de cette finitude, en conséquence de quoi on pourrait considérer que le tabac n’est pas une drogue.

Si je devais utiliser une drogue, elle serait destinée, quelque part, à sublimer ma condition humaine. Par conséquent, on comprend bien pourquoi on ne peut pas éradiquer une drogue. Et pourquoi c’est illusoire, car l’homme ressentira toujours sa finitude. On utilisera les drogues dans des moments destinés à se distraire. Dans toutes les cultures, il y a un carnaval, c’est le sens de la fête ; et le sens de la fête, c’est partout.

Avec certaines drogues, notamment avec les champignons hallucinogènes utilisés chez les Indiens inuits, on va même sortir de sa condition humaine et rejoindre les dieux. La première utilisation du champignon hallucinogène chez les Indiens était de permettre d’entrer en contact avec les dieux. C’est beau, voilà un statut qui nous est supérieur. Mais cela servira également pour les rituels de passage, que l’on remarque également dans notre culture : lorsque l’enfant devenait adolescent, c’était peut-être l’occasion où il pouvait goûter à sa première bière ou à son premier verre d’alcool. Ce moment particulier où l’on va devoir utiliser une drogue, parce que c’est gai d’être devenu adolescent, mais c’est la perte de l’enfance ; c’est gai de devenir adulte, mais c’est la perte de l’insouciance ; c’est gai de devenir parent, mais c’est la perte des nuits calmes ; c’est gai d’être à la retraite, mais cela rapproche de quelque chose dont on a peur.

J’étais étonné dans sa consultation d’alcoologie de voir le nombre de personnes qui, a l’occasion de leur mise à la retraite, se sont tournées vers les Portos, les whiskys, les bières pour transformer une vie qui devenait invivable dans une sorte de paradis. Je vois des personnes de quatre-vingts ans qui viennent me dire que c’est depuis qu’ils sont à la retraite qu’ils se sont mis à boire. On peut donc dire qu’il y a une nécessité anthropologique à avoir une drogue. Il se fait que nous avons fait le choix d’une drogue culturelle qui est l’alcool.

Certaines personnes, à titre individuel, peuvent dire : « Moi, je ne consomme pas de drogues » ou bien « J’ai consommé des drogues, mais je n’en consomme plus ». Il s’agit bien de propos à titre individuel, c’est-à-dire que ce sont des personnes qui ont, peut-être, pu faire cette démarche intérieure qui est de l’ordre du philosophique. Et cette philosophie permet, à un moment donné, d’accepter la finitude. Il ne faut pas penser que la psychanalyse pourrait permettre de faire cette démarche, car il s’agit d’une démarche plutôt philosophique. Je me suis méfié de la psychanalyse pour permettre de quitter la finitude lorsque j’ai accompagné à la clinique Saint- Pierre, à Ottignies, un de mes professeurs de psychiatrie, psychanalyste, qui nous avait enseigné que l’alcoolisme était dû à une frustration dès l’enfance au niveau oral – l’enfant devait s’attendre à avoir le sein gauche et sa maman lui donnait le sein droit, cela cause d’une frustration et on devient alcoolique [sic]. J’ai douté de la psychanalyse lorsque j’ai accompagné cet homme qui est venu mourir chez nous d’une cirrhose, parce qu’il avait trop bu. Il était d’ailleurs dans le déni absolu.

Pour information, il faut savoir que c’est chez les curés que l’on trouve les meilleures caves à vin, donc une pensée religieuse ne doit pas dédouaner de cette question de la finitude.

Une analyse, assez intéressante, sur l’observation qui a été faite dans la communauté des mormons. Les mormons, c’est assez différent, on peut dire que c’est une église, mais c’est assez sectaire dans certains coins du monde et ils sont assez disparates entre eux. Dans certaines communautés mormones, au moment où le jeune devient adolescent, on lui suggère de quitter la communauté pour aller voir ce qu’il se passe ailleurs, en espérant, peut-être que les jeunes vont revenir au plus vite en disant : « C’est l’enfer de l’autre côté. Le démon est partout. Satan est là. Je reviens. » Et effectivement, beaucoup reviennent. Et ceux qui ne reviennent pas, c’est peut-être parce qu’ils ont trouvé une morale un peu moins sectaire, un peu moins lourde… Pas du tout ! Peut-être ont-ils trouvé une autre sexualité ? Les mormons sont assez sectaires, mais il y a quand même des mormons polygames. Ceux qui ne reviennent pas sont ceux qui ont goûté, aux États- Unis, à l’alcool, parce qu’ils ont peut-être trouvé là une solution que la communauté des mormons ne pouvait pas leur offrir : pouvoir se distraire de la finitude. Chez les mormons, on ne pense qu’à ça : on est destiné à mourir. C’est pourquoi certains mormons ne sont pas particulièrement dans l’humour.

Alcool et autres drogues

Il est vrai que, culturellement, on fait le choix d’une drogue et cette drogue va être banalisée. Il est assez étonnant, lorsque l’on prend un peu de recul, que l’on quitte les pays de traditions judéo-chrétiennes où c’est l’alcool qui a été choisi, mais dans les pays musulmans, c’est le cannabis qui a été choisi ; le pavot est toujours consommé en Chine ; la cocaïne est encore la drogue en Amérique du Sud, les hallucinogènes sont consommés par les Inuits au Canada. Il existe une drogue dont on parle peu, mais qui est intéressante, c’est le khat Consommé au Yémen, cette drogue est un peu euphorisante et elle permet, lorsqu’on est avec des copains et des copines, de se distraire momentanément de cette finitude.

On peut faire le constat que la culture fait le choix d’une drogue et ensuite que cette drogue est banalisée. Autre remarque : si on a fait le choix d’une drogue, l’utilisation de cette drogue, et en l’occurrence l’alcool chez nous, est quand même soumise à une réglementation. En tant qu’éthicien, je remarque que la réglementation est bien destinée à protéger la santé publique, mais pas la santé de l’individu.

Lorsqu’une drogue culturelle est choisie, on va l’encadrer, alors que les autres drogues sont criminalisées. Même si on peut consommer de l’alcool, il est interdit de prendre le volant en état d’ébriété.

Prenons par exemple la campagne « Bob » qui appartient aux alcooliers. Qu’est-ce que le « Bob » ? On encourage les gens qui vont prendre le volant à ne pas boire, parce que si quelqu’un a bu, il pourrait provoquer des accidents. Ce n’est pas bien. Par contre, si dans la voiture qu’un Bob conduit, alors qu’il n’a pas bu, il y a quatre personnes torchées, dont l’un est même en coma éthylique, on s’en fout ! L’important, c’est qu’en termes de santé publique, on prend le volant et on ne risque pas de tuer quelqu’un d’autre. Cela va de soi, puisque depuis 2002, on a une loi concernant le droit des malades où chaque personne a le droit de donner à sa vie le sens qu’il désire et, dès lors, on peut, si on est chez soi, se défoncer à l’alcool. On peut estimer que la vie est difficile.

On voit que la réglementation, c’est surtout des lois destinées à protéger la santé publique, et pas au niveau de la santé individuelle.

En France, la loi Evin est, clairement, destinée à protéger l’ensemble de la société, c’est-à-dire la santé publique. Elle n’interdit pas la consommation à titre personnel, mais elle demande si on peut accepter que la société prône la consommation d’une drogue si dangereuse en termes de santé publique. La loi Evin a quand même permis une réduction d’environ vingt pour cent de la consommation d’alcool entre 1990 et 2010. On sait que, depuis 2005, en France, le Français consomme, par jour, moins de trois unités d’alcool ; en Belgique, on consomme plus d’alcool.

On dispose donc d’une loi qui permet de dire que l’on peut consommer cette drogue qu’est l’alcool, mais qu’il faut faire attention parce qu’il y a des règles. On constate, par ailleurs, qu’il y a une pénalisation sans nuance de la fabrication des autres drogues, du commerce des autres drogues et de la consommation. Il s’agit bien d’une criminalisation.

On est, au niveau de la culture, dans un cliché épouvantable qu’il faudra quitter. Si l’on reçoit quelqu’un, il est vrai qu’on va leur offrir quelque chose de bon à boire et si on sort, on boira également quelque chose d’alcoolisé. Mais en ce qui concerne la drogue, si on voit quelqu’un en consommer dans la rue, on s’offusque et on se demande ce que fait la police, ce que font les politiciens. Si l’on consomme la drogue culturelle, on est sur le droit chemin, mais si on consomme une autre drogue, c’est- à-dire « la » drogue, c’est que l’on doit, forcément, avoir une psychologie tourmentée, c’est, sans doute quelqu’un qui est mal dans sa tête et qui relève de la psychiatrie.

Il y a de la confusion dans le grand public.

L’héroïne et l’alcool

Il y a dans « les drogues », en dehors de l’alcool, des drogues qui sont plus favorables pour l’organisme que l’alcool. Toutefois, il y a deux drogues – l’héroïne et l’alcool –, qui donnent une dépendance physique, donc qui nécessitent un sevrage. Le sevrage, c’est permettre au cerveau de quitter l’appel de la drogue. La dépendance physique à l’héroïne se manifeste rapidement après quelques injections. C’est, alors, que l’appel par le corps de la drogue va se manifester. Quant à l’alcool, il faut en consommer régulièrement, une certaine quantité, et après un certain temps, la dépendance se mettra en place.

Les autres drogues

La cocaïne ne nécessite pas de sevrage. La dépendance psychologique dure un temps, mais ne nécessite pas de sevrage. Le cannabis donne peu de dépendance physique ou psychique. Le LSD, le champignon hallucinogène ne donnent pas non plus de dépendance physique ou psychique. Les solvants, que les enfants sniffent, ne donnent pas de dépendance, mais sont mauvais pour le cerveau. Pour les amphétamines, c’est surtout la descente, c’est-à-dire le moment où l’amphétamine quitte le corps qu’il va y avoir le drame de la descente. Mais il faudrait consommer de l’amphétamine tous les jours pour avoir une dépendance physique.

Si on compare l’alcool avec le cannabis ou avec les autres drogues, il y a un chiffre important qui doit être connu : en Belgique, comme en Suisse, comme en Italie, lorsqu’on a répertorié sur un laps de temps cent morts liés à l’alcool, pendant ce même laps de temps, on a répertorié moins de deux morts liés à toutes les autres drogues réunies. Lorsque je m’adresse à des parents et à des jeunes, je leur communique ces chiffres, parce que, souvent, les mamans sont inquiètes, car leur fils fume du cannabis et le papa, qui est à côté, sent le whisky. Dans ce cas-là, je m’intéresse au papa plutôt qu’au gamin qui a fumé un joint.

L’alcool donne beaucoup plus de problèmes que le cannabis au niveau de la société.

L’alcool dans la société peut donner de la violence, alors que le cannabis donne un petit retrait sur soi et donne beaucoup moins de violence. Attention, car il y a aussi de mauvais « voyages ».

Un interniste vous dira que, dans son service, il reçoit des gens qui ont consommé de l’alcool et dont le foie est abîmé, dont le pancréas est mort. Le neurologue dira, peut-être, que le cerveau est abîmé, c’est la démence de Korsakoff. On dira aussi que beaucoup d’accidents sont dus à l’alcool. Si le cannabis devait être légalisé, il sera également interdit de conduire sous l’effet du cannabis.

Lorsque des études universitaires signalent les méfaits du cannabis paraissent, j’ai envie de leur dire que ces études sont une perte de temps et qu’ils feraient mieux de faire des études sur les méfaits de l’alcool. Une étude universitaire montrait que lorsque l’on avait fumé un joint, on était moins habile pour faire des mathématiques. Faut-il vraiment faire une étude pour ça ? Derrière ce genre d’étude se cache une intention moralisatrice comme on n’en a vu par le grand professeur Samuel Tissot, le médecin des princes et le prince des médecins, protestant convaincu, qui voulait interdire, aux jeunes, la masturbation. Lorsqu’on lit les récits de ce médecin, on a le cerveau qui se liquéfie qui sort par le nez, et quand on a lu ça, on n’a plus envie de lire.

Il y a une expérience au Portugal où, en 2001, ils ont totalement dépénalisé la possession de toutes les drogues. Par contre, le commerce est toujours criminalisé. Un consommateur au Portugal, par semaine, peut avoir un gramme d’héroïne-d’ecstasy-d’amphétamine, deux grammes de cocaïne et vingt-cinq grammes de cannabis. À la suite de cela, les résultats viennent d’être produits : au niveau étique, on a cessé de traiter en criminel le consommateur, on en fait plutôt quelqu’un qui dans l’excès de la consommation pourrait être malade. Et lorsque quelqu’un se fait arrêter et qu’il est dans l’abus de la consommation, il est orienté non plus vers la justice, mais vers les services médicaux. On constate que la démarche est totalement différente. Au final, la population accro à l’héroïne a chuté de plus de cinquante pour cent et le taux de morts par sida, par contamination par seringue, est inférieur à la moyenne, maintenant, des autres pays européens alors que les Portugais étaient le premier pays à avoir des morts par sida avec des problèmes de seringue.

L’ONU avait été fâchée contre cette réglementation du Portugal, et on avait prédit qu’il y aurait une augmentation de la consommation. On a vu chez les adolescents qu’il y a d’abord eu une augmentation de consommation qui, maintenant, est retombée et est devenue inférieure à la moyenne.

Conclusion

En tant qu’alcoologue, j’aimerais que l’on cesse de considérer qu’un patient qui a un problème d’alcool relève de la psychiatrie. Je voudrais que l’on cesse d’envoyer dans les services de psychiatrie ces gens qui sont devenus dépendants de l’alcool, parce que la culture leur offre cette drogue et les incite à boire. Une fois qu’ils sont devenus dépendants, ils deviennent des malades mentaux et ils doivent se retrouver trois semaines en psychiatrie.

J’avais développé à la clinique Saint-Pierre une consultation qui était d’ailleurs intitulée « Consultation d’alcoologie ». Mais c’était dans le rayon de médecine interne, de pédiatrie. C’était assez amusant, au point que les gens avaient oublié que j’étais psychiatre. Je faisais les sevrages cinq jours dans le service de médecine interne et les patients que je recevais semblaient penser qu’ils devaient aller en psychiatrie, ce qui leur faisait peur. Je leur disais qu’il pouvait les prendre cinq jours en médecine interne et je leur disais qu’ils n’étaient pas des malades mentaux. Depuis, cela s’est dit et ma consultation a véritablement explosé. Des patients sont venus me dire qu’ils n’auraient jamais accepté d’aller en psychiatrie, et que maintenant qu’ils savent qu’ils peuvent venir en médecine interne, ils ont décidé de se faire soigner.

Voilà le message que j’aimerais partager, un changement de paradigme :

« Non, l’alcoolique n’est pas un malade mental ! »

Informations complémentaires

Auteurs / Invités

Raymond Gueibe

Thématiques

Alcool, Assuétudes, Cannabis, Cocaïne, Droit / Législation, Héroïne, Questions et options philosophiques, politiques, idéologiques ou religieuses, Santé, Santé mentale

Année

2018

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